II
[Htuv •■(■la à des con^M'égations sp('*cialRS qui auraient le monopole de la foi callioli<juc roinaiiie'/
Vous savez bic^n le contraire; vous n'avez pas besoin d'une enquête nouvelle là-dessus. M. Dufaure vous l'a dit l'année dernière à celte ti'ibune, et je ne puis pas trouver de iTK.'illeur témoignage :
« Si vous demande/, disait-il, s'il y a telle chose qu'un cours où l'on commente, où l'on développe, où l'on analyse la déclaration de IGS'i, je vous dirai franchement que je ne le crois pas. »
Voilà les paroles de M. Dufaure. Et vous non plus . vous ne le croyez pas, Eli bien, mais alors pourquoi ces exceptions? Pourquoi un choix parmi vos victimes, et qu'est-ce donc qui les distingue à vos yeux? Si tous les évêques sont coupables , si la loi est violée dans tous les diocèses, pourquoi ne pas les frapper tous? Ce n'est plus chez vous qu'une affaire de fantaisie, et, en réalité, vous menacez à la fois tous les évêques contre lesquels vous pourrez demain, avec autant de justice, invoquer le prétexte dont vous vous servez aujourd'hui contre quelques-uns.
Quelques membres à droite. C'est évident.
M. LE COMTE Albert de Mun. Et comme tout à l'heure vous portiez atteinte à leurs droits en prétendant leur imposer le choix de leurs professeurs, maintenant vous les méconnaissez encore en prétendant contrôler leur enseignement.
Ah! Messieurs, ici la question est bien autrement grave, et nous sommes sur un terrain dangereux. En réalité, ce que vous demandez c'est l'application de l'article 24 des organiques , l'enseignement obligatoire de la déclaration de 1682.
Eh bien, on vous l'a dit, et je vous le répète, votre tentative viendra se briser contre d'insurmontables résistances. {Exclamations à gauche. — Très bien! à droite.)
Quelques membres à droite. Qu'ils essayent !
M. LE COMTE Albert de Mun. Oui, elle se brisera, et je vais vous dire pourquoi : c'est parce que vous touchez à un terrain qui ne vous appartient pas, et que vous mettez le pied sur un domaine qui n'est pas le vôtre. (Nouvelles exclamations à gauche.)
Plusieurs membres. C'est la loi.
M. LE comte Albert de Mun. Lorsque les articles organiques furent publiés, celui qui nous occupe, le 24^, fut l'objet d'une réclamation spéciale de la part du cardinal Caprara, parlant au nom du saint-siège.
Oh ! je sais bien qu'un cardinal qui proteste au nom du saint-siège , c'est fort peu de chose pour vous , et que cela ne mérite pas qu'on y pense. Mais il n'y a pas que lui, et j'ai une autre autorité que vous accueillerez peut-être avec plus de faveur.
En 1876, nous avons entendu ici, sur la question des cultes, un discours dont je ne veux pas dire que son auteur ait prétendu, par un secret instinct, faire un discours-ministre, mais qui enfm l'est devenu par le fait des événements, et prend ainsi dans ce débat une importance particulière. Eh bien, que disait sur ce sujet M. Bardoux, aujourd'hui ministre des cultes? Distinguant, dans les articles organiques, la police et la discipline, il disait :
« La discipUne, Messieurs, touche au dogme, et je suis assez libéral pour croire que l'État n'a rien à faire dans les questions de dogme et de conscience. «
Je me félicite aujourd'hui de retrouver le souvenir de cette parole, que M. le ministre des cultes ne désavouera pas, et (ju'il viendra sans doute répéter tr)ut à l'heure à la ti'il)un(!, où il deviendra mon allié.
Non, Messieurs, l'Klat n'a rien à voir dans les questions de dogme et de conscience, et voilà pourquoi l'article 2i des lois organiques est un ahus de pouvoir. Voilà pourquoi, faisant écho à la voix du cardinal Caprara, les catholiques de tous les temps ont protesté contre cette ingérence. Voilà pourquoi je proteste à mon tour contre une proposition qui prétend le remettre en vigueur , sûr d'avoir avec moi , je ne dis pas seulement ceux dont je défends les droits spéciaux dans cette afïaire de séminaires, mais tous les catholiques de France, atteints dans leur liberté, blessés dans les droits de leur conscience. (Très bien! très bien! sur divers bancs à droite.)
C'est donc là que vient aboutir ce débat, et ce qui se cache sous cette petite disposition législative dissimulée dans votre loi de finances. De quelque côté qu'on la regarde , c'est toujours la même chose.
