II
cher si celto intervention est contraire à la loi, et que pour justifier cette recherche il a fait allusion à une phrase dont il n'a pas rappelé l'auteur, mais qui a trouvé place dans le discours que j'ai eu l'occasion de prononcer à cette tribune pour combattre le vote de l'enquête parlementaire.
« Le législateur a prévu, nous dit M. Guichard, que les ministres du culte, cédant à une pente qui , de tout temps, a entraîné des esprits respectables, pourraient se dire : Quand nous croyons que là est notre devoir, là est notre droit. »
Je me suis reconnu. Messieurs, dans cette parole qui n'avait pas la prétention d'être une maxime, et qui, voulant être la simple explication d'un fait , n'était pas dans ma bouche l'exposition d'une doctrine. (Très bien! très bien! à droite.)
En la prenant pour point de départ de son argumentation, l'honorable M. Guichard a oublié qu'il s'agissait, quand je l'ai prononcée, de justifier un fait déterminé, l'intervention de Ms"" l'évêque de Vannes dans une affaire où un prêtre était personnellement engagé, et qui par conséquent touchait à la discipline ecclésiastique. En cette matière spéciale, j'ai dit que l'évêque était juge de son devoir et de son droit, proposition qui ne me semble pas constituer une menace pour la société civile.
Partant de là cependant, la commission a cru pouvoir ouvrir un débat de principes où menacerait de s'égarer, si je la suivais sur ce terrain, la question de fait qui doit faire l'objet de cette discussion, et qui, je crois pouvoir le dire, intéresse un peu plus que les libertés de l'Église gaUicane les électeurs, dont la re-
présentation est suspendue depuis plus de quatre mois.
Je ne crois. Messieurs, ni opportun ni désirable d'engager aujourd'hui un pareil débat, où chacune des questions soulevées suffirait à la matière d'une longue discussion, où la compétence même de cette Assemblée serait mise en doute, où il faudrait interroger tour à tour l'histoire et la doctrine pour réduire à leur juste valeur les documents invoqués par M. le rapporteur, soit en contestant leur autorité légale, soit en montrant leur nullité théologique; un débat enfin dont le terme ne saurait être marqué par une décision praticable pour le pouvoir et acceptable pour les consciences.
Au milieu de toute cette controverse, le sujet luimême soumis à votre examen disparaîtrait sans doute, et quand viendrait la clôture de la discussion , le vote que vous seriez appelés à émettre porterait non plus sur des faits, mais sur des principes, et aurait ainsi une portée beaucoup plus haute peut-être que vous n'auriez voulu lui en donner. Une question si grave et qui soulève de si nombreuses et si déhcates susceptibilités que celle des rapports de l'Église et de l'État , ne doit pas être introduite par son petit côté, et mérite d'être traitée avec toute l'ampleur que comporte un pareil sujet. (Asseyitimeyit sur plusieurs batics.) Aujourd'hui votre tâche est plus humble, et ce serait établir une singuhère disproportion entre la cause et les effets que de prétendre l'élever jusqu'à la hauteur où s'est placé l'honorable M. Guichard.
Le dernier mot de son rapport est que l'interventiou du clergé en matière électorale est contraire à la loi.
Sans vouloir insister sur ramhi;,aiil('î d'un lexto do loi qu'on no peut établir qu'au prix d'unr! si louf^uo dissertation, pourquoi, Messieurs, si la loi existe, et si des prôtr(;s l'ont violée, no pas les poursuivie, au lieu d'argumenter si longtemps? C'est l'alîaire du pouvoir judiciaire, qui ne man(|uei'a certainement pas à son devoir, s'il est aussi clairement tracé que le dit M. Guichard.
Vous avez, ce me semble, autre chose à l'aire : c'est d'examiner si l'intervention du clergé a été telle qu'on vous l'a montrée, et si elle a exercé sur l'élection du 5 mars une action capabh; d'en fausser l'expression. C'est, en un mot, l'examen du rapport de l'honorable M. Turquct; et je vous demande la permission de m'y renfermer pour en discuter en détail toutes les assertions.
L'honorable M. Guichard a dit en terminant son rapport : « Que le comte de Mun soit ou non réélu, nous nous inclinerons devant le suffrage universel. »
Messieurs, je conserve des illusions que l'honorable M. Guichard a perdues, et je ne ferai pas à votre justice l'injure de croire que ses arrêts sont fixes à l'avance. Au contraire, je vous apporte ma défense avec la ferme résolution de tout mettre en œuvre pour vous prouver que mon élection doit être validée, et l'espérance d'y réussir. (Très bien! très bien!)
Si j'y mets quelque longueur et si j'abuse de votre patience, vous voudrez bien vous souvenir que les charges dirigées contre mon élection sont nombreuses, et que je dois, pour éclairer vos consciences et faire mon devoir, répondre du moins à toutes celles dont la gravité suffirait à justifier une invalidation. {Parlez! parlez!)
Le rapport de l'honorable M. Turquet partage les faits qu'il signale en plusieurs catégories :
Intervention de l'administration ;
Intervention des grands propriétaires;
Intervention du clergé;
Manœuvres de la dernière heure.
Entre toutes, cependant, l'intervention du clergé occupe une place particulière; c'est sur elle que se sont exercées plus particulièrement les recherches de la commission et que se concentre aujourd'hui le principal intérêt de ce débat. C'est sur elle aussi que portera le plus grand effort de ma défense. Il y a là pour moi, je vous le répète, un souci qui domine tous les autres, et un devoir d'honneur à remplir; car si les faits allégués étaient réels, on pourrait dire, comme M. le rapporteur, que le clergé breton a oublié tous ses devoirs, et jusqu'aux plus sacrés, et c'est une accusation dont il faut qu'il soit lavé publiquement. (Approhatio7i sur plusieurs hancs.)
Mais, avant de m'acquitter de ce devoir, je voudrais répondre rapidement aux autres considérations invoquées contre mon élection.
L'administration, a dit M. le rapporteur, n'a pas exercé de pression directe sur l'élection par voie d'intimidation ou de promesse; mais les deux ministres qui se sont succédé au département de l'intérieur, pendant les deux périodes électorales , ont successivement manifesté, dans des dépêches échangées avec M. le préfet du Morbihan, soit une sympathie particulière pour ma candidature, soit, au contraire, une désapprobation marquée contre celle de mon concurrent.
L'élection n'ayant eu heu qu'au second tour de scru-
tin et le iniiiislrc ayant changé après le 20 février, votre examen doit, ce me semble, porter particulièrement sur ce qui s'est produit dans la seconde période électorale; et tel a été sans doute l'avis de la commission, car son rapport ne dit rien do l'efTet qu'a pu produire avant le 20 février, dans l'arrondissement, la sympathie manifestée par le ministre de l'intérieur; c'est à cette seconde période électorale que se rapporte la dépêche où M. le président du conseil aurait exprimé son opinion et celle du gouvernement sur la candidature de M. l'abbé Cadoret.
Je n'ai pas à rechercher quels sont les motifs qui ont pu déterminer l'envoi de cette dépèche, et je me borne à constater, de l'aveu de M. le rapporteur, que l'enquête est restée muette sur la question de savoir quel usage le préfet aurait pu en faire, et par conséquent quelle action elle avait exercée sur l'élection.
