II
chez les I''r(Mcs ou clioz les Sœurs. Ksl-ce que ces quarante iriille i)(,'res de famille sont d'avis ({u'il ne faut plus que des nriaitres laïques? Il y a il'.i 6coles laïques contre 112 congréganistes. Ils sont bien libres de choisir, et, puisqu'ils choisissent, qu'y a-t-il besoin d'une enquête plus longue, et de quel droit vient-on nous dire qu'elle est impraticable? C'est une amèrc raillerie, qui ajoute à la violence quelque chose de ])!iis odieux encore. (C'est rrai ! — Setisati())i.)
Ah ! l'émotion soulevée par ces premières mesures de tyrannie administrative est désormais facile à comprendre et à justifier !
Il ne s'agit pas ici d'une de ces questions de politique où l'on peut tromper l'esprit public avec des mots, des promesses ou des calomnies, et abuser à son profit (les passions qu'on soulève; ce qui est enjeu, c'est une question simple, ({ue tout le monde touche du doigt dans la pratique de chaque jour, et qui se formule en deux mots : le droit du père de famille, droit sacré, dont chacun a senti la puissance avant d'avoir réfléchi à son origine; contre ce droit, les sophismes des rhéteurs et les circulaires des ministres demeurent sans effet. (Oui! oui I — Vifs applaudissements.)
Quand il est violé , la conscience se soulève d'ellemême, et les arguments officiels n'y peuvent rien. (Bravos prolongés.)
C'est ce qui se passe depuis trois mois dans Paris, et c'est l'explication de cette émotion grandissante. Ce droit, la loi l'avait garanti dans la mesure de son pouvoir, et, par de nombreuses dispositions, elle avait à l'avance établi , contre l'arbitraire administratif, des
bornes qui pouvaient paraitie de quelque solidité et à l'abri desquelles les pères de famille s'endormaient en sécurité.
Qu'en reste- 1- il?
M. le préfet Hérold s'est chargé de le dire à la séance du "20 mai du conseil municipal de Paris.
Voici le texte du compte rendu publié par le journal le 7V///JJ.S. qu'on n'accusera pas de dénaturer au profit des cléricaux les paroles de M. flérold :
« M. le préfet rappelle sa déclaration de la dernière séance; il n'a besoin d'invoquer aucun motif spécial pour transformer une école congréganiste en école laïque. » (Vires exclainations.)
Voilà tout ! Et du droit des familles , de leurs préférences constatées par l'écrasant témoignage du nombre des élèves, de la loi qui défend de transformer une école hors du cas de vacance, qui n'expose l'institutem' à la révocation que dans des cas précis et déterminés, de tout cela, qui était votre sécurité comme la mienne, il ne reste rien, rien que la volonté de M. Hérold, c'est-à-dire la volonté du conseil municipal dont il est l'exécuteur. (Sensation.)
Messieurs, de tous les quartiers où M. le préfet a appliqué sa méthode, il pourrait se lever des témoins indignés pour lui demander compte du mépris qu'il professe pour la loi, pour la justice et pour la liberté! Mais que sera-ce donc ici, dans ce quartier où nous -ommes assemblés ce soir, si près de cette école du (iarré- Saint- Martin, frappée par le récent ukase de M. le préfet, sans une raison valable, sans un motif qu'on puisse avouer et dans des circonstances telles, <iu'au lieu d'une réhabilitation qu'on devait, on a paru
consacrer la calomnie par une condamnation officielle. (Violents murmures d'indignation.)
Cette école, tout Paris la connaissait! Cinquante ans de services rendus avaient illustre- son nom et conquis une impérissable reconnaissance aux maîtres qui s'y sont succédé, (linivos.)
Quicon(iue a aimé les ouvriers, vous me permettrez, Messieurs, de me compter parmi ceux-là (Oui! oui! — Vifs appl(iHdhfirmcnts)-^ quiconque a aimé les travailleurs parisiens sait l'histoire de cette école de la rue Montgolfier, dont l'illustre frère Philippe, ce grand homme de bien à qui tout le peuple de Paris a fait les funérailles d'un roi (Sensai'wn. — Applaudissements répétés), dont le frère Philippe a été le premier directeur; oii ont commencé en 1830, devant deux ouvriers et à la lueur d'une chandelle, ces classes d'adultes qui comptèrent, quinze ans plus tard, jusqu'à 900 élèves; où fut établi le premier cours de dessin industriel qui devint une fortune pour les ouvriers bronziers, sculpteurs et ornemanistes, si nombreux dans l'arrondissement , et qui fut couronné à Vienne et à Paris ; où furent recrutés les premiers membres des ces réunions de Saint-Nicolas-des-Champs d'où sortirent les Sociétés de Saint-François-Xavier, où enfin prit naissance cette grande Œuvre du patronage des Apprentis, toutes deux. Sociétés de Saint-François -Xavier et Œuvre du patronage, auxquelles je saisis avec joie cette occasion de payer un public tribut d'hommage et d'admiration ! A'oilà, en quelques traits, ce que fut l'école du Carré- Saint-Martin ! Pendant cinquante ans, tous les dévouements s'y sont rencontrés, et les hommes n'ont manqué à aucune Œuvre nouvelle qui eût pour objet le bien des
enfants du peuple! (C'est vrai! — Applaudissements.)
