‹ Discours du comte Albert de MunChapitre 29 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

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sans amour, sans f,'oùl et sans ai'dcur, ce qui n'est plus (lue l<;ur niélier.

'l\jut à riieure vous avez entendu le procureui- de la Clialolais, et Voltaire après lui, se plaindre de cette passion d'enseigner que les Frères ignorantins mettaient à la mode.

Ils avaient raison, Messieurs; un siècle plus tut un liomme était né, dont l'œuvre allait mettre en échec celle de Voltaire et disputer à l'impiété naissante l'àme des enfants du peuple. La Réforme avait ébranlé cet édifice de l'instruction populaire élevé par les mains de l'Église, et dont je vous ai montré les prodigieux développements : les guerres de religion en avaient troublé les fondements, et il semblait (jue la source (jui, depuis si longtemps, donnait à la France des maîtres chrétiens, menaçât de se tarir.

Un homme de bien, ému d'un si grand danger, fonda, poiu' demander à Dieu d'en préserver sa patrie, une association de prières, et deux ans après que M. Bourdoise avait eu cette pieuse pensée, Jean-iiapliste de la Salle venait au monde ! {Bravos et applaudissent en l s.)

Messieurs, vous n'attendez pas que je fasse ici son panégyrique; il n'y en a pas de plus éloquent que rassemblée qui m'écoute et qui proteste en faveur de ses fils. (Salve d'appl((udisseine)its.) Depuis deux cents ans, il se survit à lui-même, et chaque fois que vous voyez passer un de ces hommes vêtus de ce costume qui a fait le tour du monde , avec sa grossière chaussure, son rabat, son manteau et sa robe fermée par des agrafes de fer, saluez-le! c'est l'ignorantin qui faisait trembler Voltaire. (Acclamations et bravos.)

Il est partout et partout le même, dans mille écoles de France, où il répète dans l'humilité la leçon de dévouement que la Salle donnait au xvii« siècle; dans l'Europe entière, et jusque dans l'extrême Orient, où il fait à la France un renom de grandeur et de popularité qui survit à toutes les défaites (Mouvement); au Canada, où il entretient pieusement le souvenir et la langue qui furent ceux de là mère patrie {Applaudissements); dans toute l'Amérique, qui l'appelle au secours de sa civilisation naissante, et dans ces îles d'Afrique où il fait aimer à la fois l'Église et la France !

Vous l'avez vu, tel qu'Horace Vernet a peint le frère Philippe, assis dans une humble cellule, sur une chaise de paille et près d'une table de bois, avec un seul ornement près de lui, ce Christ qui pend au mur, qui résume tout, le principe et la fin, qui explique tout et qui est toute la récompense ! (Bravos prolongés.) Il est partout, Messieurs ! à la peine pour lui-même, à l'honneur pour ses élèves, et, quand vient l'heure tragique où la patrie lui demande un suprême sacrifice, il est encore là, le dernier sur le champ de bataille où l'ennemi le contemple avec admiration, ajoutant à sa gloire une palme inattendue que l'Académie lui donnera, pour saluer dans son dévouement le plus bel acte de patriotisme dont la France s'honore dans ces tristes jours ! (Vifs applaudïsserncnts.)

Messieurs, le 5 avril, au conseil municipal de Paris, M . Lafont expose, au nom de la 4* commission, « qu'une distribution est faite aux écoles communales de livres intitulés : Alhuni des écoles , les hommes ttliles. »

« Ces livres, dit-il, donnent le portrait et la biographie des hommes qui ont rendu des services à la so-

(•i(''l(''. Ail ii()iiil)rc (le (;(!S bioi^raphies li^^Mjicnl oiica- (Irécs, en lie des lioiiiiiies chers à l'Iniinaiiilé, celles du II. !'. d(j la Salle, de la sœur Rosalie, du Itèie Philippe.

« M. Laforit s'étonne qu'au moment où le conseil vient d'exprimer avec tant d'énergie son vœu de voir disparaître l'enseignement congréganiste h Paris, l'administration tolère la distribution d'ouvrages contenant l'éloge des propagateurs de cet enseignement, de personnages qui sont les ennemis de la société moderne. (h\ccl((in((li(>ns nuinhrciiscs.) Il invile donc .Vl. le préfet à faire supprimer de ces ouvrages les biographies de ces personnages. » (Moiircuwitl d''nidl(jiial}on.)

M. le préfet répond « qu'il prendra des mesures poui' que ce fait ne se reproduise plus dans l'avenir ». ( XoKVcUcs cxclainailons.)

Messieurs, je vous ni dit que les Frères sont partout! ils sont à l'honneur cl à l'outrage, et t(;us les deux les grandissent également. ( linivoH.)

Et je n'ai parlé que de ceux dont la ville de Paris voit et admire chaque jour les œuvres. Combien d'autres à qui, si je voulais, si je pouvais être complet, il me faudrait rendre un pareil hommage ! A'ous me pardonnerez au moins de céder à un mouvement personnel pour nommer et saluer ici, entre tous, ceux que j'ai vus si souvent dans l'obscur exercice de leur dévouement de chaque jour, et qui jettent, comme une constante réparation, l'éclat de leurs bonnes œuvres sur un nom que d'autres souvenirs av.iient tristement illustré.

