‹ Discours du comte Albert de MunChapitre 34 sur 46 · MY · texte numérisé non relu

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(;l la luriiir qu";inra eu f^ouvei'neiiiciit, le iniiicipc ^ul■ lequel il reposera, le choix de celui qui en sera Ic <léi)osiluiro, rien de loul cfla ne peut être indifîcrerit, je ne dis pas à un homme qui aime son pays, mais à un lidniini' (pii piVIcnd y vivre, parce que ce sont autant des f|ueslions inlirn(;ment liées à l'ordre social tout entier, à la prospérité i)ublique, à la sécurité du lendemain, à la paix de la conscience et au repos de la famille. PJt, si cette nation est la France, la question est [)lus pressante, plus in(Muctable encore, parce que, dans l'état où la Révolution l'a mise, le gouvernement, l'ordre légal, a un si grand empire, une puissance si accablante, que, s'il est mauvais, s'il est vicié dans ses origines, dans ses doctrines et dans ses représentants, il a sur les destinées du pays une influence chaque jour plus funeste, et qu'il arrive une heure où le despotisme de l'État finit par étouffer la révolte de la conscience.

/ M. de Martignac a dit un jour cette belle parole : « C'est un grand mal dans un pays quand la loi ordonne ce que l'honneur défend : en France, c'est toujours la loi qui succombe! » Messieurs, Dieu me garde de vouloir ofïenser mon pays ! Mais, laissez-moi vous le dire, quelle que soit encore sa vigueur morale, quelque ressource qu'il y ait dans l'énergie de sa conscience, je ne crois pas qu'à l'heure où nous sommes cette parole soit vraie. La loi, la légalité a chez nous une puissance presque sans bornes, et, quand elle est maniée par des honnues que le scrupule n'arrête pas, elle devient une oppression plus forte que toutes les protestations. L'honneui' se révolte et s'indigne sans doute, mais la loi impose silence à ses gémissements, et, quand une

pareille expérience a été faite souvent, quand la terreur s'ajoute à la lassitude, alors, Messieurs, oui, je l'avoue, je crois que l'honneur peut succomber... C'est le règne du despotisme... {Bravo! — Mouvciiwrit proh»igé), et, quand je parle du despotisme de la légalité dans l'année qui a vu l'application des lois existantes, je ne crois pas que je parle d'une chimère. (Non! non! Bravo!) Cela ne dure pas ! me dit -on, et l'excès même de la tyrannie amène tôt ou tard un réveil de l'opinion. Je le veux bien; mais d'abord n'est-ce rien que le mal qui se fait pendant qu'on attend la réaction promise, et cette lente corruption que la loi promène dans le pays, avec tout son prestige et tous ses moyens d'action? Et je le dirai encore, Messieurs, — je suis ici pour tout dire, — je redoute pour la France encore autre chose , et la réaction ne me rassure pas plus que l'anarchie. Je le répète, je ne veux pas être injuste pour mon pays; mais, après tant de révolutions, après tant et de si persistantes confusions, après tant de changements , de systèmes divers tour à tour essayés et rejetés, je me demande, Messieurs, ce qu'il adviendrait du brusque revirement d'une opinion affolée par l'excès révolutionnaire, ce qui se passerait ce jour-là dans ce pays où la foi est si profondément troublée, où la notion du juste et de l'injuste a reçu de si rudes atteintes , où l'habitude du fait accompli a pris un tel empire! Je me le demande avec effroi, et je ne suis pas sûr que l'indifférence politique ne nous mènerait pas alors tout droit dans les bras d'un sauveur d'aventure qui, pour prix de l'ordre matériel, nous donnerait un despotisme nouveau. (r/-t'>.- bien! très bien! — Applandissonenlfi.)

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Celle i)olirK|ue-là, ccll(; pcjliLiciuc de l;i réacLioii au liasartl el sans principes, c'est la politique des cataslro|»hes, et ce n'est pas la mienne. (7'/v'*.s him! Irrs hini!) Ce que je veux, c'est aiTêler le mal, c'est prévenir la catastrophe, et je dis (|ue, pour cela, il faut un gouvernement; que du choix de ce gouvei-nement dépendent l'avenir et la sécurité du pays, et qu'il es[ du devoir de tous les hommes politiques, de tous ceux qui ont quelque action sur l'opinion de leur temps, de dire ce qu'ils pensent d'une si grave question, de tout faire pour éclairer leurs concitoyens et pour hâter l'heure de cette délivrance nécessaire.

