‹ Discours du général FoyChapitre 17 sur 67 · E. II · texte numérisé non relu

E. II

6l DISCOURS ET OPINIOirS,

eussions financières. Les intérêts du roi sont élevés et perpétuels , les intérêts du ministère sont pas« sagers; et je dirai aux ministres du roi: Gardezvous d'étendre le manteau royal sur vos guenilles ministérielles.

J'arrive maintenant à la question. Il n'y a dans notre législation financière que deux espèces d^allocations régulières, les traitements donnés en vertu de fonctions , et les pensions inscrites au grand-livre. Ce qui est alloué aux ministres d'état est-il un traitement? est -il une pension? Pour que ce fut un traitement, il faudrait qu'il y eût des fonctions attachées au titre de ministre d'état; il faudrait qu'il existât vraiment un conseil privé du roi. Eh bien ! un noble pair, ministre d'état, a écrit en 1816, à la tête d'un livre intitulé : De la Monarchie suitmni la C/iarte: a Si ce conseil, dont j'ai l'honneiu* d*éa tre membre, était quelquefois assemblé , on pour- «c rait me dire : Parlez dans le conseil ; mais il ne s'as* ce semble pas. » Messieurs , depuis ce temps, il ne s'est pas assemblé davantage ; il n'y a pas de conseil privé, et l'on peut dire qu'un roi qui n'aurait que ce conseil n'aurait pas un conseil privé , mais serait privé de conseils.

Les conseillers constitutionnels du roi sont ses conseillers responsables , ce sont les ministres ; et les ministres sont les seuls que nous devons rétribuer. Ce n'est donc pas à titre de traitement; ce n'est donc pas à titre d'allocation pour des fonctions que les ministres d'état reçoivent les sommes qui sont portées pour eux dans le budget.

CHAMBRE DES SléPUT^S. — 181I. 83

Sera-ce à titre de pension ? Vous savez que des lois consenratrices de la fortune publique ont tracé les formes rigoureuses suivant lesquelles les pensions sont inscrites ; vous savez que la violation de ces formes vous jette tous les jours dans des dépenses considérables ; vous savez que , sous mille formes différentes, les intérêts particuliers trouvent moyen de combattre l'intérêt général. Ce ne sont donc que des pensions illégales qui sont accordées aux ministres d'état, des pensions hors de la sphère constitutionnelle, des pensions que vous n'avez pas le droit d'accorder autrement que d après les règles qui vous sont tracées.

Mais, a-t-on dit, ces ministres ont des droits à fixer l'attention du gouvernement; plusieurs d'entre eux ont été ministres, ils ont été les dépositaires des secrets de l'état; il ne serait pas convenable, quand ils sont rendus à la vie privée, qu'ib fussent sans moyens d'existence. Eh bien ! messieurs , que ces hommes reçoivent une pension , je ne crois pas que personne veuille s'y opposer. Mais , k côté de ces anciens ministres , ne voyez-vous pas une foule d'individus qui n'ont jamais exercé aucune fonc«> tion ? On a nommé dernièrement quatre ministres d'état, un seul d'entre eux a-^il jamais été ministre à portefeuille ? Ten vois deux qui ont été ambassadeurSyl'un en Espagne , et je ne sais si sa conduite diplomatique en ce pays a mérité les suffrages du gouvernement, je ne veux pas même l'examiner; je dis seulement que je ne vois pas dans sa nomination l'application de ces sortes de récompenses aux

84 DISCOURS ET OPINTOITS.

ministres à portefeuille. L'autre était ambassadeur à Naples ; il n'était pas même dans ce pays au milieu des grands événements qui auraient nécessité sa présence, cependant il a été récompensé. Je vois en outre deux honorables membres de cette assemblée, recommandables sans doute par leurs titres académiques, mais qui n'ont rempli aucune fonction ; leur délicatesse est intéressée à rejeter un traitement qu'ils n'ont pas mérité.