Les succès qu'elle a remportés sont éclatants. De 1850 à 1878, 121 de ses élèves sont déclarés admissibles aux écoles municipales supérieures ; cinq fois elle a le n° 1 ; de 1850 à 1878, 117 de ses élèves obtiennent le certificat d'aptitude : 13 par année.
Les médailles, les témoignages de mérite donnés par le ministère de l'instruction publique, n'ont pas manqué à ses maîtres, et le 11 mai dernier le Frère professeur de dessin géométrique recevait les palmes d'officier d'académie. (Applaudissements.)
Le 11 mai, et le 17, M. Hérold, avec le langage d'autocrate que j'ai rapporté , annonçait au conseil municipal la transformation de l'école de la rue Montgolfier. (Exclamations prolongées et double salve de bravos.)
Que s'était-il passé? quel était le motif? M. le préfet n'en doit compte à personne; il le déclare et établit ainsi sa doctrine tyrannique. Mais pourtant il consent à donner une raison : la plupart de vous la connaissent, et je pourrais laisser à votre indignation le soin d'achever ce récit; cependant il faut en parler pour que la conscience publique soit édifiée. La raison, c'est qu'un Frère est accusé d'un odieux attentat. Le préfet l'annonce, les journaux le répètent, et tout le monde en est informé. (Exclamations.)
Dans le quartier, c'est bien autre chose : le Frère est arrêté brutalement, en public ; malgré ses dénégations on l'entraîne; une information est ouverte : l'enfant qui l'avait dénoncé, un enfant étranger, pressé de questions, avoue qu'il a menti (E.cclainations nouvelles. — Applaudisse moits répétés); une ordonnance de nonlieu est rendue, et le Frère est mis en liberté le 12 mai !
Alleint dans son liuiuiciir, piililifiuciiieiil lr;iilé cumme un coup.'ildc, il ificTilc sans (loutcnno r(;j)aialion. Vous l';ilton(]ioz, hahilaiiLs du III" unoridissoirHînl, (hnus d'un scnliiTicnl naturel d'honnour cl de juslir-e. Mais M. Hérold on juj^^o aulrcnicnt; au lion d'une nipai'alion, c'est une condamnation i(ui arrive : un innocent a été injustement accusé, tous ses frères seront condamnés avec lui; l'école est supprimée. (Miirmurfs d'indir/nalion.)
Et quand le préfet est mis en demeure par l'un de ces courageux défenseurs du bon droit qui luttent dans le conseil municipal contre les violences d'une écrasante majorité, quand le préfet est mis en demeure par .M. Delpech (hravofi répétés) de faire effacer du procèf— verbal des séances l'imputation dont le juge a prononcé la fausseté, il s'y refuse (e.rcl/nnalioHx ]>rolonffécs), et va chercher un refuge pour l'abus qu'il a fait de son pouvoir derrière un misérable grief : les dixse[)t ans du jeune Frère, qu'on nous donne comme un outrage à la loi , alors que la ville de Paris emploie et rémunère dans les écoles laïffues des élèves -maîtres de seize ans !
Voilà l'histoire que j'avais le devoir de raconter ici, pour satisfaire la légitime émotion de tant d'honnêtes gens froissés dans leurs intérêts les plus cliers, et pour la dénoncer au dehors à Tindignalion publique.
Neuf cent soixante- dix- sept élèves sont privés di' leurs maîtres ! vingt Frères sont mis à la porte ! La meilleure école congréganiste de l'arrondissement, probablement la meilleure de tout Paris, est. supprimée : il n'y a plus ici, en attendant mieux, que deux écoles congréganistes contre quatre laïques ; l'équilibre
est rompu violemment. Neuf cents familles sont atteintes dans leur droit, dans la liberté de leur conscience ! Et où est la loi qui permettait de le faire? (Sensation.)
M. Hérold, dans la séance du 17 mai, déclare « qu'il se considère comme autorisé par la loi, par les délibérations du conseil et par les instructions du ministre à convertir les écoles congréganistes en écoles laïques , sans avoir à rendre compte à personne de sa conduite. »
Le conseil! je le crois bien! c'est lui qui ordonne, et naturellement il trouve qu'on a le droit de lui obéir! Le ministre ! il en est bien capable (Itilarité générale); dans sa lettre du '27 février, que j'ai déjà citée, il dit au préfet qu'il compte sur lui pour apporter dans sa tâche « cet esprit de sagesse, de modération, d'apaisement qui est la règle de la politique du Gouvernement. » (Applaudissements.) Cela peut bien vouloir du'e, en effet, que le préfet a le droit de tout faire : l'esprit de modération de M. Jules Ferry, l'article 7 en porte la trace, et son esprit d'apaisement, la France troublée d'un bout à l'autre en est le témoignage ! (IJracos.)
Je reconnais à M. Hérold le droit de se couvrir près de nous de son conseil et de son ministre, quitte pour nous à apprécier la valeur de la recommandation. (Oui/ oui/ — Aiqilaudi^^/'ineiits.) Mais la loi! c'est une autre affaire : d'elle, il n'y a qu'une chose à dire, c'est qu'il l'a audacieusement violée. (C'est vrai! — Bravos.)
