‹ Discours du comte Albert de MunChapitre 20 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

de disliibution de buUelins de vote, et qu'il a ainsi oublié les devoirs de sa position. »

Eh bien, je vous ai dit, Messieurs, que je ne plaidais pas les circonstances atténuantes, et je vais vous en donner la preuve. Je me suis plaint du sieur Étesse , c'est parfaitement vrai, et je n'ai pas attendu pour cela la lutte électorale de 1877 : connaissant les faits que le directeur général révèle dans sa lettre, je me suis hâté, dès 1876, de les signaler et de faire remarquer qu'il était impossible de laisser là un homme qui avait fait du bureau de la régie un lieu de propagande électorale. (Rumeurs à (jauche. — Très bien! très bien! à droite.)

On a mis longtemps à me donner satisfaction, voilà tout! Mais, quant à moi, je n'admets pas que je doive me défendre de cette révocation -là. [Assentiment à droite.)

11 y a eu aussi deux receveurs des contributions indirectes qui ont été révoqués. M. Leroy en parle dans son rapport, et j'ai déjà eu l'occasion de lui observer qu'il y avait là une erreur de fait.

M. Leroy, il est vrai, n'en a pas reparlé tout à l'heure, mais le rapport est la pièce principale...

M. Leroy. Vous faites erreur; je n'ai signalé qu'une révocation dans le rapport. Si vous voulez bien vous reporter au rapport...

M. LE COMTE Albert de Mun. Je ne demanderais pas mieux; mais cela nous prendrait trop de temps.

Ce que je veux montrer ici, ne l'oubliez pas , c'est la manière dont les protestations ont été faites.

Si M. Leroy n'a pas retenu celles-ci, dans tous les cas il ne niera pas qu'elles n'aient figuré au dossier.

De ces deux receveurs donc , victimes de la candidature officielle, l'un a été révoqué pour fait de concussion; il a été poursuivi judiciairement et il a été condamné à cinq ans de réclusion. {Exclamations diverses.)

M. Leroy. Je n'ai jamais parlé de deux révocations.

M. LE COMTE Albert de Mun. Encore une fois, on en a parlé dans le dossier.

M. Laisant. Vous voulez en parler? Soit, nous en parlerons.

M. Benjamin Raspail. Dans la sous- commission, on ne vous a parlé que d'une révocation.

M. le comte Albert de Mun. Permettez, Messieurs; je n'ai pas indiqué à M. le rapporteur, avant qu'il vint à la tribune, les choses dont je désirais qu'il parlât. Je vous prie de me laisser la même liberté et de ne pas entraver la marche de ma discussion.

Ce que je veux, je vous le répète, bien plus que répondre au rapport lui-même, c'est prouver que le grand nombre de protestations invoquées aujourd'hui pour demander l'enquête ont été rédigées de telle sorte, que beaucoup d'entre elles ne méritent pas qu'on s'y arrête ; c'est établir qu'il n'y a aucune parité entre les protestations et les dénégations , et qu'ainsi tout le raisonnement qu'on tire du conflit d'affirmations contradictoires ne repose sur rien de solide.

D'ailleurs, en dehors de l'administration des finances, vous n'avez rien signalé. Pas un juge de paix, pas un instituteur, pas un magistrat révoqué ni déplacé; et tout à l'heure, avant de finir ce discours, j'espère vous montrer qu'il n'en est pas toujours ainsi, et que, depuis que la candidature otiicielle est abolie et que le

Gouvernement a cessé d'intervenir dans les adaires électorales, l'arrondissement de Pontivy est moins bien traité qu'il ne r(''L;ul, après le 10 mai. (Très bien! à dru'Ue. )

M. Bourgeois. C'est partout comme cela.

M, LE COMTE Albert de Mun. Voilà donc, Messieurs, pour ce qui regarde les faits généraux de la candidature officielle; j'ai hâte d'arriver à ce qui l'ogarde les faits particuliers.

Ici l'honorable M. Leroy, après avoir fait ressortir ce très grand nombre de protestations, nous a parlé de vingt-quatre nouvelles pièces qui sont venues s'y ajouter.

En effet. Messieurs, il est arrivé vingt- quatre pièces nouvelles qui m'ont été communiquées avant hier. Je sais très bien que l'honorable M. Leroy a fait ce qu'il a pu, et ce n'est certes pas à lui que j'entends adresser un reproche; mais enfin voilà le fait. On a eu sept mois pour travailler à protester contre mon élection, sept mois pour prouver qu'elle est illégitime...

M. CûRENTJX GuYiio. On attendait la commission d'enquête ! {Exclamations et rires à droite. — Allons donc !)

A gauche. Eh bien , mais c'est très naturel !

M. LE COMTE Albert de Mun. L'honorable M. Corentin Guyho a, en effet, absolument raison, et j'allais vous le dire.

En effet, ces vingt- quatre nouvelles pièces auxquelles on attache une importance considérable, qui doivent porter le coup décisif à mon élection ; ces vingt-quatre pièces, c'étaient les documents réservés à la commission d'enquête... Et peut-être n'avez- vous pas oublié qu'hier, en arrivant à la Chambre, vous

avez trouvé dans vos pupitres ou dans vos cases un journal intitulé le Télégraphe . qui a été distribué à tous les députés, et qui contenait un article intitulé en grosses lettres : « L'élection de Pontivy. »

A droite. Et il a été distribué gratuitement.

M. LE COMTE Albert de Mux. « Depuis la rentrée des Chambres, » dit ce journal, « ^ingt-quatre nouvelles protestations ont été adressées à Versailles contre l'élection de PontiAy. »

Et comme le disait Thonorable M. Corentin Guyho, « bien des protestations, ajoute-t-il, avaient été tenues en réserve pour la commission d'enquête... » (Ah ! ah ! à gauche.)

A droite. Parfaitement!

M. LE COMTE Albert de Mux. Mais comme on voit que la commission d'enquête ne vient pas, on se décide à les donner, en sorte que je vous demande ce que la commission d'enquête va trouver dans le Morbihan, puisqu'on ^^ent de vous donner tout ce qu'on réservait pour elle. (Très bien! très bien! à droite.)

Un membre à gauche. Nous pouvons invalider tout de suite , alors !

M. le comte Albert de Mun. Et alors, si ces pièces ne sont pas écrasantes, si elles ne sont pas tellement probantes qu'il n'y ait plus de doute possible, qu'est-ce donc qui va nous apporter la lumière?

Ce sont donc, Messieurs, ces vingt-quatre pièces qu'il faut examiner bien \ite et avec un soin particulier.

Je me plaignais tout à l'heure que la communication ne m'en avait été faite qu'avant-hier, et j'en avais quelque raison : je répète qu'il n'y a rien dans mes paroles qui s'adresse à l'honorable M. Leroy, lequel

me les a transmises aussitôt, je crois, qu'elles ont 6t6 h sa disposition.

Mais il y a de quoi s'étonner, ce me semble, qu'après sept mois de recherches, après sept mois de travail, après avoir épuisé dans tout le pays tous les moyens d'action dont on dispose, après avoir tout remué, on vienne, l'avant-veille de la discussion, apporter vingtquatre pièces nouvelles, quand on sait qu'il faut quatre ou cinq jours pour le moins pour recevoir de Bretagne une réponse sérieuse !

A gauche. C'est pour cela qu'on réclame l'enquête !

