‹ Discours du comte Albert de MunChapitre 14 sur 46 · ADRESSÉE AU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

ADRESSÉE AU GOUVERNEMENT

AU SUJET D'lN article DU JOURNAL v LE RÉVEIL » CONTRE LE CONCLAVE ET LA PAPAUTÉ

( Discours prononcé à la Chambre des députés le 12 février 1878. )

Le pape Pie IX était mort le 7 février 1878, et le conclave s'était réuni presque aussitôt pour élire son successeur.

Tandis que les catholiques de France et du monde entier étaient dans le deuil, et que les nations attendaient avec respect l'issue des votes du sacré collège, quelques feuilles révolutionnaires saisirent cette occasion pour outrager à la fois l'Eglise et le pontife défunt. Un article anonyme du journal le Réveil, intitulé « la Porte murée », dépassa toute mesure. M. de Mun crut de son devoir de le signaler publiquement et d'interroger le gouvernement sur l'attitude qu'il entendait observer en face de pareils excès.

M. LE COMTE Albert de Mun. Messieurs, depuis quatre jours, à l'occasion d'un deuil qui est venu frapper si cruellement l'Église catholique, une certaine presse a pris à tâche de répandre l'outrage contre le

Pape et la papauté. {MiinuKiTH ù (/(niche. — Approbation à droite.)

Jusqu'ici nous avons dédaigne ces insultes, qui, après tout, formaient comme une auréole de plus autour de ce pontife, illustre déjà par tant de persécutions. (C'est vrai! Très bien! à droite.)

Mais hier un article nouveau est venu mettre le comble, en les dépassant, à toutes les violences accumulées dans ces derniers jours, et ajouter aux attaques dirigées contre la personne même de Pie IX les invectives et les blasphèmes les plus grossiers contre l'Église, contre ses dogmes et contre ses ministres. (C'est vrai! Très hien! très bien! à droite.)

Un pareil langage nous atteint dans notre honneur de catholiques et de Français... (Approbation nouveUc à droite)^ et nous n'avons pu le laisser passer sans protestation. Je suis ici pour accomplir ce devoir et pour demander au gouvernement s'il entend couvrir de sa tolérance cette révoltante littérature. (Vif assentiment à droite.)

M. DE Baudry-d'Asson. Il faut en finir avec ces infamies !

M. LE COMTE Albert de Mun. L'article auquel je fais allusion est intitulé la Porte murée et a été publié dans le journal le Réveil d'hier. Je ne le lirai pas ici, je croirais déshonorer la tribune française... (Très bien! à droite), offenser la Chambre et faire une œuvre malsaine si je donnais une publicité officielle à de pareilles infamies... (Très bien! à droite), même pour appeler contre elles l'indignation des honnêtes gens.

Je dirai seulement qu'après avoir, au mépris des égards les plus vulgaires pour la vieillesse et pour la

— iOl —

mort, insulté un pontife qui, jusqu'à sa dernière heure, était environné du respect universel; après avoir, à propos des dogmes les plus vénérables de notre foi... (Rumeurs à gauche. — Très bien! très bien! à droite), après avoir, à propos des dogmes les plus vénérables de notre foi , mêlé les plus cyniques plaisanteries aux témoignages de la plus ridicule ignorance... (Vires marques d'adhésion à droite. — Agitation snr divers bancs à gauche), l'article en vient enfin à parler de ce conclave qui, tout à l'heure, va tenir en suspens dans une muette émotion tout le monde catholique... (Oh! oh! à gauche. — Oui! oui! Très bien! à droite), et alors, jetant à la face de Dieu même ses sarcasmes sans pudeur... (Exclamations et rumeurs sur quelques bancs à gauche), il termine par une odieuse mise en scène où les cardinaux sont représentés dans les termes les plus outrageants... (Interruptions à gauche.)

A droite. C'est vrai! c'est vrai !

M. Vernhes. La charité chrétienne vous oblige à pardonner. (Rires et bruit.)

M. LE COMTE Albert de Mux. ...Et cela finit par trois mots qui s'adressent à l'Église tout entière , dont ils prétendent résumer l'histoire, et qui l'atteignent dans son passé, dans son culte et dans ses membres...

JJyie voix au centre. Est-ce que cela regarde la Chambre ?

M. le comte Albert de Mun. Ces trois mots, je vais vous les dire : escroquerie, assassinat, fainéantise. (Exclamations à droite.)