Ce qui est en cause, ce qu'on menace, c'est la liberté de l'Église. Ah ! le coup était habilement porté et la manœuvre savante; on s'est bien gardé de venir demander des proscriptions et des mesures de violence , on s'est donné des airs d'indulgence et de tolérante condescendance; on a dit : « Les lois sont violées, nous le constatons avec douleur; mais nous ne demandons même pas leur exécution , nous nous contenterons de ne pas favoriser leur inexécution, et encore fermerons-nous les yeux sur bien des choses ; nous ne vous en demanderons qu'une, toute petite, bien insi-
gnifiante, les bourses de quelques séminaires, et sans supprimer un sou de crédit, en sorte que les autres y gagneront et que même vous aurez du profit ; est-ce que vous ne pouvez pas accepter? quelques bourses de séminaristes , qu'est-ce que cela ? »
Ce que c'est que cela. Messieurs, je vais vous le dire : c'est l'invasion de l'État dans les affaires de la conscience ; c'est la violation par le pouvoir civil de la liberté des âmes, c'est-à-dire la plus détestable des tyrannies et le pire des despotismes. (Applaudissements sur les mêmes bancs à droite.) L'entreprise n'est pas nouvelle. Il y a longtemps qu'elle a commencé.
M. Gambetta. Quand?
M. LE COMTE Albert de Mun. Elle a commencé le jour où le christianisme est venu apporter la liberté au monde. ( Oh ! oh .' à gauche. — Applaudissements à droite.)
La liberté ! oui, Messieurs, nous avons le droit d'en parler fièrement , plus fièrement que tous les autres : car c'est à l'Église catholique que vous la devez. {Dénégations sur divers bancs à gauche.)
Je vous demande ce que l'humanité serait devenue entre l'empire a^^li et les barbares triomphants , si l'Église n'avait pas été là pour la recueillir et la conduire par la main vers ses nouvelles destinées.
.le vous demande ce que le monde, ce que l'Europe, ce que la France seraient devenus si l'Église n'avait été là, dans l'obscurité des premiers siècles, pour tendre la main à l'esclave , pour rendre à leur dignité la famille et le foyer domestique, pour prendre la défense du faible et de l'opprimé contre le fort et l'oppresseur ; je vous demande qui a parlé le premier au peuple d'af-
franchissement, qui l'a ^Toupé dans ses associations d'où sont sorties vos communes, qui a plaidé sa cause devant les trônes et résisté pour lui aux rois et aux empereurs. ( Applaudi ssetuents à dnnlc. — Humeurs et inten'uptionH diverses à gatichc.)
C'est l'histoire de mon pays tout entier que je dresse comme un témoignage , c'est l'histoire de la France grande, forte et prospère, et nous avons bien le droit, je pense, de nous retourner vers ces dix-huit siècles qui nous appartiennent, et de vous demander si le dix-neuvième a apporté plus de bonheur et d'honneur à tous les peuples du monde en leur donnant votre liberté.
L'autre jour on nous disait à cette tribune, — c'était M. Boysset, — on nous disait que nous étions les ennemis de la liberté, parce que nous sommes les ennemis de la Révolution.
Eh bien, moi je vous dis, au contraire, que nous sauvons la Uberté , parce que nous combattons la Révolution. (Très bien ! à droite.)
Où est-elle donc la hberté que vous nous avez donnée? Je me tourne vers ce peuple que, des deux parts, avec une égale ardeur, nous travaillons à conquérir, parce que nous sentons qu'il est la sève de la nation, je me tourne vers lui et je lui demande ce que la Révolution lui a donné.
Ah ! je vais vous le dire : elle a détruit l'antique organisation du travail, et elle n'a rien mis à la place que la fièvre de la concurrence. (Exclamations et rum,eurs à gauche. — Applaudissements à droite.)
M. Floquet. Si c'est là ce que vous enseignez dans vos séminaires, vous nous donnez mille fois raison.
M. LE COMTE Albert de Mun. La Révolution a
ruiné la foi qui soutenait les cœurs , sans rien mettre à la place que l'appât des jouissances matérielles et l'ambition sans frein. Et alors ce peuple, désagrégé et découronné de ses vieilles croyances, elle l'a attaché derrière son char, afïublé du masque d'une trompeuse souveraineté, se servant de lui pour frayer le chemin du pouvoir à quelques tribuns de passage, et le traînant à des combats sanglants d'où il est sorti épuisé et meurtri. (Très bien! sur plusieurs hancs à droite. — Rumeurs à gauche.)
Voilà ce que la Révolution a fait pour le peuple. Vous appelez cela la hberté ! moi j'appelle cela le comble de la tyrannie. (Applaudissements sur les memeshancs à droite.)
L'autre jour, dans ce même discours, et dans des termes dont je ne saurais trop le remercier, l'honorable M. Boysset m'a fait l'honneur de m'interpeller directement et de parler d'une œuvre à laquelle j'ai consacré tout mon dévouement. Il a lu les premiers mots du programme de cette œuvre, qui s'appelle l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers. (Bruit à gauche.)
Messieurs, quand vous voudrez, nous en parlerons en détail, nous l'examinerons ensemble, et je vous dirai tout ce qu'elle est. (Oh ! oh! à gauche. — Très bien ! très bien ! à droite.)
Vous vous récriez? mais qui donc est venu en parler ici le premier? Ce n'est pas moi ; on l'a apportée à cette tribune, et on est venu dire qu'elle appelait à elle la jeunesse de toutes les classes pour lui enseigner à maudire la liberté. Et vous voulez que je laisse passer cela sans protester. Je ne le puis pas, et je ne le ferai pas!