M. LE COMTE Albert de Mun. J'aurais donc, je le répète, quelque raison de me plaindre de cette communication tardive; mais j'en ai perdu l'envie après avoir parcouru le dossier, car il y a dans ces pièces nouvelles de quoi prouver dix fois ce que j'avance, en montrant jusqu'à l'évidence combien ces protestations ont été faites légèrement.

Tout à l'heure l'honorable M, Leroy a accumulé, dans les dernières minutes de son discours, un certain nombre de ces protestations, qui sont le corps même du débat. Il avait longuement parlé de la polémique des journaux ; il s'était longuement étendu sur la polémique électorale; mais quand il est arrivé aux faits sur lesquels, en définitive, on a motivé la demande d'enquête, le temps lui a manqué, et il était si pressé qu'il n'a même pas pu faire connaître les réponses opposées à ces protestations.

Il faut donc que je comble cette lacune ; car il y a parmi ces protestations des allégations qui ont reçu des démentis formels et tels qu'il n'en reste absolument rien.

Ainsi on cite un aubergiste qui aurait refusé de loger un agent de mon adversaire et de lui donner à manger. J'ai demandé des renseignements dans la commune, et le débitant lui-même, non seulement proteste, mais il déclare ici, sous sa signature, que Fagent en question a couché une nuit chez lui et y a mangé pendant deux jours. (Rires à droite.)

Je demande qu'on me dise s'il y a égalité de valeur entre Tallégation et la dénégation.

L'honorable M. Leroy a tout à l'heure beaucoup fait rire l'assemblée par le récit d'une autre protestation , celle-ci du genre gai, car il y a de tout dans mon élection. Il raconte que, dans une commune, la salle du scrutin a été envahie par des jeunes filles du bourg sous la conduite d'un vicaire. Cela est très gai; mais ce qui l'est moins , c'est qu'il y a contre cette histoire une protestation des habitants delà commune, qu'on a oublié de nous faire connaître.

Je l'ai ici entre les mains : elle est signée , non pas seulement par le vicaire ainsi incriminé , mais avec lui par onze pères de famille qui viennent avec indignation se plaindre que, sous le prétexte de ser\ir une cause électorale , on ose li^Te^ leurs filles à des plaisanteries de mauvais goût dont le retentissement peut avoir pour elles, dans leur pays, d'aussi fâcheuses conséquences. {Très bien! très bien! à droite.)

Il y a aussi dans le dossier des protestations, et, vous le voyez, je ne fais que prendre au passage quelques citations, parce que, si je voulais tout lire, je serais obligé de vous retenir ici si tard, que votre patience s'en lasserait assurément ; il y a naturellement dans le dossier des protestations tout le cortège obligé.

surtout, lorsfiLi'il s'agit (Je; l'aircHulisscmont fie Ponlivy, do la pression clôricale, des sermons, do l'aclion des recteurs et des vicaires.

Voici, par exemple, une commune dans laquelle on raconte que, le dimanche du vote et le dimanche précédent, le vicaire a fait un sermon électoral dans lequel il signalait mes adversaires à la méfiance de ses paroissiens.

Or, disent les signataires d'une contre -protestation, au nombre de 13, le vicaire n'a fait de sermon ni le dimanche du vote ni le dimanche précédent.

Je vous le demande encore, est-ce que vous trouvez qu'il y a mérite égal entre la protestation et la réponse? Est-ce que la lumière n'est pas suffisamment faite? Est-ce qu'il y a besoin d'une enquête pour s'éclairer là-dessus? {Exclamationa à gauche. — Très bien! très bien! à droite.)

Eh })ien, il en est de même partout, et je vais vous dire pourquoi : parce que, la plupart du temps, les protestations émanent , ou d'un concurrent malheureux, qui garde quelque mauvaise humeur de son échec et qui se fait renseigner par des dires qu'il accueille avec trop de facilité; ou bien, ce qui est pire encore, par une sorte d'agence de protestations que les longues épreuves électorales de l'arrondissement de Pontivy ont contribué à y faire germer. (C'est cela! à droite.)

Il y a là, dans les chefs -lieux de cantons, des personnages qui s'arrogent le droit de former entre eux un véritable tribunal enquêteur, qui rédigent les protestations et qui les signent eux-mêmes, sans se soucier des habitants des communes au nom desquels ils parlent. Et j'en ai même dans ma circonscription

qui sont si zélés, si ardents, que le champ de leur canton ne leur suffit pas, et qu'ils ont été exercer leurs investigations jusque dans l'arrondissement voisin, contre l'élection de mon collègue, M. le prince de Léon ; c'est de cette fabrique de protestations cantonales que sortent la plupart de celles qui sont dirigées contre mon élection.

Les réponses que j'y apporte, au contraire, sont toutes signées par des électeurs de la commune, qui disent ce qu'ils ont vu et entendu.

Et qu'on ne vienne pas nous dire que c'est la terreur qui empêche mes adversaires de trouver des noms à l'appui de leurs protestations. J'ai souvent entendu produire cet argument-là pendant la première partie de la vérification des pouvoirs et dans les séances des bureaux ! On disait que le pays , incertain de savoir qui triompherait du ministère du 16 mai ou de la majorité républicaine, était courbé sous la peur des représailles et que personne n'osait encore se plaindre.

Mais il y a longtemps de cela, c'est de l'histoire ancienne, et je vous assure que mes adversaires, — j'en parle avec connaissance de cause et avec le souvenir des ardeurs d'une lutte qui dure depuis deux ans, — je vous assure que mes adversaires ne sont pas si timorés que vous le croyez, et que la terreur ne les arrête pas, surtout quand vous êtes les maîtres, quand ils sont appuyés par un sous-préfet dont je dirai un mot tout à l'heure, quand ils ont pour eux le Gouvernement, quand ils se sentent encouragés de toutes manières, et qu'on leur donne sept mois pour travailler à faire invalider mon élection. {Applaudissements à droite.)

Non! s'il n'y ;i pas, au bas dos profosUitions, des signatures plus nonnbreuses et plus dignes de foi, c'est qu'il ne pouvait pas y en avoir.

Mais je reviens à ces vingt-quatre pièces, où j'ai trouvé d'autres choses encore. On y voit (\ue raffiche blanche avait été attribuée aux candidats officiels pour leurs noms, leurs professions de foi et leurs circulaires. Eh bien, c'est absolument faux, au moins pour l'arrondissement de Pontivy. Il y a eu l'affiche blanche pour mon nom, mais jamais ni une profession de foi ni une circulaire n'a été affichée sur papier blanc. Voilà encore sans doute un produit de l'agence de protestations.

Il y a encore l'histoire ridicule de cet ordre qui aurait été donné aux maires de laisser diriger les élections par les vicaires. Lorsque j'ai vu cela s'étaler dans le journal le Télégraphe en lettres majuscules, j'ai pensé qu'on allait produire ici une dépèche que je n'avais pas connue, et tout à l'heure j'attendais cette révélation.