Nous périssons. Voilà la vérité.,. (Oui! oui! — Très vrai) et le cri d'alarme de tous les bons citoyens. Nous périssons par la destruction de nos croyances, par l'éducation sans Dieu, par le gaspillage de nos finances, par le désordre de notre administration, par la crise économique. Il n'y a personne parmi les plus timides, parmi les plus indifférents, qui ne le croie et qui, rentrant à son foyer, après ses affaires ou ses plaisirs , ne répète avec l'accent de la douleur, de la colère ou du découragement : Nous périssons !

Eh bien! Messieurs, je ne consentirai pas, quant à moi, à m'asseoir sur le tombeau de la France! (Braro.s/ — Applaudis<ictiieyitx prolongés.) Nous périssons parce que nous ne voulons pas nous sauver, et que nous sommes un peuple partagé en deux parts : l'une qui s'endort au lendemain de chaque tempête, sans souci de la tempête du lendemain, sous la tente qui lui offre un abri de passage ; l'autre qui use ses forces contre la Révolution, sans point d'appui suffisant pour la vaincre, et qui roule ainsi sans espoir le rocher sous

lequel elle retombe épuisée. Messieurs, je parle aux uns et aux autres, mais peut-être à ceux-ci plus encore qu'aux premiers, et je leur dis : Il n'y a plus d'illusion, plus d'hésitation possible! Si nous laissons les générations qui grandissent entre les mains de la République , elle tuera en elles l'àme de la France. Hâtonsnous! {0((i! oui !) Le temps presse! Le mal est déjà profond, demain il pourrait être sans remède.

J'ai le droit, jNtessieurs, de tenir un pareil langage, et je suis, en parlant ainsi, dans une incontestable légalité; la constitution qui a organisé la République est révisable, c'est-à-dire qu'elle peut être modifiée, non seulement dans ses détails, mais dans la forme même du gouvernement : les déclarations les plus formelles et les plus explicites ont établi de cette manière le sens de l'article 8 des lois constitutionnelles, et consacré à cet égard un droit absolu. C'est aux Chambres qu'il appartient d'en faire usage dans des conditions déterminées, et, dans une année qui sera marquée par les élections législatives, qui se terminera par un renouvellement du Sénat, c'est le droit des citoyens de se préoccuper de cette question de revision, c'est le devoir des hommes publics de dire ce qu'ils en pensent, s'ils la croient nécessaire et comment ils l'entendent.

La revision ne serait qu'un mensonge si un tel droit pouvait nous être refusé, et nous manquerions, nous royalistes, à notre honneur, à notre loyauté, à notre sincérité, si nous ne disions pas nettement à cette heure solennelle pourquoi nous adjurons notre pays de repousser la République et d'acclamer la Monarchie. {Bravo! hravo !)

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Sans (luulc, si nous élions en l'ucc (riioinincs Iroiiipés ol sans [iarlis pris, (|ui n'ciissciil d'auli'c souci (jU(; de (léreiidrc leurs inslilulioiis poliliques, nous poiurions hésiter à faire une pareille déclaration, dans la crainli; d(! paraître, malgré nous, d(jiuifr un pr<Hexle à nos adversaires pour aggraver la persé( iilion religieuse. Car ce serait une grande responsabilité que d'accroître le malentendu, d'entretenir la confusion et d'être ainsi pour quelque chose, à notre insu même, dans les maux de l'Église.