Je sais bien (|u'oii a tlil et qu'on ('•cril tous les jours, dans les journaux, que cette œuvre est une conspiration trainôn dans l'ombre, une internationale noire.
Plusieurs membres à (jauche. Oui, oui !
M. LE VICOMTE DE BÉLizAL. Notrc Œuvre n'est |)as une œuvre de ténèbres !
M. LE COMTE Albert de Mun. Oui! Eb bien, vous viendrez à cette tribune apporter la preuve de ce que vous dites, et vous nous expliquerez comment des hommes dont tous les noms sont connus, qui parlent pubMquement en cent endroits divers, qui appellent tout le monde à les entendre, qui étalent au grand jour dans des documents imprimés leurs plans et leur organisation, vous nous expliquerez comment ces hommes sont des conspirateurs.
Ah ! dites que nous sommes une force qui vous inquiète. Dites que nous vous taisons la guerre, mais ne dites pas que nous conspirons.
On a lu les premières phrases de notre manifeste. Qu'est-ce qu'on y a vu? Je défie qu'on y trouve, ni là ni ailleurs, une parole qui soit contre la hberté. Ah! on y trouvera la condamnation de la Révolution ; on y trouvera que nous n'entendons pas la hberté comme vous... (Rires ironiques à gauche), c'est-à-dire la licence effrénée du mal, le déchaînement de la presse et le dérèglement de l'opinion. Vous viendrez à la tribune tout à l'heure dire les bienfaits que ces hbertés-là ont donnés à la France depuis quatre-vingts ans!... On y trouvera, comme le disait M. Boysset, que nous appelons tout le monde, mais surtout les jeunes gens, savez-vous à quoi ?... à aller vers le peuple pour l'aider à relever sa condition morale et matérielle par l'exemple
du dévouement et de l'abnégation... (Très bien ! très bien ! et applaudissements à droite); puis à former par le travail leurs cœurs et leur caractère , pour donner à la France des serviteurs capables de panser les plaies que d'autres lui ont faites.
Et soyez certains que ces leçons profitent, et qu'il se lève autour de vous une génération nouvelle que vous ne connaissez pas, une génération d'hommes qui aiment leur Dieu et leur patrie, et qui maudissent la Révolution. (Nouveai(.r applaudissements à ilroite.)
Ces hommes -là gardent comme un dépôt sacré la liberté de leurs âmes, et quand ils entendront l'écho de notre discussion d'aujourd'hui, ils se diront, comme moi, que vous n'êtes que des plagiaires.
Non, votre entreprise n'est pas nouvelle.
Elle a commencé le jour où , devant les maîtres de la terre, le christianisme apprit aux nations attentives le nom du Maître du ciel, enseignant à tous qu'il faut lendre à Dieu ce qui est à Dieu , et à César ce qui est à César. Ce jour-là vous savez ce qui arriva. Les Césars s'effrayèrent de ce cri d'affranchissement. Ils s'écrièrent que le droit de l'État était méconnu, et ils essayèrent d'arracher à Dieu par la force ce domaine qu'il venait de reconquérir. Mais la liberté des âmes était fondée; elle se réfugia dans les catacombes, ou s'enferma dans les prisons. (Interruptions à gauche.)
Oh! Messieurs, je vous entends, vous ne voulez pas que nous parlions de nos origines, que nous fassions devant vous notre histoire... (Nouvelles interruptions à gauche.) Mais est-ce que vous nous faites grâce de la vôtre, et pour quatre-vingts ans qu'elle a duré, est-ce
que \ous pci'dcz une occasion d'en r.iconler l(;.s ('plicmérides '?
Quand vous aurez derrière vous doux mille ans d'histoire, quand vous aurez nommé le '259" président de votre République...
M. LE MINISTRE DE l'intérieur. De notre Hépublique, à vous comme à nous. De notre République à tous.
M. LE COMTE Albert de Mun. ... de notre République à tous, si vous voulez...
M. Paul de Cassagnac. Non, non, pas à moi !
M. le comte Albert de Mun. ... quand vous aurez nommé le 259" président de la République ; quand , sur les 3.3 premiers , '28 auront scellé de leur sang leur foi dans leurs principes, et que le '29" n'aura pas reculé devant l'héritage, alors j'imagine que vous ne vous ferez pas faute de remonter à votre origine, et que si alors on vous interrompt, vous ne prendrez pas la peine de répondre aux interruptions. (Très bien! très bien ! à droite.)
La liberté des âmes, je le répète, s'enferma dans les catacombes et dans les prisons ; mais partout elle demeura triomphante, et la puissance des hommes vint se briser devant elle, comme le flot devant le rivage qui borne ses fureurs. (Exclamations à gauche.)
Voilà notre histoire, et il y a dix- huit siècles que cela dure !