Je me résume, ce n'est pas un traitement, ce n'est pas une pension, et cette dernière question vient d'être décidée il y a quinze jours. Le roi ayant à récom- [ penser les services de quatre ministres d'état qui t avaient quitté le conseil privé, et dont la rétribution avait été prise sur-le-champ, car on ne perd pas de temps dans cette partie-là, ces ministres à portefeuille, revenant à ce prétendu conseil privé, n'y ont pas trouvé d'appointements; ils ont invoqué du gouvernement la résurrection d'une loi de 1 807 , laquelle attribue des pensions qui ne peuvent excéder 20,000 francs aux fonctionnaires publics d'un ordre élevé, savoir : aux ministres, aux maréchaux grands-offîciers de la couronne, à leurs veuves et à leui's enfants; mais cette loi exige une condition pour que la pension soit accordée, c'est qtie ceux qui la demandent n'aient pas de fortune.

M, Dudon. C'est pour les veuves seulement et pour les enfants.

Je vais vous lire le texte de la loi : elle porte : « Lorsque par des services distingués , de grands

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€( fonctionnaires, tels que des ministres , des ma- « réchaux, et d'autres grands officiers auront droit a à une récompense extraordinaire , et que la « situation de leur fortune la rendra nécessaire , a le maximum de leurs pensions ou de celles de « leurs veuves ou de leurs enfants , pourra être « porté à 2O9O00 francs. » Vous voyez que le manque de fortune est une condition de la loi que je viens de vous lire; il est donc clair que les pensions n'auraient dû être accordées en vertu de la loi de 1807, qu'autant qu'il y aurait eu manque de fortune. Ce qui doit surtout attirer voti^ attention , jc'est qu'en établissant des pensions pour les ministres à portefeuille retirés, on a virtuellement détruit l'existence du conseil privé , car les ministres retirés ne peuvent , comme on dit vulgaireinent , manger à deux râteliers.

S'ils ont droit à la pension , qu'ils cessent de ré^ clamef leur traitement de conseillers privés , et dèslors il est indiqué qu'on doit supprimer ce prétendu conseil , et demander que le roi fasse établir la liste des anciens ministres (et non pas d'autres personnes qui n'ont aucun droit), pour que, conformément aux lois , il leur soit accordé une pension ; et qqe ces pensions , accordées à tous ceux qui y ont dés droits, remplacent à jamais cette ridicule sinécure de votre conseil privé.

Celte proposition fut rcjetce.

86 DISCOURS ET opiifioirs.

MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

SiàNCS DU 19 MAUS l822.

La commission proposait une réduction sur le servîce intérieur de ce ministère ; le général Foy monta à la tribune après le rapporteur^ M. de Bonald.

L'orateur auquel je succède a prétendu que la France avait été grande autrefois par sa dignité propre et par tous les genres de supériorité; qu'elle s'était défendue sous Louis XIV psgr Turenne et Bossuet, d'Aguesseau et Racine. A-t-il oublié que malgré tous les souvenirs , toutes les gloires du grand siècle, Louis XIY, déchu de sa première illustration, aurait vu l'ennemi lui dicter des lois dans sa capitale , si Yillars n'avait vaincu à Denain , et si l'adresse de nôtre diplomatie n'eut habilement profité des moyens qui renversèrent le ministère de la reine Anne?

M. de Bonald a dit aussi que l'équilibre européen était une chimère impossible à réaliser. S'il en est ainsi , né soyons plus seulement les 'égaux des nations voisines : soyons plus qu'elles ; car Tindépendance est le premier besoin d'une nation; sans indépendance , il n'y a pour les peuples ni institutions , ni liberté , ni patrie.

Cela bien établi, nous ne pouvons manquer de reconnaître que le ministère chargé de faire respecter nos droits à l'étranger, est, de tous les mi-

CriÂlCBRE DES D]iPIITÉ8.— rSaa. 87

lûstères , celui qui provoque le plus vivement l'investigation des chambres législatives.

Ici l'importance du service ne se mesure pas sur la quotité des sommes demandées pour l'accomplir. L'appréciation des économies ou dès dépenses qu'il permet ou qu'il exige intéresse sans doute la masse de nos concitoyens, en leur qualité de contribuables; mais elle les affecte surtout comme Français , comme Français dignes de porter ce beau nom, comme Français avides de faire reprendre à leur pays la place que lui assignent en Europe 'le nombre de ses habitants ^ leur génie et leur prééminence incontestée dans les arts de la paix et de la guerre.