La garantie légale est supprimée : il ne reste plus que le conseil qui commande et le préfet qui exécute. ( Bravos prolongés.) Et voilà ce qui aggrave encore la
situation , ce (|iii redouble l'émotion publique. 11 ne peut pas y avoir d'illusions. Ces sept écoles supprimées, ce ne sont pas des faits isolés, des accidents de circonstance ou l'eiret d'une irritation passagère. C'est la mise à exécution d'un plan général nettement arrêté, froidement résolu, imposé par les uns et accepté par les autres.
Vous vous rappelez, en ellet, «ju'à deux reprises, le 5 et le 14 décembre dernier, le conseil municipal a émis le vœu que la direction de toutes les écoles co)nmunales fût confiée à des instituteurs laïques. Le 14 décembre surtout, son langage est étrangement impératif. Le maître a parlé une première fois, on n'a pas obéi; il renouvelle ses ordres, et cette fois, par la bouche de M. Holevacque, celui qui accuse le Catéchisme et la Bible d'abêtir les hommes, il invite le préfet à y obtempérer sans délai.
Le préfet, Messieurs, était alors M. Ferdinand Duval. Il eut le courage de résister, et il faut lui en être très reconnaissants. (Vifs applaudissements.) De ce jour sa perte fut résolue. Mais en attendant, le conseil municipal, furieux de rencontrer un obstacle à ses projets, laisse éclater sa colère en procédés odieux, et, le 24 décembre, sur la proposition de M. Sigismond Lacroix, il décide « que les traitements des instituteurs et institutrices congréganistes seront fixés au minimum indiqué par la loi de 1875, sachant fort bien, dit le rapporteur, qu'il est insuffisant pour vivre » (violents murmures d'indignation), mais comptant que c'est un moyen d'en finir avec l'enseignement congréganiste.
Voilà, Messieurs, le plan de campagne et la décla-
ration de guerre. On veut en finir d'un seul coup, en bloc, avec tout l'enseignement congréganiste de Paris, et pour cela tous les moyens sont bons. Les Frères ne donnent pas leur démission : on peut obliger, à la rigueur, des ministres républicains à se démettre ; cela n'est pas facile , mais enfin cela se voit... (Applaudisficineiits répètes.) Mais des hommes dont toute la récompense est dans le devoir accompli, dont tout l'honneur est dans le dévouement, ces hommes-là restent à leur poste et ne donnent pas leur démission. (Xouvean.f applaudi sscutciits.)
Il faut pourtant (ju'ils s'en aillent; et comme le pouvoir d'alors ne se prête pas encore à ces abus d'autorité qui se font aujourd'hui rue Montgolfier et ailleurs , eh bien , on imagine autre chose : on ne donnera pas aux congréganistes de quoi vivre, et on les prendra par la faim. On ne s'en cache pas; on donne acte officiel au préfet de ce projet cynique, et, comme il ne cède pas, on va plus loin : si la résistance continue, « aucun crédit ne sera voté pour les instituteurs , et l'instruction primaire communale sera supprimée du coup. »
C'est clair, n'est-ce pas? Plutôt pas d'enseignement que l'enseignement congréganiste. (C'est cela! — Applaudissements.) Le vœu des familles , l'intérêt des enfants, l'instruction populaire, qu'est-ce que cela pèse ? On n'en tient pas compte. 11 n'y a qu'une chose qui occupe : la haine contre les Frères et les Sœurs, qu'on veut chasser à tout prix. {Oui! oui! Voilà la vérité.)
Et pourtant, Messieurs, cela est si monstrueux, c'est une tyrannie si odieuse, qu'avant de laisser un
-- nni —
libi'e coursa iidIi'o iiKli^Minlioii , il f.ml nous .irrrtcr un inomcnl, supposer unn iniiiulc (jik; nous sommes désintéressés dans la question, que nous n'y avons pas noire Ame engagée, et examiner froidement si ces hommes ont une excuse à donner, un prétexte qui les couvre, un intérêt à invoquer pour expliquer leur d<''claration de guerre.
(ionseillers municipaux, ils onl la responsabilité des deniers publics, et leur devoir est de régler avec une sage économie les dépenses qu'ils imposent à la ville, de manière à épargner autant que possible les conli'ibuables, déjà si lourdement chargés par les taxes municipales et par les droits d'octroi. Cette année, plus que jamais, ce devoir s'impose dans toute sa rigueur. L'année n'est pas bonne ; les affaires ne se font pas ; une crise terrible pèse sur l'industrie ; le chômage, ce fléau terrible, commence à menacer... {Mouvcitinils.) .Te ne veux pas chercher ici qui est responsable de cet état de choses, pourquoi la confiance s'en va, et avec elle le mouvement des atîaires et du travail ; je ne le veux pas, parce qu'il faut que nous donnions l'exemple du calme et de la sagesse qui conviennent à des hommes sûrs de leur droit... Mais enfin c'est un fait, et il faut bien compter avec cette situation inquiétante.
