‹ Discours du comte Albert de MunChapitre 24 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

c'esl l'Kgline asseivic parl'Klal. ( Aiiijlftiidifificiiienls sur plusieurs bancs à druile.)

Il y a quatre-vingts ans, quand la nation s'assemhia pour porter rfriicdc aux uiaux (jui la dévoraient, si, à cette heure solennelle, se souvenant qu'elle était la fille aînée de l'Kglise, elle était retournée franchement à sa vocation chrétienne , elle aurait pu se sauver par la réforme de ses moeurs et de ses institutions. Au lieu de cela, elle a renié d'un seul coup son titre et sa tiadition pour se jeter dans les bras de la Révolution ; et cette erreur funeste a décidé du sort de tout un siècle, (l'est elle qui a rendu stériles les intentions généreuses, les efforts honnêtes et jusqu'aux progrès de l'esprit et des mœurs, el qui condamne la société moderne à se retourner sur sa couche, comme la patrie de Dante, sans jamais y trouver le repos.

Voilà le mal. Messieurs, et il ne sera guéri que par un retour aux principes contraires; c'est là, dans ce grand travail de réforme sociale, qu'est la contre-ré\olution, et voilà l'idée, voilà la cause que nous servons dans FŒuvre des cercles catholi(|ues d'ouvriers. (Ah/ (ih! à gaurJu'.)

Je comprends qu'on la combatte, mais je ne comprends pas qu'on la dénature et qu'on la réduise au rang d'une petite machine électorale. Attaquez-la donc en face, une bonne fois seulement; mais n'attendez pas pour cela que je ne sois plus dans cette Chambre. {Hires à droite. — Rninetirs à gauche.)

T'n membre à (jauche. Ce n'est pas aimable pour vos amis : vous n'êtes pas seul !

M. LE COMTE Albert de Mun. J'entends une interruption à laquelle je demande à répondre. On me dit que

je ne suis pas seul ici pour défendre l'Œuvre des cercles catholiques d'ouvriers! Je le sais et j'y compte bien; mais j'ai dans cette Œuvre une part de responsabilité particulière que je revendique, et qui me donne le droit de prétendre à l'honneur de combattre pour elle! (Très bien! à droite.) Encore une fois, attaquez-la carrément, bien en face, au lieu de la prendre par des détours et d'essayer de la détruire en détail, comme vous le faites , par la fermeture des cercles !

M. Laroche-Joubert. Au nom de la liberté!

M. LE COMTE Albert de Mux. Déjà vos paroles ont porté leurs fruits dans le Morbihan. Le préfet a fermé le cercle de Gourin, et c'est son plus bel exploit.

Je voudrais bien savoir pourquoi ; mais quand les membres du cercle ont été demander communication des pièces qui pouvaient expliquer cette mesure, on la leur a refusée ; on s'est borné à leur dire qu'ils faisaient de la politique et qu'on leur interdisait de se réunir. Voilà tout.

.1 droite. Voilà la liberté !

M. LE COMTE Albert de Mux. Les membres du cercle n'en sont pas restés là; ils ont adressé un recours au ministre; le ministre n'a pas répondu... (AJi ! ah ! à droite ), et je suis bien sûr qu'il ne répondr;( pas. (Très bien! très bioi ! ù droite.) Mai.s alors les intéressés poursuivront devant la justice la réparation du dommage causé aux fondateurs du cercle par une interdiction que rien ne justilie. (P^xcItinKiiions ;,i)niques à gauche.)

M. LE yico.mte de Bélizal. Très bien! (lest leur droit !

M. LE cu.mte Albert de Mcn. .le dis : une interdic-

oî)'2

tiuii que lieii ne justifie, je ne dis pas : que rien n'exi)lique, car elle est suffisamment expliquée par les rancunes personnelles de M. le maire de (louiin.

M. le maire de Gourin a fait une déiiosiUou qui est fort longue, qui est la principale, au moins comme longueur, do toutes celles qui figurent dans le dossier, et on voit que la commission y a attaché une importance particulière.

M. Stenfort, — c'est son nom, — entre dans une foule de détails; il raconte toute son histoire personnelle, toutes ses mésaventures électorales, toutes les peines, toutes les difficultés qu'il a eues pour arriver à être nommé conseiller général; mais, par exemple, il omet de mentionner une facilité qu'il a eue, lui (jui s'est tant indigné de ma candidature officielle : quinze jours après, il était candidat officiel du même préfet, de la même administration du 10 mai. ( Hircs à droite)

Il ne dit pas non plus, lui si partisan de la liberté des citoyens, qu'il y a quelque temps, comme il devait y avoir à Gourin une réunion privée, organisée dans les formes les plus légales, et que je devais présider, il a aposté le brigadier de gendarmerie, un gendarme et le garde champêtre en travers de la route, pour intimider les personnes qui avaient été invitées.

Il ne dit pas cela, mais en revanche il laconte que pendant la période électorale, un jour de foire, à Gourin, je me suis tenu toute la journée à l'hôtel en compagnie du curé. Gela est absolument faux : le curé n'y a pas mis une seule fois les pieds.