La commission a bien eu entre les mains la copie d'une dépêche analogue qu'on lui a remise en disant qu'elle avait circulé dans le pays, mais dont l'origine et les effets sont restés obscurs pour elle. D'ailleurs cette dépêche, qui est la seule révélation d'une intervention ministérielle dans l'arrondissement, n'a laissé de trace que dans la seule commune de Langonnet; or, dans cette commune, Messieurs, j'ai eu 205 voix, et mon adversaire 551. Qu'est- il besoin de rien ajouter à ce simple exposé des faits pour montrer le peu de valeur des arguments tirés de l'intervention ministérielle. M. le rapporteur n'en a du reste pas abusé, je dois le reconnaître, et il en a fait lui-même assez bon marché, pour passer rapidement aux faits particuliers relatifs à l'intervention des maires.
Ici encore il ne me parait pas que l'accusation puisse résister à l'examen des faits.
Il y a dans l'arrondissement de Pontivy cinquante et une communes. M. le rapporteur en cite cinq où des faits de pression administrative se seraient produits ; et c'est, en effet, à peu près tout ce que renferme sur ce chef le volumineux dossier des pièces annexées. Et encore, dans ces cinq communes, y en a-t-il une où ce n'est pas le maire, mais le suppléant du juge de paix (|ui est mis en cause, et une autre où l'on parle du renvoi non pas effectué , mais demandé par le maire à l'agent voyer, d'un ouvrier employé dans les chantiers communaux , ouvrier qu'on ne nomme même pas , que la commission n'a pas entendu, non plus que l'agent voyer lui-même.
Dans les trois autres communes, la bonne foi de la commission a été surprise par des témoignages peu dignes de foi, qu'il a suffi de produire au grand jour pour les voir démentir par la voix publique.
Ainsi le maire de Guiscriff aurait requis du juge de paix l'arrestation d'un distributeur de bulletins Cadoret. La gendarmerie, après enquête, a déclaré qu'il n'y avait pas lieu à arrestation.
Mais M. le rapporteur ne nous dit pas tout.
Voici le fait : Un homme avait déclaré publiquement, dans une auberge du bourg, qu'il tuerait le premier prêtre qui se présenterait à lui le jour des élections. Le curé, alarmé, rapporte cette parole au maire, qui saisit l'autorité judiciaire , comme c'était son devoir. Voilà ce qui ressort des dépositions mêmes entendues par la commission; or il y a loin de là à l'arrestation arbitraire d'un distributeur de bulletins démon concurrent.
A Plumelin, dit-on, lo inaini a j)iihlic quo, par suite d'ordres venus do la préfecture, il fallait voter pour M. de Mun.
C'est encore dans le dossier môme des dépositions (]ue je cherche et que je trouve la vérité.
Voici, en effet, l'interrof^^atoirc du maire incriminé :
« M. le présidait. N'avez -vous pas lu publiquement une circulaire du préfet ou du sous-préfet, et ajouté ensuite qu'il fallait voter pour M. de Mun?
« M. le Poctvin, — c'est le maire en question. — Je n'ai nommé personne. L'affiche du préfet que j'aurais lue est une affiche défendant de parler politique dans les auberges. »
Ainsi le maire nie formellement avoir rien dit. De là la commission conclut, sans produire d'autres preuves à l'appui, qu'il a parlé.
« Dans la commune de Siffiac, — dit encore le rapporteur, — le maire a distribué des bulletins de M. de Mun; il a menacé le sieur le Cunff, couvreur, de lui retirer la réparation de la toiture de l'égUse s'il ne votait pas pour ce candidat. Il a déclaré à l'aubergiste qu'il lui ferait fermer son établissement s'il donnait à boire aux partisans de M. Gadoret, et au sieur Guillemot, âgé de dix-neuf ans, qu'il le ferait partir pour son sort cette année même s'il distribuait des bulletins Gadoret. »
Le témoin qui a déposé de ces faits devant MM. les commissaires est un sieur Louis-Marie Nicolazzo.
Et, Messieurs, j'attire sur ce que je vais vous en dire votre attention, parce qu'il y a peut-être, dans ce choix des témoins, une explication des nombreuses erreurs
où la commission est loiubée, et que je relèverai au cours de ma défense.
Donc, comme je m'étais renseigné sur le sieur Nicolazzo , voici ce qu'on m'écrit de sa commune :
V- Ici, on a beaucoup ri en apprenant que le sieur Nicolazzo ^Louis-Marie) a eu le privilège de se faire écouler par les enquêteurs. Ce personnage, dont l'honorabilité est fort endommas'ée par une condamnation à trois mois de prison, n'est cru de personne, tant le mensonge lui est familier. »
Nicolazzo était d'ailleurs un agent actif de M. Gadoret, dont la déposition , abstraction faite de cette habitude qu'on lui prête de travestir la vérité, ne présente pas, en conséquence, toutes chances d'impartialité. Mais voici qui achève de le confondre. Toutes les personnes signalées dans sa déposition comme ayant encouru les effets de la pression exercée par le maire, opposent à cette allégation les démentis formels que je vais vous lire :
« Moi, le Cunff (Joseph), couvreur, employé aux travaux de réparations des édifices publics de Silfiac, habitant actuellement la commune de Seglien , ne sachant signer, déclare, en présence des témoins soussignés, absolument fausse en tout point et de pure invention l'attestation du sieur Louis- Marie Nicolazzo. »
(Suivent les signatures des témoins.)
« Moi , Louis Novère , soussigné , aubergiste au bourg de Silfiac, déclare n'avoir jamais été menacé par le maire, ni empêché de donner à boire aux distributeurs de bulletins Cadoret, et même les agents Cadoret me doivent encore la somme de vingt et un francs du jour de Télection. »
Signé: « Novère. »
» Moi, FraïK'ois Guillciuol, vu la dépoKilion de Louis- Marie Nicolazzo, qui dil que le maire de Silfiac m'a dit que, si j'avais continué à distribuer des bulletins Cadoret, il m'aurait fait partir pour le sort cette année, déclare absolument fausse cette déposition. Le maire de Silfiac ne m'a jamais dil cela. »
Signé: « Guillemot ( François). »
« Moi, Guillaume le CunlT, ne sachant signer, déclare, en présence de Louis le Cunff, cultivateur à Silfiac, et de Matluirin le Névez, cultivateur dans la même commune, que le maire de Silfiac n'a déchiré aucun billet Cadoret chez moi, et que la déposition de Louis-Marie Nicolazzo est absolument fausse. »
Signe : « Le Cunff, le Névez. »
Et pour couronner cet ensemble de témoignages à sa charge, le maire lui-même déclare sans ménagements ce qu'il faut penser du déposant et de ses accusations :
« Moi, Joseph le Cunff, maire de Silfiac, déclare la déposition de Louis-Marie Nicolazzo fausse en tout point; le déclare menteur et homme de mauvaise conduite. »
Signé : •■<■ Le Cunff, maire. »
Le tout est légalisé, pour le maire empêché, par l'adjoint, et revêtu du cachet de la mairie.
Enfin, pour ce qui regarde le suppléant du juge de paix de Gourin, accusé d'avoir distribué des bulletins à mon nom, changé ceux des électeurs et donné de l'argent à des agents pour leur payer à boire, lui-même nie absolument ces faits, et l'un des agents signalés par le témoin lui oppose le démenti formel que voici :
« Gourin, le 24 juin 1876.