Mais, je vous le demande, en soinmes-nous là? Y at-il une confusion et un malentendu? (Xun ! non!) Kst-ce que les hommes que nous avons en face de nous ne sont pas des sectaires qui ont entrepris sciemment, volontairement, la guerre religieuse, qui l'ont étudiée comme une science, qui en ont fait le drapeau de leur vie politique et le programme de leur gouvernement? Quoi ! nous leur donnerions un prétexte! Mais ont-ils attendu d'en avoir un pour chasser les Frères et les Sœurs , pour abolir l'aumônerje militaire, pour proposer l'article 7, pour détruire pièce à pièce l'enseignement supérieur et secondaire, pour expulser les religieux , pour décréter l'enseignement sans Dieu? Ont -ils attendu d'avoir un prétexte pour déchaîner la guerre religieuse, pour exciter contre les catholiques toutes les mauvaises passions et pour donner en mot d'ordre à leurs troupes : « Le cléricalisme , voilà l'ennemi ! »

En vérité, quand on entend les hommes qui, depuis dix ans, poursuivent la religion d'une haine insensée, parler de compromissions regrettables et prétendre rejeter sur nous la responsabilité de la guerre qu'ils

onl allumée; quand on songe que ce sont les hommes de Romans, de l'article 7 et du 29 mars qui jouent cette comédie, en vérité le sang monte au visage, et on se demande qui donc ils se flattent d'abuser? (Bral'os. — Applaudh^ernents prolongeai.)

Non, Messieurs, les confusions qu'on invoque , nous les dissipons à l'avance! Le prétexte (]u'on cherche, nous en repoussons la prétention !

La persécution ne tient pas à notre silence ou à nos discours : les causes en sont ailleurs et bien autrement profondes , et les effets en sont venus à ce point que ce qui doit nous occuper devant cet incendie déchaîné de toutes parts, c'est de courir aux pompes pour le tarir dans sa source ! L'heure des ménagements illusoires est passée : ce qu'il faut , c'est opposer au mal un remède énergique, et je n'en connais qu'un; ce qui presse, c'est d'empêcher la ruine de la patrie et des choses saintes , et je ne sais qu'un moyen d'y réussir, c'est de donner à la France un gouvernement qui la sauve. {Bravo! hravo!) Quel sera ce gouvernement? Encore une fois, voilà la question.

Messieurs, « la forme sociale et pohtique dans laquelle un peuple peut entrer et resterii'est pas livrée à son arbitraire, mais déterminée par son caractère et son passé '. » {Bravo! bravo!) Ce n'est pas moi qui le dis , ce n'est pas un catholique , ce n'est pas un royaliste, c'est M. Taine qui l'écrit avec sa bonne foi habituelle. Voilà la vérité !

La France n'est pas née d'hier; ce n'est pas un peuple neuf, improvisé sur une terre vierge, c'est une

1 Taine, les Origines de ta France contemporaine: l'ancien rèrjiine, p. m de la Préface.

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anti(iuc nation, dont le nom et les actes ont rempli l'histoire pendant quinze siècles, et qui a trouvé sur sa route, dans ee lon^f chemin parcouru, assez de gloire et de douleurs i)our (jue ses fils soient passionnément attachés au souvenir des unes et des autres, et pour (|u'il ne lein- soit i)as permis, sous peine de renier le nom de leurs pères, de répudier ce passé i)lein d'honneur. (Bravo! lii'iiro! — V'n-c le roi! )

Ce passé, cette histoire illustre, c'est la tradition nationale, cl je dis que c'est là qu'est le fondement nécessaire de la constitution politique ; je dis que, hors de là, il n'y a que des expédients, des remèdes d'empirique, des préoccupations personnelles ou des calculs d'égoïsme. Je dis que, hors de là, il n'y a qu'une route semée d'abimes et d'escarpements, sur laquelle on traînera la France en la déchirant en lambeaux ; je dis qu'il n'y a pour nous que la perpétuelle et mortelle oscillation de l'anarchie au despotisme.

La tradition nationale, Messieurs! son prestige a tenté tous ceux à qui Dieu a permis de commander un jour à noire pays, et ils en ont si bien senti la puissance, que tous ont voulu s'y rattacher par quelque lien, en essayant de cacher la pauvreté de leur berceau avec un bout du manteau dont les siècles ont couvert les épaules de la France... (Bravos. — Applaudissements) : tous, l'empire, qui se donnait, avec l'éclat passager de ses institutions , comme la forme nouvelle de l'antique monarchie; tous, et la République elle-même, qui se cherche des titres dans les ruines qu'elle a faites, et jusqu'à M. Jules Ferry, qui, s'étant un jour affublé d'une loi ramassée dans les décombres de l'ancien régime, s'est pris pour un successeur des monarques

d'autrefois. ( Rire^ ii'Ouiifni.'s. — AjipUiudissonotfs.)