Quand l'abbé de Lamennais, versant sur la plaie que son frère venait de faire à l'Église le baume de sa charité, institua la congrégation de l'Instruction chrétienne.

il donna pour cIcn ise à ses frères, en les envoyant dans les pauvres paroisses du pays breton, ces deux mots : Dieu seul! (Bi-avos.) Et voiià soixante ans qu'ils appliquent cette maxime, et que la Bretagne les aime comme la providence de ses campagnes, en dépit des préfets, qui, là-bas comme ici, ont entrepris de déchristianiser les écoles. Dieu seul! Avec ce cri de guerre, ils quittent tout, foyer, famille et patrie, pour aller porter l'ardeur de leur apostolat dans les colonies, où ils continuent Tosuvre sainte à quinze cents lieues de la France, forçant l'admiration et la reconnaissance de tous les gouvernements qui se succèdent à Paris, et qui savent bien « la confiance particulière que ces laborieux instituteurs inspirent aux diverses classes de la population. » (Apph(udissernents.) Ce n'est pas moi qui le dis, Messieurs! c'est un homme que les républicains ne désavoueront pas : c'est M. Schœlcher, écrivant le 20 mars 18i8, comme sous -secrétaire • rÉtat, pour le ministre provisoire de la marine et des colonies, au supérieur général des Frères de Ploërmel. (Applaudissements.)

Combien d'autres encore, Messieurs , s'il fallait tout dire ! et comment ne pas nommer au moins toutes ces soeurs enseignantes de qui mon illustre et éloquent iini, M. Chesnelong, disait en termes admirables qu'elles sont sorties « de la rencontre de la charité hrétienne et de la générosité française ! » (Apiilunilisscments et bravos.)

Eh bien ! je m'empare de cette parole et je demande à nos législateurs ce qu'ils mettront à la place de la charité chrétienne, en admettant qu'ils gardent la générosité! M. Jules Ferry, dans la lettre que vous

.savez, (lil. au [d-éfet : « Vous n'ouhlipie/. pas ({u'ici coiniiio en loules clioses, on no su|)i)iiin(; que ccf|u'oii i-ernpiaco. » Kli hiini ! on supprime les maîtres chrétiens : par (pioi les l'CMnplacc-t-on''*

Devant la commission qui préparait la loi de \^T^), le frère l'iiilippe, interrogé par .\f. ïliiers sur la formation du personnel enseignant, disait : « Ce qui fait le bon Frère, ce n'est pas l'Ecole normale, c'est l'esprit de dévouement! » Je vois bien. Messieurs, qu'on s'efforce de faire des écoles normales et qu'on nous demande de l'argent pour cela ! Mais l'esprit de dévouement, ce qui ne se paye pas, ce qui vient du cœur, et non de la bourse, d'où le tirera-t-on? Tous les journaux ont reproduit une récente circulaire adressée aux instituteurs, et qui s'exprime ainsi :

« 1" juin 1879.

« Monsieur rinstiluteur,

« Je vous prie de me faire connaître, par le retour du courrier, si vous connaîtriez quelques jeunes gens brevetés qui voulussent entrer connmc adjoints dans les écoles de la Seine.

« Traitement : 1,GÛ0 fr., avec augmentation de 200 fr. par période biennale jusqu'au chiffre de 2,000 fr., et indemnité de loyer de 400 fr.

« Vous me donnerez sur chaque candidat les renseignements suivants :

« Nom , prénoms; date et lieu do naissance; date et nature du brevet. »

Voilà! voulez-vous instruire les enfants du peuple? voulez- vous travailler à cette grande, à cette sublime

mission de l'éducatioir? Venez, la porte est ouverte Ça rapporte 2 000 francs! (llUanlé.) Montrez votr brevet : on ne vous en demande pas plus. {Applcm- (Cuisciiicuts.)

Mais ils ne savent donc pas, ces racoleurs de l'instruction puh\iq\ie(Mouvrii)eiit prolonge. — Vifs appAan- 4Hs!ieiiirnt>: ), il ne savent donc pas ce que c'est qu'un enfant , ce que c'est qu'un cœur à former et une âme à cultiver ! Ils croient donc qu'il s'agit seulement d'enseigner b, a, ha, et de montrer comment on fait un jambage ou une addition , et qu'alors il ne faut que le savoir soi-même et en avoir un brevet pour faire un bon instituteur ! Ils n'ont dont pas entendu le Frère Philippe : « Ce n'est pas l'École normale qui fait l'instituteur, c'est l'esprit de dévouement! »

Ils n'ont donc pas pesé ce qu'il faut de patience, d'abnégation, d'oubli de soi-même, de mépris des jouissances du monde, pour se consacrer à cette tâche laborieuse, souvent ingrate, toujours pénible, de l'éducation, et pour recommencer chaque jour, sans défaillance, sans paresse, sans lassitude, la besogne de la veille! Et la patience, l'abnégation, l'oubli de soi, est-ce qu'il y en a des brevets donnés par les examinateurs de l'État? Est-ce que l'État, qui peut tout, a trouvé le moyen de faire un homme dévoué d'un homme égoïste ou seulement indifférent '?