« On reproche à M. le Bouar, notaire à Gourin, suppléant de la justice de paix, de m'avoir remis quarante francs pour payer à boire aux électeurs de M. de Mun.
« J'affirme sur l'honneur n'avoir pas reçu d'argent de M. le Bouar. «
Signé : « Le Goff. »
Voilà, Messieurs, la valeur des faits signalés relativement à l'intervention des agents de l'administration. Il me semble que je n'étais pas un candidat officiel bien redoutable, et que si je vous apporte sur les autres chefs d'accusation des réponses aussi concluantes, il vous sera bien difficile d'invalider mon élection.
Je ne crois pas que les conclusions de la commission trouvent un fondement plus sérieux dans l'intervention des grands propriétaires. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner dans quelles limites peut s'exercer l'influence d'un propriétaire sur ses fermiers et domaniers, ni d'engager à cet égard une discussion de principes que je désire pour ma part, sur ce point comme sur tous les autres , écarter de ce débat. Ce qui doit nous occuper, c'est la question de fait : les propriétaires ont-ils, comme on le leur reproche, menacé leurs fermiers, s'ils ne votaient pour moi, de voir résilier leurs baux ou même d'être expulsés sans délai, et, s'ils ont fait ces menaces, ont-elles pu avoir sur l'élection une action sérieuse? Voilà la question.
Or, parmi les faits que signale le rapporteur, un seul est appuyé sur un document précis, et, pour le dire en passant, c'est aussi, d'un bout à l'autre de son travail, le seul exemple d'un fait accompagné de sa preuve.
Cette preuve est une lettre de M. le vicomte de Kergariou à ses fermiers, qui constitue, dit le rapporteur, un grave délit électoral.
11 ajoute que le parquet de Pontivy n'a point exercé de poursuites, et il me semble que c'est là une circonstance qui diminue singulièrement l'importance attribuée au fait en question; car, si le parquet n'a pas poursuivi, c'est ou bien que le fait n'a pas eu la portée qu'on lui prête, ou que le délit n'a pas été constaté. ( Mouvements divers . )
Toute autre supposition serait une injure gratuite à la magistrature.
D'ailleurs, cette lettre a-t-elle eu réellement sur les électeurs l'influence considérable qu'on suppose? Je ne le crois pas, car il est de notoriété publique dans le pays, — et la commission d'enquête aurait pu le savoir, si elle avait fait appel au témoignage des habitants de la commune, — que ceux à qui elle s'adresse ont persévéré jusqu'à la fin de la période électorale dans l'attitude qu'ils avaient prise à l'égard de ma candidature, et qu'ils sont restés absolument sourds aux avis de leur propriétaire. Ils sont d'ailleurs encore tous en possession de leurs baux.
Je réponds de la même manière au fait signalé pour une autre commune de Langonnet, où le régisseur des biens de M. le vicomte de Soussay est accusé d'avoir exercé une pression semblable ; il s'agit ici de domaines congéables. L'élection a eu lieu le 5 mars, et on avait jusqu'au 29 pour exercer les congéments : je défie qu'on en cite un seul qui ait eu lieu; et pourtant les promesses de prolongation de bail, s'il y en a eu, n'avaient pas plus impressionné que les menaces de
tout à l'heure; car la commune de Langonnet, qui compte 889 électeurs inscrits, comme M. le rapporteur a eu soin de nous le faire remarquer, m'a donné, — ce qu'il a omis d'ajouter, — 205 voix et 551 à mon adversaire.
Voilà ce que sont les deux faits les plus graves signalés par le rapport, et les seuls qui paraissent établis par quelques preuves. Peut- on dire qu'ils aient eu sur l'élection une influence quelconque, alors que, même dans la commune où ils se produisaient, ceux à qui s'adressait cette intervention y demeuraient insensibles "?
Le reste, c'est un fermier que M. de Kérisouët, qui n'est pas son propriétaire , aurait menacé des colères de celui-ci s'il ne consentait pas à travailler pour ma candidature, et qui, l'ayant refusé, aurait reçu aussitôt un papier timbré l'obligeant à résilier son bail.
Mais M. de Kérisouët déclare :
1'^ Qu'il est faux que le sieur Kervégaut (^c'est le fermier en question) ait jamais refusé de travailler pour la candidature de M. de Mun, parce qu'on ne le lui a jamais offert;
2° Qu'il est encore faux que le sieur Kervégaut ait jamais reçu une sommation d'huissier pour la résiliation de son bail, ou à propos d'un refus de seconder la candidature de Mun, mais bien à cause d'infractions aux prescriptions de son bail, ce qui me parait être le droit de tout propriétaire à l'égard d'un de ses fermiers.
M. de Kérisouët a fait cette déclaration devant la commission ; elle a été appuyée par plusieurs témoins qui l'accompagnaient. La commission n'en a point tenu
compte, et M. de Kérisouët renouvelle aujourd'hui sa protestation, confirmée, comme alors, i)ar les signatures de vingt et un électeurs de la commune.
C'est encore le garde de M. le marquis de Langle, Moreau, qui est accusé d'avoir conduit à l'urne les fermiers de son maître comme une bande de moutons. Sans vouloir relever l'injure adressée par le témoin à des hommes dont la conscience vaut pour le moins la sienne, je me borne à rappeler à la commission que Moreau, entendu, a nié formellement devant elle avoir conduit les fermiers au vote et avoir entravé en quoi ([ue ce soit leur liberté; il répète ici ce démenti dans une lettre qu'il m'adresse, et qui est ainsi conçue :
<i Naizin, le 28 juin 1876.
« J'ai riionncur de vous adresser ci-jointe une protestation au paragraphe du rapport de M. Turquet, dans lequel il m'accuse d'avoir conduit, le 20 février, les électeurs de Naizin jusqu'à l'urne, et, le S mars, d'avoir conduit de nouveau à l'urne, comme une bande de moutons, les fermiers et domaniers de M. le marquis de Langle.
« Ce paragraphe est faux. Les fermiers et domaniers de M. le marquis de Langle ont agi en toule liberté le 20 février aussi bien que le 5 mars; du reste, j'ai eu déjà l'honneur de l'affirmer énergiquement à M. Bethmont, qui a dû consigner ma déposition dans son rapport. »
Signé: «Moreau, conseiller municipal. »
Je demande à M. le rapporteur sur quelle preuve il s'appuie pour affirmer ainsi une accusation que le prétendu coupable nie énergiquement.
C'est enfin , pour terminer, cette pathétique déposi-
tion d'un témoin de la commune de Sainte-Brigitte, qui rapporte que, le 5 mars, plusieurs électeurs pleuraient publiquement en disant: « Est-ce possible tout de même d'être obligé de voter contre son opinion pour conserver le pain de sa famille! »
De quels électeurs s'agit-il? des miens ou de ceux de mon concurrent? Quelle était l'opinion de ceux qui pleuraient? Qui les menaçait d'enlever le pain à leur famille? Le rapporteur n'en dit rien et le témoin non plus, et je vous demande, Messieurs, si on peut accueillir sérieusement un pareil témoignage et en faire un motif pour invalider mon élection.
Il me reste enfin , avant d'aborder la question capitale de l'intervention du clergé, à répondre au chapitre du rapport intitulé : « Manœuvres de la dernière heure, — Fausses nouvelles. »
Sous ce titre , M. le rapporteur établit que: « dans la journée du 5 mars et la veille au soir, on a colporté dans tout l'arrondissement de Pontivy deux dépèches, la première annonçant le désistement de M. l'abbé Cadoret, la seconde déclarant que le comité bonapartiste de Paris désavouait son candidat. »
Je serai obligé d'insister un peu sur cette question pour la bien faire saisir à la Chambre , à cause de l'importance que la commission lui a attribuée.