La tradition nationale ! on n'est pas libre de la dénaturer et de l'invoquer à son gré : elle s'est façonnée dans le siUon des siècles, et depuis quatorze cents ans elle porte un nom qui la résume tout entière, avec ses grandeurs et ses revers, avec ses origines et ses transformations successives : elle s'appelle la royauté française. (Bravos i-épétés. — AppJaudisseluetits.) Voilà pourquoi, voilà comment je suis royaliste. Je le suis dans la sincérité de ma conscience de catholique et de Français... (Oui.' oui! — Bravo.'), sans rien confondre et sans rien séparer de tout ce qui fait battre mon cœur d'amour, d'espérance et de foi î

Messieurs, il faut aller jusqu'au bout; nous voulons le roi , et non pas seulement un roi. Pourquoi , et qu'est-ce donc que le roi?

Je pourrais vous parler de sa personne, du charme qu'il exerce, de l'attrait qu'il insph'e, de l'étreinte qui serre le coeur quand, après l'avoir vu et entendu, il faut quitter cette demeure de l'exil où il semble qu'on laisse derrière soi l'âme de la France. (Sensation.) Je pourrais vous dire longuement tout cela, et ce ne serait pas satisfaire une vaine curiosité; car enfin, dans un temps où les hommes pèsent dans la balance d'un poids si lourd , dans un temps où l'on parle couramment de la dictature de M. Gambetta, c'est bien quelque chose que ce prestige du dehors et ce décor extérieur du commandement.

Je pourrais vous dire ce que j'ai vu quand je suis allé à Frohsdorf : je n^• suis pas allé seulement pour y porter un hommage de respect et de fidélité; je n'y suis pas allé non plus en conspirateur; j'y suis allé

ilire Loiil ce (iii<; ju viens de rc|)éLcr ici Joyaleinciil et au gnuid jour, dans le libre exercice d'un droit que, c-ellc année, les élections elles [)erspeclivcs de revision rendent plus immédiat que jamais; et ce que j'ai trouvé, je vais le dire : j'ai trouvé un prince admirablement cbrétien dans sa vie, dans son caractère et dans ses principes, uniquement occupé de deux pensées: la France et son devoir... (Bravo! bravo!); pénétré de nos besoins et des conditions actuelles de la société, prêt à gouverner et sachant que, pour faire son œuvre, pour réformer les mœurs et les institutions sociales de ce pays, il faut d'abord lui donner un gouvernement fort, qui rétablisse l'ordre et la paix publique, qui fasse taire ceux qui les troublent et qui rende à tous la sécurité du lendemain. J'ai trouvé, si je puis ainsi parler, un prince qui est un honnête homme et un homme de gouvernement. Je pourrais dire : Voilà ce que c'est que le roi; et, dans la crise qui nous menace, ce ne serait pas peu de chose.

Je pourrais vous dire plus encore... Messieurs, je me souviens d'un magnifique discours do M. Thiers au Corps législatif de l'empire : il parlait de la question romaine, et, dans un superbe mouvement, après avoir énuméré la multitude de catholiques, après avoir dit que leur culte était le vieux culte de la patrie et qu'il en avait béni les gloires et inspiré le génie, il s'arrêta tout à coup sur ces mots : « Je pourrais vous dire tout cela; mais non. Messieurs, je ne vous ne le dirai pas, car il y a quelque chose de plus respectable que le nombre, que le génie, que la gloire : c'est le droit. »

Moi aussi, je pourrais vous dire que le roi c'est l'in-

canialion de toutes les vieilles gluires de la France; mais j'aime mieux vous dire qu'il est quelque chose de plus grand, de plus auguste, de plus fort : il est le droit. (Bravo! bravo! Vive le roi!)