Eh bien, est-ce que les conseillers municipaux, les élus du peuple, les mandataires de la population parisienne, ont à produire, pour justifier la guerre qu'ils font aux congréganistes, cet argument de l'économie, toujours si fort, toujours si digne d'examen? Nous allons le voir, et, pour répondre à la question, je ne veux encore une fois recourir ni aux phrases ni aux longues démonstrations, mais me borner à la statistique
et aux chiffres. C'est ardu, mais c'est écrasant et sans réplique.
Il y a à Paris 1 i') écoles et salles d'asile dirigées par les congréganistes, qui représentent un total de 838 maîtres ou maîtresses ; voilà le personnel qu'il s'agit de remplacer. Mais outre les titulaires, directeurs et directrices ou adjoints, il faut compter des suppléants, qui reçoivent une indemnité quand ils font des remplacements , article de dépense qui n'existe pas chez les congréganistes, où, en cas de maladie ou d'absence, le Frère ou la Sœur sont immédiatement remplacés, sans que les appointements de l'absent continuent à courir; il faut aussi ajouter les indemnités de logement, car les cellules des religieux ne conviendraient pas toujours à des laïques. (Appkdidisse-
liïPiltS.)
Tout cela, compté d'après les chiffres officiels du budget de 1877, donne pour l'ensemble des dépenses à faire pour le personnel qui remplacei'a celui des congrégations un total de i,671>,9!20 francs.
Or que dépensait la ville de Paris avant le commencement des exécutions, pour les liT) établissements communaux confiés aux congréganistes? Le voici, non pas d'après les chiffres de ce budget dr la fanivir dont je vous ai parlé, qui n'était qu'une machine de guerre, mais d'après ceux du budget normal, honnête, de 1877.
C'est une somme totale de 7:i9,G00 francs. Eh bien, la différence, la voilà : c'est 949,920 francs, ux mu.- [JON EN CHIFFRES RONDS, quc Ics instituteurs laïques coûteront en plus à la ville de Paris..., et encore faut-il ajouter que cette somme s'accroîtra tous les ans.
puisque les maîtres laïques auront flroit h une augmeulation réglementaire qui élèvera progressivement leur traitement, (Scii^^iilion.)
Ainsi, pour commencer seulement, et en attendant mieux, un million de plus par an h payer, voilà les frais de la guerre engagée contre les congréganistes ; voilà le prix des colères municipales; voilà ce que coûtera aux pères de famille la confiscation brutale de leurs droits et de leur liberté. Qui peut accepter un pareil marché'/ Personne, pas même ceux qui partagent les haines administratives et qui, au bout du compte, auront à payer comme les autres. (Ai)i>ltni(H>>scinr)i(s.)
Ce n'est donc pas le souci des deniers publics qui inspire et qui excuse nos conseillers; mais au moins est-ce la préoccupation réfléchie de l'instruction populaire, qui est aussi un de leurs premiers devoirs? Et peut-on nous dire que les maîtres laïques feront mieux que les maîtres congréganistes ? M. Jules Ferry, dans sa fameuse lettre, où il y a de tout, le rappelle très à propos : « L'intérêt des études, dit-il, ce grand intérêt confié à la garde du gouvernement, exige que toute transformation dans le personnel des écoles s'opère sans mettre en péril ni la suite ni le niveau de l'enseignement. »
Voyons donc quel est le niveau comparatif de l'enseignement dans les écoles de Paris , et si les laïques ont sur les congréganistes une supériorité qui permette de penser que l'instruction gagnera à la transformation.
Messieurs, encore des chiffres; je vous en demande bien pardon, mais avouez que j'aurais beau entasser
les phrases et les raisonnements , je n'arriverais à rien de comparable comme évidence; or ce qu'il faut ici, ce n'est pas seulement parler et exprimer l'émotion qui déborde de nos cœurs , mais aussi prouver et convaincre , établir publiquement la légitimité absolue de nos réclamations, démasquer par des traits sans réplique la guerre odieuse qu'on nous fait, et préparer ainsi une campagne de résistance active et vraiment efficace. (Salve d'applaudisseineiU^.)
Donc passez-moi l'aridité des chiffres , et , à ce propos, permettez-moi d'adresser, au nom de tous ceux qui veulent défendre le droit des pères de famille, des remerciements sincères à un jeune avocat de la cour d'appel de Paris, M. Rémont, qui a su, dans un écrit d'une concision et d'une netteté admirables, mettre à la portée de tous les chiffres indiscutables dont chacun de nous peut se faire, comme moi-même aujourd'hui, la meilleure de toutes les armes. (Vive approbatio)i.)
Il n'y a pas de plus concluante manière d'apprécier la valeur d'un enseignement (jue d'en constater les résultats.
Ces résultats, les voici :
La ville de Paris met chaque année au concours un certain nomln-e de bourses pour ses établissements d'instruction primaire supérieure : les écoles Turgot, Colbert, Lavoisier, Jean- Baptiste -Say et le collège Chaptal.
Or dans une période de trente années, de 18 i8 à 1878, sur 1,445 bourses mises au concours, il y en a eu 1,148 données aux Frères, 297 aux laïques (bravos)^ c'est-à-dire, comme il faut faire une proportion en
r;iisnii (In ]iliis <^rm\d noinlti'c des écoles luïqiios, 7!i,'ii |). I(i(» pour les Frères et '20,li p. 100 pour les laupios. (Nourri le. sfilrr dr hravofi.)
