SUR LES DOUANES
SÉANCE DU a 7 JUIN i8ia.
Le miDistère proposait, dans le projet de loi sur les douanes y quelques modifications au tarif de sucres.
C'est l'avantage de la discussion générale de jeter de vives lumières sur toutes les questions; mais ces vives lumières, il faut les reproduire et les rassembler dans la discussion des articles ^ parce que là est l'examen réel et décisif de tout ce que le projet présente d'avantages et d'inconvé^ nients.
Les colons français font du sucre et ne font que du sucre. Leur premier et pour aiifsi dire leur seul besoin est donc de bien vendre un produit sur lequel repose toute leur existence.
Ce besoin est loin d'être satisfait. Il résulte des plaintes qui vous sont adressées et des renseignements qui vous sont fournis, que 5o kilogrammes de sucre des Antilles se vendent, sidvantle directeur général des douanes, loouiafir., le quintal; suivant votre commission, 20 ou 2ka £r. au-dessous du prix nécessaire pour donner de l'aisance aux producteurs; qu'il y a encombrement de produits dans les colonies; que les propriétés
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' foncières y «ont sans yaleur ; qu'on n y paie pas ses dettes ; que , partant , il n'y a pas dé crédit , et que sur les habitations , les planteurs ne tarderont pas à suspendre les travaux , et à dire à leurs esclaves : Faites des vivres pour vous nourrir !
Le malaise est réel; il est iràmense ; mais ce n'est pas tout. Telle est sa cause et telle est sa nature , que nous sommes condamnés, si les choses suivent leur cours naturel, à le voir s'accroître indéfiniment.
En effet, ce n^est pas le défaut d'activité ou d'industrie qui a amené la détresse des colons ; ce ne sont pas non plus les exigeances ou l'oppression de la métropole ; le mal a son origine hors du texte de notre législation , et par-delà les limites de notre puissance.
On ne cultivait la canne à sucre , il y a quarante ans, que sur quelques points privilégiés. On la cultive aujourd'hui dans d'immenses continents ; on la cultivera bientôt dans toute la portion du globe comprise entre les tropiques. Telle contrée de l'Amérique ou de l'Asie, la Cochinchine, par exemple , en produirait sans efforts de quoi suffire à la consommation de l'Europe entière.
Connaissez-vous un moyen d'épargner à ce qui nous reste de colonies, les inconvénients et les dangers d'une concurrence si illimitée ?... Non , messieurs. Un sol rétréci , un sol vieilli par de longues et hâtives cultures ne peut le disputer en fécondité k d'immenses espaces de terres vierges et avides de produire. .
l4o ^ DISCOURS ET OPIlTlOnS.
Les Antilles ne versent sur nos marchés que du sucre; et on sait avec quel désavantage procèdent dans le commerce ceUx qui ont une seule denrée à lui offrir; les pays rivaux , au contraire, fournissent en abondance et conjointement avec le sucre d'autres denrées précieuses, qui, «n multipliant les chances commerciales, provoquent les arrivages et les échanges.
Les Antilles sont ravagées, tous les trois ou quatre ans , par des sécheresses , des épidémies , et surtout par des ouragans , tous fléaux qui sont inconnus , ou du moins qui ne reviennent pas périodiquement sur les continents de l'Amérique et de l'Inde.
Enfin, lorsque le planteur de l'Orient fait cultiver et fabriquer son sucre par une population indigène, soumise, innombrable et frugale, celui qui veut établir une exploitation dans nos colonies de l'Occident est d'abord obligé d'acheter les cultivateurs. I
Ces cultivateurs , les marchands négriers les lui fournissent pour la plupart , et les lui vendent 60 pour cent de moins qu'il ne paierait des noirs élevés sur ses habitations; de sorte que le jour arrivant où l'exécrable trafic de la traite sera loyalement et sérieusement aboli , nos colonies subiront une infériorité de plus dans leur concurrence avec ceux des pays à sucre, où la culture n'est pas entre les mains de nègres esclaves.
Voilà un aperçu qui, ajouté à mille autres, servira encore à confirmer l'irrésistible tendance au
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renchérissement croissant de nos sucres, et, par conséquent, à l'anéantissement prochain de nos sucreries.