J'ai été bien surpris d'entendre M. Leroy présenter d'abord cette allégation comme un fait indéniable, et puis nous dire : « Faisons une enquête, et peut-être qu'en cherchant bien dans les bureaux de la souspréfecture on retrouvera les traces de cet ordre, s'il n'est pas détruit comme les autres. »

Messieurs, j'admire que vous demandiez l'enquête alors qu'il n'y a même pas un commencement de preuve; car jusqu'ici c'était là, si je ne me trompe, la règle établie. J'ai déjà quelque expérience en cette matière, et je me rappelle que la première fois que j'ai été soumis à l'enquête, on vous disait : « Il y a des

faits qui ne sont qu'à moitié prouvés, cherchons les preuves qui nous manquent; la lumière n'est pas entièrement faite, faisons une enquête pour découvrir la vérité. » Mais ici rien de tout cela : un article du Télégmphe, et c'est tout! Est-ce que cela peut suffire à justifier une enquête'? (Tz-ès bien! très bien ! à droite .)

On a parlé encore d'un don fait à une église, et on a dit que c'était un de ces encouragements particuliers donnés aux candidatures officielles. Messieurs, tous mes collègues du Morbihan connaissent cette histoire. Elle n'est pas contemporaine de la candidature officielle. Il s'agit de l'église de Kernascléden, qui est un monument historique célèbre dans tout le Morbihan.

En 1876, au mois de décembre, par une anomalie assez singuhère, un orage violent venant à éclater, la flèche, renommée pour sa beauté, fut entièrement brisée par la foudre et détruisit, en tombant, une partie de l'édifice. Je fais appel au souvenir de mes collègues du Morbihan; tout le monde se mit à l'œuvre, chacun suivant sa part d'influence, et je ne doute pas que mes adversaires n'en aient fait autant pour obtenir de l'administration , alors entre les mains des républicains , les secours nécessaires afin d'aider la très petite commune à laquelle appartient cette église à supporter les frais considérables des réparations qu'il fallait faire à la suite de ce désastre.

Ces secours , je dois le dire , ne se firent pas longtemps attendre, et, bien avant le 16 mai, on avait accordé des sommes considérables ; il y en a eu encore après le 16 mai , mais c'était la réalisation de promesses antérieurement faites à la suite de demandes anciennes. ( Vives marques d'approbation à droite. )

Et jo ne comprends pas (|ii'oii vienne ici invoquer contre nos élections les elTorls que nous avons pu faire, les uns ou les autres, pour faciliter la reconstruction d'un monument historique (jue tout le Morbihan connaît, et dont il est fier h juste titre. (Très bien! très bien ! à droite. )

Messieurs, qu'y a-t-il encore dans ces vingt-quatre pièces? Je reste sur ce terrain de préférence, parce que vous n'avez pas oublié ce que le journal a dit, ce que l'honorable M. Corentin Ciuyho a répété : que ce sont là les pièces de l'enquête, celles qui devaient être données à la commission, les documents décisifs, écrasants, qui doivent servir à réduire mon élection en poussière. (Très bien! et rires à droite.)

Un membre à gavrlie. On n'a pas dit cela!

M. LE COMTE Albert de Mux. Eh bien, j'y Aois encore le récit d'une visite faite dans une école communale de garçons, où j'ai été reçu par le maire ceint de son écharpe, et au chant d'un cantique.

Cette histoire est très vraie. Messieurs; mais il n'y a qu'un malheur, c'est qu'elle est un anachronisme : elle date du temps où j'étais un député validé. Cela n'a pas duré très longtemps, il est vrai; mais pendant ce court espace de temps, en allant visiter ma circonscription électorale à l'époque des vacances de Pâques de 1877, j'ai eu, je le confesse, l'audace de visiter, en parcourant les diverses communes, les maisons d'école, comme c'est, je le crois, la coutume des députés en général, et comme, en tout cas, je manque moi-même le moins possible à le faire.

Eh bien, je me souviens que, en effet, dans cette commune de Pluméliau , il y a eu un cantique chanté

parles enfants, un cantique de catéchisme. Messieurs, c'était un hoinieur bien innocent que ces entants voulaient me faire, et personne dans la commune ne prévoyait, à ce moment-là, que ce chant deviendrait un motif d'invalidation invoqué contre moi! {Aj^plaudissements à droite.)

Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi les réunions publiques dont on a parlé : l'une, à la foire de Saint- Nicodème, dans cette même commune de Pluméliau ; l'autre, à la fête, au pardon, — car c'est le vrai nom, — de Crénenan. Ce sont des réunions publiques, vous ne l'avez pas oublié, où je serais venu patronner ma candidature.

Oui, il y a eu un pardon à Saint-Nicodème, et un autre à Crénenan, comme il y en a tous les ans à la même époque; mais j'étais absent de l'arrondissement, et je n'ai été ni à l'un ni à l'autre. Il y a eu, c'est vrai, une lettre de convocation ; mais depuis quand une lettre de convocation constitue -t- elle la preuve d'une réunion publique? Je croyais, au contraire, que c'était la condition nécessaire d'une réunion privée.

Et d'ailleurs, par suite d'un malheur de famille, j'avais été appelé hors de l'arrondissement, et je n'étais ni au pardon de Pluméhau ni au pardon de Crénenan. Dès lors je vous demande ce que j'ai pu y faire pour recommander ma candidature. {Rires approhatifs à droite.)

Mais je veux encore donner un exemple, et ce sera le dernier, de ce que valent ces protestations. L'honorable M. Leroy n'a pas eu le temps de vous hre tout ce qu'il y a dans ces vingt-quatre terribles pièces. Lorsque je les ai eues sous les yeux, j'ai rencontré une

allégation (jui m'a vivement impressionné , parce qu'elle touchait à une œuvre dont quelques personnes savent que je m'occupe particulièrement.

On (lisait qu'un f^erclo catholique d'ouvriers avait été transformé en lieu de réunion électorale, et on citait une lettre de convocation qui y appelait les électeurs : c'était dans la commune do Gourin. La lettre de convocation est au dossier ; j'avoue qu'en la voyant je me suis demandé un moment si ma mémoire me servait mal.

Cette lettre est ainsi conçue :

« Monsieur,

(' Vous êtes prié de vouloir bien assister à une réunion du Cercle catliolique d'ouvriers de Gourin , qui sera tenue le jeudi 31 août au local du Cercle, sous la présidence de M. le comte Albert de Mun, secrétaire général de l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers, député du Morbihan.

« Le président du comité du Cercle catholique d'ouvriers de Gourin,

K Le Bouar, ancien notaire.

« N. B. Cette lettre vous servira de carte d'entrée. «

Vous avez entendu, Messieurs, le jeudi 31 août; or, en 1877, le 31 août était un vendredi; c'est en 1876 que c'était un jeudi. (Rires à droite.)

Et on dit que le président sera le comte Albert de Mun, député du Morbihan. Te ne crois pas, Messieurs, que personne ici suppose qu'après la dissolution j'aie usurpé un titre qui ne m'appartenait plus. Je me rappelle bien, en effet, qu'en 1876, après ma réélection, au mois d'août, alors que j'étais de nouveau

député, j'ai été faire une visite à ce cercle de Gourin, et que j'y ai prononcé, devant un auditoire assez nombreux, une allocution d'où la politique était entièrement absente.

Voilà le fait, Messieurs, et je crois que je puis dire que cette protestation -là rentre encore dans la catégorie des autres. (Applaudissements à droite.)