Comment se fait-il donc qu'un service qui , dans im pays voisin , est toujours le premier objet soumis à la (JUscussion parlementaire, ne nous soit présenté qu'à regret et comme enveloppé de ténèbres ? Par quelle £sitalité s'ppiniâtre-t-on à nous refuser , soit après , soit avant la consommation de ce service , les explications et les documents propres à nous éclairer sur l'utilité des dépenses et sur le profit et la dignité qui en résultent pour le pays ?

Je vais le dire, messieurs : la diplomatie se cache, parce que, le plus souvent , au lieu de travailler au bien-être des gouvernés, elle ne protège que les ruses et les passions de ceux qui exploitent le gouvernement.

Cette dépravation est écrite dans toutes les pages de l'histoire. Plus d'une fois elle fut avouée dans le temps où les principaux états de l'Europe étaient

à peu près homogènes dans leur organisation politique. N'aurait-eile fait que s'accroître depuis que nous mettons un gouvernement constitutionnel en contact avec des gouvernements absolus?

Ici la situation est grave, et les temps passés n'ont rien qui lui ressemble. La France nouvelle est une terre d'égalité : égalité dans l'exercice des droits, égalité dansJes prétentions légales, égalité devant les tribunaux, égalité dans les cultes religieux, égalité dans l'impôt, égalité dans lemode.d'acquérir, de posséder et de transmettre la propriété. La France est régie par une charte qui garantit les droits généraux des citoyens et certains droits spéciaux créés par la révolution. Quels sont les ennemis de la charte? Ceux qui réclament des intérêts qu'elle ne protège pas et des privilèges qu'elle repousse. Ceux-là, messieurs, où prendront-ils le point d'appui? Ce ne sera pas en France, puisqu'ils s'élèvent contre la constitution et contre les vœux de la France. Ce sera donc au dehors , là où régnent et sont armés les intérêts oligarchiques analogues aux leurs, les intérêts de l'aristocratie européenne conduisant et opprimant les sociétés.

Or, les cabinets des empereurs et des rois sont exclusivement envahis par l'aristocratie; ils forn)ent entre eux, d'un bout de l'Europe à l'autre^ une ligue offensive contre les droits des nations. Celle vérité est prouvée; elle est 'incontestable.

Croyez -vous que notre ministère, et celui-ci comme lcvprécé(l<»nl , refus<» d'adhérer à cette ligue ? Il le voudrait qu'il ne le pourrait pas, parce que

CHAMBRE DÉS D^PtlTlÊS.— 1822. 89

tous ses agents diplomatiques appartiennent à une autre France, et qu'ils ont reçu de leurs antécédants un cachet d'incapacité pour parler le langage de la France libre et puissante; Il ne le pourrait pas, parce qu'il est luî-inême le produit du triomphe momentané d'un parti que réprouve la nation et la charte ; parce qu'il est déjà débordé par ce parti ; parce qu'il en serait abandonflé le jour où il chercherait ailleurs un appui plus raisonnable et plus solide.

Ainsi , je ne demande point si notre ministère sera italien ou autrichien, grec ou turc, anglais ou russe ; ce que je prévois , c'est qu'il ne sera pas français; et comme ma prévision est fondée sur une conviction intime, j'estime que l'impulsion nationale doit être portée avec plus d'énergie que jamais sur un département où je ûe vois que honte pour le présent et embarras dans l'avenir.

Le ministère des affaires étrangères vous demande 1 5,000 fr. de plus que l'année dernière ; c'est tout ce qu'on veut que vous en sachiez. Le rapport au roi ne contient pas un mot de plus ; on a même supprimé cette année la colonne d'oI>servations qui faisait partie du tableau du budget, sans doute afin de ne pas encourir l'obligation de la remplir, par une sorte de respect humain, de deux ou trois lignes sur la Cochinchine ou sur tout autre sujet aussi important; mais ce silence trop dédaigneux n'arrêtera pas nos efforts , et si «lous ne parvenons pas à le fiaire roinpre, il s'élèvera contre vous y ministres du roi , plus

90 DISGOUES ET 0PINI0V8.

accusateur que nos accusations mêmes. Votre dé* pense projetée est comprise dans trois chapitres. Dès le premier j'aperçois une allocation que nous jugions inutile et qu'on s'est obtiné à nous imposer. Je veux parler du- sous-secrétaire d'état. Ce soussecrétaire d'état, vous ne l'avez plus. Pourquoi con* tinuez-vous à demander le traitement qui lui était affecté ? pourquoi ne reporteriez-vous pas Tallocation du chapitre à 700,000 fr. comme en 1820?