Il raconte encore que le clergé lui a fait une opposition systématique, violente, et qui remonte très haut, — jusqu'en 1875, — parce que déjà à cette époque-là

on [)révoyait qu'il ferait obstacle à ma candidature. Ce qui est tout simplement risible : en 1875 j'étais au service, où je ne pensais pas du tout à devenir député, et personne à Pontivy ne songeait à me l'offrir !

Voilà la plus sérieuse, la plus considérable des dépositions, celle sur laquelle on attire toute l'attention. ( 7V('N bien ! très hioi ! à droite.)

M. Stenfort avait prêté serment de dire la vérité : et, à ce propos, M. le rapporteur se félicite beaucoup de ce dernier point; il fait remarquer qu'un très petit nombre de témoins ont refusé de prêter serment. Je trouve que M. le rapporteur a tort d'insister là-dessus, parce que ce serment -là ne fera pas beaucoup d'honneur à ceux qui l'ont prêté ; et il y en a beaucoup qui ne pourront s'en tirer qu'en expliquant qu'ils n'ont pas pris bien au sérieux. un serment qu'on n'avait pas le droit de leur demander... (Exclamations ironiques à Uanche. — Très hie)i ! très Jjien ! à droite), et qui était prêté sur une table ou devant un mur.

M. le rapporteur, à ce propos, témoigne dans son rapport une vive indignation de ce que nous avions, mes amis et moi, répandu dans le Morbihan, avant l'arrivée de la commission, une consultation de jurisconsultes, signée par un certain nombre de nos amis, qui valent bien les autres, et que nous avions, je pense, aussi bien le droit de répandre, que vous de répandre les vôtres dans tout le pays après le 16 mai.

A droite. C'est évident !

M. LE COMTE Albert de Mun. Vous arriviez dans nos départements environnés d'un grand prestige, escortés par les agents de l'administration, faisant

puilcr vus clhIuIcs de convocation |jai- les gendanues, eiitoun'îs cnlin de Imil l'apijarcil de la loiite-puissance, <l je ne sache pas que vous ayez soiij,'é à éclairer les populations sur l'étendue de vos droits. Il était donc nécessaire de combler cette lacune; il impoi'tait de ne pas laisser tout cet ajjpareil s'élalersans venir dire aux citoyens, qui auraient pu en être intimidés, que vos droits étaient limités, qu'on n'était nullement obligé de («tniparaitre devanl vous, et, si on voulait le faire, dans quelles conditions on le ix)uvait. Voilà pourquoi nous avons répandu cette consultation, non pas, comme on l'a prétendu , pour empêcher les témoins de comparaître devant la commission, mais pour leur indiquer quels étaient les droits de chacun.

Au reste, je vous demande ce que cela peut vous faire, puisque vous ne faisiez pas une enquête contradictoire, et que ce qu'il vous fallait ce n'était pas un rajjport, mais un acte d'accusation. Vous l'avez, et, permettez -moi de vous le dire, vous pouviez l'avoir à bien moins de frais ; car, si je ne savais pas que vos voyages avaient pour objet principal de manifester la puissance parlementaire, de faire voir aux administrateurs et aux administrés que tous les pouvoirs, y compris le pouvoir exécutif, sont courbés devant vous, et que vous êtes, à vous tout seuls, tout le Gouvernement, je me demanderais ce que vous êtes allés faire <lans le Morbihan. Je vous le répète, vous n'y avez rien trouvé de neuf, et M. Leroy pourrait être jaloux de ce que vous ne l'ayez pas laissé en finir avec moi, puisque c'est avec ses armes que vous allez m'achever. ( 7Vt!s bien! très bien! à droite.)

Est-ce que ce sont les circulaires de M. de Fourtou

<jue vous alliez chercher dans le Morbihan? mais elles étaient dans le Journal officiel : tout le monde les connaissait. Est-ce que ce sont les dépèches du garde des sceaux? Il y en a une, en effet, sur laquelle M. le rapporteur a beaucoup insisté, et qui a été commentée pendant ces trois derniers jours par tous les journaux <lu parti. Mais cette dépêche, vous la connaissez bien, car tout le monde ici pouvait se souvenir d'avoir entendu il y a un an, à cette tribune, M. le duc de Broglie en parler dans un langage d'une admirable éloquence et avec un accent de patriotisme indigné qui a retenti dans tous nos cœurs. {Rires, à gaaelie et HH centre.) Il n'a rien nié de ces mesures de rigueur que vous lui reprochez; il a dit, au contraire, que, pour l'honneur de son pays, plus encore que pour l'intérêt de son parti, il s'était servi de tous les moyens qu'il avait à sa disposition pour réprimer ce scandale sans précédent de Tappel fait à l'étranger pendant la période électorale... (Rumeurs à gauche. — Très hlen! à droite.)

Cette histoire d'une coalition de l'Allemagne et do l'Italie, en vue du succès des conservateurs, on en a fait cent fois justice; elle ne s'appuyait que sur le voyage d'un homme d'État dont on a su depuis quelles étaient alors les préoccupations.

Ah ! on a été bien mal inspiré en rappelant cette dépèche ; s'il y a quelqu'un à qui elle ne fait pas honneur, ce n'est pas au ministre qui l'a signée, c'est à ceux qui, pendant la période électorale, n'ont pas ci'aint de propager ce faux bruit de l'alliance étrangère pour assurer leur succès! (Applaudlsseinents sur plusieurs hancs à droite.)

