D'ADRESSE AU ROI
COMITÉ SECBET DU a6 NOVEMBRE 182I.
La commission nommée pour la rédaction de l'adresse au roi avait proposé un projet qui, pour la première fois, convenait aux deux partis qui divisaient la Chambre. Le paragraphe sur lequel roula la principale discussion était ainsi conçu: « Nous nous félicitons. Sire, de vos relations constamment amicales avec les puissances étrangères , dans la juste confiance qu'une paix si précieuse n'est point achetée par des sacrifices incompatibles avec rhonnenr de la nation et la dignité de la couronne. »
C'est un droit et aussi un devoir pour nous, députés, arrivés tout-à-l'heure de nos départements, de porter au trône dans toute occasion l'expression des vœux et des besoins publics, et même de combattre les allégations des conseillers ordinaires de la couronne toutes les fois qu'elles nous paraissent en opposition avec la vérité et avec l'intérêt du pays. Notre droit est écrit dans la charte, notre der. IL I
2 Drslsp^TRs ET OPINIOirS.
voir nous est dicté par notre conscience : investis de la confiance de nos concitoyens, nous n'abdiquerons pas les droits dont l'exercice ne nous est confié que temporairement. Députés loyaux, nous ne reculerons pas devant nos devoirs.
Le principe établi, s'il était arrivé que sa majesté ne nous eût pas entretenus des relations de la France avec les puissances étrangères, et que cependant ces relations nous parussent être conduites avec faiblesse, sans dignité et d'une manière contraire aux intérêts du pays, nous serions , à mon avis , dans l'obligation étroite d'avertir le roi des fautes commises par ses ministres; car eux seuls, messieurs, peuvent commettre des fautes; eux seuls peuvent être mus par des passions subalternes, et se trouver enveloppés dans des intrigues indignes du gouvernement d'un grand peuple. Le roi ne veut, ne peut vouloir que ce qui est bon, utile et conforme à la dignité de la couronne.
C'est pour cela, messieurs, que le discours du trône appelle votre attention particulière sur la conduite de vos affaires au -dehors. Quatre paragraphes sont consacrés à cet important objet; serait-il convenable que ces paragraphes restassent sans réponse? n'est-ce pas là l'occasion naturelle de faire entendre la vérité? Où peut-elle se montrer avec plus d'avantage que dans une adresse où respire partout le respect et l'amour ?
Assurément la France veut la paix, maïs la paîx que commande la force , et non pas celle qu'implore la faiblesse. La France peut tout en Europe par
CHAHBKX DES niPUTJSS.^^lS^I. 3
Tempire qu'elle exerce sur les souvenirs , et surtout par sa population valeureuse et par ses moyens réels de richesse et de puissance. La France ne peut effrayer personne, parce que la modération du roi offre des garanties contre le mauvais emploi de nos forces nationales ; mais devons-nous tant nous laîs"> aer oublier, tant nous effacer devant ceux qui sat vent ce que nous valons et ce que nous pouvons?. Je vous le demande, messieurs, et j'en appelle à toutes les nuances d'opinion, notre diplomatie^ par rapport aux affaires de Naples, a- 1- elle été digne du roi et de la France ? le chef des Gourions tfavait-îl pas le droit direct d'intervenir principa* lement et immédiatement dans les décisions prises par les puissances à l'égard d'un prince de sa maison? La France peut -elle rester indifférente à la suprématie exercée par les souverains du Nord sur: ce qui se passe au-delà des Alpes?
Tout récemment encore nous avons lu dans les gazettes un traité en vertu duquel des tr<!iupes étrangères occuperont les états du roi de Sardaîgne , d'un prince, notre plus proche voisin , d'un prince dont les provinces sont pour ainsi dire mêlées avec nos départements. Je vois , dans ce traité , le roi de . Prusse, et la signature d'un M. Petit - Pierre , son plénipotentiaire ; et le roi de France , le roi de trente millions d'hommes, n'est pour rien dans ce qui se passe à notre porte; son nom n'est pas même prononcé dans un traité dont il eût été si glorieux pour nous de prévenir les suites funestes.
Cependant, messieurs, pour que l'autorité royale
4 DISCOURS »T OPIlTTOirS. ;
recueille au-dedans tous les respects qui lui sont dûs, il faut que la couronne soit radieuse au -dehors ; il faut que la paix ne puisse jamais être aché" tée par des sacrifices contraires à l'honneur national. La commission nous propose de dire au roi que nous avons la juste confiance que son gouvernement se pénétrera de cette grande vérité. Il y a justice pour le fonds de l'idée ; il y a convenance respectueuse d^ns la manière dont elle est exprimée. Je vote pour l'adoption du paragraphe.
Le paragraphe fut voté j et le projet d'adresse au roi adopté. Le président et deux secrétaires de la chambre se rendirent chez le roi et lui remirent l'adresse. Parmi les paroles que sa majesté leur adressa, on remarquait celles-ci : « J'aime à croire «que la plupart de ceux qui ont voté cette adresse n'en ont « pas pesé toutes les expressions. S'ils avaient eu le tenq)s de « les apprécier , ils n'eussent pas souffert une supposition que, « comme roi , je ne dois pas caractériser , que y comme père, « je voudrais oublier. >»
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