Votre service extérieur, qui est l'objet du chapitre a , devient plus coûteux tous les ans. Vous nous demandez 110,000 fr. de plus qu'en i8ao; près de 400,000 fr. de plus qu'en 18 19. Où sont les motifs de cette augmentation ? Comment aveivous justifié la dépense précédente?

Avez-vous donné à connaître le luxe ridicule de votre établissement à Paris, les sinécures multipliées, et, par exemple, vos médecins qui n'ont jamais de malades à soigner, vos historiographes qui n'ont pas d'histoire à écrire , vos peintres paysagistes qui n'ont d'autres paysages à peindre que le jardin de l'hôtel Wagram? et, pour parler de dépenses moins innocentes, avez-vous donné à voir les pensions que vous accordez à celui-cd pour qu'il ne fasse pas un livre , à celui-là pour qu'il en fasse un , et peut-être tel livre qui attaquera la charte et les droits qu'elle consacre ?

A qui avez-vous fourni le tableau de nos légations de toutes les classes et des traitements de tout genre attribués à chacune? N'invoquez j^ ici le secret de l'état. Il s'agit de dépenses simples 1

GHA]^BE£ DES OlÉPUTliS.o— iSaa. Qt

coutumières , annuellement re];iouyelée8 , de dépenses qui peuvent et doivent être produites au grand jour sans le moindre inconvénient pour le service public.

J'en dirai autant du fonds de aoo.ooo fr» établi par la loi du 1 5 mai 1818 pour payer un traite- , ment d'inactivité, une espèce de , demi-solde aux agents diplomatiques momentanément sans fonctions. Assiu'ément l'emploi de ce fonds ne devrait pas y s'il était régulier , redouter le contrôle des chambres ; mais on a appliqué ces aoo^ooo fn à des pensions de faveur^ de l'espèce de celles qui pnt été accordées à un certain nombre de pairs de France.

J'ai en main le petit livre rouge des affaires^ étrangères. (J'y trouve dès les premières lignes le nom de tel personnage qui ne peut jamais servir, qui n'a jamais servi dans la diplomatie , ni avant , ni bprès, ni pendant cette révolution de 25 années qui sont le siècle héroïque de la France.

Votre service supplémentaire, qui Eût l'objet du chapitre 3, est porté pour i,5oo,ooo, comme en 182a et 1821; mais chaque année des suppléments sont alloués, à ce service supplémentaire. Ainsi , pour 1820, vous nous avez pris 400,000 francs d'excédant, et il en faut à peu près-autant dans le règlement des comptes de 1 82 1 . C'était , dites-vous, pour payer les frais du congrès d^ Troppau et de Laybach; sommes -nous en 18:12 menacés aussi d'un congrès? Des charges nous seront-elles encore imposées , qui , exigées de notre soumission , et ob-

gl DISCOURS ET OPINIONS.

tenues de notre faiblesse, apprendront que nous n'avons pas cessé <l'être les feudataires de ces puissances que nous avons tant de fois vaincues?

Mais je ne veux pas me jeter dans les hypothèses, quelques probabilités qu'elles puissent présenter. Les événements passés et les raisonnements positifs suffisent à mon argumentation.

C'est au ministre des affaires étrangères que je m'adresse, et je lui demande : Vous grossissez tous les ans le budget, et pourtant qu'avez-vous fait pour la France , vous ou vos prédécesseurs , pendant les cinq années qui viennent de s'écouler? Quels înlé- i rets nationaux avez-vous protégés ? quelles sommes dues par des débiteurs puissants avez-vous fait rentrer dans les coffres de l'état ou des particuliers? Dans quelles contrées, par quelles combinaisons avez-vous essayé de fournir de l'aliment à cette activité si naturelle au Français , et tant exaltée par l'agitation des temps où nous avons vécu ? Quels marchés avez-vous procurés à notre commerce? quels débouchés avez-vous ouverts à notre industrie ?

