‹ Discours du comte Albert de MunChapitre 3 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

\'()us lruuveiv.7, (|uo, dans toute la Francfî, il y a des populations cliréliennes qui ne veulent pas laisser attenter à leur foi, et toutes les fois qu'un homme se présentera au milieu d'elles disant hautement qu'il est catholique, il sera certain, non seulement de leurs sympathies, mais de leur concours actif, généreux et dévoué.

Voilà, Messieurs, ce que l'enquête vous apprendra, n'en attendez pas autre chose; je vous épargne par cet aveu la peine d'une plus minutieuse et plus longue recherche.

Que si cependant, comme on l'a dit dans votre 7'= bureau, vous refusiez aux candidats catholiques le droit de se poser en champions de leur religion menacée... (Dénégations à gauche), alors, Messieurs, vous n'auriez plus qu'une chose à faire : invalider l'élection. ( Rnmcurs diverses.)

En ordonnant une enquête, vous pourrez faire supposer que vous avez d'autres visées; vous pourrez faire supposer que vous voulez faire surgir un scandale religieux; car, en définitive, vous avez tellement élargi le débat, qu'il n'est plus possible de le restreindre. Votre enquête sera dirigée non pas contre une élection en particulier, mais en réalité, d'une manière générale, contre l'action du clergé dans les élections.

Voix diverses à gauche. Oui! oui! — Parfaitement! C'est cela !

M. LE COMTE DE Mux. Eh bien. Messieurs, laissezmoi vous le dire, quand on veut inspirer la confiance, il ne faut pas faire de ces actes qui troublent profondément les consciences. Lorsque vous aurez décidé cette enquête qui doit, selon vous, dénoncer à la France le

clergé catholique, vous aurez agité le pays une fois de plus; mais vous n'aurez pas travaillé à l'œuvre d'apaisement à laquelle vous annoncez vouloir vous consacrer. Vous n'aurez pas donné de solides fondements au gouvernement qui commence , vous aurez fait une œuvre de passion. (Protestations à gauche.)

Yoilà pourquoi je disais, en commençant, qu'à mon sens les conclusions du bureau étaient inopportunes, et pourquoi je vous demande. Messieurs, en terminant, de repousser l'enquête en vous prononçant nettement pour ou contre la validation de mon élection. (Très bien ! et ajppJaudissements à droite. — L'orateur, en regagnant son banc, est vivement félicité par plusieurs membres de la droite.

Le rapporteur, M. Henri Brisson, répondit à ce discours en déclarant qu'il était impossible de ne pas « rendre hommage à la grande franchise, à la pleine sincérité de l'orateur »; puis, après avoir lire de cette sincérité même un argument en faveur de la thèse soutenue par le rapport, il revint sur les faits de détail allégués contre la validité de l'élection, et en particulier sur ceux qui lui paraissaient établir l'intervention abusive du clergé. M. Keller lui répliqua par quelques paroles i)leines de cœur et de lalent; puis, M. Gambella intervenant à son tour, et se défendant de prendre parti entre deux candidats dont « l'un était prêtre cl l'autre digne de l'être », insista avec beaucouji de passion, au nom des droits de l'État laïque, pour le vote de l'enquête, tout en couvrant la vivacité de son langage sous les formes les plus courtoises :

« A coup sur, dit-il, je ne demande pas mieux que de saluer l'entrée, dans une Assemblée française, d'un homme qui jouerait dans cette Assemblée le rôle que Montalembert a

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i-eiii|)li cl joiu; dans des Assonihlocs jjIus inoiiarcliiqucs, [)lus n'lii,'iouscs... Ce n'csl pas moi i\uï voudrais écarter de l'arène politique un cliaiupioii qui s'annonce sous de telles couleurs et avec de telles prémices de talent. »

L'enquôte fut votée par 307 voix contre 109, et MM. Hethmont, Le Ponielec, Tiersot et Turqnet furent nommés commissaires-enquêteurs.

L'clfet produit parmi les catholiques par le discours de M. de Mun et le vote de la Chambre fut considérable.

L'illustre évoque de Poitiers, M-' l'ic,lui adressa la lettre suivante :

(' Je n'hésite pas le moins du monde à dire que vous avez été aussi heureux pour le fond que pour la forme. Vous n'auriez rien gagné et vous auriez tout perdu si vous aviez plaidé les circonstances atténuantes. La presse a été unanime à rendre hommage à la modération et à la modestie de votre langage et de votre caractère. Votre argumentation n'avait rien d'agressif et se contenait dans les limites de la juste défense. Le succès a été tel que tous les amis de la cause et de votre personne le pouvaient désirer'. »

' Ilisloire du cardinal Pie, évéque de Poitiers, par Mer Bauiiard, t. Il, p. 383.

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