‹ Discours du général FoyChapitre 2 sur 67 · F. IJ · texte numérisé non relu

F. IJ

Il ESSAI

leva sur des bases, déjà chancelantes sous le poids des factions , et au milieu des mouvements impétueux d'une nation, devenue libre , sans avoir acquis les mœurs et les habitudes régulières de la liberté.

Chaque époque, digne de mémoire, enfante l'homme qui lui convient. Cet homme apparaît à tous les regards comme un géant; il frappe les imaginations, et se place sur les hauteurs de la société ; à sa voix, tout marche, tout se précipite dans la liberté ou dans la servitude. Écoutons Mirabeau , s'adressant en 1789, aux états de Provence :

« Dans tous les pays , dans tous les âges , les aris- <c tocrates ont implacablement poursuivi les amis « du peuple ; et si, par je ne sais quelle combinaia son de la fortune , il s'en est élevé quelqu'un dans « leur sein , c'est celui-là surtout qu'ils ont frappé , « avides qu'ils étaient d'inspirer la terreur par le a choix de la victime. Ainsi périt le dernier des « Gracques de la main des patriciens; mais, atteint « du coup mortel, il lança de la poussière vers le « ciel , et, de cette poussière, naquit Marius ; Marins « moins grand pour avoir exterminé les Timbres « que pour avoir abattu dans Rome l'aristocratie « de la noblesse. »

A ces menaçantes paroles, la révolution reconnaît son orateur; elle l'adopte, lui prête ses forces, et lui donne l'empire de la tribune. Mirabeau com- \ prit l'étendue de sa mission , et y fut fidèle. La na-

V ture, aussi, l'avait moulé pour le tribunat; l'au- ^rf(Uîe de son front, le sombre éclair de ses yeux,

SUR l'^loqueitgr politique. ni

la fierté de ses attitudes, ses formes athlétiques , le retentissement quelquefois heurté d'une voix impérieuse, tout annonçait en lui Thomme né pour les combats et les victoires de l'éloquence. Les hasards de la fortune avaient servi à perfectionner l'œuvre de la nature; toujours en lutte avec les pouvoirs de la société, il n'avait trouvé nulle part la place qui lui convenait; le despotisme même lui avait enseigné le prix de la liberté ; ses méditations du donjon de Yincennes respirent la haine de l'arbitraire. Ce fut donc avec une ame profondément blessée qu'il se jeta dans l'arène politique, où allaient se débattre les intérêts d'un peuple, ou plutôt les destinées du monde.

Mirabeau , devenu l'interprète de l'agitation sociale, rallie autour de lui les forces dispersées de l'opinion; et, derrière ce rempart, il brave, il fait reculer les pouvoirs qui soutiennent encore la vieille monarchie. On se rappellera éternellement cette adresse, ou, si l'on veut, cet ordre intimé au monarque pour le renvoi des troupes que l'imprudence de ses conseillers avait réunies autour des volcans de la capitale. Dans les débats qui précédèrent la délibération, l'orateur déchira audacieusement un coin du voile qui cachait encore les catastrophes sanglantes de l'avenir ; sa bouche prophétique lança ces sinistres paroles au milieu d'une cour frappée de vertige :

«Ont-ils prévu, les conseillers de ces mesures, « ont41s prévu les suites qu'elles entraînent pour la «sécurité même du trône? Ont -ils étudié dép*^

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