KsI-co (|iie (-'(î-sl cela ([iic vous élus allés chercher on IJrelagne, ou bien sont-ce les circulaires et les alliches de M. le préfet du Morbihan'? Mais M. Leroy les avait toutes lues ici à la tribune; il n'en avait pas omis une seule ; tout cela était au grand complet.

Qu'est-ce que c'est donc, encore une fois, que vous êtes allés chercher? et qu'est-ce que vous avez découvert?

.le n'ai trouvé que deux histoires nouvelles : l'une qui est relative au sous -préfet de Pontivy, celui qui a été remplacé pendant la période électorale , M. Hyrvoix ; et, en passant, je suis l)ien aise de vous dire que vous vous êtes trompés en pensant qu'on l'avait révoqué parce qu'il était tiède. Il a toujours été, au contraire, et il est encore d'un dévouement absolu à la cause rjue je représente, et je puis garantir qu'il n'a pas du tout mérité vos éloges sur ce point.

Donc on raconte qu'un jour il a parlé de moi dans une réunion publique en m'annonçant comme l'envoyé de Dieu. (On rit.)

Eh bien, il faut mettre cela dans le dossier de ceux qui n'ont pas cru que prêter serment obligeait à dire la vérité. M. le sous-préfet de Pontivy n'a jamais tenu ce langage ridicule.

Il y a une autre histoire dont on a fait beaucoup de bruit; M. le rapporteur y insiste beaucoup, et les journaux de ces trois derniers jours l'ont répétée avec force détails et une grande indignation. C'est une dépêche de M. le préfet des Côtes -du -Nord à M. le sous-préfet de Pontivy, où il y a ces mots : « Prévenez M. de Mun que je vais le débarrasser de l'autre homme. »

M, le rapporteur ne sait pas quel est « l'autre homme »: il s'en émeut, il cherche et il trouve! C'est, à n'en pas douter, le procureur général de Rennes.

Eh bien, M. le rapporteur, votre imagination vous a très mal servi; il n'y avait pas de quoi faire tant de bruit dans les journaux. Ce n'est pas le procureur général de Rennes; je ne le connais pas, et je ne me suis jamais occupé de lui. Mais je ne veux pas tenir longtemps votre esprit en suspens. Je vais vous dire quel était cet autre homme. Vous avez visé trop haut : il s'agissait... d'un receveur buraliste. {Rires à droite.)

M. Allain-Targé, rapporteur. Qui vous embarrassait !

-M. LE co.MTE Albert de M un. D'un receveur buraliste, nommé Étesse, dont, comme je l'ai moi-même raconté à la tribune, j'avais demandé la déplacement, non pas après le 16 mai, mais en 1876, parce que son bureau était un foyer de propagande électorale répubUcaine, ainsi que l'a constaté une lettre du directeur général des contributions indirectes que M. Leroy a lue ici tout au long. ^I. Étesse avait été nommé dans les Côtes-du-Nord ; seulement il essayait, en gagnant du temps, de rester dans mon arrondissement pour nie combattre à son aise. Le préfet l'a rappelé à son poste, et voilà le personnage que vous avez pris pour le- procureur général de Pvennes. (Xouceaux rires à tiroite.)

Cela déduit, que reste- t-il? 11 reste tout ce qu'il y avait ici, au mois de mai, entre les mains de M. Leroy. Rien de plus; j'allais dire rien de moins, mais je me trompe : à ce moment-là on avait fait beaucoup de bruit de la révocation d'un receveur des contributions

(|ui ;i vAv coikLiiiiik' à cinq ;ins de roc-liisioii ; inais tcllo l'ois M. Ali;iiii-T;i|-{?i'' a eu la piécaiilioii do n'en pas ]»arl('r : un de moins. — Faites le crjrrijiU; du reste, voulez-vous? Ce n'est pas c[ue je veuille m'excuser de rien... ; mais vous allez \oir tout à riu'ur<' |iour(|uoi je tiens h ce ((ue nos comptes soient bien en règle.

Voici : deux maires et un adjoint suspendus ou révoqués, et il e.st à remarquer, au |)oiMt de vue électoral, (jue dans les conunuiies des deux premiers j'ai eu <onnne toujours, et malgré cela, une infime minorité;

Ti'ois cabarets fermés, dont deux bien avant l'élection, pas du tout pour cause politique, mais |>oui" mauvaise tenue et pour désordres inqualifialjles...; le gouvernement réparateur les a rouverts, et la moralité publique ne s'en trouve pas mieux;

Un percepteur déplacé dans les conditions suivantes : on l'a nommé à un poste d'un revenu supérieur, en attendant qu'il lut possible de le placer avec avancement dans le voisinage de son pays, ce que j'avais toujours demandé pour lui et ce qui a été fait par le (Gouvernement du 16 mai lui-même avant sa chute;

Un buraliste déplacé, — c'est le procureur général de tout à l'heure, — et un commissaire de police envoyé ailleurs; c'est celui qui a si bien renseigné M. Allain- Targé sur l'organisation des cercles catholiques d'ouvriers.

Voilà le compte.