Je prétends qu'il n'y a pas eu deux dépèches, qu'on n'a pas parlé du désistement de M. Cadoret, mais seulement de ce que le comité électoral bonapartiste abandonnait sa candidature, et qu'enfin cette nouvelle, que je déclare n'avoir pas été une fausse nouvelle, n'a circulé que dans trois communes, où elle a été sans influence sur le résultat du scrutin.
— 7fi —
Voici, en effet, en deux mots ce qui s'est passé : Le A mars, j'ai eu connaissance d'un article du (Jauluis du !2!) février, ainsi conçu :
Un crralum.
« Dans le tableau que nous avons publié hier des candidais devant se désister au second tour de scrutin en faveur des conservateurs qui ont obtenu le plus de suffrages, nous avons commis involontairement une erreur matérielle.
« C'est M. l'abbé Cadorel qui doit renoncer à la lutte pour assurer l'éleclion de M. de Mun, dont le nombre de voix obtenues est le plus élevé. »
Le Gaulois était, de notoriété publique, l'organe officiel du comité électoral bonapartiste : après avoir lu cet article, j'étais autorisé à dire, non pas que M. Cadoret se désistait, ce que je savais n'être pas vrai, mais que le comité l'y invitait, et par conséquent abandonnait sa candidature.
J'étais donc en possession d'une nouvelle donnée par les journaux mêmes de mon adversaire, et exclusivement par eux, et dont par conséquent j'étais en droit de me servir.
Toutefois, au moment où cette nouvelle me parvenait, je ne pouvais en faire un usage bien sérieux dans un pays où les communications télégraphiques sont à peu près nulles. J'envoyai cependant à Guéméné, l'un des deux seuls points de l'arrondissement où il y ait un télégraphe, une dépêche à mon ami M. de Kérisouët, qui a pu la communiquer au maire de la commune de Locmalo, où il réside, et au recteur de celle de Lignol, qui en est très voisine.
La trace de cette dépêche se retrouve, en effet, à
Lignol, où un témoin déclare l'avoir vue entre les mains du recteur, mais l'avoir tout aussitôt démentie publiquement à la sortie de la messe.
Nulle part ailleurs on ne constate qu'elle ait circulé. A Locminé, un témoin, le boulanger le Dorze, dit bien qu'il a vu une dépêche analogue, mais celle-ci ne portait plus ma signature; elle était signée « Lambilly »; c'est le nom d'un de mes amis. Il est, en effet, très naturel qu'à une autre extrémité de l'arrondissement, un de mes amis ayant lu la même nouvelle publiquement annoncée par les journaux, ait cru, comme moi, pouvoir en informer ceux qui s'intéressaient à l'élection.
Ainsi, dans trois communes, sur les sept que signale M. le rapporteur, on a pu entendre parler, non pas du désistement de M. Cadoret, mais de la nouvelle donnée par le Gaulois.
Dans ces trois communes j'ai eu une forte minorité.
Et dans deux d'entre elles, M. Cadoret a gagné, du premier au deuxième tour, 198 voix.
Quant aux quatre autres communes signalées par M. le rapporteur, on n'y a entendu parler de rien; en voici la preuve :
A Plurnelin, l'une des communes citées, je relève dans l'interrogatoire du maire, M. le Poëtvin, le passage suivant :
« M. Tiersot. Avez-vous entendu parler du désistement de M. l'abbé Cadoret?
« M. le Poëtvin. Ce bruit n'a pas couru à Plumelin le 5 mars. »
M. le rapporteur ne tient pas compte de cette déposition, mais en revanche il n'apporte aucun témoignage à l'appui de son allégation.
A Rand, autre conimune citée par le rapport, un Iciiioin, le siuur le Crorn, a déposé en ces termes :
« Je sais que M'"^ Corbel a entendu dire 5 M. le Bayon, président du cercle catliolifjue, que M. Bouché, banquier à l'ontivy, aurait reçu une dépêche de M. Rouher, l'invitant à patronner la candidature de M. de Mun, et ajoutant que si M. Cadorct venait à être nommé, il ne serait pas admis ;i la Chambre. »
C'est sur la foi de ce témoignage invraisemblable que s'appuie sans doute M. le rapporteur.
Or M. le Bayon, mis en cause, répond par la déclaration suivante :
« M. le Bayon, notaire à Baud, a vu pour la dernière fois M'"° Corbel le 5 janvier 1876. A cette époque, il ne connaissait pas encore la candidature de M. le comte (le Mun, » et je ne la connaissais pas moi-même davantage, car elle n'a été proposée, décidée et acceptée que le 19 de ce mois de janvier. Comment le témoin le Crom peut-il savoir ce que M'"" Corbel a entendu dire à M. le Bayon, qui ne l'a pas vue pendant toute la période électorale ?
Enfin le rapport dit qu'à Ploërdut et à Lignol les dépêches ont été révélées par une lettre du curé de Guéméné. En effet, je trouve dans les pièces annexées la déposition suivante d'un jeune homme nommé Chanoney :
« J'ai reçu de M. le curé de Guéméné trois francs pour porter un mot de billet à Ploërdut d'abord, et à Lignol ensuite. Je ne savais pas ce que contenait ce billet. Je l'ai porté d'abord à Ploërdut et l'ai remis au domestique du recteur. Quelques instants après, on m'a rendu le même billet et on m'a dit de le porter à Lignol.
« Là, je l'ai remis au recteur lui-même. Il m'a donné un franc. Il m'a rendu le même billet pour le rapporter à Guéméné, où je l'ai rendu au recteur.
« On m'a dit le lendemain matin que c'était la dépêche Rouher. Mais je ne me suis pas permis de l'ouvrir ni de la lire. «
Voilà la pièce sur laquelle s'appuie le rapport de la commission: que prouve-t-elle cependant? qu'un jeune homme a porté une lettre du curé de Guéméné à deux de ses confrères, qu'on lui a dit que c'était la dépèche en question, mais qu'il ne sait pas ce qu'il portait. Qui? oîi? personne ne le sait. Est-ce là, Messieurs, une preuve suffisante?
Je le répète, et je crois l'avoir prouvé : on n'a pas parlé du désistement de M. Cadoret; la nouvelle de l'abandon de sa candidature par le comité bonapartiste a été connue dans trois communes , et , dans l'une au moins, elle a été aussitôt démentie. C'était d'ailleurs, non pas une manœuvre déloyale, mais l'usage d'une arme légitime; dans ces trois communes enfin mon concurrent a obtenu une forte majorité, et, je vous le demande encore, Messieurs, comme je l'ai fait pour l'intervention administrative et pour celle des propriétaires, trouvez- vous qu'il reste de cet incident de quoi invalider mon élection?
J'arrive, Messieurs, à la deuxième et principale partie de ce discours : celle qui a trait à l'intervention du clergé.