M. DE Baltdry-d'Asson. C'est digne de la presse républicaine !

M. LE PRÉSIDENT. Mousicur de Baudry-d'Asson, je

vous prie de ne pas adresser de pareilles interpellations, surtout en les généralisant, ou je vous rappelleiai à l'ordre.

M Emile liouciiKT. N'y a-t-il absolument rien de vrai dans ces trois mots? Qu'est-ce que c'est que la Saint-Barthélémy?

M. LE COMTE Aluert DE MuN. Assassinat, Messieurs, vous avez bien entendu! Et cela est signé d'un astérisque qui n'est mystérieux pour personne , et qui couvre, sans le cacher, le nom d'un des complices les plus fameux des assassins de la Commune. (Nouvelle et plus vive adhésion à droite.)

M. Albert JoLY. C'est inexact ! Rochefort n'a jamais été ni accusé ni condamné pour complicité dans les assassinats de la Commune ! C'est un condamné purement politique.

M. LE COMTE Albert de Mun. C'est cet homme-là qui vient insulter ce qu'il y a de plus sacré, de plus respectable sur la terre !

M. Margue. Dénoncez, mais ne dogmatisez pas !

M. LE COMTE Albert de Mun. C'est cet homme- là qui vient répandre le fiel de sa venimeuse parole contre le Pape , contre l'Église et contre tous les catholiques, et...

M. de BAUDRY-d'AssoN. Contre trente-six millions de Français !

M. LE PRÉSIDENT. Je VOUS engage, monsieur de Baudry-d'Asson, à garder le silence.

M. LE COMTE Albert de Mun. ... Et le gouvernement de la France supporterait un pareil scandale !

M. Emile Bouchet. Il n'y a plus de bras séculier!

M. LE comte Albert de Mun. Et le gouvernement

de la France supporterait un pareil scandale, le gouvernement de la France, où les catholiques forment l'immense majorité de la nation! (Ruineurs et interruptions diverses à gauche. — Très bien! très bien! à droite.)

Le gouvernement de la France, où celui qui nous insulte n'a ni le droit de vivre , ni le droit d'élever la voix! Eh bien, je ne veux pas et je ne peux pas le croire. Jamais on n'a vu un pareil défi porté à la justice du pays. Le même numéro de ce journal étale en tête de ses colonnes avec une audace inouïe, et comme pour répondre par une provocation nouvelle aux récentes décisions de la justice, le nom de celui qui va être l'inspirateur de sa rédaction , et le premier article , rédigé de la main même du maître , répond par un effroyable commentaire aux promesses du titre.

Eh bien. Messieurs, je demande au gouvernement s'il est disposé à tolérer cet état de choses, à laisser provoquer la justice et méconnaître ses arrêts; si, oublieux du devoir qu'il a de protéger la religion catholique... (Rurneurs à gauche), si, oublieux du devoir qu'il a de protéger la religion cathohque, il est disposé à nous laisser exposés sans défense aux insultes et aux outrages. (Oh! oh! à gauche.) Je lui demande enfin si le souci de la dignité nationale ne s'impose pas ici à ses délibérations. (Interrujjtions et protestations à gauche.)

M. TiRARD. Quand on a insulté M. Thiers, vous n'avez pas protesté !

M. LE COMTE Albert de Mun. S'il voudra laisser croire à l'Europe... {Exchu nations à. gauche) que la France en est tombée à ce point qu'on puisse chez elle,

impuinMiionl ol dans do h^ls lermcs, insiillcrla papauté, cl ((110 riioinino à (jiii celte licenco appartient soit M. Huciioroi't. (7'/7"'.s bien! trH bien! à droile.)

Je le demande comme catholirpie et comme Français, au nom de ma foi et de mon patriotisme.

M. DE Baudry-d'Asson. Au nom de nous tousl

M. LE COMTE Albert de Mun. Et, pour l'honneur de mon pays, je ne veux pas croire que des bancs de ce ministère, ni même des rangs de cette Assemblée, il s'élève une seule voix pour me refuser la satisfaction que je réclame. {Très bien! très bien! et applaudisseiitenls à droite. — Rumeurs prolongées à gauche.)

(De vives félicitations accueillent M. le comte Albert de Mun à son retour à son banc.)

M. de Marcère, ministre de l'intérieur, répondit que le parquet delà Seine avait ordonné des poursuites contre l'article en question et que, la justice étant saisie, le gouvernement devait s'abstenir de toute autre déclaration. Le Réveil fut, en effet, poursuivi sous l'inculpation d'outrage à un culte reconnu par l'État.

Page 1