‹ Discours du général FoyChapitre 3 sur 67 · IV ESSAI · texte numérisé non relu

IV ESSAI

c( l'histoire de tous les peuples comment les révo- «lutioDS ont commencé, comment elles se sont « opérées? Ont-ils observé, par quel enchaînement ce funeste de circonstances, les esprits les plus sages a sont jetés hors de toutes les limites de la mode- « ration , et par quelle impulsion terrible un peuce pie enivré se précipite vers des excès dont la (( première idée l'eût fait frémir ? »

Quel autre que Mirabeau aurait pu envelopper de formes respectueuses envers le trône, de ces formes qui n'avaient pas encore cessé d'appartenir aux habitudes sociales , les énergiques volontés de la révolution ; c'était la foudre sous un nuage transparent. Après un effrayant tableau des dangers qui menacent l'état, l'orateur s'adresse ainsi au roi :

tt Ne croyez pas ceux qui vous parlent légère- «ment de la nation, et qui ne savent que vous la «représenter, selon leurs vues, tantôt insolente, « rebelle , séditieuse ; tantôt soumise , docile au «joug, prompte à courber la tête pour le rece- «voir. Ces deux tableaux sont également infi- « dèles,

« Toujours prêts à vous obéir , sire , parce que « vous commandez au nom des lois , notre fidélité « est sans bornes comme sans atteinte.

a Prêts à résister à tous les commandements ar- «bitraires de ceux qui abusent de votre nom, ce parce qu'ils sont ennemis des lois , notre fidélité «même nous ordonne cette résistance, et nous « nous honorerons toujours de mériter les repro- 'J:-:,» ches que notre fermeté nous attire.

SDR l'éloquence POLITIQUE. V

«Sire, nous vous en conjurons, au nom de la « patrie , au nom de votre bonheur et de votre « gloire , renvoyez vos soldats aux postes d'où vos «conseillers les ont tirés; renvoyez cette artillerie « destinée à couvrir vos frontières , renvoyez surce tout ces troupes étrangères, ces alliés de la nacc tion que nous payons pour défendre , et non poUr « troubler nos foyers 1 »

L'ordre de la révolution fut exécuté ; les troupes s'éloignèrent, et l'assemblée reprit ses travaux.

De grands talents honorèrent cette assemblée; l'histoire conservera ces savantes discussions où furent approfondis les plus hauts sujets de gouvernement, d'administration et d'économie politique. Là brillèrent, chacun dans sa sphère d'activité et d'opinion, cet abbéMaury, dont la parole académique , s'échauffant au foyer de l'opposition , éclatait quelquefois avec éloquence ; Barnave, habile à saisir les questions , et à les ramener aux grands principes de l'éternelle raison; Cazalès, sorti des rangs de l'ancienne armée, et qui dut à la tribune la première révélation de son talent ; Lally-Tolendal , révolté contre l'injustice des hommes, et passant, par une transition facile, de la haine de l'oppression à l'amour des libertés publiques; Adrien Duport, le plus profond publîciste de l'époque ; les deux Lameth , modèles de désintéressement , de courage, et de vertus patriotiques; et tant d'autres dont la mémoire, aujourd'hui calomniée , grandira dans l'avenir. Mais , audessus de tous, dominait le génie de Mirabë^^

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c'est lui qui brisait les obstacles et enlevait les délibérations; ses forces croissaient par la résistance; et c'est dans les moments difficiles que s'échappaient de son ame ces vives inspirations qui devenaient des lois.

Mirabeau avait des connaissances étendues , fruit d'une observation profonde et des longues veilles de sa captivité. Il profitait aussi des lumières de tout ce qui l'entourait; les idées reçues germaient dans son entendement, y prenaient la forme et la vie, et en sortaient avec une force irrésistible. Il aimait, comme tous les grands orateurs, à procéder par l'interrogation ; jamais un souvenir historique, ou une frappante image, ne lui manqua au besoin. C'est ainsi que, pressé de faire adopter un plan de finances utile àla révolution,!! s'écrie :

« Gardez -vous de demander du temps ; le mala heur n'en accorde jamais. . . Et , messieurs , à proa pos d'une ridicule motion du Palais-Royal , d'une a risible insurrection , qui n'eut jamais d'imporc tance que dans les imaginations faibles , ou les « desseins pervers de quelques hommes de maucc vaise foi , vous avez entendu naguère ces mots « forcenés : CatiUna est aux portes de Rome , et fi Ton délibère!... Et certes il n'y avait autour de (c nous ni Catilina , ni périls , ni Rome. . . Mais au- «jourd'hui la banqueroute, la hideuse banquece route est là; elle menace de consumer , vous , vos a propriétés, votre honneur ,... et vous délibérez ! »

Combien d'autres traits je pourrais citer de cette heureuse présence d'esprit , de cette imagination

SUR l'Éloquence politique. vu

éclatante, qualités si essentielles à un orateur populaire ! Souvent calomnié , souvent attaqué , ses défenses furent presque toujours victorieuses, parce qu'il tenait le sceptre de l'opinion , et qu'il marchait en avant d'un peuple qui hasardait le premier pas dans une carrière inconnue. Tel fut l'avantage de la position de Mirabeau; tel fut le motif de sa confiance en lui-même, de cette confiance qui donne tant de force au talent. Il mourut à propos, car le peuple commençait à le dépasser : l'époque, changeant de caractère, demandait d'autres organes. Ce n'était plus du génie qu'il lui fallait : la révolution allait créer sa propre éloquence. Mirabeau mourut assiégé de sombres pressentiments. Prêts de se fermer à la lumière, ses yeux s'ouvrirent un moment sur l'abîme où l'ordre social allait tomber ; il mourut, et la tribune législative demeura froide et inanimée jusqu'au moment où la révolution y monta elle - même pour se défendre et pour incendier les trônes des rois qui osaient la regarder en face , et la menacer.

La tribune de l'assemblée législative a laissé, jusque près de son terme, peu de souvenirs. Tout était alors dans une fausse position ; l'un des pouvoirs élémentaires des sociétés , queh que soient leurs modes de gouvernement, l'aristocratie, avait été bannie de la constitution ; il ne restait plus en présence que la royauté, dépouillée d'influence et de prestige, et une démocratie inexpérimentée , qui voulait essayer la domination. Une catastrophe était inévitable; le mouvement des ar«

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