T.'année doriiièrc, eu IS7S, 7H8 élèves de toutes les écoles ont piis part aux concours. Sui- les 'S.V.) élèves déclai'és admissibles, 2W appartiennent aux 54 écoles de Frères; !)7 aux S7 écoles laïques de garçons. Sur les ÔO premiers, les Frères en ont 3i; les autres pour les laïques. Ceux-ci n'ont que 17 admissibles sur les 100 premiers.
Mais le concours des bourses est un concours fait pour l'élite des élèves, et on nous dit : Gela ne prouve rien ; il y a quelques sujets spéciaux qu'on prépare en vue du concours et auxquels on sacrifie les autres ; cela a été dit au conseil municipal.
L'argument aurait du prix s'il était juste. Mais nous avons un moyen de constater la valeur de la moyenne; ce sont les examens pour le certificat d'aptitude.
« Il s'agit ici, dit M. Gréard, le savant directeur de l'enseignement primaire, dans son P>.apport de 1875, il s'agit ici, pour l'instituteur, d'amener le plus grand nombre possible d'élèves à ce niveau de connaissances générales qui doit être le patrimoine égal de tous les enfants ayant régulièrement fréquenté l'école. Point de préparation spéciale. C'est par un progrès naturel, et sans autre effort que celui d'une application de chaque jour, que les élèves peuvent arriver au certificat, couronnement de leurs études. »
Voilà bien l'épreuve de la moyenne. Eh bien, que disent nos chiffres? L'année dernière, 1878, les écoles laïques ont obtenu 852 certificats, c'est-à-dire 8,78 p. 100; et les Frères 780, c'est-à-dire 14,44 p. 100.
Voilà la proportion; elle est à peu près la même depuis dix ans. (Bravos }irolo)ufcs.)
Ainsi le souci de l'instruction populaire, pas plus que celui des deniers publics, ne peut être invoqué à l'appui de la transformation. Elle est une lourde aggravation d'impôts et un péril grave pour le niveau de l'enseignement. La preuve est faite; vous y avez n)is toute la patience possible ; vous avez écouté toutes ces longues et consciencieuses statistiques ; le doute n'est pas permis ; la guerre qui s'apprête n'a ni excuse ni prétexte ; c'est une pure violence que rien ne justifie.
L'intérêt scolaire, l'intérêt budgétaire de la ville de Paris sont, comme le droit des pères de famille, comme le respect de la loi, indignement foulés aux pieds et sacrifiés sans pudeur à une seule pensée, qui domine, qui absorbe, qui résume tout : la passion de l'enseignement laïque.
Et ici. Messieurs, il convient de nous bien entendre.
Qu'est-ce que c'est que l'enseignement laïque'.' Le mot est sujet à confusion, et plus d'un peut s'y laisser prendre. On y compte bien d'ailleurs, pour celui-là comme pour bien d'autres avec lesquels on trompe le public, qui ne sait pas toujours ce qui se cache derrière les formules révolutionnaires.
L'ne école laïque, cela veut -il dire une école tenue par un maître n'ayant pas fait profession de vie religieuse ? Assurément non ; s'il ne s'agissait que de cela, on ne nous verrait pas si émus. Nous savons fort bien qu'il y a des maîtres laïques excellents et très respectables, et quand nous protestons contrôla laïcité de l'école, nous n'avons aucun dessein de dire que
— :5iO —
l'enseignement doit être toujours donné par les con-
gn'îganislcs. (C'est cchif Très bien!) Mais ce n'est pas (1(; cela (|ii'il s'agit. Quand on nous parle de l'enseignement laïque, ce (juc l'on veut dire c'est l'enseignement sans Dieu, renseignement sans instruction religieuse.
Dans cette séance du "24 décembre 4 ^iTH, où le conseil municipal de l^aris a signifié en termes si précis sa résolution d'en finir avec l'enseignement congréganiste, M. Ilovclacque l'a dit bien nettement :
« Nous devons espérer qu'une Cbambre des députés nominalement républicaine (exclnmalions et rires) osera donner bientôt un témoignage efïectif de ses convictions , en excluanf de l'enseignement public toute espèce d'instruction religieuse. » (Nouvelles exclamations. — Sensation prolongée.)
Voilà ses paroles ; elles sont nettes et ne laissent la place à aucune incertitude. Plus d'instruction religieuse, voilà ce que veut dire la laïcité des écoles. Plus d'instruction religieuse, c'est-à-dire l'école sans Dieu, et je dis que le vrai mot c'est l'école contre Dieu. (Double salve d'applaudissements.)
