‹ Discours du comte Albert de MunChapitre 10 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

pour accueillir et certifier une accusation aussi grave. Or voici comment y répondent le cicrf^ô ftlos haljitanls de la commune de Noyai :

" Noyal-Poritivy, 2 juin 1876.

« Le recteur de Noyal-Pontivy et ses vicaires opposent un démenli formel à Taccusalion dirigée contre eux d'avoir menacé les habilants de ne point leur donner leurs F'ûques s'ils ne volaient pas pour M. de Mun, et de refuser C!<alemerit la première communion à leurs enfants, et ils mettent au défi les sieurs Busnel et Guevello, auteurs de cette accusation, de citer une seule personne à qui la menace ait été faite. » Signé: « Le Potvin, recteur, « NicoLo, Olichon, Guvot, vicaires. »

« Les soussignés, habitants de la commune de Noyai, confirment absolument le démenti opposé par leur recteur et leurs vicaires aux accusations dirigées contre eux, et déclarent que jamais, à leur connaissance, pareille menace n'a été faite à aucun habitant de la commune. »

(Suivent quatre-vingt-dix signatures légalisées, parmi lesquelles celles du maire, des adjoints et des conseillers municipaux.)

J'ai fini et je conclus en deux mots.

J'ai voulu par cette longue et minutieuse discussion vous montrer que le clergé du Morbihan n'avait pas commis les excès qu'on lui prête, et que je serais le premier à désapprouver avec vous. Est-ce à dire qu'il ne m'a pas donné son appui, et qu'il ne m'a pas accueilli avec une vive et entière sympathie? Pas plus aujourd'hui qu'il y a quatre mois , je ne prétends m'en défendre, et comme alors, au contraire, je continue de m'en honorer : c'est à vous de décider si l'expression de cette sympatliie a été légitime, et, pour le faire.

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vous vous souviendrez de ces circonstances spéciales que j'ai eu plusieurs fois, au cours de ce débat, l'occasion de replacer sous vos yeux. Vous vous souviendrez qu'il s'agit ici de cette terre de Bretagne, où le peuple aime encore profondément son Dieu, son église et ses prêtres; où la foi catholique est enracinée dans les cœurs, dans les mœurs et dans les consciences : un jour on appelle ces hommes simples et croyants à faire choix de celui qui ira les représenter dans les assemblées publiques. Un prêtre se présente à leurs suffrages, il parcourt les campagnes, les bourgs et les hameaux, montrant aux paysans l'éclat d'un costume sacerdotal et faisant appel à leur ancienne et habituelle vénération pour les ministres du culte.

N'est-ce pas là pour eux leur représentant naturel, l'homme qui deviendra l'organe et l'expression de cette foi catholique qui déborde de leurs cœurs ? « 11 est comme nos prêtres, disent -ils, et il occupe dans l'Église un rang plus élevé qu'eux-mêmes : c'est pour lui sans doute qu'il nous faut voter, car nos prêtres sont avec lui, et c'est eux qui l'ont amené parmi nous.»

Ah! Messieurs, vous cherchez la pression cléricale, celle dont je ne veux pas plus que vous , celle qui s'exerce indûment : la voilà ! Pour s'en défendre , les prêtres du pays, convaincus qu'il y a là un funeste malentendu et qu'un autre répondra mieux à ces aspirations, qu'ils connaissent, des populations qui les entourent, les prêtres élèvent la voix pour faire cesser l'équivoque qui engage malgré eux leur responsabilité , et pour montrer celui qu'ils croient être vraiment le candidat catholique. Celui-là était inconnu de la plupart des habitants de ces contrées; quelques-uns

(Haient un jour venus lo chercher parce qu'ils voulaient un homme dont l'esprit de foi i'ùt en harmonie avec celle de ces populations profondément chrétiennes, et parce qu'ils le savaient lui-même un serviteur ardent et dévoué de leur propre cause.