En ce temps -là, Messieurs, quand l'Église se cachait aux yeux de ses persécuteurs, il y avait une chose qu'elle emportait avec elle, c'était son propre gouvernement, et dans l'obscurité des caveaux elle instruisait ses clercs, elle consacrait ses ministres, elle
baptisait ses catéchumènes, établissant ainsi au fondement de la société nouvelle, parla vertu de son origine et l'instinct de sa destinée, l'essentielle distinction du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel.
Ah ! vous la revendiquez aujourd'hui. Comme si , vous qui êtes les fils de la Révolution , vous ne l'aviez pas reçue de nous, qui sommes les fils de l'Église.
Vous la revendiquez , et vous ne voyez pas que vous en faites la plus étrange confusion quand vous venez, au nom du pouvoir temporel, vous ingérer dans le gouvernement des choses spirituelles.
M. le rapporteur, qui est versé dans l'histoire de l'Éghse, et qui connaît à fond la théologie... (Rires à droite), aurait pu vous le dire. Vous vous heurtez là à des choses plus fortes que vous, à des barrières que vous ne renverserez jamais, et votre entreprise est plus folle encore que téméraire. ( Interruption à gauche.)
Je sais bien que j'ai la majorité contre moi ; je sais bien que je ne vous ébranlerai pas; mais je parle pour mon pays , et au dehors de cette salle il y a pour ma voix, si faible qu'elle puisse être, un écho certain, parce qu'elle répond à un sentiment qui est au fond de toutes les consciences. (Applaudissements à droite.)
Vous pourrez nous vaincre, vous pourrez nous accabler parce que vous êtes le nombre; mais quelles que soient vos décisions, si elles touchent à ce domaine sacré de la. conscience, elles sont à l'avance frappées d'impuissance ; car nos âmes sont comme ^ une terre de liberté qui dévore tous ceux qui osent la profaner.
P/i<si>?<r.s wvrnhrPH du côté droit f^'ftdrafna'id à l'orateur. Uepose/.-vous , reposez-vous !
M. LE COMTE Albert de Mun. Je vous remercie; l'heure me presse, et je crois qu'il vaut mieux continuer.
Quoi que vous fassiez, notre confiance est donc entière ; elle nous vient de l'Église, et je n'ai pas peur qu'elle manque ù sa mission. Je n'ai pas peur pour elle d'une épreuve de plus et de la perspective d'un combat nouveau. Ce n'est pas pour elle que j'ai peur, c'est pour mon pays. J'ai peur qu'il ne s'épuise dans ces luttes sans issue, et quand je vois ceux qui ont la charge de lui donner des lois user dans les disputes religieuses leur temps, leurs forces et leur crédit, je ne puis m'empêcher de jeter autour de moi un regard troublé. La force et la grandeur ne se rencontrent pas dans cette voie funeste. Songez-y un moment avant de vous y engager.
Mais on me dit que la liberté de l'Église est sauve ; que la liberté des âmes et l'indépendance de la conscience ne sont pas menacées ; qu'on ne prétend pas s'ingérer dans le gouvernement des choses spirituelles, et que tout ce que l'on demande c'est le respect de la loi , de la loi que nous violons de mille manières ; qu'à la rigueur on pourrait fermer les yeux sur le refus d'enseigner la déclaration de 1682. M. Guichard le disait l'autre jour, c'est une affaire de dogme; et M. Guichard lui-même est d'avis que ce sont là des questions respectables où l'État ne doit pas trop intervenir; mais nous ne méritons pas de pareils égards, et notre conduite est si mauvaise, qu'on ne peut pas nous donner ce témoignage de satisfaction de respecter notre con-
science. Nous violons 4es lois. Eh bien! tant pis pour nous; pour notre peine on nous obligera à apprendre à professer, à croire la déclaration et , suivant le langage des organiques, la doctrine qu'elle renferme.
Le châtiment est étrange et mérite d'être remarqué.
Et quelles sont donc les lois dont la violation nous attire une rigueur si inattendue ?
Ahl il faut bien y venir enfin, et maintenant que je vous ai mis en face du droit des évéques et de l'autorité spirituelle, il faut bien que je vous oppose le droit des congrégations et celui de la conscience.
M. Guichard a réédité contre ces congrégations tous les arguments qui ont remph la tribune , le barreau et la presse depuis quarante-cinq ans...
A gauche. C'est qu'on a tout dit depuis quarante-cinq ans.
M. LE COMTE Adbert DE MuN. ... il Ics a tous répétés, et il n'en a pas trouvé un neuf. (Rumerirs à gauclie. — Approbation à droite.) Et pas plus aujourd'hui qu'auparavant il n'a rien prouvé, sinon qu'on hait les congrégations religieuses, qu'on veut les frapper, et que par là on espère atteindre l'ÉgUse, dont elles sont les gardes avancées.
Voix à droite. Très bien ! très bien !
M. le comte Albert de Mux. Voilà ce que j'ai vu dans le rapport de M. Guichard, ce que j'y ai découvert à chaque page et à chaque ligne .