Je recommande aux auteurs de la circulaire que je viens de lire le livre de la Conduite, à l'usage des Écoles chrétiennes , qui est entre les mains de tous les Frères , et qui a été composé par l'abbé de la Salle : il y verra d'abord la méthode d'enseignement, ce qui lui rappellera en passant que l'enseignement simultané,

- nos —

<|iii .1 liMiisfuriTH'; riiislruclioii populaire:, cl, (|ui piôsaul pailoiit, csl. uiiu (;i(''al,ioii des Frères; mais il y \orr.i siii'loul la lisle des douze xcrUis principales <\u(', le fondateur ivclauie d'un bon iriailre, cl il nous dii-a Ia(|uelli3 lui i)aiail su[)erflue et la(|uelie se tiou\e dans les magasins de IKtal. ( liircn cl (iiifiltoidisscuicnh. )

J'y ai vu, entre autres, llaim'il'dé, de laquelh; le livre dit qu'elle est .wns ((uihilion , et je me demande si c'est dans l'anticliandjre de nos ministres f(u'on en fait provision. ( Ai)])laudiss('in('nls. ) Ahl non. Messieurs; avee les deux mille francs et les brevets, nous aurons des donneurs de leçons, mais des instituteurs, des maîtres d'école, nous n'en aurons point, parce que nous n'aurons point de dévouement ! La puissance de l'État s'arrête là, et celle du crucifix commence ! Il n'y a pas d'autre précepteur pour enseigner l'oubli de soi et l'esprit de sacrifice, et Horace Vernet a bien fait de ne pas ajouter d'autre emblème au portrait du Frère Philippe; car c'est là qu'était sa science; et, je le dis bien vite, c'est là, c'est dans ce crucifix qu'est encore notre confiance, c'est à cause de lui que nous allons aux Frères, (jue nous voulons les garder et que nous les garderons, quoi qu'on fasse ! (Double f<alvo de bravos. )

Car enfin on a bientôt dit et bientôt fait de disposer de nos enfants, de faire des plans et des projets de loi, et de décider comment on les élèvera. Sait-on bien de quoi il s'agit? Sait -on bien que ce que nous allons donner, nous, à ces maîtres d'école, c'est ce que nous avons de plus cher, de plus précieux au monde ; c'est toute notre richesse , l'ornement de notre vie et un morceau de nous-mêmes! Et alors, quand on nous parle d'édu-

cation nationale, il y a une ({uestion à laquelle il faut en venir et répondre nettement :

Qu'est-ce qu'on fera de nos enfants, et quels hommes nous rendra-t-on? ( Scnsalioii proforigce. — Bra-

l'OS. )

On nous dit : Nous leur enseignerons la morale ! Eh bien, Messieurs, il faut aller aussi au fond de ce motlà ! Qu'est-ce ({ue ce sera que cette morale?

On n'ose plus donner aujourd'hui pour des systèmes d'éducation les théâtres en plein vent et la danse obligatoire du citoyen Lakanal. On sent bien qu'il faut quelque chose de plus. Pas de religion, pas de bon Dieu, c'est une afllaire entendue; et ([uand M. de Lacretelle, dans son projet de loi, a eu l'audacieuse idée de dire que des notions sur Vexistence de Dieu et rhniHortalité de l'dinc seraient données aux enfants, le journal les Droits^ de Vhohime l'en a relevé vivement ; « Il y a, disait- il dans son numéro du 8 avril 1876, il y a dans la loi Lacretelle un certain article qui ne laisse pas d'être excessivement perfide et de corrompre irrémédiablement l'esprit de la proposition!... C'est un enseignement pareil qu'on a la prétention de faire passer pour laïque !... Si vous tenez absolument à bondieusardifier la jeunesse, de quel Dieu comptez-vous lui enseigner l'existence .' »

M. de Lacretelle n'y reviendra plus, je pense. Donc pas de religion et pas de bon Dieu ! Mais la morale ! Elle figure, en effet, dans tous les projets de loi. Pour moi, Messieurs, je ne vois pas ce que sera cette morale sans Dieu et sans religion?

M. Gambetta, qui excelle, comme Danton, à formuler les passions révolutionnaires en quelques mots bien

|()|)i(|iics, a essayé jadis do le faiie pour la iiioralt;. C'était en lX7ti, je crois, au banquet de Saint-Qucnlin. Il faut Jjien aller cherclier dans les discours d'autrefois la pensée de M. (iambetta, depuis (ju'il est enfermé dans le silence de ses grandeurs. (J!r(tvoi> cl applaudisacitiriih fn-olongé^^. ) Donc, à Saint-Quentin , M. flambetta s'est écrié : « La inorale sera enseignée laï(|uenieiil. » ( F..rfhtni(il'i(»is. ) Conii)renez-vous? i*as inoi (on /■(■/ ); à moins que cela ne veuille dire (ju'on remettra en vigueur le décret de la Défense nationale qui oidoniie (|uc « tous les dimanches, obligatoirement, et même plusieurs fois dans le cours de la semaine, s'il se peut, l'instituteur de chaque commune devra lire aux liabilants réuni?, soit dans l'école, soit ailleurs, les principaux articles insérés au Bnllelhi de la Ti/'pnhlique , propagande éminemment moralisatrice, » disait M. Gambelta.