M. Leroy. Je n'ai pas parlé de ce fait -là.

M. LE COMTE Albert de Mun. Je le sais. Mais il faut bien que je réponde à tout ce qu'il y a dans ces vingtquatre pièces qu'on m'a remises à la veille de cette discussion , et que l'on voulait réserver pour la commission d'enquête ! Il fallait bien les examiner; je les ai examinées, en effet... (Bruit à gauche), et je dis ce que j'y ai trouvé.

Eh bien, Messieurs, n'êtes -vous pas frappés de la légèreté, pour ne pas dire plus, avec laquelle sont ré ligées ces protestations?

M. Leroy n'a pas tenu compte de toutes. Il ne les a pas toutes produites à cette tribune, c'est possible! Mais n'oubliez pas qu'il disait : « Voilà un monceau de protestations, et à côté un autre monceau de dénégations; l'un et l'autre se valent, et c'est pour cela qu'il faut une enquête. » C'était le raisonnement fondamental. Eh bien, j'ai maintenant le droit de répondre : Vos protestations n'ont pas de valeur, et les dénégations que je vous ai apportées sont plus que suffisantes pour les réduire à néant.

Un membre à droite. Ce n'est qu'un château de cartes. Il suffit de souffler dessus.

M. LE COMTE Albert de Mun. Mais j'ai hâte d'arriver à la fin de cette discussion.

On a parlé des polémiques de la presse. Oui , Messieurs, ces polémiques ont été vives, ardentes, violentes (pielquelbis, je le reconnais. Kilos l'étaient parce que la lutte l'était aussi ; elles r(Haieiit parce que, depuis 1870, cet arrondissement de Pontivy a été, un peu par votre faute, Messieurs, livré à une agitation électorale permanente... (Réclamations à gauche. — Applaudissemcnts à droite), parce que, depuis deux ans, cet arrondissement est, pour ainsi dire, en fièvre, que les partis y sont en présence depuis le 20 février 187G jusqu'à l'heure présente...

Un membre à gauche. Et le 16 mai !

M. LE COMTE Albert de Mun. ...et qu'alors, dans ces conditions -là, naturellement la passion s'en mêle, les esprits s'animent, et la polémique s'en ressent.

On a parlé beaucoup aussi. Messieurs, de certaines condamnations judiciaires, qu'on a invoquées pour témoigner de l'ardeur déployée par mes amis.

Je A^ous dois un mot de ces condamnations. Il y en a une qui se rapporte à la candidature de M. Lefèvre ; l'autre est relative à celle de M. Le Maguet. Pour ce qui est du fait concernant M. Lefèvre, j'ai une rectification grave et importante à faire.

D'abord, en parlant des jugements, on a négligé de dire qu'un seul, celui qui a été prononcé contre les journaux, est définitif; celui qui a frappé trois de mes partisans ne l'est pas , puisqu'il est déféré à la cour de Rennes et que celle-ci n'a pas rendu son arrêta

Quant au fait en lui-même, voici les explications que j'ai à donner.

' Les jugements furent annulés par la cour d'appel de Rennes.

M. Lefè\Te avait été préfet de l'empire dans le Morbihan, comme on l'a dit, et il s'était passé sous son administration un fait capital qui a laissé dans la mémoire des habitants du pays des traces profondes : c'était la construction de la préfecture de Vannes, commencée sous son prédécesseur et terminée sous ses successeurs. Or il résulte de documents authentiques, que je vais vous faire connaître sans aucun commentaire, que, sous l'administration de M. LefèATe, les plans primitifs approuvés pour cette construction ont reçu de sérieuses modifications.

Dans la séance du conseil général du 26 août 1865, le rapporteur de la deuxième commission, M. le colonel Lenglier, après avoir constaté que cette révélation avait provoqué dans le sein du conseil une « profonde -tupeur », dit, après énumération du de\is nouveau et en présence d'un tel ensemble de modifications, " que la manière de procéder, quant à la construction de la préfecture de Vannes , a été aussi insohte que répréhensible, et quant à la manière d'administrer et quant aux droits d'examen et de contrôle du conseil général ; et il propose au conseil de déclarer qu'il repousse avec la plus grande énergie la responsabilité d'actes auxquels il est resté complètement étranger. >> {Ah! ah! à droite. )

Le 9 juin de l'année suivante, le Corps législatif était saisi, à la suite de cet incident, d'une proposition tendant à autoriser le département du Morbihan à contracter un emprunt extraordinaire. La discussion fut vive. Plusieurs orateurs y prirent part, parmi lesquels des hommes que nous comptons aujourd'hui au nombre de nos collègues.

C'est d'abord M. le haron de J.'iii//', (|ui, « comme grand propriétaire du Moi'hihan et comme membre de lu commission chargée d'examiner le projet d'em^)runt, demande le renvoi h la commission pour des faits très graves et pour une irrégularité légale incontestable; comme propriétaire, parce que c'est en prélevant une certaine somme sur l(^s fonds destinés à nos chemins de grande communication qu'on fera face aux dépenses exagérées de la préfecture du Morbihan. »

M. de Janzé fait ensuite l'historique de l'afTaire, et expose ce qui s'est passé au conseil général de 1865.

« Le conseil, dit-il, avait été trompé sur la situation; il reconnut l'existence de deux projets, dont le second n'avait pas été soumis à l'approbation du conseil général et ne portait l'estampille d'aucun ministère. » (Mouvement.)

M. Jules Brame s'élève à son tour contre la proposition, et déclare que la préfecture coûtera 1,200,000 fr., tandis que primitivement elle n'en devait coûter que 500,000. « Cette somme, dit-il, est prise en grande partie sur les ressources destinées aux chemins vicinaux... ; la question intéresse tous les départements. »

C'est enfin M. le marquis d'Havrincourt qui proteste comme membre d'un conseil général contre de semblables pratiques : « il ne voudrait pas que la dépense incombât au département ; mais que, après avoir cherché qui a commis la faute, après que, dans un nouveau rapport, on aura fait connaître qui est responsable, ce responsable soit sévèrement puni. » (Très bien! très bien! à droite.)

Je vous devais. Messieurs, ces explications, afin que vous ne puissiez pas croire que, quelle que fût

l'ardeur de la lutte, on se fût oublié jusqu'à attaquer la vie privée du candidat. Non, il s'agissait de sa vie publique, de sa vie administrative, au sujet de laquelle on a rappelé un fait qui était dans la mémoire de tous les habitants du Morbihan. Peut-être s'est-on laissé aller, dans les commentaires qui accompagnaient cette révélation, à quelques appréciations excessives. C'est là ce que le jugement a visé, et pas autre chose. Et la preuve, c'est qu'en voici les premiers considérants :

« Attendu qu'ils (les défendeurs) ont justifié, par les documents produits dont la valeur ne peut être contestée, les assertions relativement aux modifications apportées par le préfet Lefèvre , de son autorité privée, seul, en dehors de tout contrôle, au plan précédemment voté et approuvé par la préfecture de Vannes , et qu'ils ont également prouvé que, par suite de ces modifications, les dépenses se sont considérablement augmentées... »

M. Benjamin Raspail. Vous allez vous faire du tort auprès des bonapartistes !

M. LE COMTE Albert de Ml'n. Tels sont les faits. Je vous devais la vérité, vous la connaissez maintenant tout entière.

Je passe. Messieurs, aux attaques dirigées contre le candidat, républicain qui, elles aussi, ont donné lieu à des jugements rendus contre les journaux.