Ah ! je sais bien qu'on se récrie, ([u'on proteste et (ju'on nous dit : « Nous ne demandons pas qu'on enseigne à ne pas croire en Dieu , nous demandons seulement qu'on n'en parle pas (Ah! nh !) ; nous ne l'attaquons pas, nous l'ignorons. (Vive hilarité.) Et d'ailleurs, si vous voulez apprendre une religion à vos enfants , vous serez libres de le faire dans la famille. » Messieurs, pour ce qui est de cette liberté, elle ne mérite qu'un nom : c'est une mauvaise plaisanterie. Faire le catéchisme aux enfants dans la famille? mais
comment, et à quelle heure'? Les gens qui ont dit cela ont donc bien du temps disponible, et ils croient sans doute que les familles d'ouvriers sont comme eux, et que le père ou la mère peuvent prélever sur le travail ou sur les soins du ménage les loisirs nécessaires pour donner des leçons. Ou bien croient-ils, comme M. Jules Ferry, que tout le monde peut avoir le luxe d'un précepteur? {Applatidissements répète'!^.) La liberté du catéchisme à domicile pour les ouvriers, la liberté du précepteur pour les bourgeois, voilà ce qu'on nous laisse. Encore une fois, c'est une plaisanterie, et elle est hors de mise dans des sujets aussi graves. Qu'on nous fasse la guerre, mais qu'on ne se moque pas de nous. (Salve de bravos.)
Pas d'instruction religieuse à l'école, cela veut dire forcément pas d'instruction religieuse du tout, et je répète que cela veut dire l'école athée. Religion ou irréligion, il n'y a pas de milieu. La preuve, elle est dans les paroles mêmes de ceux qui, depuis plus de dix ans, préparent avec un zèle infatigable la conjuration qui éclate aujourd'hui.
La conjuration ! c'est bien le nom qui convient à cette odieuse entreprise. Conjuration dont la francmaçonnerie inspire la pensée et recrute les soldats , à qui l'Internationale apporte des complices , dont enfin la Ligue de l'enseignement enrôle les adeptes et propage les doctrines. Au 4 septembre, elle s'installe officiellement au pouvoir, et tout aussitôt, sans souci de France envahie ni de Paris assiégé, elle s'occupe d'appliquer bien vite ses plans mûris à l'avance. (Applaudissements.) Puis elle rentre forcément dans l'ombre, mais non point dans l'inaction ni dans le silence , et
aux clccLioiis (le '187() elle a sos candidats et ses programmes.
Les c.'Hididals, c'est le gouvenuMiKTil d'aujourd'hui; et les programmes, c'est sa politique. (C'rsi rrhi ! — 'ii'i'^ hirii ! — A))i)l(n«Hssrin('nls.)
Écoutez, Messieurs, écoutez comment parlent, dan.s ces diverses phases de son histoire, les hommes qui participent à la conjuration laïque, et vous me dire/, si j'ai tort de l'appeler une conjuration contre Dieu.
Voulez- vous savoir ce que pense la fYanc- Maçonnerie en matière d'enseignement?
Au mois de mai 1870, dans la Loge des Amis de l'Ordre, Orient de Paris, le I'>ère Charpentier pose la ((ueslion dans les termes précis : Quelle éducation un Maçon doit-il donner à srfi enfants? « Tous les orateurs^ dit le compte rendu publié par le Monde maçonnique, se sont montrés partisans d'une éducation libre, laïque et indépendante de l'étroitesse de l'enseignement religieux, » et si vous demandez ce que cela veut dire, le Frère Charpentier vous l'expliquera (rires) : « Plus de cette instruction bâtarde, faussée, basée sur des dogmes surannés... Plus de cette instruction qui nourrit l'esprit d'aliments pernicieux, de croyances ridicules ou dangereuses, de superstitions malsaines, abrutissantes, humiliantes... (Exclamations.) Plus de cette instruction (jui commence par l'Histoire sainte et qui finit par le miracle de la Saletle. »
Et quelques mois plus tard, le même recueil maçonnique citait les paroles d'un des orateurs de la secte : « Dieu n'est que le produit d'une conception généreuse, mais erronée, de l'humanité, qui s'est dépouillée au profit d'une chimère. »
L"lnlernationale prolossait les mêmes principes, et, en 1868 , au congrès de Bruxelles , Murât s'était écrié : « La lîible est le code de l'immoralité, et, aussi bien pour l'enfant (jue pour l'homme, elle doit cesser de faire partie de l'instruction. » Le compte rendu constate (|ue cette déclaration soulève des applaudissements prolongés... Sans doute ils ont rendu jaloux M. Hovelacque, qui, lui aussi, dénonçait l'autre jour au conseil « le Catéchisme et l'Histoire biblique, ces recueils mythologiques, démoralisants et abêtissants » (erclainalioii>< prolo)igé('s), et qui demandait l'abrogation du décret de 1855, en vertu du({uel on place dans les salles d'asile un crucifix et une image de la Vierge. Je le demande à tous les hommes de bonne foi, est-ce (|ue c'est de l'indifTérence , ou n'est-ce pas plutôt la guerre et la haine'? (Oui! oui! — Applaudisscmexls rt'pi'té<.)
Voilà donc ce que c'est que l'école laïque.
Plus de prêtres ni de religieux dans les écoles.
Plus d'instruction religieuse dans l'enseignement.
Plus rien dans les classes qui rappelle Dieu. (Co^l rt'la f — Xouvean.r applandissemeiits.)