Peu à peu la lumière se fait dans les esprits : les paysans, revenus d'une première illusion, aperçoivent de quel coté flotte le drapeau de la croix derrière le- (juel ils veulent marcher; à ce signe, ils ont reconnu le candidat catholique , et voilà l'explication des 1 971 voix do majorité qui, au second tour de scrutin, assurent son élection.

Vous songerez. Messieurs, à cette circonstance spéciale et sans exemple dans la lutte électorale, et vous y trouverez, avec la justification d'une intervention devenue nécessaire, un motif suffisant pour valider mon élection. (Applaudissements à droite.)

M. Turquet, rapporteur, répondit à M. de Mun en renouvelant, sans en apporter une preuve de plus, les accusations formulées dans son rapport, et en terminant par une longue citation d'un jugement rendu, en Irlande, au sujet d'une élection dans laquelle le clergé catholique était accusé d'intervention abusive. M. de Mun lui répliqua en ces termes :

M. LE COMTE Albebt DE MuN. Mcssleurs , je n'ai qu'un mot à dire, et je n'abuserai pas de votre attention. Je ne m'attendais pas, je vous l'avoue, après avoir entendu invoquer contre mon élection les édits de Louis XIV, les arrêts des parlements et toute la législation française, à voir encore s'élever contre elle celle de l'Angleterre. {Applaudissenients et rires adroite.)

J'espère cependant qu'entre les deux vous choisirez

la législation française, car j'ai cru entendre M. Turquet nous dire qu'en Angleterre, à la suite du jugement dont il nous a donné lecture, on avait interdit au candidat de se représenter désormais devant les électeurs; je veux croire que vous n'irez pas, pour cette fois, jusque-là. {Nouveaux rires à droite.)

M. DE LA Rochefoucauld, duc de Bisaccl\. Ce n'est pas sûr !

M. le comte Albert de Mun. Et d'ailleurs, à cette législation anglaise comme au travail de l'honorable M. Guichard, je répondrai encore une fois que ce n'est pas là la question, et que tout ce dont il s'agit ici c'est de savoir si l'élection a été viciée par des manœuvres capables d'en changer le résultat. Je le répète, et je suis résolu à me maintenir moi-même et à ramener le débat sur ce terrain, sans céder aux efforts qu'on a pu faire pour l'entraîner d'un autre côté.

Je ne veux pas cependant, Messieurs, vous le comprendrez, à l'heure où nous sommes, reprendre un à un l'examen des faits que M. le rapporteur a discutés à nouveau devant vous. Ce qui m'importe, c'est d'établir qu'à l'exception de deux accusations nouvelles relatives au refus de sacrements et sur lesquelles je reviendrai tout à Iheure, M. le rapporteur, dans sa réponse, n'a pas signalé un fait auquel je n'aie déjà répondu ; qu'il n'a pas apporté une preuve dont je n'aie déjà discuté et réfuté la valeur par de nombreux témoignages, et qu'ainsi il me faudrait, pour lui répondre à mon tour, reprendre encore une fois tous les arguments que je vous ai produits tout à l'heure ; en sorte qu'une fois engagé dans cette voie, le débat menacerait de ne jamais prendre fin.

S'agit-il, en elTet, de l'intervention des nnaires? J'ai établi tout à l'heure qu'elle n'était appuyée que sur un très petit nombre de faits, dont les pi-incipaux sont démentis par les témoins eux-mêmes.

M. le rapporteur n'a rien détruit, à cet égard, de ce que j'avais avancé. S'attachant à un seul de ces faits, il vous a parlé longtemps de la valeur morale du témoin Nicolazzo, et vous a montré qu'on aurait tort d'imputer à sa charge une condamnation qu'il n'a encourue que pour un [)eu de violence dans le caractère. Mais qu'importent ici les colères du sieur Nicolazzo ? Ce n'est qu'incidemment que j'ai parlé de sa valeur morale ; ce qui fait l'intérêt principal de ma réfutation, ce à quoi M. le rapporteur n'a rien répondu, c'est que toutes les personnes mises en cause comme ayant été menacées par le maire incriminé viennent déclarer, sous leur propre signature, que le fait allégué est faux, et que jamais elles n'ont été victimes du traitement qu'on reproche au maire de leur avoir infligé. En quoi donc ce que j'ai dit de l'intervention des agents de l'administration a-t-il été réfuté ?