L'état présent étant bien constaté, et l'avenir judicieusement prévu^ y a-t-il à notre charge, pour nous , députés de la France , "obligation ou convenance d'imposer des sacrifices au peuple français pour porter remède aux maux très-grands qu'endurent les colonies, arux maux plus grands encore qu'elles sont destinées à endurer?
Je crois, messieurs, qu'il y a convenance dans une limite déterminée; mais qu'il n'y a pas obligation.
Il n'y a pas obligation , car, ainsi que je l'ai déjà dit, le mal ne vient pas de la métropole.
11 n'y a pas obligation , car jamais contrat n'a existé entre la mère-patrie et ses colonies. Jamais le vieux Français n'a dit au colon : ^à cultwer sovs wi ciel brûlant les productions que la nature a refusées à nos climats! Jamais pareil ordre ne fiit donné. C'est l'esprit d'entreprise et l'amour du gain qui , de leur plein gré , ont entraîné et retenu dans ces contrées lointaines les pères de ceux dont vous entendez les plaintes aujourd'hui. Les colons s'enrichirent dans un temps, ils devinrent pauvres dans un autre. Ainsi va le monde.
Je vois, à travers cette succession d'événements, des règlements de commerce et de politique dressés , autant que possible, pour le plus grand profit des Français des deux hémisphères , mais j'y cherche en vain les promesses, les engagements j les
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traités desquels dériveraient pour les uns des droits spéciaux , pour les autres des devoirs positifs.
Il n'y a pas obligation , parce qu'il n'y aura jamais pour les colonies possibilité de payer à la France le prix de ses sacrifices. Le temps est passé où nous possédions Saint-Domingue , Sainte-Lucie, Tabago , l'Ile-de-France ; où nous jetions , parmi une population de près d'un million d'ames, pour quatre-vingts millions des produits de notre sol et de notre industrie; où, après nos besoins satisfaits , nous revendions à d'autres pays pour plus de cent millions de coton ^ de café, sucre, indigo; où la France coloniale prociu*ait à la France d'Europe un mouvement commercial de deux cent quarantecinq millions , et créait en définitif une richesse réelle de deux cent quarante millions....
Quelle apparition font aujourd'hui, dans le mouvement accéléré de tous les peuples de l'univers , deux petites îles des Antilles et un roc isolé sur le chemin de l'Inde? Quels débouchés offriront à nos produits vingt ou trente mille blancs ou mulâtres , et deux cent mille esclaves auxquels le continent d'Amérique fournit et doit naturellement fournir la plus grande partie de leur approvisionnement ?
Qu'importe à nos commettants les soixantedouze millions d'affaires qu'on Ëiit actuellement aux colonies , si notre commerce y perd , ou s'il y fait de moindres gains que ceux que lui assurerait une meilleure direction donnée à ses entreprises ? Députés de la France , nous ne pouvons dire et faire que ce que diraient et feraient nos commettants ,
GHAMBAB DBS D^PUT^ftk 181II. l43
yil était possible de les rassembler dans cette enceinte.
Enfin il n'y a pas obligation , et il n'y en aurait pas^ qqand même nos colonies feraient partie du territoire continental de la France , et formeraient un département homogène avec les autres départements. Voyons en effet ce qui se passe tous les jours près de nous !
En ce moment, par exemple, vous allez hausser excessivement et brusquement le droit sur l'introduction des bestiaux étrangers. Aussitôt , par représailles , l'Allemagne repousse les vins de l'Alsace et des pays^ adjacents.
Ce n'est pas tout. Vous avez, il y a un an, préparé une notable dépréciation de ces mêmes vins , en décrétant l'achèvement du canal de Monsieur, qui portera , aux rives du Rhin , et à peu de frais , les vins chauds du Rhône et du Midi.
Voilà assurément un double dommage très-réel enduré par les propriétaires de vignes de l'Alsace, et un double dommage qui , étant uniquement du fait de l'autorité souveraine , sollicite votre trèssérieuse et très-bienveillante attention.