Puis cette école laïcisée, on la rendra obligatoire, et, pour allécher les familles, on la fera gratuite, de cette gratuité menteuse dont j'ai dit un mot. C'est la campagne (jue poursuit la Ligue de l'enseignement,, avec ses cercles, ses bibliothèques, ses cours, ses conférences organisés, développés avec une ardeur sans égale par M. Jean Macé, qui s'est « fait, dit-il, francmaçon parce (jue \a. Lif^ue est bien réellement la mise en pratique des principes proclamés dans les Loges. »
Ces principes, nous les connaissons maintenant, et
il n'y a plus, i)Our savoir ce (jui iiuiis allend, «lu'à nous rappeler ce (jui s'est pass<; au lendemain du i septembre. La guerre est partout, l'ennemi est au cœur de la France, Paris est bloqué. Tout le monde court aux armes. Mais il s'agit bien de cela; vite il faut se mettre à l'œuvre et établir l'enseignement laïque.
Deux commissions , l'une d'hommes , l'autre de femmes, sont nommées spécialement pour la ville, sous rins[)iration de M. le maire de i*aris. Le maire de Paris, Messieurs, vous le savez, c'était M. .Jules Ferry (A] I f alif), qui préludait ainsi , à ses .exploits d'aujourd'hui ; M. Hérold figure dans la commission des hommes. Ces Messieurs, vous le voyez, ont déjà de la pratique. (IlUarité.)
Les rapports présentés à ces commissions, par M. Albert le Roy pour les hommes, par M"*« Goignet pour les dames, sont du plus haut intérêt. La première résolution, proposée par M. Albert le Pioy et adoptée par la commission , est celle-ci :
« Dans chaque commune il y aura une école primaire communale laïque, et, au besoin, une salle d'asile aussi laïque. »
Le rapport de M™c Coignct est bien plus significatif encore.
Cette dame, et avec elle « la très grande majorité, dit -elle, de la commission, pense que le sentiment religieux , ne correspondant à aucune connaissance déterminée, ne saurait entrer dans le programme d'une école publique » ; et , en effet , la proposition qui exclut l'enseignement religieux de l'école est adoptée par 12 voix contre 4-.
Les actes suivent de près les paroles.
A Paris , c'est M. Mottu qui , la 30 octobre , fait envahir la cour des écoles congréganistes du XP arrondissement, enlever les crucifix et les emblèmes religieux, interdire aux instituteurs de faire apprendre le catéchisme et de conduire les enfants à l'église.
A Toulouse, sous le règne de M. Duportal, la commission municipale décide que les écoles seront toutes confiées à des maîtres laïques ; il y en avait 9 qui élevaient 3,54'2 enfants.
A Lyon, 28,000 enfants trouvaient place dans 63 écoles congréganistes et W écoles laïques. Le '27 décembre 1870 le conseil municipal prend une décision faisant défense aux congrégations religieuses de se livrer à l'enseignement des enfants, et invite la Société d'instruction primaire du Rhône, qui administre les écoles laïques , à en bannir complètement l'instruction religieuse.
A Chambéry, à Roanne, à Chalon , à Moulins, à Grenoble, à Montpellier, à Pau, à Lorient, c'est la même chose. A Saint- Etienne , c'est pire encore. Toute la îYance connaît l'histoire de ces violences , au milieu desquelles celles de Caluire ont gardé une retentissante célébrité. (Applaudissements.) Partout c'est la haine de Dieu, le mépris des droits de la famille, la violation de la loi. Voilà l'enseignement laïque en action. (C'est vrai! — Bravos.)
Et voilà ce qui recommence aujourd'hui, non plus au milieu des ardeurs d'une époque troublée , mais dans le calme de la préméditation, avec la régularité d'un plan bien arrêté et toute la force d'un gouvernement pleinement constitué et organisé. Car, ne l'oubliez
— :5Wj —
pas, Messieurs, ces dodiines que nous avons passées en l'evuc , ces docliines imprégnées <le la haine de Dieu, ce sont les doctrines qui sont au ijouvoir, où elles sont montées avec la franc-maçonnerie, qui remplit les bancs de la majorité parlementaire, qui est assise dans le conseil des ministres, (jui garde les abords de l'Elysée, qui trône au Luxembourg. (C'est vi'di ! — Double salce d'applaudissmienlu.)
Aussi voyez comme le mot d'ordre est obéi, comme les engagements pris sont exécutés; depuis 187(5, les projets se succèdent coup sur coup, variables dans la forme et par le nom de leurs auteurs, mais tous inspirés de cette même pensée, la laïcité de l'école, qu'on a juré d'établir. Mon ami M. Keller a rappelé l'autre jour à la Chambre la filiation de ces projets ; c'est M. de Lacretelle, M. Marion (munnurcs), M. liarni, M. Barodet (rires), M. Paul Bert enlin, le « praticien savant » de l'enseignement laïque , comme dit Keller, initié à tous les secrets de la tactique opportuniste, habile à marcher lentement pour arriver sûrement, suivant le mot de son collègue M. SpuUer, et qui s'efforce d'apporter dans cette campagne décisive la méthode et la gradation dont il attend le succès définitif.
Mais il a compté sans l'impatience de ses amis, sans les conseils municipaux et sans les préfets. Les projets de loi, c'est trop long. Il faut discuter, entendre des contradicteurs, essayer de leur répondre, laisser voir l'inanité de ses arguments. A quoi bon tant de peine et tant d'embarras quand on a pour soi la force.