Le droit. Messieurs, fondé sur l'antique alliance de la nation française et de la monarchie , sur cette alliance que n'ont pu rompre les violences sanglantes d'un peuple égaré, ni les votes de circonstance, émis sous la pression d'événements astucieusement préparés ; le droit , que son représentant injustement déchu n'a pas cessé d'affirmer et de revendiquer par ses nobles protestations chaque fois que la France a changé de caprice ou de meneurs; le droit, dont l'empire est si grand que ceux même qui le foulent aux pieds n'osent pas en renier la puissance, et qu'ils forgent à leur usage, plutôt que d'avouer leur usurpation, un droit de fantaisie qui s'appellera peut-être demain l'élection dictatoriale! (Très bien!)

Messieurs , la force est une nécessité de gouvernement, et je ne suis pas de ceux qui croient qu'il faille s'en passer. Mais la force n'est pas un principe : nous avons connu son règne, et la gloire, pendant un temps, lui a fait cortège... La gloire a succombé, la force s'est émoussée , et le gouvernement s'est écroulé tout entier. La force, c'est toujours un homme, et, quand l'homme tombe, il n'y a plus rien. Et si la force est impuissante, est-ce l'acclamation populaire, est-ce la majorité des suffrages avec tous ses caprices , toutes ses faiblesses et tous ses entraînements qui sera le fondement du pouvoir, ou bien la révolte heureuse ou l'émeute triomphante avec ses excès ou ses passions ? La majorité, c'est le droit quand elle dit : otù; quand

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elle (lil : non. on l'iriv;ili(J(.'. [li'ircs iroiiKincs. — Ajil>hiii(H><f<i'inritls.) L'émoutC, c'csL I(^ (lioil (jii;ui(l cWc réussi!,; (juaiitl ollc écliouc, c'est un criirio!

Messieurs, nous avons connu tous ces régimes, et, depuis si longtemps que, pour ne pas reconnaître un roi, nous nous livrons à ce souverain terrible, tour à tour esclave et tyran, à ce souverain sans nom, sans corps et sans responsabilité qu'on appelle le nombre, je vous le demande, depuis que nous vivons sous cet empire redoutable, qu'y avons-nous gagné?

Ah! je sais bien ce que nous y avons perdu. L'autorité d'abord, l'autorité qui se meurt, qui est brisée partout, dans la vie sociale, dans l'école, dans l'atelier, et qu'on a remplacée par l'arbitraire, qui est l'autorité des despotes : l'arbitraire dans le gouvernement, l'arbitraire dans l'éducation, l'arbitraire jusque dans la loi.

Messieurs, voilà le plus grand mal, la plus grande ruine que nous aient faite les gouvernements révolutionnaires. Ils ont tué l'autorité, et du même coup ils ont tué la liberté; car ce sont deux compagnes inséparables, et, dans une société fondée sur l'oubli des droits de Dieu, la confusion s'établit sur tous les droits humains, de telle sorte que la porte est ouverte tour à tour, et quelquefois tout ensemble au despotisme et à l'anarchie. {2'ri's bien!)

Voilà ce que nous avons perdu, et, je le répète, qu'avons-nous gagné? C'est au peuple surtout qu'il faut le demander ; c'est aux faibles , à ceux qui souffrent, à ceux qui travaillent; car c'est à eux que la Révolution a tout promis , et c'est dans leur sang que la République a assis son trône.

— il:î —

Messieurs, je ne suis pas un enfant du peuple; mais, permettez- moi de le dire, j'ai vécu assez près de lui pour le connaître et avoir le droit d'en parler ; depuis dix ans, depuis le lendemain des grandes catastrophes de 1871 , j'ai vécu tout entier au service d'une idée, le salut de la classe ouvrière... (Bravos énergiques), son salut moral et le progrès de sa condition matérielle , tous deux inséparables dans ma conviction. J'ai vécu, je devrais dire nous avons vécu, car je ne suis qu'un des soldats de l'armée catholique qui s'est consacrée à cette tâche, nous avons vécu courbés, pour ainsi dire, sur cette pensée unique : servir la cause des travailleurs. (Bravo! bravo! — Applaiidisf:ciHeni><.)