Permettez -moi, dès les premiers mots, de répéter ici, une fois de plus, que la question qui nous occupe est une question de fait, et non pas une question de principe. Nous sommes tous d'accord sur le droit
qu'oui Uïs iiiciiibrcs du clergé, on tant (juc citoyens l'I lioi's do l'cxcrcico du ininistèro sacré, d'oxprirnor louis opinions et do pi'ondro paît à la vie publique. Nous pouvons être divisés sur lu question de savoir s'il n'y a pas entre cette vie publique et leur ministère une relation intime; si la mission d'enseignement moral dont chacun reconnaît qu'ils sont investis ne doit point les conduire à tracer aux fidèles leurs devoirs en matière sociale; si toute action qui peut être en soi bonne ou mauvaise n'appelle pas de leur part, nécessairement et par là même, un conseil et une direction; si enfin, dans un temps où les questions religieuses et qui touchent le plus directement les ministres du culte sont au premier rang parmi les préoccupations des législateurs , il n'est pas légitime de la part de ces ministres d'intervenir activement dans le choix des représentants du pays.
Ce sont là de hautes et graves discussions, dignes assurément de nous passionner, mais dont la place n'est pas ici.
Nous n'avons même pas à décider si cette intervention , si ces conseils sages et modérés , dont quelquesuns peuvent soutenir l'opportunité d'une manière générale, ne sont pas justifiés plus que partout ailleurs dans un pays profondément catholique où les mœurs ont conservé une simplicité chrétienne ignorée dans d'autres contrées, et où le prêtre de la paroisse, investi par la confiance universelle d'une sorte d'autorité paternelle, est nécessairement mêlé à tous les actes de la vie, si bien que rien ne se fait et qu'on ne prend aucune résolution sans son avis ; où enfin la messe du dimanche est la seule circonstance propice pour annon-
cer aux habitants de la commune les faits qui peuvent les intéresser, et jusqu'aux plus humbles.
Encore une fois, le débat n'est pas là, et notre tâche n'est pas si délicate. Plût à Dieu que nous fussions restés sur ce terrain ! Mais il ne s'agit plus de cela, et ce n'est pas d'une pareille intervention qu'on accuse le clergé du Morbihan. M. le rapporteur déclare que ce clergé a oublié tous ses devoirs en transformant la chaire en tribune politique , en y outrageant les candidats dans des termes qui dépassent toute mesure, en menaçant les électeurs hostiles à ma candidature de les priver des sacrements, et en les leur refusant, soit après, soit avant l'élection. Et il cite à l'appui de son assertion des faits tellement graves et des propos tellement étranges, qu'on est partagé en les lisant entre l'étonnement et l'indignation.
Oh! Messieurs, nous sommes ici absolument d'accord : si le clergé de Pontivy a tenu un pareil langage et a fait de pareilles menaces, il est dans son tort, et il faut déplorer que de tels excès aient pu être commis. Mais si, au contraire, la bonne foi de la commission a été surprise, si je prouve que tous ces faits sont inexacts, que tous ces discours sont dénaturés, si je détruis par d'autres plus nombreux et plus dignes les témoignages invoqués pour les établir, alors vous me permettrez de rendre publiquement hommage à ce clergé si étrangement accusé, et qui pourtant mérite si bien tous les respects.
C'est un droit que j'espère conquérir en examinant en détail les assertions du rapport , et j'entre aussitôt dans la discussion en justifiant d'abord l'intervention de Msr l'évéque de Vannes et de quelques personnages
ecclésiaslifiuns, où M. le rapporteur a voulu voir un signal doinié au clergé du pays.
Ici, Messieurs, la commission d'enfjuète n'a rien (Iccouvort, et elle se borne à reproduire des lettres publiées par les journaux catholiques à la lin de la période électorale , et qui avaient été déjà lues à la Chambre par le rapporteur du 7" bureau, lors de la première discussion de mon élection.
A celle époque, le rapporteur avait encore invoqué d'autres arguments qui lui avaient paru décisifs.
Une lettre du cardinal archevêque de Paris et une décoration du Souverain Pontife lui avaient paru établir jusqu'à l'évidence que ma candidature était venue de Rome avec tous les caractères d'une candidature oflicielle.
La commission a écarté ces arguments; je lui en sais gré; mais je ne puis me défendre de faire observer qu'ils avaient fourni au 7" bureau un des motifs les plus puissants pour vous demander le vote d'une enquête parlementaire, et qu'aujourd'hui, après cette enquête terminée, on n'en parle même plus.
En vous rappelant quelques-unes de ces lettres, la commission s'est proposé d'établir qu'elles avaient exercé sur les électeurs une influence considérable, et déterminé de la part du clergé une active intervention.
En ce qui regarde l'influence exercée sur les électeurs, je remarque que dans le volumineux dossier (|ui contient les dépositions reçues par la commission d'enquête, une seule fait allusion à la lettre de U^'' l'évêque de Vannes : c'est celle du sieur Lotz, avoué à Pontivy; il remet aux commissaires une note écrite
qu'il intitule lui-même ainsi : Note pour MM. les membres de la commission d'enquête ; cette note fournie pour faciliter les recherches, le soussigné n'ayant eu personnellement connaissance d'aucun fait.
Voilà la seule déposition où il soit question de la lettre épiscopale, et c'est un renseignement général donné par un homme qui n'a eu connaissance de rien ; il le déclare lui-même. Dans aucun des sept cantons, personne ne vient signaler à la commission l'effet produit par cette lettre; personne ne semble l'avoir lue. On n'en trouve la trace dans aucune des cinq communes de l'arrondissement , et pourtant les témoins n'ont pas manqué , et la passion n'a pas fait défaut à mes adversaires.
Où donc est la preuve de cette influence exercée par la lettre de M^""" de Vannes sur les électeurs? et n'est-il pas , au contraire , manifeste que cette lettre a été peu connue des paysans qui composent la très grande majorité des électeurs , puisque aujourd'hui se reportant par le souvenir, pour répondre à la commission , à l'époque des élections , ils ne retrouvent dans leur mémoire aucun vestige d'un fait qui cependant les aurait certainement frappés. D'ailleurs les dates mêmes viennent à l'appui de mon observation : la lettre est datée du 26 février ; elle est insérée pour la première fois dans les journaux catholiques de Paris du '28 février, et ce n'est qu'après cette première publication , le l"'"" mars, que le Journal du Morbihan la reproduit. Or il faut être bien peu familier avec les mœurs locales pour croire qu'en trois ou quatre jours une lettre insérée dans un journal ait pu transformer le sentiment général d'une population qui lit peu, qui ne lit guère
que le (liinanche, el (jui parle prescjuc exclusivement la langue bretonne.
Dans ces conditions, il devait arriver nécessairement ce qui est arrivé, en effet, et ce que prouve surabondamment le silence gardé par les témoins, que la lettre épiscopale serait peu connue de la masse de la population.
Mais, me dira-t-on, ce n'était pas pour cette masse qu'elle était écrite, mais bien pour le clergé, à qui, suivant l'expression de M. le rapporteur, elle devait donner l'impulsion, et qui, lui, a pu la faire connaître dès sa première publication.
Messieurs, je vous rappelle encore la date de cette publication : elle est du 28 février. A cette époque, la période électorale était ouvertedepuis vingt-huit jours, et il s'était écoulé quatre dimanches.