Et maintenant voulez-vous que je vous dise ce qui m'étonne? J'ai vu dans le dossier une pièce intitulée <• Mesures réparatrices ». C'est un tableau des dons de joyeux avènement du préfet du Morbihan : il a renommé les maires, rouvert les cabarets et rappelé le commis-

saire. Je n'ai rien à dire à cela ; mais savez-vous ce qui m'étonne? C'est de ne pas avoir vu à côté de ce tableaulà un autre tableau indiquant les représailles, les violences de l'ère de prospérité et les persécutions du gouvernement réparateur. Eh bien, ce n'est pas juste! la partie n'est pas égale et le pays ne peut pas juger. Il y a là une lacune, et, si vous le voulez, nous allons la combler. (ÎVèvs bien! </r.s bien! à droile.)

Savez-vous ce qui s'est passé? Il y a eu d'abonl le secrétaire de la sous -préfecture qui a été brutalement mis à la porte, sans souci de sa situation personnelle. Ce n'était pas un fonctionnaire du IG mai : il était en fonctions depuis plus de sept ans.

Il y a eu deux juges de paix condamnés à une disgrâce inacceptable et qu'ils n'ont, en effet, pas pu accepter. Il y en a un à propos duquel j'ai trouvé dans les dépositions le témoignage de M. Nouët, médecin à Locminé, qui dit que M. le juge de paix m'a accompagné dans toutes mes tournées électorales. Eh bien, il n'y a pas un mot de vrai ! Jamais le juge de paix de Locminé ne m'a accompagné ; il avait pourtant prêté serment, M. le docteur Nouët, et c'est peut-être sur cette dénonciation que ce juge de paix a été frappé , car il l'a été il y a fort peu de temps.

Le receveur particulier forcé de donner sa démission ; un receveur des contributions indirectes mis à la retraite d'office ; presque tous les percepteurs changés de place ; l'un d'eux ballotté pendant deux mois de poste en poste jusqu'à ce qu'on l'ait laissé tomber dans une résidence inférieure à celle où il était nommé auparavant , et encore sous la condition qu'il ne verrait point ses amis, ou tout au moins qu'il ne se rencontrerait

jitmais ch<j/ eux avec moi... {Mnniniicx ù ilioilr); un agent du service vicinal réduit par la menace à .se démettre ; toute la délégation -cantonale bouleversée ; les prêtres, toutes les personnes accusées de cléricalisme, e.Kclues de ses rangs: voilà le bilan de l'administration républicaine dans mon arrondissement. Ce ne sont pas des mesures réparatrices , cela ! ce sont des [)erséculions gratuites, sans provocation d'aucune sorte; c'est la délation érigée en système et toujours accueillie; ce sont les fonctions publiques livrées à toutes les rancunes, à toutes les vengeances locales; c'est la terreur administrative, et, de fait, elle est à ce point que je ne peux pas me permettre de saluer un fonctionnaire dans les rues de Pontivy, sous peine de le compromettre gravement. {liiros à t/<niclir. — Très bien! C'est vrai! à droite.)

M. HuoN DE Penaxster. C'est partout comme cela !

M. LE COMTE Aeheut i>e Mun. Et au-dcssus de tout cela, pour organiser cette chasse aux cléricaux, il y a le sous -préfet de Pontivy, M. Démangeât, dont j'ai eu l'occasion d'entretenir la Chambre il y a six mois.

En défendant mon élection à cette époque, j'ai porté à cette tribune de graves accusations contre ce fonctionnaire. J'ai lu des témoignages qui le représentaient comme parcourant les communes, réunissant les conseils municipaux , patronnant ouvertement mon concurrent, un homme comme il vous en faut, disait-il, qui a gardé les vaches comme vous; engageant à ne pas voter pour moi, qui suis mal avec le Gouvernement et ne pourrais rien obtenir pour le pays, puis s'emportant en invectives contre la religion et se vantant de ne pas saluer la croix devant une population qui a

l'habitude de le faire. Vous vous rappelez cela ; il y eut un grand tumulte : M. le sous -secrétaire d'État de l'intérieur m'interrompit pour me lire une lettre de M. de Marcère qui prétendait m'empêcher de parler de ces choses-là à propos de mon élection ; à gauche on criait : « Ce n'est pas vrai ! Nous réclamons des preuves; nous voulons l'enquête, l'enquête étabhra la vérité. » L'enquête a été faite, Messieurs; elle a été faite par vous, et je pense aussi par le ministère : on devait bien s'attendre à ce que je demanderais une explication là-dessus, et j'avais bien le droit de compter cette fois que M. le sous -secrétaire d'État ou son supérieur... {Rires à droite) seraient en situation de venir ici défendre leur subordonné. Eh bien, qu'a-t-onà me répondre? le ministre a eu six mois : pendant tout ce temps il est resté sous le coup de cette accusation sans rien faire pour venger son administration ou pour punir le scandale... S'il a quelque chose à dire, qu'il le dise !

Pour moi, je maintiens les accusations, je confirme tous les faits... Tous ces agissements continuent effrontément, avec un peu plus d'habileté, qu'on aura sans doute recommandée : voilà toute la différence.