Eh bien 1 messieurs , pour réparer le tort que sans le vouloir vous avez causé à une province, croiriez-vous avoir le droit de forcer le reste de la France à acheter à tous prix les produits de cette province ?....
Et si vous ne l'avez pas ce droit ; si vous n'êtes pas autorisés à accorder des indemnités de cette nature à une population de près d'un million d'ames,
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à une pppplation agricole, laborieuse ;• industrieuse, placée en première ligne pour la défense du royaume , coipment vous regarderiez- vous comme obligés envers vingt-cinq mille Français qui habitent à deux mille lieues de vou$ , qiii courent d'autres destinées que les vôtres , qui sont malheureux sans doute, mais aux malheurs desquels Vous n'avez pas contribué ?
Mais s'il n'y a pas obligation de porter reniède aux maux des colonies , il y a convenance et convenance d'un ordre supérieur. Là morale publique est intéressée dads cette, qpes^tion. .-.',..
Les colons ont la même origine îque nous. En les reprenant, il y a peu d'années, de la. domiïiation étrangère , nous leur avons £iit espérer bienveillance et protection.
Épargnons-leur le reproche d'avoir, d'abord maudit , et ensuite oublié une métropole active à troubler leur paix intérieure et inhabile à les défendre contre les ennemis du dehors. Ne; nous étonnons pas de ce que, pendant roccupatîèn.ai^glàise, ils ont contracté pour les produits anglais une prédilection qui prolonge et. rend priesquc; nécessaire l'habitude de plus d'une espèce de contrebande.
Gardons-nous de les menacer du régime exclusif et de les accabler de BOtre omnipotence de métropole! Nous sommes trente millioBsiqut réglons, avec vingt-cinq mille compatriotes, un. compte de familk^ Cette énornie disproportion numérique Dous commande d'êtne^autant^^néreux quepeut le permettre la confiance de nois commettants. -
CHAMBRE DES DÉPUTÉS.*— 1822. l^S
Mais notre générosité , comment se manifesterat-elle? quel remède appliquerons-nous aux maux que nous voulons soulager? Ici deux moyens se présentent :
Le premier consiste à affranchir, en tout ou en partie , les sucres coloniaux de la taxe dont ils sont chargés à l'entrée en France. Ce moyen vient naturellement à la pensée , et me paraît préférable à tout autre.
En droit, pourquoi, depuis que la révolution nous a débarrassés des douanes intérieures, pourquoi continuer à lever une taxe de douane sur la denrée française allant trouver le consommateur français ?
£nfait, l'abolition ou la réduction du droit d'entrée de 24 fr. 75 cent, sur les sucres bruts, tournerait au profit de3 consommateurs et des producteurs. Il y aurait justice envers ces derniers à alléger une charge qui, ayant été calculée dans l'origine sur un prix de 85 à 90 fr. les 5o kilogrammes de sucre, est devenue excessivement pesante depuis que la denrée est tombée à 65 ou 60 fr.
Que pourrait-on objecter contre la réduction de l'impôt?... Une diminution de recette pour le trésor?... Mais notre consommation de sucre, bien qu'elle ait décuplé depuis dix ans , est loin d'être arrivée à son maximum. Les Anglais en consomment cinq ou six fois plus que nous. On ne fait pas attention en France au, haut prix du sucre parce que ce prix a été beaucoup plus haut. Cependant ce serait un grand bonheur pour le peupW que de F. II. 10
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FavoTT , et la chose est très-possible , à huit ou dix sols la livre. Cette année , par e^xemple , des chaleurs précoces et continues ont,produit une grande quantité de fruits. Si le sucre était à très-bas prix, il en serait fait beaucoup plus grande consommalion. pour les confire et les conserver.
Dans les années froides , le bas prix du sucre en amèneraiit également une consommation plus forte^ parce qu'on l'emploierait à corriger l'âpre té de certains vins qui ont besoin d'être améliorés. Oui , messieurs, on l'emploierait à améliorer nos vins.... et je m'étonne de l'interruption. Lisez l'ouvrage de M. Chaptal, vous verrez que ce moyen serait très -profitable. L'étude de notre économie agricole, industrielle et commerciale ne doit pas rester étrangère aux membres de la chambre des députés*
Mais pourquoi chercherai -je à réfuter des arguments fondés uniquement sur l'intérêt du fisc? Ne sont-ce pas les organes du gouvernement et de la majorité qui ont proclamé à cette tribune « qu'un « pays où les droits des douanes ne seraient qu'un <c objet de fiscalité, marcherait à grands pas vers sa «décadence?»