Donc votre argument se réduit à ceci : que vous ne voulez pas porter atteinte au droit épiscopal ni à la liberté de l'Église, mais que vous voulez donner une leçon aux congrégations non autorisées.
Vous tournez dans le même cercle, 'et, vous avez beau
— mi
vous y (léhaUrc, rini|)iloyaljlc Jo^ifiuc; de la vér'ilé vous empêche d'en sortir ; c'est toujours la liberté de r%lis(! et le droit de la conscience qui sont en cause.
Mais, avant de vous le montrei-, je veux h mon tour, et une fois de plus, puisque vous y tenez absolument, établir le droit des congrégations. Je le crois entier, absolu , et je ne puis admettre cette théorie de l'inexécution des lois tolérée par le gouvernement, sous réserve de l'avenir, et qui ouvre ainsi la porte à toutes les méprises de l'arbitraire; c'est toujours la confusion entre les associations non autorisées et les associations prohibées.
On nous parle d'autorisation prescrite par la loi. Où y a-t-il une loi qui prescrive l'autorisation ? Je n'en découvre nulle part. Il y a des lois, comme celles de 1809 et de 1825, qui règlent comment et à quelles conditions cette autorisation peut être obtenue, quels bénéfices elle apporte avec elle, quelle situation elle crée à ceux qui en sont pourvus. Il n'y en a pas qui obligent à la demander.
Mais y en a-t-il une qui empêche les associations de subsister sans cela et qui les déclare proscrites ? Pas davantage.
Est-ce celle de 1790 ?
Mais elle abolit la reconnaissance des vœux religieux par l'État ; elle détruit les congrégations en tant que personnes civiles, en tant que personnes publiques. Où voyez-vous qu'elle les proscrive?
Elle dit : Soyez moines si vous voulez, mais je ne reconnais pas vos vœux , et si vous sortez de votre monastère, je ne vous forcerai pas à y rentrer.
Elle prescrit encore qu'il n'en sera pas rétabli de sem-
blables. De semblables, oui ! c'esî-à-dire des congrégations ayant une existence officielle, reconnues par l'État, avec des vœux solennels, et où l'on forçait à rentrer celui qui en sortait. Mais où voyez -vous qu'elle prosrive les religieux et leur interdise de vivre en commun?
Elle Fa si peu fait que la même année, quelques mois plus tard , l'Assemblée constituante , comme par une conséquence de ce décret de février 17Ç>0, s'occupe de régler la condition des religieux, de leur donner des pensions, de déterminer les maisons nationales où ils se retireront , de prévoir ce que devront faire ceux qui préféreront la vie commune.
Il y a une séance de ce temps-là , de ce mois d'octobre il^), que je vous recommande, et que M. Guichar d aurait dû citer.
C'est d"abord l'abbé Grégoire, — vous ne le renierez pas, celui-là ! — qui demande un traitement juste et honnête pour les religieux, et qui veut qu'on répare à l'égard de certains d'entre eux l'injustice commise par l'ancien régime.
Puis voilà Barnave , le protestant Barnave , qui renchérit sur l'abbé Grégoire, et enfin Pvobespierre, Maximihen RobespieiTe, qui parle dans le même sens et qui opine avec eux.
Eh bien, je vous demande d"étre aussi libéraux que irrégoire, que Barnave et que Maximilien Robespierre. Est-ce que vous ne le pouvez pas? (Exclamations ironiques à gauche.)
A droite. Très bien! très bien î
M. GuYOT. Pourquoi alors vous plaignez -vous de la Révolution ?
M. LK COMTE Amjkkt i»k Mun. Mais il y a la loi de 1702!
Celle-là est vraiment digne de tous nos respects. Elle est datée du 1S août, huit jours après le 10 août, quinze jours avant les massacres de septembre, et elle est contre-signée « Danton ».
Voilà une excellente recommandation pour une loi de liberté ; voilà qui est engageant et qui fait bien prô*sager pour le régime sous lequel on nous appelle à vivre.
Mais, enfin, cette loi que dit-elle'/ Que la République ne devant conserver aucune corporation, toutes, même celles qui auront bien mérité de la patrie, seront éteintes et supprimées. Et on sait comment, en effet, on a travaillé quelques jours plus tard à éteindre les membres de ces corporations, qui avaient bien mérité de la patrie.
La voilà, cette loi de 1792, dans sa cynique brutalité et avec son parfum sanglant. Eh bien, telle qu'elle est, elle ne proscrit pas les congrégations. Elle les frappe, elle détruit celles qui existent ; mais elle ne dit pas un mot qui interdise d'en faire de nouvelles, ni qui prive les religieux du droit de vivre en commun. Et cela est si vrai qu'à quelque temps de là, en 1793, à Lyon, Collot-d'Herbois, à qui on amenait des religieuses arrachées de leur couvent, les renvoya en disant: « Faites ce que vous voudrez ; rentrez chez vous , priez en commun, vivez ensemble, suivez votre règle, nous n'avons rien à y voir ; la République ne s'occupe pas de cela. » ( Vives marques d'approbation et applaudissements à gauche.)