Depuis un an, cela se passe ainsi : le Gouvernement ne peut l'ignorer, et ce sous-préfet est encore là..; il est encore là, et vous allez minvalider! et vous parlez de liberté électorale et de respect pour la conscience publique! iApplfnuU serments à droite.) Ah! notre candidature officielle, à nous, était au moins franchement avouée; osez donc en faire autant : dites que vous nous faites la guerre, une guerre acharnée, et que vous vous servez de vos armes mieux que nous ne

nous >()miii(,'S servis des nùlros. ( /lires ri n ftphaidisarjiirnls II driiili'. — hi'iii'ijnl imis ii i/aiirlir. )

M. 1*11 ax-Pahis. N'iiycz |)as l'Iiypociisic do le nier!

M. i.i; l'uKsiDKNi. N'iiiliirroinpc/. pas l'(ji'al.cui".

M. i.K coM'ii; Ai.iîi:in' i)i; Mi x. CcjinriHiiil ! en sont des rt''pul>licaiiis, ce sont les Jioiniiies du sullragc universel (jui acceptent une situation [)areille ! qui acceptait d'engager une lutte électorale dans ces conditions! Kli bien, inoi, Messieurs, qui ne suis pas un partisan du sulîrage universel... { K.rcItiiiuiliDiis ri aj)plaii(lissriiiriils iro)itqiU's l'i i/tiiirlir. — Aijilid ion pridotiifér.)

M. LE coAri'i-, Ai-ukut dk Min. Non, Messieurs, je ne crois pas à la souveraineté du nombre, et je suis persuadé qu'un pays qui appuie là-dessus ses inslitulions et ses lois est un pays qui s'achemine à la ruine. Eh bien, je devrais me réjouir et vous remercier, car vous êtes en train de porter au suffrage universel le plus rude coup qu'il ait jamais reru. (Trrs h'irn! sur jilKsiriirs liiinrs à droilr.}

Quand on l'ait des élections le cas que vous en faites, quand on traite comme vous les traitez les élus de la nation; quand, après quatre épreuves successives en irois ans, toujours couronnées de succès, onc(jndamne un arrondissement ;i en subir une cinquième, et qu'on prépare celle-là comme je viens de vous montrer qu'on le fait à Pontivy, on ébranle pour l'avenir toute l'autorité, tout le crédit du corps électoral, et un souverain qu'on méprise à ce point est bien près d'être renversé. {Applftudissonenls à droite.)

L'autre jour, je lisais un article de journal qui disait, à propos de M. Paul de Cassagnac, « que les paysans sont des gens habitués à s'incliner devant tout insigne

officiel, que ce soit lécharpe tricolore du maire, la soutane gi-aisseuse du curé, ou le jaune baudrier du gendarme; » et, ajoutait-il, « ils y regarderont à deux l'ois avant de mettre dans Turne le nom de ce jeune homme qu'ils sauront n'être plus le dispensateur privilégié des faveurs officielles. »

M. LepÈRE, Sous- secrétaire tV Éltd de Vudérienr. Quel est ce journal?

M. LE COMTE Albert de Mlx. Uh! c'esl un journal considérable de votre parti et qu'aucun de vous ne récusera, car il est un des organes favoris de cette population du 19*' arrondissement avec laquelle M. de Marcère a déclaré qu'il était en complète communauté d'idées et de sentiment... i Jtires à drode); c'est la Mu l'.sedl'ii^i' .

Ainsi, voiià donc le cas que Ton fait du corps électoral, (( gens habitués à s'incliner devant tout insigne «jfliciel, » et pour l'éclairer dans ses choix, on lui recommande de bien di.scerner quel est « le dispensateur privilégié des faveurs officielles ».

C'est la politique de mon sous -préfet quand il dit que ce n'est pas la peine de voter pour moi, parce que je suis mal avec le Gouvernement.

M. Thiers disait déjà sous Louis-Philippe, dans un de ses discours, que l'on en était venu à remplacer le règne des opinions par le règne des intérêts. Que dirait-il donc aujourd'hui, s'il entendait un pareil langage, s'il entendait dire aux électeurs que, pour choisir un représentant de leurs opinions, il faut regarder de quel coté est le dispensateur privilégié des faveurs officielles? Quelle élévation! quelle dignité! et que voilà une éducation bien propre à développer dans

— 'AOi — .

l'àmc i)()|)ulairc le stMiliim-iil de l;i lilteilé! Ah ! je vous le répèle, jamais lo siilTrago universel n'a reçu un couj) [)lus rude, et j'en ponirais dii-i; autant i\\\ régime paricmenlaire.

Vous nous r.iites assister à un spectacle qu'aucune Asseni])Iée n'avait donné avant vous. On avait vu des majorités maîtresses du pouvoir imposer leur prépondérance au Gouvernement et aux Chambres; on en avait vu se montrer intolérantes, violentes même pour leurs adversaires ; mais on n'avait pas encore vu exclure en masse la minorité, étouffer la contradiction en chassant les contradicteurs, et combattre l'opposition en la supprimant.

M. Charles Floquet. Mais on a vu cela au IG mai. (Riimeui'ti à droite.)

M. LE COMTE Albert de Mun. La dictature et la démagogie ont fait régner leur despotisme sur des nations muettes; mais on n'avait pas encore essayé de se donner pour un gouvernement libre, pour un gouvernement de discussion, et de s'établir sur les ruines de la discussion elle-même. ( Applinifris^cinfntii t) droite.)