Nous avons entendu leurs plaintes, nous avons vu leurs souffrances, et, au fond de tous ces cœurs trompés, fatigués de la lutte politique, nous avons trouvé un immense découragement et le vide d'une profonde déception. Sans doute le grand nombre ne voit pas la vérité , et il y a dans les âmes populaires des montagnes de préjugés inexpliqués, de haines aveugles, de ressentiments injustes, qu'y ont accumulé la corruption systématique, le défaut d'éducation morale, et, il faut bien le dire aussi, de notre part à nous, l'oubli du devoir social.

Mais dans ces âmes troublées, que l'appât des biens terrestres a violemment détournées des croyances surnaturelles, ce qui domine, ce qui éclate, je le répète, c'est la déception et le sentiment profond de la banqueroute révolutionnaire. (Très bien! */r.s bien!) A ce peuple on a tout promis : la puissance, la richesse et l'indépendance. On ne lui a donné que le masque d'une souveraineté chimérique, et, derrière ce masque, il

n'y a rju'iiii esclave, un esclave (jui [hmIq sur ses épaules les politiciens dont il a l'ail lalbrtuno... (liraros. — Aitf>l(ii((H^sriiir)ils), un esclave (jui appartient corps et âme à la fournaise industiielh; où on le jette comme une marchandise.

On a tout promis à l'ouvrier. Mais son repos, sa sa santé, sa vieillesse, son foyer, son avenir, ses intérêts professionnels, qui s'en soucie? Après quatrevingt-dix ans, on en est à discuter s'il est convenable de lui rendre une parcelle du droit d'association que la Révolution lui a ravi; et c'est tout ce qu'on sait faire pour essayer de résoudre celte question sociale, cette question économique qui est la question vitale du temps moderne, qui s'impose à tous les gouvernements de l'Europe, et dont l'intérêt public devrait au moins, à défaut du sentiment de la justice, faire comprendre l'importance.

Messieurs, j'ai nommé la justice. Où est-elle, à l'heure où je parle? Elle est comme la liberté ; elle est comme l'autorité, elle est morte, la Révolution l'a tuée. {Se)isatio)i.) Et quand un gouvernement, qui n'a pour lui ni la tradition nationale, ni l'antiquité des services rendus, ni l'éclat de la gloire, ne donne pas même l'autorité, ni la liberté, ni la justice, je le demande, de quoi peut-il se prévaloir?

Voilà la seconde raison pour laquelle je suis royaliste. C'est qu'à l'abri du droit, du principe qui m'apporte la stabilité, c'est-à-dire la sécurité du lendemain, je suis sur de voir renaître et se rétablir, à tous les degrés de l'échelle sociale, l'autorité, l'autorité forte et paternelle, parce qu'elle a confiance dans sa légitimité; je suis sur de retrouver la liberté dont j'ai besoin, non

— il,") -

pas la liberté de tout faire, de tout dire et de tout écrire , que je ne désire pas parce qu'elle n'est presque toujours que la liberté du mal... ( Très hioi ! très />«>*< .' ), mais la liberté de la conscience, la liberté de la famille, la liberté individuelle que la république me retire... {C/ei^t vrai! c'est vrai .') ; je suis sûr enfin de voir entreprendre la grande œuvre de justice que le peuple attend depuis un siècle et à laquelle vient nécessairement aboutir toute la politique contemporaine : œuvre immense et magnifique, qui est faite pour tenter l'ambition d'un roi , quand ce roi se sent l'àme assez haute pour l'envisager sans effroi.

Certes, je ne veux pas dire que la monarchie suffise à elle seule pour résoudre la question sociale, mais je dis qu'elle seule peut y travailler avec fruit, parce qu'elle est la base nécessaire de tout l'ordre politique ; je ne dis pas qu'elle la résoudra en un jour, mais je dis qu'elle y travaillera sans relâche, honnêtement, loyalement, non pas avec des phrases, des promesses et des formules théoriques, mais avec des principes et des institutions , avec des encouragements aux hommes de bonne volonté , avec le concours pratique des hommes spéciaux. Je le dis parce que la monarchie que j'attends pour mon pays porte avec elle un principe qui rassure mon âme à l'avance et lui donne une confiance absolue dans son programme : elle est la monarchie chrétienne. (Bravos redoublés. — Applaudissoxents jirolongés.) Oh ! Messieurs, je sais bien ce qu'on dit ; je sais bien par quel argument on nous combat. La monarchie chrétienne , on dit que ce sera le gouvernement des curés, la dime rétablie, les droits féodaux et les privilèges de la noblesse restaurés. Voilà ce qu'on