M. Albert Joly et d'autres membres. Parfaitement.
M. Lïï COMTE Albert de Min. Eh bien, je vous demandais tout à l'heure d'être aussi libéraux que Barnave et que Robespierre, je vous demande maintenant d'être aussi tolérants que CoUot-d'Herbois. Est-ce que vous ne pouvez pas? (Rires et applaudissements à droite.)
Plusieurs membres à gauche. Alors ne demandez pas d'argent.
M. LE COMTE Albert de Mux. Mais non, vous ne pouvez pas, et vous aimez mieux vous rejeter immédiatement sur le décret de messidor an XII, un de ceux probablement qu'oubliait l'honorable M. Boysset lorsqu'il disait, l'autre jour, que vous n'étiez pas rassemblés ici pour ramasser les lois faites par le despotisme : le décret de messidor an XII, qui porte plus qu'aucune autre loi l'empreinte de la colère et de l'arbitraire. Voilà ce que vous invoquez; mais ce décret, il pas n'a même de sanction; il ne trace pas la procédure à suivre, il laisse tout au bon plaisir, et quand vous le voudriez, je vous mettrais au défi de vous en servir : cela est si vrai, que, même en son temps , il est resté sans effet contre ceux qu'il visait spécialement, et qu'une loi nouvelle est bientôt venue le remplacer.
Il a fallu régler une fois pour toutes cette question des associations, et c'est alors qu'est intervenu l'article '291 du Code pénal. Que dit-il'? Il dit que les asso-
lations de plus de vingt personnes sont interdites ; mais il prend le plus grand soin d'excepter de ce nombre de vingt les personnes qui résident dans la maison.
Or qu'est-ce qu'une communauté religieuse, je vous prie, sinon une réunion d'hommes qui résident dans
la mèiiii' maison? V.n (\u()\ l'aiticlc '•JOI piMil-il donc l'atteindre? En quoi peut- il èlre invoqué comme un litre de pi'oscriplion contre elle'.'
Je ne vois rien (\m y ressemble ni là ni dans la loi do iH'Mj (pii, faite d'ailleurs pour les associations politiques, élargit l'article '201 et en étend les elîets, mais qui, elle aussi, consacre d'une manière précise le respect et la sainteté du domicile.
Voilà donc ce qui ressort de toute cette législation. Oui, ily a des lois qui disposent comment l'autorisation sera donnée quand elle sera demandée, quelle en sera la portée, quels avantages en résulteront, comment on pourra l'obtenir. Il y a aussi des lois qui abolissent la reconnaissance des vœux par l'État. Mais il n'y en a pas une seule qui proscrive, et aucune n'a entendu défendre à des hommes de se réunir dans un même domicile pour vivre en commun et pour prier ensemble. {Exclamations à gauche. — ÏVès bien ! à droite.)
Bien plus, tandis que vous invoquez à votre bénéfice toutes ces lois caduques dont l'inanité a si souvent été démontrée, je prétends, moi, que la loi est pour nous et que nous seuls nous avons le droit de nous en prévaloir. Vous êtes en face du Concordat, et l'autre jour M. Gambetta disait à M. Boysset qu'il entendait le conserver tant que ce serait politique. Eh bien , vous êtes donc en face du premier article de ce Concordat, qui dit que la religion catholique sera librement pratiquée en France.
Et comment s'exprime à ce sujet Portails, Portails l'ancien? Il dit que lorsqu'une religion est admise par l'État , on doit nécessairement admettre les règle-
ments et les principes d'après lesquels elle se gouverne.
Eh bien, l'existence des congrégations religieuses est nécessaire et essentielle à l'Église catholique. Elle fait partie de ses règlements et de ses principes ; si vous admettez l'article 1" du Concordat, vous n'avez pas le droit de porter la main sur les communautés religieuses. Elles sont essentielles et nécessaires à l'Église catholique : nécessaires parce qu'elles l'aident dans le ministère du culte, parce qu'elles suppléent au nombre insuffisant des ministres, nécessaires pour l'éducation, nécessaires pour l'enseignement, pour la propagation de la foi, et si l'ÉgUse l'affirme, c'est que cela est ; car vous n'êtes pas juges de ses besoins, c'est elle seule qui peut les connaître : essentielles parce que vous n'avez pas le droit d'empêcher ceux qui appartiennent à la religion catholique de bénéficier des moyens qu'elle donne à ses enfants pour appliquer les conseils évangéhques, et pour cheminer d'un pas plus alerte dans la voie de la perfection.
Si donc vous portez la main sur les communautés religieuses, vous violez la liberté des cathohques et vous opprimez leurs consciences.
Qu'y a-t-il, en effet, qui soit du domaine de la loi, qui la regarde et qui l'intéresse , dans cet acte de la volonté par lequel un homme se dérobe à la vie du monde pour s'enfermer dans le silence et dans l'obscurité du cloître ? Et que croyez -vous donc qu'il y aille chercher ? Il va s'y rencontrer avec d'autres hommes appelés comme lui par une voix secrète à cette Aie spéciale, et tous ensemble, mettant en commun leurs prières et leur travail . vont consacrer au dévouement
cl h l'abnégation d'eux-mêmes le reste de leurs jours.