Le second moyen consiste à augmenter le droit d'entrée sur les sucres étrangers, jusqu'à le rendre équivalent à une prohibition. C'est ce moyen que l'administration a adopté, et elle y persiste.
Elle a commencé par taxer toute espèce de sucre, parce que le sucre se prête admirablement à la perception de l'impôt, "Voulant ensuite relever la valeur du principal pr^oduit de nos îles, elle a im-
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posé aux sucres étrangers une surtaxe qui é.tait de 6 francs en 1816, et que les plaintes des colons ont fait porter à 11 francs en 1820.
De nouvelles plaintes ont provoqué le projet de loi que nous discutons. Le gouvernement a proposé une nouvelle surtaxe de 1 5 fr. , qu'il s'est hâté de faire monter à 2 5 fr., dans son empresse^ ment obséquieux à condescendre aux vues de la commission.
Par cette disposition , le sucre de l'Inde se trouvera frappé d'un droit de 49 fï*- 5o cent, pour 5o kilogrammes qui, vendus dans nos ports, reviennent tout au plus à 36 fr. 3o c, et nos colons, dér livrés de la concurrence de l'étranger, pourront tirer de leur sucre 85 fr. environ , droits payés , au lieu de 62 fr. 58 c. qu'ils en tirent maintenant.
C'est là le but du projet de loi. Ce but sera-t-il atteint complètement?.... On peut en douter.
En effet, les colonies ont dès à présent le monopole presqu exclusif de notre approvisionnement, puisque les sucres étrangers ne sont entrés dans la consommation de 1821 que pour un dix-neuvième environ. Et cependant le prix du sucre a baissé. Il a baissé par la seule concurrence de nos sucreries entre elles, soit d'une colonie à l'autre, soit dans la même colonie.
On a vti des planteurs , après les derniers ouragans, mettre des cannes à sucre là ou il y avait du café et où le café aurait pu revenir. On les a vus en mettre et dans les bonnes terres et dans les médiocres et dans les mauvaises. On les a vus aban-
l48 DISCOURS ET OPiiriONS.
donner systématiquement les cultures lentes pour celles qui donnent des récoltes pluspromptement lucratives.
L'ardeur de produire s'est emparée de toutes les têtes en France comme aux colonies. Excitée par l'accroissement de la consommation , elle ne s'est pas reposée un seul instant. Qui vqus dit que la loi nouveUe ne lui sera pas un nouveau stimu-
Is^nt? Qui vous dit que, dans peu d'années, on
ne viendra pas vous demander une loi positive qui oblige les Français à payer le sucre un prix donné , le prix de la convenance des colons , ainsi que l'a remarqué avec tant de justesse, dans la séance d'hier, notre honorable collègue M. Laine?
Mais raisonnons dans la supposition que la loi atteindra le but qu'elle se propose. Établissons que ie prix des sucres coloniaux s'élèvera , ou à peu près, jusqu'à la limite où la surtaxe les affranchit de la concurrence étrangère.
Dans cette hypothèse nous ferons payer 85 fr. aux consommateurs 5o kilogrammes de sucre, que le commerce libre leur procurerait pour 36 fr. ; et comme la consommation annuelle de la France est de 5o millions de kilogrammes, nous chargerons le pays d'une taxe d'environ 5o millions.
M. de Saint-Cricq se lève de sa place et fait une observation à rorateur.
C'est ce que j'allais dire. Je sais bien que les 5o millions ne sont pas tous pour les colons. Je sais que le fisc en aura sa bonne part, je sais que M. le
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directeur général n'oublie pas les intérêts du fisc. Les 5o millions seront répartis à peu près par moitié entre le fisc et les colons.