En vain M. Jules Ferry hasarde une observation. « Tout ce qui donnerait, dit-il toujours dans la fameuse
lettre, tout ce qui donnerait au changement des maîtres le caractère d'une révolution violente, d'une mesure excessive et précipitée, ou l'apparence d'une persécution, compromettrait la réforme elle-même. •>
M. Jules Ferry n'a pas le droit de parler. On se rappelle qu'en 1876, à la Loge de la Clémente -Amitié, il dénonçait le catholicisme cf comme l'embrigadement général de la sottise humaine ». (Oh/ oh/) Que \ient-il aujourd'hui parler de prudence, de sagesse et de modération ? Il s'agit bien de cela. La question c'est de chasser Dieu de l'école, et il n'y a pas de temps à perdre. On n'ose pas encore revenir au procédé sommaire de M. Mottu, et, pour garder une ombre de légalité, on cherche des prétextes; le moindre suffira : une mèche de cheveux tirée, une tape donnée, et Técole est supprimée.
Quand le prétexte ne vient pas, on le fait nailre ; on se met en campagne pour organiser la délation ; on va dans les familles, on les questionne adroitement, on se présente au besoin comme un ami des Frères. J'ai là des lettres qui témoignent de ces manœuvres odieuses. Aussitôt qu'on a trouvé , non pas même une apparence de motif, mais une allégation à produire, tout est dit; on condamne et on exécute sans phrases... ' Oui / oui / — AppJaudisseûieiits)^ et puis on déclare ju'on n'a de compte à rendre à personne de sa con-
Par luule la France c'est la même chose ; la campagne est engagée sur toute la ligne. Quelquefois il y i des violences plus criantes, plus brutales dans la forme, et dont le récit, quand il éclate dans les journaux, éclaire tout à coup le chemin de la tyrannie ad-
ministralivc. Lambezellec, l'oullaouen, Prévinquières, sont dans loutos les mémoires. Mais le plus souvent cela se fait sans bruil, comme un étouflement, et pendant que le pays se débat contre les lois Ferry , qu'au moins on peut discuter, la d(5sorganisation de l'enseignement primaire se poursuit silencieusement, mais avec une persévérance de tous les jours.
A'oilà le danger, Messieurs. On nous accuse de tromper les populations (juand nous disons qu'on veut chasser les Frères et les Sœurs ; M. Jules Ferry a bien osé porter cette parole à la tribune, sans s'apercevoir qu'il rendait du même coup témoignage h l'invincible attachement des familles populaires pour les instituteurs congréganistes, puisqu'il suppose qu'il a suffi pour obtenir un formidable pétitionnement de leur en faire craindre la suppression. Comment ! nous trompons les populations quand nous disons qu'on veut chasser les Frères et les Sœurs ! Est-ce que d'abord l'article 7 ne s'applique pas à tous les degrés de l'enseignement, à l'enseignement primaire comme aux autres? Mais d'ailleurs supposons, si vous voulez, qu'il ne s'agisse que des congrégations qui sont reconnues , celle des Frères, par exemple. Eh bien, est-ce que cela empêche le conseil municipal de Paris de les chasser, avec l'approbation du ministre"? Au lieu d'être une gêne, c'est une facilité. Pour les autres, on se donne la peine de faire une loi; pour ceux-là, comme on n'oserait pas la proposer, on s'en passe et on chasse sans autre forme de procès. (Bravos.) Voilà la différence. Et puis on dit gravement, — c'est M. Jules Ferry, — encore dans la lettre :
« L'option pour les maîtres laïques n'est pas une
atteinte à la liberté, puisque le droit d'ouvrir des écoles libres reste entier et incontesté. »
Le droit d'ouvrir des écoles libres , nous allons voir comment on le traite. Il faut un mois après la déclaration faite , pour qu'une école libre soit ouverte ; et quand on transforme une école congréganiste , on a bien soin de ne donner que trois semaines aux Frères pour évacuer les locaux, de manière que, pendant une semaine, les enfants restent sur le pavé, obligés ou de se passer d'école ou d'aller à l'école laïque. On compte sans doute là-dessus pour la recruter. Voilà le respect qu'on a de la liberté et du droit. Moi, j'aime mieux M. Mottu, c'est plus franc. (Ifrres et applaiidisseiiients.)
Messieurs, j'ai dit que c'était une conjuration. Me suis -je trompé? Conjuration abominable, dont l'objet est l'âme de nos enfants! (Braros.) L'âme de nos enfants! entendez -le bien, et non pas seulement leur esprit et leur intelligence; car il ne s'agit plus de l'instruction, mais de l'éducation, c'est-à-dire de la formation même du cœur, du caractère, de tout ce qui constitue l'homme moral.
Sans doute, Messieurs, l'instruction est un bienfait, et l'ardeur que nous mettons à lutter contre des mesures qui, je l'ai montré, auront pour effet d'en amoindrir le niveau, témoigne du prix que nous y attachons.
Mais il faut le dire bien haut, elle n'est vraiment un bienfait qu'à la condition de marcher de pair avec l'éducation , c'est-à-dire qu'en même temps qu'on instruira lenfant on l'élèvera ; on l'élèvera, Messieurs, je répète ce mot, qui correspond si bien à la pensée qu'il exprime : élever, c'est-à-dire grandir, détourner de ce qui est