Est-ce que c'est cela la morale laïque? M. Barodet i nouvelles exclumalions) prescrit aussi, dans son projet de loi, l'enseignement de la morale, et on pense malgré soi à cette célèbre fête des Écoles, célébrée à Lyon en 1871 , et à laquelle, je crois, M. Barodet n'était pas étranger, où, suivant le récit fait à l'Assemblée nationale, les enfants accompagnés de leurs parents et les gardes nationaux mêlés ensemble ont été conduits au parc de la Tête- d'Or, au milieu de tonneaux de vin livrés à discrétion, si bien que, à la fin de la journée, il a fallu des voitures pour ramener les enfants, les parents et les institutrices. La fêle s'est terminée aux cris de: A bas les calotlnsl Vive le conseil municipal! et les élèves de l'école municipale parcouraient les rues de la cité en hurlant la Marseillaise, puis chancelants

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•et dodelinant de la tète et allant se réinstaller à la brasserie. {Rires hruijanls.)

Est-ce cette morale -là qu'on enseignera? (Ap})laHcli!<sc)nents.) Je vois d'ici l'instituteur aux prises avec son inspecteur : Il faut enseigner la morale à vos élèves. — Laquelle, celle du catéchisme ou de l'Ancien Testament'? — Non, non, pas de religion. — Mais, alors que leur dirai- je? — Eh bien ! qu'il faut faire leur devoir, devenir d'honnêtes garçons , bien travailleurs , bien savants et bien dévoués à la République. — Mais s'ils me demandent ce que c'est que d'être honnête? — Vous leur direz que c'est de faire ce qui est bien et de ne pas faire ce qui est mal. — Et s'ils me demandent ce que c'est que ce qui est mal ? — C'est ce qui est défendu. — Par qui? — Par la loi. — La loi de qui? — De M. Jules Ferry. (Double salve d'applaucUsseiiiods. )

Voilà le bout de la morale indépendante...

On est bien obligé d'en venir là, et, pour ne pas •dire aux enfants tout simplement qu'il faut obéir à Dieu, comme il faut bien, pour avoir la paix, qu'ils •obéissent à quelqu'un , on leur dira qu'il faut obéir à M. Jules Ferry et à M. Hérold, demain à M. Barodet et à M. Hovelacque. (Bravos.)

Messieurs, il faut convenir que les disciples de Jean -Jacques Piousseau ont bien retenu et apphqué ses maximes. 11 écrivait dans V Emile :

« Vous ne parviendrez jamais à faire des sages, si^ vous ne faites d'abord des polissons. »

Je ne sais pas si, avec ce système -là, nous aurons jamais des sages, mais pour des polissons, j'en réponds. (Rires approhatlfs.) Nous rions; mais il fau-

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(li.ul |)lul6l., comme le disait iioln; pic-sidcnl, le duc do lii IWxdieroucauld-Hisaccia , doiil, les accfMils émus oui, l'autre jour à la Cliambie, fore*' l'aduiiration de ses adversaires et soulevé les acclamations de ses amis, il faudrait plutôt pleurer.

Car il n'y a rien de plus profondément douloureux ([u'un pareil spectacle.

Voilà donc ce que c'est que l'éducation laïque! Ce n'est plus seulement l'éducation sans Dieu, c'est l'éducation sans morale. Et ces enfants pour qui on prépare de pareilles leçons , ce sont les nôtres ! Ces âmes que l'on veut flétrir, quand elles sont encore tout épanouies dans la pureté de leur innocence, ces cœurs qui s'entr'ouvrent seulement aux émotions radieuses des premières années et qu'on veut déjà dessécher, ce sont les âmes, ce sont les cœurs de nos enfants! ( Bravos.) Messieurs, nous ne les livrerons pas ! (Non! non!) Il y a des obéissances légales qu'on peut exiger de nous; mais celle-là on ne peut pas nous y contraindre. { Appidudissements.)

Prendre nos enfants pour les jeter en pâture à l'école sans Dieu! mais comment a-t-on pu croire que cela était possible, que cela allait se faire sans soulever d'un bout à l'autre du pays la révolte des consciences? ( Mouvements.)

Vous voulez en faire des hommes, et vous parlez de leur donner une éducation nationale! Eh bien! quand la patrie aura besoin d'eux, (|uand elle leur demandera ^ ce sacrifice suprême qu'elle a le droit d'attendre de ses enfants, s'il n'y a pas au fond de leur cœur ce senliment qui porte avec lui la raison d'être et la récompense de tous les dévouements, ils n'entendront pas

la voix ([ui les appelle, ou bien ils y fermeront leurs oreilles. (Sensation proIo)u/ée.)