Vous l'entendez, messieurs, une taxe de 5o millions, dont a 5 distribués en primes aux colonies. Assurément, nos commettants ne nous désavoueront pas , lorsque nous leur demanderons quelques sacrifices temporaires; mais leur arracher, à l'occasion du sucre, 5o millions, et faire aux colonies un cadeau de 25 millions, à peu près le montant du principal de la contribution personnelle et mobilière de toute la France , en vérité , c'est tomber dans l'absurde.
Redira-t-on encore ces grands mots de terre française , d'industrie française , de produits firançais , lorsqu'il s'agit d'une culture , d'une industrie, de produits qui sont au Dout du monde ?
Dira-t-on qu'on ne veut , après tout , qu'étendre à la culture et à la fabrication du sucre le système prohibitif que nous appliquons depuis long-temps à d'autres cultures et à d'autres fabrications?
Mais, de l'aveu de tous les bons esprits, ce sys^ tème n'est admissible qu'autant qu'il procure des avantages matériels à la masse d'une nation ; il ne peut être justifié que par des nécessités bien constatées. Cherchons donc si ces avantages et ces nécessités existent dans le cas particulier qui nous occupe.
Et d'abord , prétendrait-on que la politique du pays , sa défense , son indépendance sont intéressées dans la question ? Voudrait-on y rattacher la
l5o DISCOURS ^T ÔPIJflOirS.
gloire de notre pavillon? Répéterait -on encore qu'il ne peut y avoir de marine militaire sans colonies , ni de marine marchande sans marùie militaire?
C'est là^ messieurs, une vieille phrase et une
vieille erreur J'en appelle sur ce point à ceux
qui ont couru la mer, aux marins qui sont dans cette enceinte. Où sont donc les services éminents que les colonies peuvent rendre à votre marine?...
Est-ce en temps de guerre ? Mais on vous les enlève au premier coup de canon ; et si vous les gardiez ^ ce serait un. inconvénient que d'être obligé de circonscrire vos opérations navales autour de ces prétendus points d'appui....
Est-ce en temps de paix, comme but de voyage? Mais ces continuelles promenades vers le golfe du Mexique sont inutiles pour l'instruction, et mauvaises pour la santé des équipages ; tandis que nous avons tant à gagner à essayer sur des mers moins connues et vers des parages moins explorés , une navigation qui agrandirait à la fois la science:navale, le commerce et la politique....
Est-ce comme points de relâche, comme asiles dans les tempêtes, comme places de ravitailleipçnt et de radoubs ?. Mais il n'existe dans toutes >k)s colonies, de l'occident et de l'orient qu'^.o seul point militaire d'une importance médipcre. Elles ne vous offrent au surplus ni arsenal, ni appro7, visionnement , ni ressources. I-«a main - d'œuvre y est hors de prix. Tout y manque. On n'y trouve que ce qu'on y porte et l'on n'y porte rien.
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Ayez une marine marchande nombreuse., et vous n'aurez pas besoin de colonies pour instituer une marine militaire formidable. Ayez une marine militaire formidable , et les avantages que procurent les colonies aux escadres ne vous manqueront dans aucune région du globe.
On fait valoir en second lieu , en faveur du système prohibitif, la protection qu'il est indispensable d'accorder à la culture indigène des denrées de première nécessité, comme le blé, par exemple , que les Russes d'Odessa nous vendront peutêtre demain et après, cent pour cent meilleur marché que nos laboureurs , mais qu'il faut produire sur le sol national, si nous ne voulons pas, dans une circonstance donnée, livrer les lois et la patrie à la merci de l'ennemi, si nous voulons rester nation.
Mais de bonne foi, tout agréable, tout salubre , tout utile qu'est le sucre , peut-on assimiler cette denrée au blé qui est, non pas le principal, mais le seul aliment de la plus grande partie àe la population; au blé, dont la consommation annuelle est presqu'invariable ; au blé dont la moindre hausse met les nations en émoi ?...