Je ne sais pas quels seront vos successeurs, je ne sais pas si vous en aurez ; mais si le terme de la route où vous avez engagé la France doit être le naufrage du régime parlementaire , vous pourrez vous vanter d'avoir dans sa ruine une large part de responsabilité. (Vive approbation à droite.)

M. DE Baudry-d'Assox. Cette ruine -là ne sera pas un- grand dommage !

M. LE COMTE Albert de Mun. Mais votre système d'invalidations politiques a d'autres effets encore, et de plus directs. Quand vous en avez fini avec l'un d'entre

nous, quand la discussion est close et la sentence rendue, quel que soit le tumulte qu'elle ait soulevé dans cette enceinte, il se fait un moment de calme, et vous reprenez possession de vous-mêmes pour prêter Toreille à d'autres débats. L'affaire est finie : on passe à une autre! Mais au dehors, elle commence. Là-bas, dans ce département, dans cette circonscription dont l'élu vient d'être expulsé, la nouvelle se propage, et elle déchaîne toutes les violences ; les partis sont aux prises, et celui du vainqueur qui a poursuivi cette invalidation, non pas comme un acte de justice, mais comme une revanche pour lui-même... {Rédamations à f/anclie et an centre.)

A droite. Oui! c'est vrai.

M. LE COMTE Albert de Mlx. ... celui du vainqueur s'abandonne à toutes ses passions, et comme il s'appuie toujours sur la multitude, qui est partout prête au désordre, c'est elle qu'il charge de célébrer sa victoire. A chaque élection, les journaux nous apportent le récit des manifestations bruyantes, des violences commises, des menaces contre les personnes... (Protestations à rfa}(che et au eentre.)

Sur divers hanes. Où cela? où donc?

A droite. C'est vrai !

A çianche. C'est vrai pour vos partisans !

M. Henri Vilain. L'orateur calomnie le pays !

M. le comte Albert de Mun. Et tenez! Messieurs, j'ai lu dans certaines dépositions qu'on s'était plaint d'avoir vu le 14 octobre des patrouilles de hussards à Pontivy.

Savez -vous pourquoi il y en avait? C'est que, il y a deux ans , après ma première invalidation , dans cette

ville (Pi'diiiaireiiH'nl si paisiljjc, mais alors suroxcilée |)ar les passions, mes parlisaiis (Huienl liuûs, maltraités, pouisuivis ù coups de picn-es, cl ma famille insultée clans les rues, sans que le connnissaiie de police, celui-là même <]ue le gouvernement r('parateur vient de replacer à Pontivy, crût devoir rien faire pour empêcher ce scandale. (Miinjuircs à dioilc }

Voilà la République aimable, voilà son terme nécessaire, et voilà où vous nous conduisez!

Nous avons lu cet été, avec inliniment d'intérêt, les discours séduisants où M. le ministre des travaux publics ' s'efforçait de faire aimer la République, « cette République sage , libérale, tolérante, » qu'il ambitionne pour son pays.

D'autres ont, avant lui, prononcé ces discours et partagé ces illusions.

Un des directeurs de 1797, Barthélémy, disait déjà, lui aussi : « Une des obligations du Gouvernement est de rendre la République aimable ! » et quelques jours plus tard il traversait Paris couché dans une cage de fer, et traîné vers le navire qui allait le conduire à Sinnamary. (Rlrcx ii'0)iiqi(('f< à (/anche (H an centre. )

Messieurs, je ne veux pas dire, je ne veux pas prévoir assurément que nous soyons jamais destinés à voir MM. les ministres dans la posture de Barthélémy... ( Hires à droite); mais ce que je puis, ce que je dois prévoir, ce que nous avons le droit de dire, c'est que l'heure s'avance où la République aimable ne pourra même plus se nommer sans exciter la pitié ; c'est que l'heure de demain appartient fatalement à la violence

1 M. de Freycinet.

et que vous êtes, vous qui croyez à cette Répul)lique aimable, engagés sur une route où peut-être vous ne pourrez plus vous arrêter, mais où chacun de vos pas vous rapproche de votre ruine. (E.cclamation!< irotiiques à gauche et au coftrr.)

M. DE Baudry-d'Asson. Ils ne l'auront pas volé, et ce n'est pas moi qui les plaindrai! {Nouveauj- rires ù ijauclie. )

M. LE COMTE Albert de .Mun. Je sais bien que vous croyez que je me trompe, que vous avez la prétention d'être plus habiles que les autres. Et puis vous vous dites : Qu'importent ces avertissements? Est-ce que, demain, ce n'est pas l'heure du grand triomphe que nous attendons et que nous allons voir sortir des urnes sénatoriales? (Ah! <i]i ! l'i gauche. )

Ah! comptez-les bien, les heures qui vous séparent de ce triomphe! Ce sont les dernières qui restent à votre sécurité. {Exchonalions et rires à gauche. — Aj^jdaudiasements à droite.)

Si vous remportez la victoire que vous espérez; si vous devez avoir, à côté d'une Chambre où la minorité aura perdu quatre-vingts de ses membres, un Sénat dont la majorité vous appartienne; si vous devez alors être les maîtres, avez- vous regardé sur quoi vous rélinerez? Avez-vous fait le compte de ces innombrables abstentions dont le chifîre grossit à chaque scrutin, et lavez-vous comparé à celui de vos majorités? (Rires à gauche. — Ajjplaudissemerils à droite.)