Vollù la vie religieuse. En quoi peut-elle vous port(;r ombrage ?
Ali ! je lrou\e que c'est une singulière p<insée, dans le siècle où nous sommes, de venir dénoncer comme un i)èril |)0ur l'Ktat des hommes qui font profession de pareils sentiments. Kst-cc que c'est l'excès du dévouement et de l'abnégation qui menace la société moderne '?
Quoi! dans un temps où l'égoïsme envahit toutes les classes, où il n'y a plus d'autorité qui soit respectée, où toutes les croyances sont tournées en dérision, vous nous dites que c'est un péril pour l'État de voir des hommes renoncer à toutes les ambitions terrestres pour s'enfermer eux-mêmes dans une vie de dévouement.
Messieurs, cela n'est pas possible. Je vous le répète, vous mettez là le pied sur un domaine qui vous est étranger; vous forcez, comme le dit encore Portails, vous forcez le domaine infranchissable de la conscience, et vous n'en avez aucun droit.
Mais il y a autre chose encore, et si cet argument ne vous touche pas, si vous ne voulez pas accepter la liberté des congrégations religieuses par respect pour l'Église et pour la conscience , je vous le demande parce que c'est la conséquence nécessaire de la liberté civile.
Ah! Messieurs, voilà quatre-vingts ans que vous faites des constitutions, et en tète de chacune vous dites que la liberté de conscience est entière et égale pour tous, et que nul ne peut mettre d'entraves au libre exercice de la religion et du culte de chacun.
Je ne veux pas les passer toutes en revue ; mais j'arrive d'abord à celle qui est proprement votre berceau politique, à la Constitution de 1848.
Eh ])ien, qu'est-ce qu'elle dit'? Aux articles 7 et 8, elle exprime en propres termes que chacun professe librement sa religion et que tous les citoyens ont le droit de s'associer.
M. Eugène Farcy. Pourquoi vos amis l'ont -ils violée et renversée , cette Constitution ?
M. LE COMTE Albert de Ml'N. Eh bien, je vous demande pourquoi et de quel droit, ayant fait ces lois dont vous vous glorifiez, que vous proclamez encore comme le fondement de votre droit pubhc, je vous demande de quel droit vous venez tout à coup exclure de leurs bénéfices toute une classe de citoyens qui ne sont coupables de rien, et lorsque vous conviez tout le monde à la liberté, pourquoi vous allez chercher dans la masse quelques hommes , enfermés dans une communauté religieuse , à qui vous dites : Pour vous les constitutions ne seront qu'un vain mot ; pour vous les lois seront lettre morte.
Quelques jours après cette révolution de 1848, on vit, et plusieurs d'entre vous y étaient, on vit un homme revêtu du froc de Saint -Dominique s'asseoir sur les bancs de l'Assemblée constituante. Ce jour-là , on a pu s'écrier au dehors : La proscription des ordres religieux vient d'être à tout jamais abolie par le courage d'un moine et par l'acclamation d'un peuple.
A quel titre et sous quel prétexte venez-vous aujourd'hui contester cette victoire de l'habit monastique, remettre en question cette réconciliation solennelle, raviver les méfiances et rallumer les haines ? Les reli-
gieux sont des citoyens corninc les uutres ; ils oui droit h votre protection ; ils ont droit h votre liberté, et vous n'avez pas, vous, celui de les en exclure.
Un mr)nhre à gauche. Qu'ils ne demandent pas d'argent.
M. LK COMTE Alhkht dk MuiN. L'argent ! Voilà la troisième fois qu'on me fait cette interruption ; il faut bien (jue j'y réponde. J'avoue que je ne l'avais pas prise au sérieux ; elle témoigne d'une confusion si étrange, que je ne croyais même pas qu'il fût nécessaire de m'y arrêter.
Mais à qui croyez-vous donc que les bourses des séminaires soient attribuées? Pensez-vous qu'elles le soient aux professeurs ou aux élèves?
Est-ce que vous ne savez pas qu'elles sont attribuées aux séminaires pour l'éducation des jeunes gens pauvres, et qu'ainsi ceux qui y enseignent, congréganistes ou autres, n'ont rien à y voir? Alors que venez-vous nous parler d'argent, et que fait-il dans la question? Est-ce que le crédit est destiné aux congrégations religieuses ?
M. Langlois. Mais nous l'augmentons, le crédit.
M. LE COMTE Albert de Mun. Je reviens à la qualité de citoyens que les religieux ont au même titre que les autres , et que vous n'avez pas le droit de méconnaître.