S'agit -il des grands propriétaires ? on s'est borné à vous relire la lettre de M, de Kergariou, que je n'ai pas niée et dont j'ai longuement discuté les effets. Qu'elle soit un délit électoral ou non, ce n'est pas mon affaire. (Rumeurs à gauche.)

Mon affaire et la vôtre c'est de savoir si elle a vicié l'élection. Or, je vous l'ai montré, et M. le rapporteur ne m'a pas contredit, elle s'adresse à trois fermiers seulement, et je vous répète qu'il est de notoriété publique que ces fermiers, dans leurs communes, sont restés sourds aux sollicitations dont ils ont été l'objet.

et jusqu'au bout hostiles à ma candidaluie. Où est donc ici, je le demande encore, la réfutation de M. le rapporteur et qu'a- 1- il répondu qui détruise la valeur de mon raisonnement ?

S'agit-il enfin de l'intervention du clergé? M. le rapporteur, persiste ici dans ses accusations; mais, chose étrange, il ne se contente pas de ne produire aucun fait nouveau , de ne réfuter aucun de mes arguments ; il fait plus, il les accepte tous et déclare qu'il n'a rien à y répondre, qu'il a pris, dans le dossier de l'enquête, les faits qui lui ont paru les plus graves et qu'il a cités à l'appui de sa thèse, mais qu'il n'est pas en mesure de discuter la valeur de mes réfutations et des témoignages que j'ai apportés à rencontre des siens ; car, dit-il, ce n'est pas lui qui a fait l'enquête, il n'est que le rapporteur ; ce sont ses collègues qui ont recueilli les dépositions, c'est à eux d'en répondre. Et comme ses collègues ne répondent pas plus que lui, que personne ne vient combattre les dénégations des prêtres mis en cause et des habitants de leurs paroisses, ces dénégations subsistent tout entières, dans tout leur éclat et dans toute leur évidence. Ce qui n'empêche pas qu'après l'avoir reconnu, M. le rapporteur déclare que mon élection doit être invalidée.

Pour moi, Messieurs, je me borne à constater cette situation , qui suffit au bien de ma cause.

Sur un seul point M. le rapporteur s'est efforcé d'apporter quelque preuve nouvelle en réponse à mon argumentation; je veux parler des refus de sacrements dont il a prétendu citer ici deux faits nouveaux auxquels je n'avais pas répondu.

J'ai à cœur de le faire pour les raisons que j'ai dites

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et parce qu'il importe à rhoiiiieur de notre foi, quelle (jue soit l'issue de ce débat, (ju'il ne reste ici rien de vague et de mal entendu. La gravité du sujet nous en lait un devoir, et c'est surtout pour m'(in acquitter que je suis remonté à celte tribune. Vous trouverez bon que je ne revienne pas sur les accusations que j'ai déjà réfutées et que je me borne à celles que M. le rapporteur a produites ici tout à l'heure et qui ne figuraient pas dans son rapport.

Elles sont au nombre de deux. A Plumelin, le recteur aurait menacé en chaire de refuser la première communion aux enfants de mes adversaires. J'ai ici, Messieurs, entre les mains, un démenti formel du recteur, opposé à cette allégation et certifié par les signatures des notables de la commune.

Dans la chapelle du Penety, le vicaire aurait, le 5 mars, fait une menace semblable.

Or, Messieurs, les habitants de la commune de Peraquen, où est située la chapelle en question, certifient qu'on n'y a pas dit la messe et qu'on n'y a pas fait de sermon le 20 février ni le 5 mars.