M. (lambetla, parlant des élèves des congréganistes, a osé dire dans ce discours de Saint- Quentin que j'ai cité : « Quand vous aurez à faire appel à l'énergie d'hommes élevés par de tels maîtres , quand vous leur parlerez de leurs devoirs de citoyens, quand vous voudrez exciter en eux les idées de sacrifice, de dévouement à la patrie, vous vous trouverez en face d'une espèce humaine amollie et débilitée. » (ExclaiiKtiions. )

Messieurs, si ces choses s'étaient dites en 1869, on aurait pu croire à de l'ignorance : en 1872, au lendemain de la guerre, cela s'appelle autrement.

Je ne sais pas quelle espèce humaine gouvernait alors la France, mais je ne crois pas que les Prussiens aient trouvé très amollie celle qu'ils avaient en face d'eux à Patay, ni M. Jules Ferry et ses compagnons de gloire, celle des mobiles de Bretagne au 31 octobre. (Lhmhle salve d'apjilamlissoneiil s. )

Messieurs , on nous reproche quelquefois de vanter trop souvent et trop haut le patriotisme dont le clergé, dont les Frères, dont tous les catholiques ont fait preuve pendant cette funeste guerre, et quand on nous a bien injuriés, quand on a bien dit que nos maîtres nous amollissent et nous apprennent à haïr la France , si nous voulons protester en rappelant l'histoire, on nous crie : « Mais tout le monde a fait son devoir ! Vous n'en avez pas le monopole! » (Exclamations.)

Eh! sans doute! Et nous ne prétendons pas que tout le monde n'ait pas fait son devoir : seulement tout le monde ne le comprend pas de la même manière,

vl (|iiaii(l on se hal, il y en a qui croicnl, que leur devoir est d'être sui- le champ de j);itaille, d'aulres dans les préfectures. ( Ah ! (di ! — Ajqtl'fiidif^sfmpntu. — Jiircs pi'oloiKjés.) Eh bien! nous n'étions pas dans les prélectures, voilà tout, et nous le constatons. Et puis, Messieui's, en vérité, ce serait trop commode d'injurier les gens et de leiu' dcHendre de parler!

Un jour (|uc le peuple de J'ionie accusait un de ses généraux de trahison, il se contenta, pour répondi-e, de découvrir sa poitrine et de montrer ses blessures reçues pour la patrie. (Bravos.) Nous faisons comme lui, Messieurs! On nous dit que nous sommes des traîtres , et pour répondre nous montrons les blessures par lesquelles le sang de la jeunesse chrétienne a coulé à flots pour la France.

Qu'on nous donne des soldats comme ceux-là, et il n'y a que l'ennemi qui s'en plaindra.

Et puis, cet enfant à qui vous allez ravir la foi, chez qui vous allez tuer tous les instincts surnaturels, quand il grandira, quand viendront les épreuves, les difficultés de la vie, quand les passions s'allumeront dans son cœur, quand la tentation , le mauvais exemple, le conseil perfide l'attendront au détour de la rue , où trouvera-t-il la force pour marcher droit son chemin? Quel moyen lui aurez -vous donné de se défendre et de rester honnête? Et si le malheur frappe à sa porte, si un jour il trouve son foyer visité par la mort, ou la misère assise sur le seuil, vers qui se tournera-t-il pour être consolé? Serez-vous là, auprès de lui, avec votre morale indépendante, pour lui parler de patience et de résignation?

Non ! vous l'aurez depuis longtemps abandonné et

laissé à lui-même avec son cœur vide et sans croyance, et lui, il souffrira dans le désespoir de tout le mal que vous lui aurez fait... { }foure)itciit.) Et si alors, impatient d'une destinée que rien ne lui explique, cherchant en vain, à travers les ruines de son âme, une trace qui lui indique le chemin du devoir, il se lasse de cette lutte sans espérance et se tourne en révolté contre la société pour se venger sur elle de sa souffrance, qu'aurez-vous à lui dire? {Profonde sensation. ) La loi? Mais quelle raison lui aurez-vous donnée de la respecter et de lui obéir?

Messieurs , il faut bien en arriver là ! Si Dieu est supprimé, s'il n'y a plus de loi divine, que reste -il? et où est la garantie sociale? Qu'est-ce qui garde M. Grévy dans son palais. M, Gambetta sur son fauteuil et M. Hérold dans le cabinet à la porte duquel il fait attendre les mères de famille? ( Applandissouerits.) Qui est-ce qui les garde, s'il n'y a plus de bon Dieu? Le gendarme? Et s'il tombe sur quelqu'un de plus fort que lui?

Saint- Just, ^lessieurs, qui avait ce plan d'éducation nationale que je vous ai lu, avait aussi un plan de Constitution, et il avait prévu le cas. Voici la solution qu'il en donne :

(c Article i'-''. — Les communes éliront tous les deux ans, lors du renouvellement des législateurs, dix vieillards, recommandables par leurs vertus, dont les fonctions seront d'apaiser les séditions. (Exclamations et rires.)