Un premier tour de scrutin avait eu lieu déjà; en un mot, le clergé avait eu tout le loisir de fixer son attitude, et il n'est pas supposable qu'il ait attendu jusquelà pour prendre son parti , ni que l'évèque ait tardé si longtemps à lui donner une direction. Il n'en est rien, en effet; dès l'ouverture de la période électorale, Ms"" l'évèque de Vannes avait parlé à son clergé et lui avait donné des instructions précises pour la lutte qui allait commencer. La commission a eu entre les mains cette lettre pastorale; mais, puisqu'elle n'a pas jugé utile de vous la faire connaître, je vous demande la permission de vous lire ses principaux passages :
« Vous profiterez les uns et les autres des sages recommandations que Ms"^ Graveran, évêque de Quimper, adressait à ses prêtres en 1848 :
« Dites aux fidèles que c'est pour eux une obligation de se rendre aux assemblées électorales et de voter selon leur conscience et sans faiblesse pour les honames les plus dignes de leurs suffrages.
« Mais bo'rnez-vous à des indications générales, et ne traitez pas dans la chaire des questions politiques, encore moins des questions personnelles. Beaucoup d'électeurs sentiront le besoin de prendre conseil pour fixer leur choix... Si quelquesuns s'adressaient à vous, vous exposant leurs irrésolutions ou leurs doutes dans le calme et la confiance des relations privées, vous vous rappelleriez que tous ont droit à vos conseils, et vous les donneriez franchement et sans hésitation, évitant d'ailleurs toute agitation incompatible avec la sainte gravité de votre ministère. »
Voilà, Messieurs, jusqu'au 28 février, le seul document public émané de l'évêque de Vannes, et, jusqu'au 5 mars, le seul qu'il ait adressé à son clergé pour lui tracer ses devoirs. Pouvait-il être plus modéré, plus sage et plus digne à la fois?
Quel a donc été l'objet et quelle a été la raison d'être de cette autre lettre qu'on a tant incriminée?
Messieurs, je vous demande la permission de vous le rappeler. Pour apprécier à sa juste valeur le rôle du clergé dans toute cette affaire, et principalement celui de l'évêque du diocèse , il ne faut pas perdre de vue les conditions spéciales dans lesquelles la lutte se produisait, et ce fait que l'un des concurrents était un prêtre.
Au milieu de ces populations profondément religieuses, un homme revêtu d'un habit ecclésiastique, portant les insignes d'une dignité de l'Église, parlant aux paysans de « son âme sacerdotale », s'affichant
dans SCS professions de foi coiiuiie le collègue des évoques, un lel hornn^ie devait nécessairement passer poui- être soutenu par les sympathies du clergé tout enlicr, approuvé dans sa conduite publique par ses supéi'ieurs, et paraître aux yeux des électeurs comme le représentant par excellence de la cause catholique. Or, pour des raisons que je n'ai pas à examiner, il n'en était rien, et l'évèque ne voulait pas accepter ce patronage apparent qui résultait pour lui de la situation elle-même que je viens de vous décrire.
Dès lors il devenait nécessaire, en rétablissant la vérité, de détruire une illusion qui créait au profit d'un des candidats un avantage marqué et qui donnait au clergé une attitude qu'il ne voulait pas prendre. Voilà le sens et la portée de la lettre de M^?'" l'évèque de Vannes. C'était une défense, ce n'était pas une attaque. Obligé par la force des choses de dire sa pensée, il eut cependant la prudence de ne pas lui donner la forme d'un acte de juridiction, et de se borner à confier à la presse, comme l'eût fait un simple citoyen, un jugement qui n'obligeait personne.
On a voulu mettre Mb''' de Vannes en contradiction avec lui-même en opposant un passage de sa lettre du 26 février à celle qui avait été écrite par son ordre , le 4 du même mois, à M. l'abbé Cadoret.
Je replace ces deux pièces sous vos yeux ; dans sa lettre du 26 février aux journaux catholiques, Ms"" l'évèque de Vannes s'exprime ainsi :
« ...2» M. l'abbé C .. m'a écrit pour me demander un célebret en règle. Un de mes vicaires généraux lui a répondu de ma part que je regrettais vivement les démarches qu'il avait eu la mauvaise inspiration de faire
dans mon diocèse, et que j'espérais bien n'avoir point à m'occuper de lui. »
Ainsi M. l'abbé Cadoret avait demandé un celebret « en règle « : l'évêque ne dit pas qu'il ait refusé ou accordé, mais seulement qu'il a fait témoigner au solliciteur sa désapprobation pour sa conduite extérieure.
Or M. Cadoret produit -il un celebret « en règle » signé de l'évêque de Vannes? Je vous en fais juge, Messieurs. Voici la pièce qu'il a lue à la commission :
ÉVÈCHÉ « Vannes, le ■'i février lb76.
DE VANXES
« Monsieur le chanoine,
« Monseigneur me charge de vous dire qu'il regrette vivement les démarches complètement inutiles que vous avez eu la mauvaise inspiration de faire dans son diocèse.
'< Sa Grandeur espère bien n'avoir point à intervenir dans vos affaires.
« Cette lettre vous servira au besoin de celebret. { Exclamations et rires ironiques à droite.
« Si vous avez apporté de Paris des lettres testimoniales, envoyez-les à Tévéché, où elles seront revêtues du visa officiel.
« Voire humble servileur, Monsieur le chanoine. »
Signé: « Le Guyader, vicaire général. »
Sans connaître exactement la forme régulière de l'autorisation ecclésiastique dont il s'agit, ne suffît-il pas de lire cette lettre pour comprendre qu'elle n'est pas un celebret « en règle », qu'elle est, au contraire, une leçon sévèrement infligée, et que le celebret vient
là pour épargner à celui k qui il s'adresse un affront ([{w l'auluiilé ecclésiastique n'inflige (ju'à la dernière extrémité, parce qu'il est écrasant pour un prèln;'.'
Mais l'évèque de Vannes n'est pas seul accusé. On i-eproche encore à M. l'aumônier en chef de la marine et h M. le curé de Lorient d'avoir écrit, eux aussi, dans les journaux à propos de M. Cadorct. Peut-être pourrais-je m'élonner qu'on prétende refuser h. ces deux ecclésiastiques, qui n'exerçaient sur le clergé de Pontivy aucune juridiction, le droit d'exprimer leur opinion; mais, sans recourir à cet argument, je me bornerai à donner l'explication très naturelle de cette intervention.
A la suite d'une polémique engagée dans la presse au sujet de M. Cadoret, et où l'aumônerie de la marine avait été mise en cause, le dignitaire le plus élevé de ce corps d'ecclésiastiques déclare que M. Cadoret n'en fait plus partie depuis dix ans, et dégage ainsi la responsabilité du corps tout entier, qu'on avait cru pouvoir invoquer pour défendre un prêtre qui jadis y avait appartenu. Rien de plus légitime assurément que cette sollicitude du chef d'un corps organisé à ne point accepter pour celui-ci une solidarité qu'il n'a aucun titre à exercer.
Et quant à la lettre de M. le curé de Lorient, elle n'est pas moins naturelle. M. Cadoret s'étant fait une arme électorale de l'invitation qu'il avait reçue dans cette ville de chanter l'office des vêpres, celui qui la lui avait adressée par pure convenance déclare qu'il n'a entendu par là, en aucune façon, favoriser sa candidature.
Comme celle de Tévêque de Vannes, ces deux lettres
sont, aussi bien d'ailleurs que l'attitude générale du clergé vis-à-vis de M. Gadoret, la conséquence légitime et nécessaire d'une situation spéciale, de laquelle il résulte naturellement pour mon concurrent un bénéfice que le silence suffisait à lui assurer, et qu'en parlant très tardivement on lui a ravi d'une manière encore très incomplète.