M. Langlois. Vous n'avez pas lu la fin de l'article ; vous n'avez pas voulu la lire.
M. LE COMTE Albert de Mun. Oh ! je sais bien qu'il y a un argument qu'on va peut-être m'opposer ; je l'ai entendu formuler dès le début de mon discours, et tout à l'heure encore dans des interruptions qui
sont parties de ce côté {l'orateur désigne la gauche), on veut faire une distinction entre certaines congrégations et d'autres ; on dit que Ie> religieux dont le supérieur général est hors de France sont dans une condition spéciale, qui en fait en quelque sorte des étrangers, ou du moins qui les place dans une catégorie à part et qui les met, pour ainsi dire, au ban du reste de la France.
Je vais droit à cette prétention; car, en pareille matière, il ne faut pas laisser d'équivoque , et il faut s'expliquer fi-anchement.
Messieurs, nous n'accepterons jamais, personne parmi les catholiques n'acceptera jamais une pareille distinction , parce qu'elle est une violation du droit de la conscience, un outrage fait à notre foi, dont elle méconnaît l'unité fondamentale, et parce qu'elle est ainsi une menace directe contre nous tous.
Qu'est-ce qu'est donc pour vous le supérieur général d'un ordre religieux? Est-ce que l'autorité qu'il exerce sur ses membres a pour objet, a pour effet de les soustraire à Faction des lois de leur pays ? Est - ce qu'il intervient dans les rapports qu'ils ont comme citoyens avec les autorités civiles de leur propre nation? (Bruit îi rfauche.)
Non ! il est le gardien de la règle religieuse , il gouverne les consciences, il maintient l'unité, il est le lien entre toutes les fondations de l'ordre qu'il représente et le centre de la religion catholique. C'est-àdire que son domaine est de l'ordre spirituel et qu'en réaUté vous n'avez pas à vous occuper de son existence , pas plus qu'à connaître des constitutions particulières aux congrégations. Ces choses -là ne sont pas de votre ressort. Elles ne relèvent que de la conscience.
l'^l, (■oiiiinenl! c'est à l'iieui'e où vous nous raij[)clez les lois <}ui déiruisent la reconnaissance des ordres religieux ])ar rislat (jue vous venez nous parler d'une disliiiclion paieille, que vous venez vous occuper de savoir quelle est la constitution, quelles sont les règles de tels ou tels d'entre eux, et subordonner à ces règles les rapports que vous aurez avec leurs mennbres ! Mais c'est une contradiction Ibrmelle.
Ou plutôt c'est autre chose, c'est plus que cela. Et je retrouve dans cette inacceptable, dans cette insoutenable prétention, un écho de l'accusation qu'on nous jette de temps à autre à la face , que les catholiques ne sont pas des citoyens comme les autres, parce qu'ils relèvent d'un chef étranger. Il faut, en elïet, être logiques et conséquents.
Si on fait contre certains religieux un cas d'exception de ce qu'ils ont leur supérieur hors de France, il faut aller plus loin et mettre dans le même cas tous ceux qui reconnaissent à Rome un chef suprême de leur conscience et de leur foi. Ceux-là, ce sont tous les catholiques. Et voilà comment je dis que la prétention qu'on nous oppose est un outrage à notre religion.
Le fondement du catholicisme, sa pierre angulaire, c'est l'unité, et dès que vous nous contestez le droit de nous rattacher librement au centre de notre foi, vous faites un acte de violence. C'est ce que disait M. Thiers, en 1865, au Corps législatif; il parlait de la question romaine, et il disait : « Porter atteinte au principe des catholiques, qui est l'unité de la foi, maintenue par un chef étranger, — il disait alors souverain du pays qu'il habite, — porter atteinte à leur
principe, c'est une violation de la liberté de conscience ! »
Voilà ce que disait M. Tiiiers, et nous ne disons pas davantage.
Ah! vous ne voulez donc i)as comprendre ce que c'est que cette grande pensée de l'unité catholique et cette union intime, étroite, indissoluble, qui nous attache tous, religieux et laïques, au centre de l'Église. Si vous ne le comprenez pas aujourd'hui, je ne sais pas ce qu'il faut pour vous le faire entendre.
Est-ce que vous n'avez pas su ce qui s'est passé il y a quelques jours à Notre-Dame ' ?...
M. Paul de Cassagnac. Il y avait cinq ou six républicains.
M. LE COMTE Albert de Mux. ... à Notre-Dame, où vous n'étiez pas, et où, malgré votre absence et vos dédains, la France a donné le spectacle d'une admirable manifestation nationale , qui s'est répétée de ville en ville et l'a mise ce jour-là en communion avec toutes les nations catholiques. (Applaudissements à droite.)
Est-ce que vous ne savez pas qu'il y a aujourd'hui d'un bout à l'autre du monde un frisson de joie et d'espérance... (Oh! oh ! à gauche. — Très bien! sur plusieurs bancs du côté droit), parce que notre deuil est fini, et que nous pouvons saluer dans Léon XIII l'éternelle jeunesse de l'Église de DieuV (Applaudissements sur plusieurs bancs à droite.)
Voilà ce que c'est que l'unité de la foi , et vous n'avez pas le droit d'y toucher ; c'est une question qui regarde
' Au service solennel pour le repos de l'âme du pape Fie IX.