« Art. 2. — Ces vieillards sont décorés d'une écharpe tricolore et d'un panache blanc; lorsqu'ils paraissent revêtus de leurs attributs, le peuple garde le silence et

aii't"'l,(i (|iiiruii(|U(; puiirrait Irouhlcr le luinullo. Le peuple prend les vieillards pour arbili-es.

i< AuT. ;}. — Si le trouVjle continue, les vieillards annoncent le deuil de la loi. ( llihn-ih' (joncrale.) Ceux qui insullont un vieillard sont réputés méchants (noui-cfiit.r /w/vn) et sont déchus de la qualité de citoyen. »

Messieurs, c'est loujours la même question; et si le [leuple no respecte pas les vieillards, qui est-ce (jui gardera les vieillards? (C'est cola!)

La force! voilà donc le dcrniei' mot de la société sans Dieu: la force, (|ui esl un moyen, inais qui n'est pas une raison; la force, f|ui est une arme nécessaire, légitime, à la condition qu'elle soit au service du droit, sinon elle n'est plus que la brutalité du despotisme! (Sensalion profonde. )

L'autre jour, le journal de M. Gambetta, la lii'pntAï- ([iie frrotcdise, disait pour justifier M. Ferry : « En dehors de l'individu et de la nation, il n'y a pas de droit. » Ainsi le droit de la famille, ce droit sacré qui est écrit au fond de tous les cœurs, le droit de faire élever ses enfants et de former leurs âmes, ce droit qui impose le plus grand des devoirs, cela n'existe pas! Le droit de la conscience, ce droit qui éclate de lui-même en soulèvements spontanés et qui révèle son existence par la puissance même de ses élans, cela n'existe pas ! Il n'y a que la nation, c'est-à-dire l'État, qui est l'ensemble des pouvoirs publics, c'est-à-dire le Gouvernement, qui parle pour l'État; le ministre, qui est l'organe du Gouvernement; le préfet, qui est l'agent du ministre !

Eh bien , non ! cela n'est pas possible et cela n'est pas vrai. Le droit de la famille existe, et il est inviolable.

Son existence, il la démontre par ce prodigieux mouvement qui se fait par toute la France en faveur des Frères. J'ai parlé d'enquête; mais qu'en est-il besoin? Vous savez bien tout ce qui se passe ! Vous avez lu les récits éloquents dans leur touchante simplicité par lesquels un de ceux qui ont organisé la réunion d'aujourd'hui a révélé les témoignages attendrissants de l'attachement des familles pour ces Frères qu'on a expulsés ! Rue PouUetier, il y avait vme école de :W0 élèves, il y en a 260 à l'école libre de la rue Bretonvilliers , malgré les visites, les lettres à tous les parents ; c'est là que se passe celte scène touchante qu'on a déjà lue, qu'on a déjà citée, mais que vous me pardonnerez de vous faire entendre encore. ( Bravos.)

« Deux de nos amis demandaient une adresse à un concierge de l'île Saint- Louis.

<s — N'êtes- vous pas les messieurs qui quêtez pour les Frères? leur demanda-t-il.

« — Oui, pourquoi?

« — Ayez donc l'obligeance de monter chez une de nos locataires; elle n'est pas riche, mais elle a son fils chez les Frères, et elle m'a vivement ]"ecommandé de vous faire cette prière...

« Et nos amis grimpent presque en haut de la maison, et ils exposent le but de leur visite.

« — Je vous suis bien reconnaissante, Messieurs, leur dit cette mère de famille, d'avoir pris la peine de monter si haut ; mais je tenais à vous dire que je vous remercie du fond du cœur pour les services que vous rendez aux ouvriers de notre quartier en nous con.servant les Frères... J'ai mis de côté une petite somme; je vou-

(Irais l)i(;ii avcjir (lavaiila;,^', mais |)r('iic/-la. l'uis elle leui' rciiiol. dix Irancs et elle ajoute :

« — (l'esl. ma voisine (}ui ne sera pas coiitenlf;!

« — Kl poiiicniol donc, Madame? demandent lc;s \ isiteurs.

« — Parce qu'elle no vous allendail pas aujourd'hui et qu'elle n'a pas eu le temps de vendre ce qu'elle avait mis de côté pour les Frères ?

« — Comment ! vendre... ?

« — Eh! oui, nous ne sommes pas riches, mais on a bien quelques petits souvenirs ! ( Vifs apiilaudhscmenls.) Elle voulait vendre un peigne en écaille et ses boucles d'oreilles, mais elle les vendra demain.

« Nos amis étaient émus jusqu'aux larmes de tant de simplicité et de tant de dévouement, et l'un d'eux nous disait :

« — Je suis tenté de bénir le conseil municipal, qui a fait naître tant de générosité et tant de nobles désintéressements.

(( — Ah ! disait à ces mêmes quêteurs une ouvrière, ah! si j'étais homme!... — Eh bien! que feriez- vous? — Je me ferais arrêter, mais j'en dirais bien long à ce fameux conseil! » (Rires.)