Ce n'est pas, je me hâte de le dire, que je veuille me plaindre des décisions de la justice. Je professe pour elle un trop grand respect pour tomber dans cet écart.

Je ne partage pas à cet égard les sentiments de M. le

rjork'ur Lo Map[unl, (jui ('crivaif tlaiis une protestation dont j'ai trouvé le texte quelque part flans le volumineux dossier de mon élection, et à propos du tribunal de Ponlivy, qui s'était déclaré incompétent sur cette affaire :

« J'aimerais mieux avoir affaire au diable qu'à la justice de mon arrondissement! » (Bruyante hilarité. )

Pour moi, je ne pense pas comme lui. J'aime mieux les juges que le diable, même quand ils condamnent mes amis. (Très bien! très bien! à droite. )

Donc, Messieurs, je ne me plains pas des décisions de la justice. Mais il faut que je vous fasse connaître à quelle occasion ont eu lieu ces attaques contre le candidat républicain. M. Le Maguet, dont j'aime à invoquer l'autorité dans cette matière, avait exprimé, à propos des élections , un précieux aphorisme.

Il disait, dans une circulaire pleine d'intérêt, celle précisément dont on prétendait tout à l'heure qu'une saisie de journal avait empêché la diffusion, tandis qu'elle a été répandue par tout l'arrondissement, et que j'en ai ici un exemplaire sous la main; il disait donc dans cette circulaire, et dans un style imagé dont il a le secret : « Quelque blindé que puisse être un candidat, avec une observation patiente et quelques occasions, on finit toujours par savoir à peu près , suivant l'expression populaire, ce qu'il a dans le ventre. » (Rires à droite. )

Messieurs, il ne faut pas rire de cela...

A gauche. Nous ne rions pas.

M. LE COMTE Albert de Mun. Je parle à ceux qui rient. Je sais bien que vous ne riez pas, vous, parce

que ceci n'est drôle que pour nous. {Nouveaux rires à droite.)

Dans la précédente lutte électorale, M. le docteur Le Maguet, tout pénétré de la grandeur de la mission qu'il allait avoir à accomplir en soutenant la lutte dans l'arrondissement de Pontivy, avait écrit une lettre demeurée célèbre parmi les électeurs :

« La lutte se passe au-dessus de nos têtes , s'écriait-il; ombres de Bossuet et de Loyola, vous êtes en présence. »

Messieurs, l'ombre de Loyola, c'était moi !... {Exclamations et rires. )

M. Georges Perin. Et l'ombre de Bossuet'?

M. LE comte Albert de Mun. L'ombre de Bossuet , c'était l'autre. {Rires prolongés à droite.)

Eh bien, Messieurs, M. Le Maguet voulait donc que, quelque blindés que fussent les candidats , on essayât de savoir d'où ils venaient et ce qu'ils voulaient. 11 n'avait point toi't, et la précaution était bonne, en effet, surtout en ce qui le concernait, car la première fois que nous nous étions rencontrés sur le terrain électoral, — au '20 juillet 1876, — il avait adressé une circulairre électorale à MM. les maires et les membres du clergé de l'arrondissement de Pontivy, que voici , et où il leur disait :

» Vous , Messieurs , qui êtes les tuteurs naturels de ce mineur émancipé que l'on nomme le suffrage universel , vous devez éclairer l'électeur et le guider dans le choix de ses représentants. » {Exclamations à droite. )

Et dans cette même circulaire, énumérant tous les titres qu'il avait à la confiance de ses concitoyens, il

citait entre autres celui-cM, il disait: a. J'ai vu le pape à Ilome, et j'ai reçu sa bénédiction au Vatican. » (Nouvelles exclamations et rii'es sur divers bancs.)

A la même épcxpie, il écrivait à l'un des curés de l'arrondissement pour lui annoncer sa candidature, et il disait : « Il me semble, ou je m'illusionne bien fort, que, si le clergé adopte ma candidature, il triomphera sur mon nom. »

Depuis ce temps-là, M. le docteur Le Maguet était devenu le furieux adversaire des candidatures adoptées par le clergé et des électeurs guidés par lui dans le choix de leurs représentants.

Vous comprenez qu'alors, en présence de ces fluctuations, il devenait assez intéressant de rechercher d'où il venait en réalité et ce qu'il voulait.

Deux documents pouvaient y aider puissamment.

L'un, c'est le Journal officiel de la Commune du dimanche 30 avril 1871, où on lit : « Par arrêté du délégué au ministère de la guerre, ont été nommés, le 27 avril :

(( Le docteur Le iMaguet, médecin- major du 94« bataillon. »

Le délégué à la guerre était alors le général Cluseret.

Un membre à gauche. C'est contraire à la vérité.

M. LE COMTE Albert de Mun. Cet arrêté emprunte une importance particulière à une disposition qui le précède et qui prescrit que les chirurgiens et les médecins -majors doivent suivre leur bataillon.

Il y avait un autre document : c'était une lettre écrite, le samedi 29 octobre 1870, dans le journal le Combat , dont le directeur était Félix Pyat. Cette lettre se terminait ainsi :

« L'histoire à la main, et d'accord avec l'opinion publique à Paris, je demanderai que de nos capitaines on fasse des généraux, de nos sergents des capitaines, et de nos généraux des réformés. »

Signé : « Docteur Le Maguet. »

{Bruit et mouvements divers.)

Ces documents. Messieurs, ont donné lieu à une polémique qui a été déférée au tribunal...

Ua membre à gauche. Faites donc connaître le jugement qui a été rendu.

M. LE COMTE Albert de Mun. La justice a condamné les commentaires. Je m'abstiendrai d'en faire. {Rumeurs à gauche.)

J'ai passé en revue devant vous, Messieurs, les principales des protestations qui ont été élevées contre mon élection; j'ai cherché quelle en était la valeur. Je vous ai rappelé et je vous répète ce qui a été le résultat de celte lutte poUtique de plusieurs mois, conduite avec la vivacité que vous venez de voir. Après tout cela, un de mes concurrents a eu 1678 voix, un autre 0822, et moi 12512.

Voilà le résultat.

Et puisqu'on a fait de l'histoire rétrospective, laissezmoi vous parler à mon tour de ce qui s'est passé jusqu'à aujourd'hui dans l'arrondissement de Pontivy, et vous verrez si c'est bien l'intérêt de cet arrondissement et son repos qu'on a devant les yeux, quand on demande l'enquête, sous prétexte de l'arracher à l'immoralité que le suffrage universel y a répandue.

Il y a deux ans, une première lutte électorale avait lieu. Le caractère des candidats, les principes engagés

y soulùvorit tout à coup une ardcui" inaUeudue, et dans ce pays, liabilué jusque-là 'a des élections faciles, les passions s'animent; un deuxième tour de scrutin devient nécessaire.

Bientôt une enquête est ordonnée : elle bouleverse le pays. C'était un procédé inconnu dans le Morbihan ; personne n'y était préparé. Pendant trois mois la circonscription de Pontivy est agitée, troublée; elle ne sait quand et comment elle retrouvera le calme perdu. [Réclamations à gauche. — Très bien! — C'est vrai! à droite.) Au bout de cela une invalidation , puis une nouvelle période électorale; et puis alors, l'année dernière, la grande lutte que vous savez, dont le retentissement se prolonge jusqu'à l'heure où je parle.

Un membre à gauche. Qui est-ce qui Ta provoquée?

