‹ Discours du général FoyChapitre 9 sur 67 · XXXIV ESSAI · texte numérisé non relu

XXXIV ESSAI

ft rissent avec les factions ou par les factions. — Le et gouvernement représentatif est un gouvernement a de vérité. »

Jamais orateur ne prononça avec plus d'autorité les noms di honneur et de patrie. Faut - il s'étotinèr si tant d'échos en France répétèrent et répètent encore ces mots magiques que la contre-révolution veut abolir ? Le général Foy portait à la tribunef cette fermeté de caractère qui s'était fortifiée daÈ» les camps. Il y avait quelque chose dans son attitude et dans son regard qui imprimait le respect* Toujours calme au milieu des plus violents débats, il ne se laissait émouvoir ni par le nombre, ni par les clameurs passionnées de ses adversaires. Les interruptions soudaines donnaient encore plus d'élan à son éloquence; et c'est avec une présence d'esprit admirable qu'il repoussait des attaquer; imprévues. On se rappelle cette voix contre-révolutionnaire qui, au moment même où il entrait avec chaleur dans une importante discussion, l'in^ terrompit pour lui demander la définition du mot aristocratie. « L'aristocratie , répondit - il sans s'é* <c mouvoir , l'aristocratie , au dix -neuvième siècle ^^ a c'est la ligue , la coalition de ceux qui veulent « consommer sans produire , vivre sans travaila 1er, occuper toutes les places sans être en état «de les remplir, envahir tous les honneurs sans « les avoir mérités ; voilà l'aristocratie. » La voix contre - révolutionnaire se tut , et la nation applaudit.

Toutes les hautes questions de justice et d'hu-

SUR l'éloquence politique. XXXV

inanité trouvaient dans le général Foy une éloquence sympathique et un chaleureux défenseur L'Espagne abandonnée aux angoisses de l'anarchie, aux tortures du fanatisme ; la Grèce réveillée du long sommeil de la servitude v et luttant corps à corps avec le formidable empire de Mahomet ; la révolution sillonnant les vastes <!^ontrées de l'Ame- Tique méridionale , y déposant ses germes indes^ tructibles, et appelant ces peuples nouveaux à l'indépendance ; tous ces grands spectacles enflammaient la parole de l'orateur citoyen , et lui inspiraient ces pensées brûlantes, ces mots impérissables qui font battre les cœurs et se fixent dans tous les. souvenirs.

Il avait aussi cette éloquence réfléchie , infati^ gable , qui saisit l'ensemble d'une question , en approfondit les détails , et en déduit toutes les conséquences. Ses études laborieuses , un travail constant d'observations et de comparaisons, avaient enrichi son esprit de connaissances positives et variées ; telle était la netteté de sa pensée que rien de vague et d'obscur n'y pouvait entrer, et que la vérité en sortait comme une vivelumière. Le sophisme et la mauvaise foi disparaissaient de\tant lui. Habile administrateur , il redressait tous les écarts de l'administration. Sentinelle vigilante de la fortune et du crédit publics^ il les défendait avec uiîe persévérance à toute épreuve ; couvert de glorieuses cicatrices, il oubliait que chaque émotion de la tr&une était un danger pour lui ; il vivait pour la patrie, et il est mort pour elle.

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Ne lui demandons point le secret de sa composition ; il était tout entier dans son ame. Rien d'étudié , rien de calculé dans sa manière ; tout est plein dans ses discours, et, ce qu'il y a de caractéristique, on n'y trouve aucune superfluité. Son abondance n'est jamais stérile : avare de mots, l'expression la plus simple met sa pensée en relief , et cette simplicité est encore un ornement. Si une grande vérité s'offre à sa pensée, il l'énonce avec une éner- ^[ique précision , et c'est le pivot sur lequel tournent tous ses raisonnements.

« La fores et le droit se disputent le monde , dît- « il en s'adressant à l'émigration impatiente de son tf milliard ; la force et le droit se disputent le monde : « le droit qui institue et conserve la société, la force a qui subjugue et pressure les nations.