Eh bien ! Messieurs, nous, nous sommes des hommes: Disons au conseil municipal tout ce que nous avons sur le cœur : c'est notre droit (OkH oui!), et on n'a pas celui de nous arrêter pour cela.

Ici même, rue Montgolfier, il y avait 180 enfants dans les quatre premières classes ; 140 sont restés avec les Frères ; 25 seulement vont à l'école laïque, et tout le quartier est témoin de l'admirable défilé de ces 140 enfants qui, en attendant que le local de la rue

Saint-Deuiri soit prêt, se réunissent à la place du Château -d'Eau, et s'en vont, conduits parleurs maîtres bien- aimés, à trente -cinq minutes de là, rue Lafayette, sans souci de la distance ou du mauvais temps, plutôt que d'accepter la tyrannie municipale.

Voilà l'enquête, voilà le vœu des familles, et par toute la France c'est la même chose. M. Chesnelong a donné des chiffres écrasants au Sénat. Il me permettra de les reproduire ici, parce qu'on ne saurait trop y insister, parce qu'il faut que tout le monde les sache uipphiudissenwnl^). et puisqu'on parle de la nation, qu'on ne se lasse pas de montrer qu'on lui fait violence et qu'on dénature ses \Tais sentiments. C'est ^Tai pour la France comme pour Paris.

Voici les chiffres :

A Marmande , l'école libre des Frères a conservé ■M élèves sur les 58 qui fréquentaient, avant la substitution, leur école communale.

A Amiens , l'école libre a conservé 150 élèves sur -2iM).

A Troves, l'école libre a conservé 190 élèves sur 249.

A Cavaillon, dans le Vaucluse, bien que les parents aient dû attendre plus d'un mois l'ouverture de l'école , 1.50 élèves sur -2iO sont restés.

A Chartres , il en est resté 135 sur 186.

A Saint -Amour, dans le Jura, l'école libre a gardé 1^27 élèves sur 130.

A Saint -Quentin, 213 élèves sur 223. ( A}rplaudis$e-

A Lyon, dans le quartier de Vaise, l'école libre a conservé 22l^> élèves sur les 245 qui suivaient l'école communale congréganiste avant sa suppression. Dans

celle niùiiic ville de l.yoïi, il y a une aiilro ('cole communale congréganistc qui a été su|)|)iim(''e; à la Croix- Housse, l'école laï([ue comrruiiialo qui a i-emplacé l'*'colc congréganistc n'avait pu n'-unir (|ue T) élèves après une attente de quin/.e jours. { Appltanlix^i'niviilx cl h ni vos. )

A Blois, après la suppression de l'école communale congréganistc, deux écoles libres congréganisles ont été créées. L'école communale avait IW élèves; les écoles libres en ont 300.

Messieurs, voilà l'enquête! elle est inattaquable! elle est écrasante !

On ne peut pas nous dire que c'est une agitation lac-tice, une émotion préparée, et que toutes ces familles qui restent fidèles aux Frères soient poussées par des meneurs! Si on le disait, Messieurs, partout, dans tous les quartiers, les mères se lèveraient, et elles répéteraient l'énergique réponse de cette femme vaillante qui disait à M. Hérold : « Non , on ne nous a pas poussées; nous avons toutes obéi à un élan do notre cœur! »

Cet élan magnifique, on n'en veut pas tenir compte, pas plus que des 1 000000 signatures qui ont couvert les pétitions contre la loi Ferry ! On ne s'en soucie pas! On est au pouvoir , on en profite.

« Ce que je sais, s'écrie M. Jules Ferry à la Chambre, c'est que vos adversaires sont à l'heure présente abattus et impuissants , et voilà pourquoi je dis à mes amis : Profitez -en. :o

Le conseil municipal ne se le fait pas répéter ; et, il y a cinq jours, M. Hovelacque déposait une proposition tendant à inviter M. le préfet de la Seine à procéder,

pour l'époque de la prochaine rentrée scolaire, à la substitution générale des maîtres et maîtresses laïques aux Frères et aux Sœurs dans toutes les écoles primaires de la commune.

M. Hovelacque a raison; il est dans la politique du Gouvernement • il est le plus fort, il en profite.

Cette politique-là, Messieurs, elle a un nom; et ce n'est pas moi qui le lui donne, c'est un républicain qui Ta fait, dans un discours plein de courage et d'éloquence : c'est une politique de jacobins ! (C'est vrai ! — Ajiplaudhseiuents.)

M. FeiTy l'a définie en un mot en disant à la gauche :

« Attendre serait une faute : car aujourd'hui, tout ce que vous voulez, vous le pouvez! »

Eh bien ! non , cela n'est pas vrai ! ils ne pourront pas tout ce qu'ils voudront !

M. Lamy le leur a dit en termes magnifiques :

({ Ils soulèveront contre eux la coalition de la pitié et de la générosité française 1 et c'est une force qu'on ne brave pas impunément. » Messieurs, la coalition est formée. Un nous dit que nous sommes une faction! Non ! nous sommes la conscience publique ! la conscience émue, indignée, froissés dans ses sentiments les plus vifs , dans ses droits les plus certains , la conscience qui est toujours une force, et qui devient, quand elle est la conscience religieuse, une des plus formidables puissances de ce monde.