Voilà ce que valent les deux nouvelles accusations de M. le rapporteur; elles ont été rejoindre les autres, et j'ai le droit de dire une fois de plus que le clergé du Morbihan est innocent des crimes qu'on lui impute.

Je n'en demande pas davantage.

Toutefois, avant de descendre de cette tribune, je tiens à vous redire encore ce que je crois être le fond de toute cette question, afin que vous ne prononciez pas votre jugement sans vous être bien pénétrés de cette considération qui doit vous déterminer plus que

toutes les autres. N'oubliez donc pas qu'il y avait dans l'arrondissement de Pontivy une situation toute spéciale, et telle que l'intervention que vous attaquez, que je ne nie pas, entendez-le bien, mais dont je nie l'abus, que cette intervention, dis -je, était nécessaire pour détruire un bénéfice dont jouissait indûment mon concurrent.

Voilà le point de vue vrai auquel il faut absolument vous placer si vous voulez juger l'élection sainement et en conscience.

En parlant de ma candidature catholique, M. le rapporteur vous a dit que c'était là un fait nouveau dans l'histoire électorale.

Là n'est pas la question ; ce qui est certain , c'est qu'il s'est produit, et qu'il suffit à lui seul pour expliquer et justifier tout ce qui vous embarrasse ici. Ce qui est certain, c'est que cette qualité nouvelle a été, du premier coup, comprise et saluée par toute la population chrétienne du Morbihan comme une réponse directe à ses intimes aspirations. Je n'en veux d'autres preuves que cette sympathie universelle qui m'a accueilli dès le premier jour et qui m'a permis, dans tout le cours de celte période électorale, de parcourir les bourgs et les villages , répétant partout ma profession de foi , affirmant le caractère catholique de ma candidature, sans que personne soit venu me demander ce que cela signifiait.

Ce qui est certain , c'est qu'il y avait dès le premier jour, entre ces cœurs et le mien, une intime communication ; et, je le répète, s'il y a eu pour quelques-uns un instant d'hésitation, il n'a été dû qu'à cette situation dont je vous parlais tout à l'heure. Mais

aussitôt que la lumière s'est faite, tous ces cœurs sont revenus h moi spontanément, et j'ai la ferme confiance (ju'iis y domeureronl désormais. (Bravos nt applmidissements à droite. — Aux voix ! aux voix ! )

L'invalidation de l'élection fut votée par 297 voix contre 141.

Cet acte de violence eut un grand retentissement. On s'émut vivement d'une exclusion aussi peu justifiée, accomplie dans des circonstances qui semblaient en faire une provocation contre les catholiques, et en particulier contre le clergé. De nombreux témoignages vinrent apporter à celui qui en était viclimc une force et un appui nouveaux. Parmi ces marques de sympathie, il nous faut signaler le langage tenu par S. Ém. le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux, en ouvrant, au mois d'août 1876, dans sa ville épiscopale les séances du Congrès des Œuvres ouvrières.

« ... M. le comte de Mun, dit-il, n'est pas ici ; mais je suis sûr que sa pensée est présente à l'esprit de chacun de nous. Nous avons admiré la calme intrépidité avec laquelle il s'est voué à la tâche qu'il a entreprise; nous avons tressailli, il y a cinq ans, aux premiers accents de sa parole dans notre cité; nous l'avons vu planter fièrement son drapeau à la tribune nationale et le défendre avec une vigueur et une éloquence incomparables; nous avons compris que Dieu avait suscité en faveur de sa cause un nouveau Judas Machabée, et que toutes nos sympathies devaient aller à ce vaillant qui affrontait pour nous de tels combats. 11 est vrai que, depuis quelques jours, sa voix ne peut plus se faire entendre; mais mon cœur me dit que ce silence sera court, et que bientôt le successeur des Montalembert et des Berryer, l'émule des Keller et des Chesnelong, le défenseur de l'Église et l'ami de l'ouvrier fera de nouveau retentir aux oreilles de la France ses protestations éloquentes et ses puissantes affirmations. »

REELECTION

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