Savez- vous ce que c'est que cela? Ne croyez pas que ce soit indifférence, ni consentement, ni même découragement : c'est la nation conservatrice qui se sent paralysée par votre administration et qui s'arrête pour

reganlei- ce (jue vous allez faire. ('/V/'s hioif ù droiir. — h^j<i(iiii(itions à (jnnrlie.)

L'exposition est finie, et avec elle s'est envolée lu grande préoccupation des esprits ; les fêtes nationales sont passées, et je no crois pas que vous soyez tent(!'s d'y revenir, car la République aimable s'y est rencontrée d'un peu trop près avec l'autre. ( liirrs à droUe. )

A f/ai(ch('. Expliquez- vous! — Nous ne comprenons pas!

M. LE COMTE Aliîeut DE MiN. Il n'y a plus de prétexte pour différer l'accomplissement des grandes promesses, plus de moyens d'occuper ailleurs les esprits et de distraire l'attention. Il faudra agir, et alors qu'allez -vous faire?

Je ne le demande pas à ce ministère, prisonnier de la majorité et prêt à s'évanouir devant l'éclat de la victoire sénatoriale... (NoHveau.r rires à droite.)

M. Gambetta. On ne doute donc plus de la victoire?

M. LE co.MïE Albert de Mux. ... Je ne le demande pas davantage à la majorité elle-même; je ne crois pas qu'ils puissent me répondre, car il y a au-dessus du ministère, au-dessus de la majorité, au-dessus du Parlement, un gouvernement personnel qui se distingue de ceux que vous avez renversés parce qu'il se cache, parce qu'il n'a de responsabilité d'aucune sorte. [Ajjplaudisscments à droite.) C'est là [l'orateur désigne le côté gauclie), et c'est à ce chef du pouvoir' sans titre, sans mandat, sans responsabilité, qu'il faut demander le secret de l'avenir, et c'est le discours de

1 M. Gambelta.

Romans qui nous l'a livré. [Xoaveanx applaudissements à droite. — E.ceh(iiialio)is iro)iiques à gauche.)

M, Gambetta. Le voilà donc connu, ce secret plein d'horreur!

M. LE COMTE Aluert ue Mux. Yoilà donc ce que vous ferez: vous expulserez les religieux, vous chasserez des écoles les Frères et les Soeurs, vous forcerez les prêtres à être soldats, vous suspendrez, vous abolirez peut-être Tinamovibilité des juges. Et après? Après, il faudra faire autre chose; la révolution se dressera chaque jour plus menaçante, et à chacun de vos dons elle répondra en demandant d'autres victimes! Alors, Messieurs , au milieu des ruines que vous aurez faites , nous verrons se lever l'aurore de la délivrance. (Ah ! ait ! (I gauche.)

M. le rapporteur. La contre-révolution!

M. le comte Albert de Mun. Car l'heure inévitable de la violence à laquelle vous êtes condamnés marquera celle de votre chute, et, quand les derniers restes de la pudeur politique auront disparu pour ne laisser place qu'à la brutalité révolutionnaire, alors la République aura vécu! {Bires à gauche.) Je le dis avec un mélange d'espérance et d'effroi pour mon pays, car je sais ce que lui coûtent ces lamentables agonies.

J'ai nommé tout à l'heure le 18 fructidor, et c'était à bon droit dans un pareil débat. Je cherchais des précédents à vos invalidations politiques : ils sont là. Ce jour-là, le Corps législatif se mutila lui-même en annulant quarante -deux élections, et pendant que Barthélémy partait pour Cayenne, Royer-Collard était rayé de la liste des députés !

Messieurs, le 18 fructidor a eu pour lendemain le

— :nu

\H l)iMllli;iir<'. . . \ .\<iilnl'i()ii sur ilifris httiics ii ilriiilr.t

M. 'rAi,ANi)ii;it. Doiil VOUS êtes l'allii'!

M. ij>: coM ri'-. Almkut dk Min. ... ot voilà, Messieurs, eu (jui m'eUVaye encore plus que vos uienaces. Malgn* toutes vos fautes, j'espère, quant à moi, j'espère que mon pays ne sera pas toujours condamné h errer entre la révolte et la ser'vitude; j'espère que la France, épouvantée de vos violences, n'ira pas se jeter dans les bras de la diclalure que vous lui pr(''parez, ( 'l'rl'< bien!)

A fianclw. (^est vous (jui la pi(''parez!

.M. r,K co.MTE Albekt dk Mun. J'espère, — et j'en ai pour garant le mouvement qui se fait dans les générations nouvelles, — j'espère que ma patrie s'arrachera enfin aux étreintes révolutionnaires pour reprendre le chemin de sa vocation chrétienne et de sa vieille tradition; et c'est pour travailler de toutes mes forces à l'y conduire que, «luoi ({u'il arrive, dans cette Chambre ou au dehors, je resterai sur la brèche.