M. LE COMTE Albert de Mun. Qu'importe? cela empêche-t-il l'arrondissement de Pontivy d'être livré aux ardeurs d'une lutte continuelle? Voilà donc ce qui s'y passe depuis deux ans; qu'est-il sorti de là? On vous l'a dit tout à l'heure.

J'y avais été appelé par le vœu spontané des électeurs, parce que je représentais des sentiments conformes à ceux de la majorité de la population. Du jour au lendemain, j'avais vu se former entre ces hommes et moi, ces hommes profondément catholiques, comme je le suis moi-même... (Très bien! très bien! et applaudissements à droite), un lien intime, une confiance réciproque, qui bien vite s'était accrue dans l'échange d'une mutuelle cordialité. Mon invalidation survient, et on tire argument de ce que le nombre de mes voix a diminué à ce moment -là.

— '2il —

Oui, parce qu'alors que j'étais à peine connu dans le pays, on avait abusé de la situation et qu'on faisait dire partout : « Ce n'est pas la peine de voter pour M. de Mun : la Chambre l'a invalidé, elle n'en voudra jamais. » Alors il y a du trouble et de l'hésitation dans les esprits, pas assez cependant pour m'arracher la majorité.

Cependant une année s'écoule ; dès lors ma position s'affermit. On a tout à l'heure beaucoup ri de ce que j'avais dit aux électeurs que je les connaissais, que leurs visages et leurs noms m'étaient familiers; on a essayé de tourner ces paroles en ridicule, en disant que je prétendais connaître 25000 électeurs.

Messieurs , cela n'est pas sérieux. Ce que j'ai voulu dire, ce qui est vrai et ce qui n'est pas risible, c'est que, du jour où j'ai été appelé dans cette circonscription , je ne me suis pas contenté de l'honneur d'être élu : j'ai voulu faire connaissance avec elle et me mettre en rapport direct et constant avec les habitants du pays. Mes collègues du Morbihan le savent, pendant ces deux années je n'ai pas perdu une occasion de parcourir le pays, de visiter les familles. (Applaiidissements à droite. )

Et alors, oui, c'est vrai, j'ai vu avec joie grandir de jour en jour autour de moi la confiance et l'affection, parce que c'est un pays qui s'attache profondément à ceux qu'il aime.

M. LE VICOMTE DE BÉLizAL. Et il VOUS Sera toujours tidèle :

M. LE COMTE Albert de Mun. Voilà pourquoi ma majorité s'est accrue. {Nouveaux applaudissement^; à droite. )

M. CoHiiNTiN (luYiio. Alors retournez devant vos électeurs !

M. LE COMTE DK COLBEHT- I.AI'LACE. RetOUmCZ-y

vous-mèrne !

M. LE COMTE Albert de Mun. Je vous demande donc si vous voulez condamner l'arrondissement de Pontivy à une troisième année de troubles. Eh bien, oui, je crois que vous le voulez. (Interruptions et murmures à gauche.)

Maintenant que je vous ai tout dit pour ma défense, que j'ai passé en revue les protestations et que j'ai apprécié leur valeur, parlons un peu de votre enquête 1

Vous la demandez, non pas seulement à cause de mon élection, mais, vous l'avez fait voir en commençant, parce qu'il faut que le Morbihan soit soumis k ce régime, parce qu'il faut que la lumière républicaine aille enfin éclairer ce département arriéré, ce département d'ignorants!

Ce n'est pas d'aujourd'hui que vous lui reprochez cela. Je me rappelle qu'au lendemain de nos élections, vous écriviez déjà dans vos journaux qu'elles étaient dues à des peureux et à des ignorants. Eh bien, je vous assure que, si vous aviez fait le tour de l'arrondissement de Pontivy à ce moment-là, vous auriez vu d'abord que mes électeurs n'étaient pas des peureux , et ensuite qu'ils n'étaient pas des ignorants; car ils vous auraient regardé en face et montré qu'ils vous comprenaient à merveille. (Très bien! très bien! à droite.)

Ce qu'ils ignorent, ce sont les passions que vous voulez semer dans leurs cœurs , et si voulez dire qu'ils

sont arriérés parce qu'ils sont encore attachés à leurs vieux sentiments de foi , parce qu'ils demeurent fidèles à ceux qui leur dévouent leurs forces en vivant au milieu d'eux, vous avez raison! (Très bien! très hien! à droite.)

Oui, il y a des choses qu'ils ignorent, mais ce n'est pas ce que vous croyez; et il y en a d'autres qu'ils savent bien, et auxquelles vous ne pensez pas, par exemple, ce que sont vos enquêtes.

On a déjà vu des enquêtes dans l'arrondissement de Pontivy; on sait ce qu'elles sont et où elle mènent... {Interruptions à gauche.) Oui, Messieurs, on se souvient de celle qui a été faite il y a deux ans. Savez-vous ce qui s'y est passé?

Tous les gens sans aveu , tous ceux qui avaient de petites vengeances à satisfaire, tous les petits ambitieux, tous les politiques de village sont venus déposer devant la commission. (Réclamations à gauche. — Très bien! très bien! à droite.)

Un membre à gauche. Vos électeurs sauront cela!

M. LE COMTE Albert de Mun. Sans doute mes électeurs sauront ce que je dis; mais cela ne m'empêche pas de le dire, au contraire, car je suis sûr qu'ils m'approuveront.

Donc tout le monde est venu déposer devant la commission et charger d'accusations les prêtres des paroisses, les maires des communes, les hommes les plus respectables de la contrée.

La commission est revenue. M. le rapporteur n'avait pas assisté à l'enquête : il n'avait fait que classer les documents , il ne pouvait pas en apprécier la valeur ; mais le président, l'honorable M. Bethmont, y avait

assisté, ilavjiiU lilesLômoins, otiI(!t;iili'ov(!iiu convaincu de la validité de mon élection ; il le disait et il a voté pour nnoi.

J'ai été pourtant invalidé, et on a invité le ministre de la justice à suivre l'afTfiire, à instruire le procès des accusés, à rechercher les coupables et à faire des exemples.

Le ministre de la justice, qui était, alors comme aujourd'hui, M. Dufaure, se mit sans doute en devoir de satisfaire la Chambre, et quelque temps après il eut l'occasion de lui en rendre compte dans une séance de la discussion du budget; faisant allusion à l'élection de Pontivy : « J'ai demandé, disait- il, à mes procureurs généraux de faire ouvrir des informations sur les faits principaux qui m'avaient été signalés.» (Interruption.!^ et rires à ff anche.)

Oui,' Messieurs, riez! Le Journal officiel d'alors constate que déjà, ce jour-là, vous en avez fait autant, et aussi que M. Dufaure vous en a témoigné une assez vive indignation.

« Mais il est arrivé là. Messieurs, — continue le ministre, — ce qui arrive bien souvent. Les témoins les plus prompts à répandre des bruits , appelés devant le juge d'instruction ou devant le procureur de la République, ne se sont plus souvenus de tous les faits qu'ils avaient racontés. »

Eh bien. Messieurs, cela se passera encore de même. La commission ira dans l'arrondissement de Pontivy; elle y ira entourée de tout l'appareil parlementaire et de tout le prestige que vous avez cherché à lui donner par la solennité des résolutions qui l'ont instituée. (Rumeurs à gauche.)