Je ne parlerai pas de nos différends avec les États- Unis; mon honorable ami, M. Bignon, a traité cette question avec la supériorité de talent qui le distingue. Je ne puis m'empécher cependantde dire que le préopinant a jeté une défaveur bien malheureuse sur nos négociations avec ce pays, en appelant révolte la lutte généreuse qui a délivré cette partie de l'Amérique de la domination anglaise. Ce n'est pas là le moyen de rendre à la France sa

CHAMBRE DES-I>£PUTiS.-— l8a2. Q^

vieille dignité parmi les nations; dans le mouvement actuel de l'Europe, l'Amérique du Ngrd n'est pas pour nous la principale partie du Nouveau-Monde; c'est le continent de TAmérique du Sud, le Mexique, les anciennes colonies espagnoles, qui doivent fixer notre attention. Je jette les yeux sur cette immense région du Sud, émancipée, régénérée, rendue à elle-même; sur cette Amérique qui. appelle les arts et les produits de la vieille Europe; sur cette Amérique qui, par ses habitudes espagnoles, a plus de sympathie avec nos mœurs qu'avec les mœurs anglaises. Qu'avez -vous fait pour attirer à nous l'approvisionnement de ces peuples nou** veaux? Quels consulats avez-vous établis dans leurs ports? comment avez-vous répondu à leurs en« voyés? quelles paroles d'alliance leur avez-vous portées?

Tout au contraire, vous vous êtes moptrés plushostiles envers eux que pe l'était leur métropole offensée. Vous avez insulté leurs che& jusque dans vos journaux officiels; vous les avez appelés factieux et rebelles. Ignorez -vous donc que ces hommes^là sont les arbitres de notre commerce et du sort de nos commerçants dans les pays lointains ? ignorez-vous que ces hommjes4à marcheiit les premiers dans l'ordre moral qui va conquérant le monde politique? ignorez-vous que le nom de Bolivar retentira dans les siècles à l'^al du nom de Washington?

Je ne puis m'empécher de relever le ton absolu

94 BISGÔimS ET oPTïrioirs.

avec lequel le préopinant s'est exprimé relative- 1 ment à Saint-Domingue. Prendrez-vous enfin un parti à cet égard? 11 serait bien temps enfin d'aborder cette question autrement que par des phrases obscures. Reculerez-vous sans cesse devant les exigences de la nécessité et devant les principes de la justice éternelle? Pensez-y bien ! là aussi , d'autres se sont déjà mis à notre place, et bientôt il n'en restera plus pour nous. Votre hésitation compromet des intérêts pressés de jouir.

Quant à moi, je ne croirai ces intérêts fixés qu'au jour où une main noire et une main blanche signeront ensemble un traité d'oubli pour le passé et d'union pour l'avenir. Par ce traité , vous assureriez d'inappréciables avantages à notre commerce, et par suite quelques dédommagements aux victimes des calamités coloniales.

Avez-vous compris dans le budget cette ambassade au Brésil , dont on nous a souvent parlé ? En supporterons-nous encore la dépense , aujourd'hui que le roi du Brésil est revenu dans Lisbotme affranchie ? Au reste , l'ambassade n'a jamais été remplie, et elle n'est pas la seule dont le titulaire n'est pas présent à son poste. C'était ainsi dernièrement avec presque tous nos agents diplomatiques du premier ordre près des principales cours de l'Europe. Au moment même où je vous parle , nous n'en avons pas à Londres. Je vous le demande^ messieurs, est-ce pour faire des articles dans les journaux de Paris que notre ambassadeur en An-

gleterre reçoit 3oo,ooo francs de traitement en outre des frais de premier établissement?

Croyez -vous qu'elle ait paçsé inaperçue, cette lacune de notre haute diplomatie pendant Tannée iSîii, au moment où l'Europe s'ébranlait, prête à courir aux armes. Elle a été yivement sentie sur les lieux qui bientôt seront transformés en champ de bataille. Les Ottomans^ menacés dan? leur çxistence politique , ont cherché en vain à Péra le représentant dé leur plus vieil allié ; ils ne Tont pas trouvé. Les Grecs , repoussés par les Anglais , n'ont pu invoquer pour leurs fils égorgés, pour leurs églises démolies , l'intervention de l'ambassadeur du roi très - chrétien. Ils l'ont cherché , et ne l'ont pas trouvé.