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(lit, cl ((Mix i|iii h; crcjicnl le, moins soiil ceux (jui I*' loiil (Muire aux autres... ( llrnros)] on se sert, d'un incnsonf^o coinmi! d'une arme itolili(|uc, et on sait, bien (lue c'est un mensonge.

Mais c'est assez qu'on le dise pour (juc nous ayons, nous, le devoii- de le dcnnentir sans cesse, d'abord en y opposant la parole m(''me du i)rince qui l'a cent fois donnée, puis, comme cela n'embarrasse pas les trompeurs de profession, en y répondant par l'évidence, en répétant que l'ancien régime est mort avec ce qu'il avait de bon, et avec les abus qui s'y étaient introduits; et que, s'il est vrai qu'après un siècle de révolution, nous avons besoin d'une réorganisation sociale, il ne l'est pas moins qu'elle ne peut être faite que lentement, par un accord intime entre la tradition et les conditions actuelles de la société... {2\-ès bien!); et, quand au gouvernement des curés, je crois pouvoir dire que les évêques et le clergé n'ont pas plus envie de se charger du fardeau de l'administration civile que le roi celle de le leur offrir, et que nos vœux se bornent à voir l'un et l'autre pouvoir dans une harmonie dont la république elle-même, si j'en crois la renommée, paraît quelquefois sentir le besoin. (Rires ironiques. — Applaudissements.)

Messieurs, il faut bien répondre à ces accusations, mais il faut aussi parler sérieusement et dire ce que c'est que la monarchie chrétienne ; pour moi c'est , en deux mots, un pouvoir soumis à la loi divine, qui fait respecter Dieu et (jui laisse l'Église libre dans son culte, dans sa parole, dans ses institutions et dans son gouvernement. (Bravo! bravo!) C'est un pouvoir honnête et soucieux du bien-être de ceux qu'il gou-

verne, (jui épargne leurs linances et protège le travail national; c'est un pouvoir dont Tambition est le bien public, et qui appelle à lui, pour l'aider à le faire, tous ceux qui veulent et qui peuvent y contribuer, sans distinction d'origine, sans préoccupation du pa^sé, à cette seule condition d'apporter avec eux une entière bonne volonté et une parfaite loyauté... (Très l/tcx! très bien! — Vice h' roi ! ) ; c'est un régime dont celui qui en est pour nous l'auguste représentant a donné lui-même la formule, quand il a écrit cette magnifique parole : « Il faut, pour que la France soit sauvée, que Dieu y rentre en maître pour que j'y puisse régner en roi. » (Bravos et appla ad isscrnents prolonges.)

Voilà comment je conçois la monarchie chrétienne , et, permettez -moi de vous le dire, j'y vois quelque chose de plus encore : j'y vois ce pays reprenant dans le monde son rang et son prestige par la dignité de son langage et de sa conduite, imposant aux empires voisins, par le grand nom du roi de France, le respect et la confiance, se plaçant avec lui à la tête des gouvernements conservateurs et montrant à l'Europe , où il • a promené la Révolution, l'exemple, qu'il lui doit en retour, de la Révolution vaincue par le Christianisme. {Très bien! très Inen! — Apphmdissicntents prolougés.)

Voilà ce que j'appelle la monarchie chrétienne, et c'est la troisième raison pour laquelle je suis royaliste. Je le suis parce que j'aime passionnément mon pays, parce que, suivant la parole de Berryer, je suis patriote, très bon patriote. (Vice le roi ! Vive M. de Miiti!)

Messieurs, j'ai trop abusé de votre attention, et je me hâte de finir ; j'ai tâché de vous dire pourquoi la monarchie rn'apparait comme le seul et nécessaire port

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