Mais dans ce pays- là, que je commence à bien connaître, tout cet appareil sera absolument vain... (Dénégotioiis à gauche. — Vif assentiment à droite), parce que tout le monde sait parfaitement que, quels que soient les titres de cette commission, elle n'a aucun droit déterminé et que les citoyens sont libres envers elle. (Exclamations à gauche et au centre.)

Messieurs , ce n'est pas moi qui le dis ; c'est encore l'honorable M. Dufaure, qui, malgré lui, nous donnera éternellement des armes contre vous.

Répondant, au Sénat, à M. de Kcrdrel, quelques jours après l'institution de la commission d'enquête, il disait :

« Ici , Messieurs , et relativement au pouvoir exécutif, et relativement aux simples citoyens, il y a une lacune certaine dans notre législation. Il est impossible de le contester; et, si le gouvernement nous apportait un projet de loi pour régler les droits des commissions d'enquête parlementaire, les formes dans lesquelles elles devraient procéder, il aurait raison. (^ C'est une matière à régler. »

M. Charles Floquet. Nous sommes tous de cet avis !

M. LE COMTE Albert de Mux. Quelques jours après, par l'effet de votre victoire, M. Dufaure redevenait président du conseil et ministre de la justice. Il se souvenait sans doute de la déclaration qu'il avait faite au Sénat, et, en effet, nous avons alors tous lu dans les journaux qu'une commission spéciale était instituée pour préparer une loi sur les droits des commissions d'enquête parlementaire. Mais je ne sais ce qui s'est passé, si on a eu des scrupules, si on a rencontré des

— 2Wi —

difficultés; ce qui est certain, c'est que la loi n'est pas faite, c'est qu'elle n'a rnèrne pas été proposée.

Suivant le mot de M. Dufaure, c'est une niatière à régler.

A droite. Très bien ! très bien !

M. LE COMTE Albert de Mun. Eh bien, tant que cette loi n'existera pas, les fonctionnaires pourront bien recevoir des ordres et y obéir, mais les simples citoyens resteront absolument libres de comparaître ou de ne pas comparaître devant la commission d'enquête. (Rumetirs à gauche. )

A droite. C'est évident !

M. Albert Joly. Nous nous contentons de la façon dont elle fonctionne ! Nous nous contentons de ce que nous avons !

A gauche. Oui ! nous en sommes contents !

M. le comte Albert de Mun. Et alors, Messieurs, les choses seront absolument les mêmes qu'en 1876.

L'autorité faisant défaut au magistrat et la sainteté du serment n'enchaînant pas le témoin, on verra encore arriver devant la commission tous ceux qui auront des vengeances à satisfaire , des rancunes à exercer, quelque ambition à assouvir... (Murmures et dénégations à gauche.)

A droite. C'est vrai ! c'est vrai !

M. LE comte Albert de Mun. ... et plus tard, quand on voudra poursuivre et faire la preuve, quand les vrais juges interviendront, ce sera comme le disait l'honorable M. Dufaure : tous les témoins, si pressés de venir déposer, ne se souviendront plus de rien.

Voilà la nécessaire destinée de votre commission

d'enquête. (Exch()i)(it'n}i(>i à (juMcho. — Xi^i^i'oltaixon à droite. )

Mais je me trompe : elle aura un autre effet encore, celui-là plus pratique. Elle préparera mon invalidation et l'élection de l'un de mes adversaires. {Protestations à gauche etaucentre. — C'est cela! Très bien ! à droite .)

Et si vous voulez toute ma pensée, je vous dirai que je crois que la proposition d'ajournement a été faite pour cela; que ce qu'on veut, c'est gagner du temps pour permettre à mon concurrent de préparer son élection.

Voix diverses à gauche. Nous ne voulons rien préparer !

M. LE COMTE Albert de Mun. Et ce qui me donne le droit de le croire, c'est que l'œuvre est déjà commencée. On n'a pas attendu jusqu'à aujourd'hui : depuis quatre mois, on est à la besogne. (Bruit et mouvements divers.)

Messieurs, l'autre jour, M. le sous -secrétaire d'État de l'intérieur, que je me réjouis de voir au banc du Gouvernement...

M. Lepère, sous -secrétaire d'État de l'intérieur, se levant. Je vois que vous allez aborder un sujet à propos duquel j'ai une communication à vous faire. (Bruit.)

A droite. N'interrompez pas !

M. le sous -secrétaire d'État. Monsieur de Mun, voulez-vous me permettre de vous faire cette communication?

M. le comte Albert de Mun. Très volontiers.

PJusieuri< rnemhres à droite s' adressant à M. de Mun. Parlez ! parlez 1 — Ne vous laissez pas interrompre ! — C'est votre droit !

M. LK i'ni':sii)i:.NT. (jucl ihod'!

Un wpinhrc à droite. Le droil. de pailr-r sans cire interrompu!

M. LE PRÉSIDENT. C'est avec l'autorisation de l'oiateur que M. le sous -secrétaire d'État va prendre la parole.

(j\f. le comte Albert de Miin se retire sur les marckcs de la tribune.)

M. LE SOUS-SECRÉTAIRE D'ÉtAT A L'INTÉRIEUR, <'i In

tribune. M. le comte Albert de Mun a écrit à M. le ministre de l'intérieur une lettre par laquelle il l'a averti qu'il s'occuperait, dans la défense de son élection, de l'attitude de l'administration dans l'arrondissement do Pontivy.

Cette lettre est arrivée à M. le ministre de l'intérieur trop tard pour qu'il pût venir à la séance, et il m'adresse de Paris une dépêche que je mets sous les yeux de M. de Mun, et qui peut-être lui conseillera de ne point entrer dans l'examen d'une question qui est absolument étrangère à la validité de son élection.

A droite. Comment? étrangère!...

M. LE sous-sECRÉTAiRE d'État. Voici cctto dépêche :

" Paris, 18 mai 1878, 4 h. 55 m. du soir.

« Intérieur à sous-secrétaire d'Etat intérieur, à Versailles.

a Je reçois de M. de Mun une lettre dans laquelle il m'annonce l'intention de signaler l'attitude de l'administration depuis la nomination du sous-préfet actuel. Sa lettre m'arrive trop tard pour que j'aille à Versailles. Je vous prie de vouloir bien l'en informer. •»

Gomme la dépêche m'est arrivée alors que M. de Mun

— 2'fO —

était à la tribune, je n'ai pas pu l'informer plus tôt, et voilà pourquoi je me suis permis de l'interrompre.

' ... Je ne pense pas crailleurs que Ton puisse laisser tourner en interpellation la défense de l'élection de M. de Mun, que je remercie néanmoins de son avis. »

Un membre à droite. En ce cas, il faut remettre la suite de la discussion à lundi î

Plusieurs membres à droite. Oui ! à lundi !

A gauche et au centre. Non ! non !

M. DE Baudry-d'Assox. Si vous invalidez aujourd'hui M. de Mun, comment pourra- 1- il s'adresser au ministre luudi?

M. LE COMTE Albert de Mux. Je n'avais pas cru, en effet, par courtoisie, devoir aborder à la tribune une question intéressant si directement M. le ministre de l'intérieur sans l'en prévenir; et je comptais d'avance que M. le sous- secrétaire d'État, qui, l'autre jour, a dit ici avec des accents émus qu'il n'y avait plus de candidature officielle et qu'on ne pouvait faire au Gouvernement actuel une plus mortelle injure que de la lui reprocher, je comptais d'avance qu'il serait assez sur de lui pour me permettre, sans en être trop effrayé, au moment où je vais peut-être être exclu de la Chambre, de dire deux ftiots de ce qui se passe dans l'arrondissement de Pontivy.