Était-on fondé à vouloir l'en priver? C'est une question que je n'ai pas à résoudre, et vous comprendrez certainement. Messieurs, que je ne fasse pas un pas de plus sur ce terrain. (Très bien! sur plusieurs bancs.)
Ce que j'ai voulu établir, et qui suffit à tout expliquer, c'est que l'un des candidats étant un prêtre et fevètu d'une dignité ecclésiastique particulièrement respectable, ce seul fait le désignait aux catholiques comme le candidat du clergé et de l'évêque de Vannes; l'évêque ne voulait pas accepter cette situation : en ne disant rien, il trompait les électeurs; en parlant, il leur a fait connaître la vérité. Voilà toute la question.
Et j'arrive maintenant. Messieurs, à l'action du clergé local , et d'abord à ces sermons politiques dont on a fait contre mon élection le chef principal d'accusation.
Ici, Messieurs, j'ai besoin de réclamer toute votre indulgence ; car je serai obligé , pour répondre à cette partie du rapport, de faire devant vous une aride nomenclature des faits signalés et des dénégations que je crois pouvoir leur opposer : ce sera peut-être un peu long, mais vous me permettrez, j'en suis sûr, d'adopter cette méthode, qui est à la fois la plus simple et celle qui convient le mieux à la discussion qui nous occupe.
Parmi les cinfpi.'uilc et une communes de l'arronflisscment, M. le rapporteur en a choisi dix- sept où il signale des exemples de l'intervention qu'il veut établir. 11 m'est permis de croire qu'il n'a pas choisi les moins graves et les moins bien prouvés , en sorte qu'en le suivant moi-même sur son propre terrain et en m'atlachant de préférence à réfuter les faits qu'il a retenus avec un soin particulier, je me placerai volontairement dans une position qui n'est pas la plus favorable pour moi, et qu'ainsi, vous ayant convaincus sur ces points, je pourrai prétendre avoir du même coup répondu h l'enquête tout entière.
J'entre donc en matière.
M. le curé de Gourin aurait déclaré en chaire « que le gouvernement n'existait pas; qu'il n'y avait plus de chef; que la Révolution régnait; qu'il y aurait à la Chambre beaucoup de gens pour défendre au clergé de baptiser les enfants et d'enterrer les morts ».
Le fait a été affirme par un seul témoin ; mais un autre a déposé contradictoirement , et cet autre est M. le curé de Gourin lui-même, que la commission a entendu, et qui répond ainsi aux questions de M. le président :
« M. l'abbé le Grand. Je n'ai nullement parlé ainsi. J'ai développé seulement dans mon sermon ces trois points :
« 1» Il faut venir voter; il faut que tous fassent leur devoir de citoyens ;
(( 2° Il faut voter suivant sa conscience;
« 3° J'ai enfin réfuté l'objection qui consiste à dire que le clergé n'a pas le droit de se mêler des élections, et rien de plus.
« Je n'ai pas dit qu'il n'y a pas de gouvernement. Le gouvernement est établi, je ne puis nier ses droits. »
Pourquoi la commission n'a-t-elle tenu aucun compte de cette déclaration, et sur quoi s'est-elle fondée pour admettre, malgré ce démenti, la déposition du premier témoin? Le rapporteur ne nous le dit pas, et je n'ai pas pu le découvrir.
A Pluméliau « on aurait chanté, le 5 mars, à l'église, le cantique du curé de Bignan, cantique qui, suivant l'expression du témoin Gilles, notaire à Baud, a pour effet d'exciter aux plus mauvaises passions. »
J'en suis fâché pour le témoin Gilles, notaire à Baud, et pour MM. les commissaires, dont il a surpris la bonne foi : le chant du cantique du curé de Bignan ne saurait constituer une manœuvre électorale; et voici pourquoi : ce cantique, touchant et pieux entretien d'un curé exilé avec ses paroissiens demeurés au pays , et qu'il excite, non aux mauvaises passions, mais à la ferveur et à la résignation chrétiennes, ce cantique est chanté très habituellement dans les églises de Bretagne, parce qu'il fait partie d'un recueil approuvé par l'évêché, non pas en vue de l'élection de Pontivy, mais il y a vingt ans environ.
A Saint- Aignan :
« Le 5 mars, à la première messe, au pied de Tautel, le recteur aurait adressé aux assistants une allocution dans laquelle il leur a dit : « Vous devez m'obéir, je suis votre rec- « teur, et le serai tant que je voudrai ; vous devez suivre mes « conseils. M. de Muii a été vainqueur dimanche dernier, il Il le sera encore aujourd'hui. 5)
Le recteur répond par la protestation suivante , à la date du 24 juin :
« J'affirme et jo prends à témoin tous ceux de mes paroissiens (jui sont sincères, — et le nombre en est encore fi^rand , — que le dimanche 5 mars dernier je n'ai pas dit à r(\L,'li.sc une parole ayant trait aux élections. J'affirme d'une manière non moins catégorique que le nom de M. de Mun n'a pas élc prononcé dans l'église de Saint-Aignan, soit avant le premier tour de scrutin, soit avant le second.
« L'abbè Joseph Pichodo, recteur de Saint-Aignan. »
A la Chapelle -Neuve, le dimanche 27 février, le vicaire aurait dit en chaire : « J'ai parcouru la paroisse pour distribuer des bulletins, et je vois aujourd'hui que je n'ai pas été écouté. »
Le vicaire répond lui-même :
<( La Chapelle-Neuve, 29 juin 1876.
« Le dimanche 27, je n'ai pas parlé en chaire, et, n'ayant pas parcouru la paroisse, distribuant des bulletins, je n'ai d'ailleurs pas pu me donner la satisfaction de le proclamer. Otiant à ces mots « ... et je vois aujourd'hui que je n'ai pas « été écouté », ils ne sont que la conséquence de ce qui précède; je les nie formellement, »
Signé : « Le Paulic, vicaire de la Chapelle-Neuve. »
A Locminé, entre les deux tours de scrutin, le recteur a dit en chaire : « Venez tous , le plus possible, et votez pour M. de Mun. Il y a un prêtre qui veut lui faire concurrence. Malheur à celui qui votera pour lui, car cet homme n'est pas un véritable prêtre. Il est indigne de porter la soutane; depuis un mois qu'il est à Pontivy, il n'a pas dit une messe. A Pluméliau, le recteur lui a même refusé l'entrée du chœur. Si vous votez pour lui, vous aurez la guerre civile tout de suite. »
M. le rapporteur a rectifié dans la deuxième édition de son rapport, ou plutôt dans le volume qui vous a été distribué, non pas le fait en lui-même, mais la personne de celui à qui il est imputé. En efTet, par une lettre rendue publique dans un journal de Paris, le curé de Locminé avait affirmé en termes émus et indignés qu'il n'était pour rien dans le sermon incriminé. M. le rapporteur, averti de sa méprise, rectifie donc son allégation première, et désigne Moustoir-Ac comme le lieu où se serait produit le fait en question.
Mais de mon côté, comme c'était mon devoir, j'avais communiqué dans les différentes communes, les dépositions entendues par la commission, et entre autres à Moustoir-Ac, celle du sieur Le Turnier, sur laquelle s'appuie la déclaration du rapporteur. Elle m'est revenue avec l'annotation suivante :
« Nous, soussignés , déclarons à qui de droit que la déposition ci-dessus est entièrement fausse et controuvée. « Moustoir-Ac, le 12 juin 1876. »
(Suivent quarante signatures légalisées.)