« Qu'est-ce que le droit? c'est, pour les actes du 0 gouvernement comme pour ceux des particuliers, « la conformité aux lois positives et à ces prince cipes d'éternelle raison qui sont la base des lois « de tous les pays. Il n'y a devant ces lois que deux « questions à résoudre. L'émigration était-elle voce lontaire ou forcée ? Qu'allaient demander les émi- « grés aux étrangers ? »

I^a question ainsi posée, l'orateur entre avec fermeté dans la discussion ; ses raisonnements se pressent, ses preuves se développent dans un ordre parfait. L'intérêt du pays, l'intérêt du trône, celui même de Fémigration^ se montrent tour k tour pour repousser une loi funeste. « Je n'y vois, «s'écrie l'orateur en finissant, que désordre dans

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«le présent et trouble dans l^venir. Ce n'est pas ccmoi qui m'associerai à cette oeuvre de mal- •c heur, a L'assemblée , émue enfin par tant d'éloquence, frémit, et là loi passe.

On a voulu comparer le général Foy à d'autres orateurs; celui qui en a le plus approché est ce vertueux Camille Jordan , qui fut son ami , et qui mérita de l'être. Le cœur de Camille Jordan palpitait aussi d'indignation contre les ennemis de la France ; l'aspect menaçant de la contre-révolution avait exalté son énergie morale ; mais les efforts de la tribune abrégèrent aussi sa vie , et son dernier soupir fut pour la liberté.

Faut-il rappeler Mirabeau et Vergnîaud? Ils ont eu le g^nie propre à leur époque. Mirabeau, porté par la révolution, avait l'avantage de l'attaque; sa force se multipliait par toutes les forces d'une puissante majorité ; il parlait en triomphateur devant un pouvoir vaincu. Le général Foy, au contraire, soutenait les attaques de la contre-révolution , victorieuse et acharnée sur sa proie; toujours en défense, son éloquence était protectrice et non agrès? sive ; les élans de cette ame héroïque n'avaient rien d'hostile, la stabilité du trône , la gloire et la prospérité de la patrie, voilà ce qu'il protégeait avec les armes de la raison et les$oudaines illuminations du génie.

L'éloquence de Vergniaud était orageuse comme le tem^ps où. il vivait; il lance des foudres, mais il répand peu de lumière. Son admirable langage est rempli d'émotions et d'images; il appelle à son

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aide tout le pathétique des passions. Le général Foy, s'adressant à la raison publique et aux in^ téréts de tous, échauffe et éclaire tout à la fois. Il est incomparable, lorsqu'il défend la gloire nationale insultée, et llionorable misère de ses compagnons d'armes ; lorsqu'il conjure le minis* tère, si prodigue envers ses agents, d'épargner les <ient cinquante officiers-généraux de notre vieille armée, atteints dans leur repos et leur existenoe par ce qu'il nomme « le dernier coup de canon échappé de Waterloo. » Le général Foy ne souleva jamais que les plus nobles affections; s'il s'in» digne de la calomnie, c'est l'indignation de la vertu 4 placé au-dessus des passions vulgaires, il s'oublie lui-même, il ne voit que la patrie, il ne respire que pour la patrie.

J'entends demander quels services il a rendus^ comme législateur, à son pays.Quels services! Je vais vous le dire. Il nous a formés aux habitudes et au langage de la liberté ; il a soutenu , il a fortifié ces opinions constitutionnelles qui, au milieu des clameurs du fanatisme et des cris vindicatifs d'une aristocratie contre -révolutionnaire, se répandent, s'affermissent, et poussent leurs racines jîisque dans les fondations de l'édifice social. Du haut de la tribune nationale, il exprimait les vœux de la nation , et la nation l'écoutait avec reconnaissance et admiration. Sa voix, libre et retentissante, prévenait le découragement , rassurait la faiblesse , intimidait le despotisme administratif, ralentissait son activité , at lui opposait deux forces dominantes , la sagesse

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et le temps. Qui plus que lui a contribué à vaincre ces préjugés qui séparaient des Iiotnmes généreux, divisés d'opinions sur quelques points, mais enfin réunis, pour soustraire les libertés publiques aux atteintes d'une secte impie dont l'audace veut associer la religion à la tyrannie ? Vous demandez quels ont été les services rendus par le général Foy? Ne parlons ni des triomphes de son éloquence, ni de ses travaux guerriers : venez près de cette fosse où va descendre l'enveloppe matérielle de sa grande ame ; contemplez cette immense population plongée dans le deuil , calme dans sa douleur , et adoptant , au milieu des larmes , les jeunes fils du héros-citoyen ; entendez la France entière répondre avec enthousiasme à cette noble inspiration. Quel plus grand service que la révélation de l'opinion nationale, toujours la même, toujours unanime, qui sort toute puissante d'un tombeau , et qui nous montre l'orateur de la liberté devenant même par sa mort le bienfaiteur de son pays !

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