M. Thiers, qui a dit cette parole, ajoutait qu'affliger quelque nombre que ce soit de consciences religieuses, est une faute qu'un gouvernement n'a pas le droit de commettre.

Messieurs, la faute est commise, et vous êtes ici

pour le dire uvuc moi : ce si;ra la conclusion qu'on \a vous proposer tout ù l'heure. Restons calmes et pacifiques ! Mais, sûrs de notre droit, ne nous lassons ni d'agir sans trêve, ni de parler sans faiblesse, pour la défense de nos libertés et pour l'âme de nos enfants. (Acclamalionfi enlhousiastcu. — Sdlrcfi réitrn'cs d'(ij>plaildissciiicnts. — Tout l'cuul'do'ire >^e lève ri (irchmic l'orulenr.)

A la suite (le ce discours, un membre de rassemblée se lève et prononce ces paroles d'une voix émue :

« Je remercie M. de Mun au nom de tous, au nom de tous les pères de famille qui sont ici, et charge le président de lui serrer la main pour tous. » [Bravos.]

M. de la Rochefoucauld-Bisaccia, président de la réunion, prend ensuite la parole en ces termes:

« Messieurs, je suis rinterprèle de rassemblée entière en remerciant de tout coeur notre honorable ami Albert de Mun des éloquentes paroles qu'il vient de faire entendre.

« En vous voyant suspendus à ses lèvres, en voyant vos âmes en communication si sympathique avec la sienne, mon cœur était ému, et je veux vous adresser du fond de l'âme mes plus vifs remerciements. (Bravos.)

« Tout n'est pas fini sans doute; mais il est impossible de sortir de cette réunion sans emporter une ferme espérance et sans croire au salut. [Bravos.]

« Vous voudrez ne pas terminer sans prendre une résolution. Je vous demande la permission de vous lire la formule que nous avons rédigée, et qui doit se trouver conforme à la pensée commune.

« Je la mettrai ensuite aux voix :

« Attendu que le libre exercice de l'autorité paternelle

a constitue pour tous les ciloyens un droit sacré, imprescrip-

« tible et inaliénable, « Cinq mille hommes, réunis en assenîLlée privée au Cirque d'hiver, revendiquent énergiquement le respect et le maintien de la liberté d'enseignement restituée à la France par

« les législateurs de 1850 et de 187-3, a Et protestent de toutes leurs forces contre les mesures arbitraires qui lui ont porté ou lui porteraient atteinte. »

M. le président met aux voix la résolution. Elle est acclamée par toute l'assemblée. On ne saurait rendre compte exactement de Teffet produit par toutes ces mains levées d'enthousiasme.

On demande la contre-épreuve au milieu des applaudissements.

M. LE PRÉsuiENT. Personne ne se lève?

Pbjisieurs voix. Si , ils sont deux !

Un membre. Sont-ils pères de famille? [Applaudissements prolongés. )

Un des deux protestataires. Nous voulons la liberté: nous sommes libres de manifester. Nous faisons comme vous, nous. Très bien .' )

M. LE PRÉSIDENT. Je VOUS remercie encore une fois, Messieurs. La séance est levée. [Longs applaudissements.)

Celte conférence fut le point de départ d'une campagmentreprise par M. de Mun pour répondre à l'appel des catholiques qui, dans toute la France, l'invitaient à organiser contre les lois Ferry des meetings analogues à celui du Cirque d'hiver. Du mois de septembre au mois de novembre 1879, il fit ainsi, devant des auditoires nombreux, une série de conférences à Moulins, Saint-Étienne, Lyon, Chambéry, Marseille, Montpellier, Bordeaux, Montmorillon, Vannes, Caen, le Mans, et enfin à Lille, où quatre mille hommes réunis dans

riii|ii)(j(lioiii(; (le la ville acolaiiièronl les ré.■^olulionb propos6es par l'oialeur.

A la mrinc époque, un comilé de (l^Censc religieuse fui londô à i*aris sous la présidence de M, Charles Chesnelong, sénateur. 11 com|)Uiil iiarmi ses membres MM. Keller, le baron de Mackuu, de Havif,'nan , etc. M. de Mun y entra comme secrétaire général.

L'article 7, voté par la Chambre de» dé|)ulé.s, fut lejjou.^sé Itar le Sénat au mois de février 1880. L'énergie des catholiques et les KiOOOOi) signatures qui appuyaient leurs pétitions avaient contribué largement à préparer cet heureux résultat.

Le Gouvernement, sous la pres.sion de la Chambre des députés, rendit les décrets du 29 mars 1880, qui ordonnaient lu dispersion des membres de la Compagnie de Jésus dans un délai de trois mois, et obligeaient, sous peine d'une bcmblable violence, les autres congrégations non autorisées à soumettre dans le même délai leurs statuts à l'examen et à l'approbation du gouvernement.

On sait comment et avec quelle brutalité ces décrets odieux furent exécutés pour les Jésuites, le 29 juin, et, pour les autres congrégations, au commencement du mois de novembre.

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