A Guéméné , le vicaire Auffret aurait parlé en termes injurieux de mes concurrents... M. le rapporteur a encore ici commis une erreur dont on ne l'a pas fait apercevoir et qu'il n'a pas rectifiée. A Guéméné il n'y a pas de vicaire du nom de Auffret, et les dépositions entendues déclarent que, dans cette commune, le clergé n'a pas parlé politique en chaire.
Je ne veux pas cependant laisser peser sur M. Auffret l'accusation qu'on lui impute, et je viens au secours du rapporteur ; c'est à Ploërdut que se rapporte le fait qu'il place à Guéméné.
Un trmoin dôclaro que M. Auffn't, ([ui r^st, en efTet, vicaire dans celle conniiunc, aurait dit en chaire que mes concurrents étaient pourris jusqu'à la moelle des os. Mais, à cette nouvelle, dix notabUîS habitants de la commune s'empressent de prot(;stei' en ces termes :
« Nous, soussignés, habitants de la comnuincdc Ploërdul, déclarons fausses les paroles attribuées à M. le vicaire de Ploërdul, rehili veinent à M. le Maguet el à M. Cadoret, et affirmons que le clergé de cette commune a évité de se mêler des élections, en chaire comme ailleurs. »
A Malguénac, le recteur aurait accusé d'irréligion les parti-sans de la République. Mais celui qui a déposé devant les commissaires est un sieur Garel, qui a quitté le bourg parce qu'il y rencontrait trop souvent ses créanciers, qui n'y réside plus et qui est établi à Pontivy, d'où sans doute il aura, par seconde vue, assisté au sermon de Malguénac, car on ne l'a pas vu dans cette commune pendant les élections.
D'ailleurs voici la réponse que fait à cette accusation M. le recteur de Malguénac :
« C'est une calomnie, due à la méchanceté ou à l'ineptie d'un imposteur. Je n'ai jamais parlé d'un gouvernement quelconque à l'église.
« Le Gallo , recteur de Malguénac. »
Et je lis au-dessous de sa signature :
« Nous, soussignés, habitants de Malguénac, protestons contre la calomnie énoncée ci-dessus. »
(Suivent un bon nombre de signatures, dont celles du maire et d'un adjoint.)
A Plouray, quarante habitants de la commune, en
apprenant que leur recteur est accusé d'avoir exercé sur leur conscience une pression illégitime, répondent spontanément par l'intéressante protestation que voici :
« Nous, soussignés, habitants de Plouray, profondément affligés de la déflance politique qui pèse sur nous et sur nos prêtres et de Todieuse dénonciation qui a été faite contre notre recteur, protestons énergiquement contre tout; idée de pression politique ou religieuse de sa part.
;< Bretons, nous gardons noire foi et nos conviction = , et ce n"est ni par force ni par ruse qu'on peut nous en faire varier l'expression.
ï Sorti de nos rangs, notre clergé, plus que tout aulre, partage nos sentiments et ne saurait leur faire violence.
« C'est pourquoi nous prions l'Assemblée nationale de regarder comme nulle et méprisable la dénonciation d'un seul, faite à la commission d'enquête pour l'élection de notre député M. le comte A. de Mun. >■
A Plumelin, le recteur aurait dit, à la grand'messe , que tous ceux qui voteraient pour M, Cadoret étaient pires que des radicaux. Ému de cette imputation, le recteur s'empresse de protester: « C'est là, dit-il, une allégation entièrement mensongère. Jamais je n'ai tenu de pareils propos en chaire. Dieu merci, je sais encore respecter la dignité du ministère que j'ai à remplir dans la chaire de vérité. »
Et cette déclaration est attestée par dix électeurs notables de la commune qui ont signé après M. le recteur.
A Moréac , les témoins qui , — la chose est digne de remarque, — ne sont pas de la commune, mais bien du chef-heu de canton, et se sont donné la mission d'instruire le procès de l'élection dans le canton tout entier,
les témoins acfuscnt le clergé dans un style que je suis honteux de reproduire ici: « d'avoir vomi du haut de la chaire les plus grandes horreurs contre mes concurrents, »
Les témoins injurient sans preuves; mais moi je leur oppose le démenti formel que voici :
« Jf> puis cerlificr, dit le recteur de la paroisse, devant toute ma paroisse, que je n'ai rien dit en chaire de nature à me compromettre. J'ai beaucoup insisté sur la nécessité de voler et de prier Dieu de nous accorder le bonheur de faire un bon choix; mes vicaires n'ont rien dit en chaire ni dans leurs chapelles au sujet de l'élection,
« Les soussignés, tous notables et d'une honorabilité reconnue, sont disposés, en cas de besoin, à nous rendre ce bon témoignage. »
Signé: « Le Guerroné, recteur de Moréac. »
Et, en effet, la déclaration est attestée par les signatures légaUsées de vingt des plus honorables habitants de la commune,
A Noyai - Pontivy , M, le rapporteur nous donne comme un fait certain que le curé a dit en chaire: « Si on vote pour la Répubhque , on tuera les maris et les enfants, »
En feuilletant les dépositions, — et vous pouvez le constater dans les pièces annexes, — on ne trouve au dossier de la commune de Noyai rien qui ait trait à cette accusation, et, en cherchant bien, c'est à Pontivy même qu'on découvre un certain Busnel, ancien garde champêtre, qui parle de tout, excepté de la commune, et qui avance , entre autres belles choses, cette sinistre plaisanterie, en indiquant le dimanche 27 février comme
le jour où le recteur s'en serait rendu coupable ; encore ajoute-t-il qu'on lui a raconté le fait, mais qu'il n'a rien • entendu personnellement.
Consulté cependant sur cette étrange imputation, M. le recteur de Noyai déclare que, le dimanche 27, il s'est borné à lire en chaire le dispositif du mandement épiscopal pour le carême; il ajoute que jamais il n'a dit qu'on tuerait les maris et les enfants, et il veut mérne bien dire qu'il ne le pense pas. Sa déclaration est, comme toujours, confirmée par les signatures légalisées des plus notables habitants du bourg, dont un adjoint et trois conseillers municipaux.
A Saint -Thuriau, M. le rapporteur place l'histoire plaisante d'un curé qui aurait dit en chaire : « Ne votez pas pour le grand diable noir, ou bien , — voyez un peu le mot d'ordre qu'on avait donné à tout le clergé! — ou bien on tuera les maris et les enfants. » Il ne faut pas vous étonner, Messieurs, de ce que le recteur de Saint-Thuriau soit accusé d'avoir tenu un langage absolument identique à celui du recteur de Noyai. C'est que l'accusation vient du même Busnel, de Pontivy, qui s'est chargé de déposer pour les communes voisines, et qui n'a pas l'imagination féconde.
Ai-je besoin d'ajouter qu'à Saint-Thuriau comme à Noyai le clergé déclare mensongère l'allégation du déposant, et que les notables du bourg certifient la protestation conforme à la vérité.
Voici cette déclaration :
" Saint-Thuriau, 13 juin 1876.
« Nous, soussignés, certifions que la déposition du sieur Busnel, de PontiTy, devant la commission d'enquête, est une pure calomnie qui ne mérite que notre juste indignation. »