Tout à l'heure je serai invalidé, et je ne pourrai plus élever la voix au niilieu de vous. Je veux que ma dernière parole soit pour dire à mes amis, à ceux qui ne veulent pas désespérer de la France : Courage et confiance ! Ne vous laissez ni abattre par la persécution... (Réilau laitons et riret? à (jaic-lic. — Très bien! ù droite), ni teater par des expédients de salut! Demeurez fermement attachés à vos principes ! L'avenir est à ceux qui persév^èrent! I^'avenir est aux hommes de foi ! {Vifs aiypluudissemeiits sur divers bancs à droite. L'orateur î^eçoit, en retournant à sa place, les féiicitations de ses amis.)

M. Allain-Targé, ra|)porleLir, répondit à l'orateur en reproduisant toutes les accusations contenues dans son rapport. M. de Mun lui répliqua en quelques mots.

Messieurs, je n'ai que (Quelques mots ù dire; je ne veux pas retarder par une réplique inutile l'issue d'un débat dont les conclusions sont sans doute arrêtées dans l'esprit de la majorité. M. le rapporteur vient de reproduire ici les accusations qu'on a dirigées contre les électeurs de Pontivy depuis trois ans et auxquelles il a été cent fois apporté des réponses dont on ne veut même plus tenir compte; je ne les renouvellerai pas. Il a voulu infliger, au nom de la Chambre, une flétrissure au clergé breton ! dette flétrissure sera effacée par les unanimes protestations d'une population qui n'est pas, comme il le croit, sur le point de se désafTectionner de ses prêtres, et qui se serrera autour d'eux d'autant plus qu'ils sont plus attaqués ! Quant aux flétris, ils porteront la flétrissure comme un titre d'honneur ! ( 7*/r.s bioi ! à droite. )

M. le rapporteur a répété ses accusations contre les cercles catholiques, sans en apporter aucune preuve, particulièrement en ce qui regarde celui de Pontivy, qu'il représente comme un foyer de propagande élec torale : j'oppose de nouveau à ces accusations les plus formelles dénégations.

Je borne ici ma réponse : j'ai dit tout à l'heure tout ce que j'avais à dire. Je descends de la tribune, comme tout à l'heure je vais soitir de la Chambre, sans courber la tête sous votre arrêt, sûr de mon droit et certain de trouver dans la conscience publique la justice que

je Ile puis plus vous dornaiidcr. (Aji/thindissciucnls sur lilusii'ii rti haïtes n ilrotir.)

On croyait le débat terminé, lors<iue M. Hobert iMitcheil, député bonapartiste, crut devoir intervenir à son tour, afin d'explicjucr qu'en présence du parti pris des républicains, il voterait la validation de l'élection de Pontivy, malgré le l)rofond désaccord que le discourà de M. de Mun avait manifesté entre ses idées et celles de ses amis, au sujet du suffrage universel et de la souveraineté nationale. M. de Mun lui répondit très brièvement :

Messieurs, j'ai à remercier l'honorable oraleui' «lui descend de la tribune de deux choses : d'abord de l;i courtoisie avec laquelle il a dit (ju'il voterait pour la validation de mon élection malgré la divergence de nos opinions, puis de ce qu'il est venu, à son tour, consacrer ici des distinctions (juc j'avais cru moi-même nécessaire d'établir.

M. Talandier. Vos amis ont voté hier au Sénat pour M. Oscar de Vallée !

M. LE COMTE Albert de Mun. Je le remercie d'avoir tenu à confirmer la différence fondamentale qui sépare les gouvernements issus de la Révolution, unis, comme il Fa dit, par cette commune origine, et celui qui, au contraire, s'appuie sur la contre-révolution. Il me permettra une seule observation : lorsque, parlant du droit national, il a voulu prétendre pour son parti à l'honneur de le représenter, il s'est trompé gravement; le droit national de la France est dans sa tradition séculaire ; il n'est pas, il ne peut pas être ailleurs. {Rumeurs en sens divers.)

M. Robert Mitcheil me permettra encore de lui dire que je n'aurai pas besoin, quand je retournerai à Pontivy, de faire, pour y gagner des voix, les démarches qu'il suppose ; j'y trouverai tout le monde prêt à me soutenir, et je ne doute pas que ses amis eux-mêmes, plutôt que de s'associer à l'invalidation qu'on va prononcer contre moi, ne sachent, comme lui, se réunir aux miens pour me renvoyer bientôt à la Chambre ! {Ti-cs bien I sur plusieurs hfoics à droite.)

La validation de l'élection , proposée par le septième bureau, fut repoussée par 344 voix contre 173; l'invalidation fut prononcée immédiatement.

Quelques jours après ce discours, M. de Mun avait l'honneur de recevoir de M. le comte de Chambord la lettre suivante, qui fut aussitôt publiée, et qui eut parmi tous les royalistes un grand retentissement.

« Frohîdorf, 20 novembre 1878.

« J'achève à l'instant même, mon cher de Mun, la lecture de votre admirable discours du 16 novembre, et je tiens à vous en féliciter sur l'heure. Je l'attendais avec impatience, certain que vous seriez digne de vous et de la grande cause que vous servez si bien.

« Cette fois encore, l'honneur est resté du côté du vaincu. La vérité met dans la bouche de ses défenseurs je ne sais quelle force de persuasion qui grandit, éclate et s'impose, parce qu'elle porte en elle-même le principe de la délivrance et du salut. Je n'en doute pas plus que vous, la vérité nous sauvera , mois la vérité tout entière. Voilà ce qu'il faut bien

Page 1