A gauche. Faites une interpellation.

M. DE Baudry-d'Assox. Quand M. de Mun pourra-t-il la faire, si vous l'invalidez aujourd'hui?

M. LE COMTE Albert de Ml^\ D'ailleurs, Messieurs, il y a pour moi un intérêt de premier ordre à le faire, et je vais vous dire pourquoi je n'y renonce pas. {Bruit.)

A (Imite. Parlez! parlez!

M. LE COMTE Albeut J)E Mun. Cu (juc je veux vous prouver, c'est que votre enquête est le moyen de préparer mon invalidation, ot pour cela il faut bien que je vous dise ce qui ce fait contre moi, puisque c'est là mon argument.

A gauche. C'est une interpellation !

M. le comte Albert de Mun. Non, ce n'est pas une interpellation. Si je voulais faire une interpellation, je prendrais en détail tout ce qu'il y a à dire, et ce serait long. Mais je ferai un choix, je ne citerai que deux ou trois faits, deux ou trois lettres qui me sont parvenues, pas davantage; cela suffira bien, soyez-en sûrs, et je suis persuadé que M. le sous- secrétaire d'État luimême le reconnaîtra.

A gauche. C'est étranger à la question ! Voix diverses à droite. Mais pas du tout ! — C'est, au contraire, le vif de la question !

M. LE comte Albert de Mun. Je ne m'arrêterai pas. Messieurs, sur les mesures générales prises par l'administration, ni sur le déplacement du juge de paix de Pontivy, réduit, par cette disgrâce qu'il ne pouvait accepter, à la situation la plus pénible, ni sur la mise à la retraite d'un percepteur soupçonné de sympathie pour moi , ni sur la démission forcée du receveur particulier, ni sur les menaces adressées à tous les fonctionnaires suspects.

Il y a, à l'heure qu'il est, dans l'arrondissement de Pontivy, une sorte de terreur organisée , et la délation y est déchaînée. {Exclamations ironiques à gauche et au centre.)

Oui, Messieurs : quiconque est soupçonné d'avoir

quelque sympathie pour moi ou pour les idées que je

représente est immédiatement dénoncé, et souvent

sans miséricorde. On dit de ceux-là, — c'est le langage

de M. le sous- préfet de Pontivy, — « qu'ils sont de la

clique cléricale. » Mais je ne veux pas insister, et je

me borne maintenant à donner la parole aux témoins

dont j'ai les dépositions... et même, si vous le voulez,

je m'arrêterai après le premier, cela suffira; vous

verrez.

« Guiscriff. 23 mars.

« Nous, soussignés, conseillers municipaux de la commune de Guiscriff, certifions que, le 24 mars 1878, M. Démangeât, sous-préfet de Pontivy, nous a convoqués et réunis, à trois heures de l'après-midi, dans la salle de la mairie, où il nous a tenu un langage plus qu'étonnant dans sa bouche.

« Il a commencé par une violente diatribe contre M. de Mun, notre député, ce qui nous surprenait étrangement. D'après lui, M. de Mun est un homme de rien. » (Interruptions à gauche et au centre.)

Comment! vous ne voulez déjà plus entendre?...

A gauche. Si ! si ! — Continuez.

A droite. Oui ! oui ! — Continuez ! — C'est édifiant I

M. LE COMTE Albert de Mun. Je continue :

(( D'après lui, M. le comte de Mun est un étranger qui ne peut défendre les intérêts du pays qu'il représente, un homme qui nous a été imposé, non par les prêtres ni par les hommes influents du pays, mais par les jésuites...

« Gomme le conseil, qui connaît M. de Mun pour l'avoir vu, refusait de souscrire à ces paroles, le souspréfet, visiblement ému, pour ne pas dire en colère,

nous tlil avec dépil: M. du M un estd<»iic v<jlru hoinrno'.' Kh bien, nous vous le renverrons... C'était nous annonccf d'avance l'invalidation de noLn; dcj)ulé.)/ (Exclamaliuns à (jauchc.)

A droite. Très bien ! tiès bien !

A (jauche. Le sous -préfet n'a pas pu tenir un pareil langage !

M. LE COMTE Albert de Mun. « Ensuite M. le souspréfet nous lit un éloge pompeux de M. le docteur Le Maguet, (ju'il compte sans doute nous imposer. M. Le Maguet, voilà un homme capable!... un homme du pays..., qui a gardé les vaches, comme vous..., qui est allé à Paris compléter son éducation..., qui s'y est mis à étudier la médecine et s'est fait recevoir docteur... M. de Mun est-il capable d'en faire autant? Non, sans doute. M. Le Maguet, voilà l'homme qu'il faut... »

Ce n'est pas un fait isolé; j'ai sous la main tout un dossier plein de déclarations pareilles.

A gaucfie. Lisez ! lisez !

A droite. Oui ! lisez ! lisez !

M. LE COMTE Albert de Mun. Eh bien! oui, je vais lire.

« Le jour du tirage au sort, à... »

Un membre à gauche. Avez -vous communiqué ces pièces au rapporteur ?

M. Leroy. Je demande la permission de faire observer à M. de Mun que je lui ai communiqué toutes les pièces qui étaient dans mon dossier, depuis la première jusqu'à la dernière, et que je n'ai reçu aucune communication des pièces dont il donne en ce moment connaissance à la chambre. (Exclamations diverses à gauche.)

M. LK coAiTK Albert de Mln. Je ne puis pas admettre ce reproche, et je tiens à y répondre.

Je comprends qu'il soit nécessaire de communiquer au rapporteur les pièces qui ont trait aux faits d'une élection durant la période électorale; mais rien ne m'obligeait...

M. Emile Bouc:iiet. C'est de la casuistique romaine!

M. LE COMTE Albert de Mux... mais rien ne m'obligeait à lui communiquer des pièces qui n'ont pas été faites pour être jointes au dossier...

M. Albert Joly. Si elles sont relatives à des faits étrangers à l'élection, pourcjuoi en parlez- vous? (Approhat'wn à gauche.)

Voix diverses à droite. Laissez donc parler. — Vous devez écouter la défense !

M. LE comte Albert de ^Iun. Je reprends ma lecture :

« Le jour du tirage au sort à Guéméné, le tirage étant terminé, le sous -préfet retint les maires du canton et leur dit que tous ceux qui lui feraient de l'opposition seraient brisés par lui ; qu'il fallait voter pour ^L le docteur le Maguet, qui, dit-il, est un ami, possède ime riche résidence à Paris, a beaucoup d'influence et peut faire l'impossible pour le pays, tandis que M. de Mun ne peut rien. Puis, s'adressant directement à l'un des maires présents , il lui reprocha d'être le partisan de M. de Mun. »

M. Charles Floquet. Qu'est-ce que tout cela? Ce sont de pures allégations ! Ce sont là des pièces de fabrique cantonale qui ne présentent aucune garantie !

M. LE COMTE Albert de Mu.x. Non! c'est signé par les habitants des communes qui ont entendu.

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