Aussi, voyez cfomme la réputation de la France a déchu dans ces parages. Lisez, pour vous en convaincre , l'humble note remise k la Porte , le 16 août i8ai , par M. de YieUa, secrétaire de notre ambassade à Constantinople. Quelle timidité dans le fond ! quelle timidité dans la forme I Relisez , ensuite la réponse faite par le divan, lé 1 décembre suivant , à V ultimatum de l'empereur Alexandre. Le nom de la France n'y est pas même prononcé ; l'Angleterre , la Russie, l'Autriche y figurent seules ; la France est dans l'Europe comme si elle n'y était pas. Jugez donc pour combien elle sera comptée dans l'issue du grand drame qui changera la face de l'Europe;

Mais comment conserverions-nous une influence.

96 DISCOURS ET OPINIOJYS.

un nom en Turquie, nous qui avons permis à Tâutriche d'envahir et d'occuper, contre le droit des nations, les territoires de nos voisins et de nos alliés naturels, le Piémont et les DeuxySiciles? Jai entendu dire à cette tribune qu'il était impossible que la France prit un parti dans cette grande que* relie, parce que de cette tributie partaient des avis aux soldats, tantôt sur le mérite de la cause , tantôt contre les intérêts qu'ils devaient attaquer. Mais les Anglais ont aussi une tribune, et tous les jours on attaque à cette même tribune les motifs des guerres entreprises, on attaque les intentions du ministère; est-ce que cela empêche les soldats, dans l'occasion , de faire leur devoir? Ainsi, dans la guerre d'Amérique , quoique l'opposition anglaise eût répété chaque jour que c'était une guerre barbare,,impie,.est*-ce que les soldats anglais, en Amérique, ont été pour cela ébranlés sur le champ de bataille ?

. Vous avez un gouvernement représentatif, vous devez 'en subir les conséquences. Je crois que le gouvernement représentatif rend impossibles les grandes conquêtes , c'est là un de ses principaux mérites , et c'est pour cela que nous devons nous y attacher davantage ; mais ce gouvernement force le ministère à se tenir dans une ligne convenable, il fait sentir aux ministres qu'ils sont les agents du pouvoir d'un grand péliple; estce la ligne qui a été suivie par le ministère à l'égard de l'Italie? On nous disait à la session dernière

CH^^I^fiRE bÉS DÉPUTÉS. 1822. 9^

qxit nous étions étrangers aux délibérations des congrès , et depuis ce temps-là iaous àVoiis vu le Siùù de Blacas et nos officiers de marine ia^sociés au baron Frimont et aux autres officiers autrichiékis dans la distribution des faveurs accordées par le i'oi de Naples. On les a récom})ensés ensemble, àotntné s'ils avaient combattu pour la même cause.

Tout -à -l'heure Ton nous disait que , dans ces grands événements, la France n'avait même pas pu prendre leparti des Autrichiens, parce que des avis seraient partis de cette tribune pour détourner nos soldats de maricher en Italie ; comme si , tous les jours , on n'attaquait pas les ministres anglais , sans que pour cela l'armée anglaise se refusât à faire son devoir 1 comme si , dans la guerre d'Amérique , l'opposition parlementaire, en taxant cette guérite d'injustice et de cruauté , avait empêché les troupes britanniques de combattre sous leurs drapeaux !

Vous avez un gouVet'nement représentatif, pour forcer les ministres à user de leur pouvoir dans l'intérêt de là justice. Quand ils s'écartent de cette règle , ils perdent toute leur force et toute considération.

Voyez ce que sont devenus les sentiments de prédilection auxquels la France était accoutumée de la part des Italiens ^ depuis notre communauté de gloire et. de malheurs. Nos ministres ont encouru la haine, et^ ce qui est pis encore, le mépris. Oui, hiessieUrS, le mépris: uti gouvernenient

est méprisable quand il ne sait faire ni le bien ni le mal pour son compte ; et, eu effet, comment avons nous apparu dans ce grand débat politique? comme des ennemis à la suite, comme des auxiliaires bonteux et craintifs des puissances de la sainte -alliance.

Cette déconsidération jetée sur le gouvernement français, en Italie , croyeïs-vous qu'elle n'aura pas des conséquences nuisibles à nos intérêts. Je ne veux qu'un seul fait pour prouver le contraire. Le souverain pontife est accablé d'années et de fati* gués apostoliques. On dit tout haut à Rome et à Vienne que s'il venait àmourir, ce serait un prince autrichien, l'archiduc Rodolphe , archevêque d'Olmutz , qui serait élevé au trône pontifical.

Assurément un pareil événement ne serait pas indifférent pour nous , dans un moment surtout où notre clergé se livre sans contrôle, et même avec encouragement , à l'exagération des doctrines ultraniontaines. Ce serait une grande victoire pour la maison d'Autriche que d'avoir un levier de plus pour remuer la France. Eh bien î on nous a fait si petits en Italie, et les Autrichiens y sont devenus si grands, (jue pous n'empêcherions pas le conclave de mettre un ,archiduc d'Autriche à la tête de l'Église catholique.

Mais des intérêts plus actifs et plus rapprochés doivent fixer notre plus sérieuse attention. L'Espagne dit que notre gouvernement recueille ses émigrés ; que les lazarets, établis aux Pyrénées Occidentales, ne servent qu'à faciliter la communication des factieux espagnols avec leurs complices en

France ; que les bandes de !^[avaITe, qui s'intitulent armée de la foi , reçoivent leur solde des mains des banquiers français.

Les journaux de Madrid , celui-là même qui par sa modération doit être regardé comme le journal officiel du gouvernement , cite des faits , dit les sommes payées , les noms de ceux qui les ont reçues , le nom du banquier qui les a versées. Le rapport officiel du ministre Martinez de la Bosa confirme les assertions des journalistes plutôt qu'il ne les dément. Cependant, de ce côté des Pyrénées, les organes du parti dominateur, dans les feuilles ministérielles, et même à cette tribune, ne parlent que de calamités prêtes à fondre sur l'Espagne ; ils vous montrent à l'avance le roi Ferdinand égorgé par des révolté3.

Ce sont là 9 mesài^urs, des prévisions bien inconsidérées, je dirai même coupables. Ne saventils donc pas, ceux qui s'y livrent avec complaisance, que ri^n.n^ familiarise avec un crime à .commettre comme d'en annoncer sans cesse la probabilité? £h quoi! les factions spéculeraientelles encore sur des événements atroces pour les faire tourner à leur profit ? Aurai t>-on calculé, par analogie avec ce qui s'e^t passé en iSiio, que l'assassinat d'un roi j que ce qui doit faire frémir tout homme d'honneur, serait un prétexte excellent pour nous enlever le peu de liberté qui nous reste, pour donner aux électeurs du privilège un triple, un quadruple vote , pour achever l'exclusion des électeurs de la charte, et pour briser cette tribune

I0O DISCOURS ET OPlIVrONS.

consolatrice des opprimés et vengeresse des droits du peuple ?

Non , les sinistres prédictions des ennemis de la liberté ne s'accompliront pas. La monarchie constitutionnelle s'établira , se consolidera en Espagne par le patriotisme inaltérable de là nation et par le concours des homiïifeâ éclairés, toujours modérés quand ils n'ont pas d'ennemis à .combattre. IjCs gouvernements sentiront qu'ils ne sont forts et durables qu'autant qu'ils expriment la volonté générale, et que leur intérêt comme leur devoir leur commande de faire causé commune avec les peuples.

Nulle part en Europe le pouvoir monarchique, considéré en lui-même et isolément, n'est l'objet d'aucune prévention défavorable; et pour lui attribuer respect, amour, fidélité, les peuples ne demandent que de lui voir rompre tout pacte avec l'aristocratie.'

Il m'est démontré, messieurs, que la France, «puissante par sa masse et pat ses souvenirs, ne .peut être que déconsidérée et amoindrie par la direction donnée à nos relations extérieures. Il m'est démohtré que nous aurions tout à gagner, quant à présent>, à nous passer d'un ministère des affaires étrangères, et à n'entretenir au-dehors que de simples consuls pour la protection des intérêts commerciaux.

Toutefois on ne peut ni défaire ni suspendre un établissement considérable qui a des charges à reniplir et qui retrouvera son utilité entière dans

CHAMBRE DES liiPUTÉS.-^ 1 822. lOI

des temps plus heureux. Je me borne à demander que le budget de ce ministère soit rapproché des fixations de 1 8 19, et partant qu'il soit diminué de 4o6,5oo francs^

Cette proposition fut rejetée.

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