Et d'ailleurs, cette denrée agréable , utile, salutaire, est-ce le sol français couvert par votre population , défendu par vos armées et par vos forteresses, qui la produit? Non, messieurs, elle
croît à deux ou trois mille lieues de vous ; et au moindre nuage, au moindre brouillard qui s'élève sur rhorison politique,rarrivage en est interrompu,
tSa t>ISCOUIlS ET OPlNfÔlVS«
et Yos colonies sont pour vous comme si elles n'existaient pas.
On admet encore les prohibitions , lorsqu'elles oi^t pour objet d'éviter la concurrence du dehors pendant un temps limité, après lequel l'accumulation des capitaux et le perfectionnement de l'industrie permettront aux nationaux de produire avec, aussi peu de frais que les étrangers. C'est alors un mal temporaire auquel on se résigne dans l'espoir d'un avenir meilleur.
Mais cet avenir ne se réalisera jamais dans la production du sucre. La détresse qui pesé sur nos Antilles pèse également sur les Antilles anglaises. J'ai déjà dit le surcroît de malaised ont elles seront frappées le jour de la franche et complète abolition de la traite des nègres ; j'ai dit aussi l'inconstes table supériorité de la culture de l'Inde sur leur culture
Et quand bien même l'Inde n'existerait pas, nos îles ne soutiendraient pas davantage la concurrence des grands états continentaux de l'Amérique méridionale, dont l'indépendance et la liberté ne tarderont pas à développer l'énergie productive.
Enfin, et c'est le dernier argqment en faveur du système prohibitif, il fout le maintenir lorsqu'il entretient tant de bras, qu'on ne pourrait l'attaquer sans compromettre les moyens d'existence d'une partie considérable de la population.
C'est ainsi qu'alors même que nos fabriques d^ tissus, de laine et de coton, ne tnarcheraient pas
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avec persévérance et succès dans la voie des perfecdonuements et de la supériorité, il faudrait encore leur assurer la consommation exclusive du pays, sous peine de faire mourir de faim plus d'un million de Fraiiçais , de tout âge et de tout sexe , employés à ces fabrications et au commerce qui €n dépend.
Mais les producteurs de sucre, combien sontils?.... Vingt ou trente mille qui employaient deux cent mille esclaves.... Et il ne faut pas que ces vingt ou trente mille Français associent à leurs prétentions la cause de notre navigation et de nos raffineries ; car les armateurs et les raffineurs ont habituellement des intérêts opposés aux intérêts des colons; et quelque part que nous prissions notre provision de sucre , nous serions bien mal avisés si nous ne commencions pas par garantir les profits de notre navigation et de nos raffineries, en nous faisant apporter la denrée brute sur nos propres vaisseaux.
Je crois avoii^démontré qiie, dans Thypothèse admise par les auteurs du projet de loi, la surtaxe excessive des sucres étrangers équivaut à la prohibition absolu« ; et que cette prohibition sera une calamité pour le pays;.... et quel dédommagement avons-nous à lui offrir?.... Parlerai-je ici des 29 millions de produits que noua avons eh-^ voyés ces dernières années dans nos colonies?.... Mais cette chétive exportation, k quoi sert-elle ^ si non à r,étrécir notre marché et à nous arrêter' dans la carrière des hautes entreprises?
l56 DISCOURS ET OPINIONS.
rer des États-Unis une partie de leurs approvisionnements. L'émancipation de l'Amérique du sud pofte le dernier coup iau système dumonopole réciproque.
Les Antilies jke sont plus ni les jardins ni les fiefs de l'Europe. C'est une illusion de notre jeunesse à laquelle il faut renoncer. La nature les a placées sur. les rivages de l'Amérique. Avec TAmérique est leur avenir. C'est comme entrepôts de commerce , comtne grands marchés posés entre les deux hémisphères, qu'elles figureront désormais sur la scène du inonde. Ijày eii regard de tant déjeunes pavilldns , elles^ seront plus que jamais les postes avancés de l'agricttltureV-du cotîamerce, de la politique de la vieille ËUPOpê.
.. C'est à elles, avec notre assistance, à varier leur industrie, à changer l'emploi de leurs capitaux, à s'ouvrir d'autres débouchés. Acéordons-leur la 'liberté du commerce,' sauf quelques faveurs réciproques, propres à perpétuer les Uèns de la commune Origine. Protégeons-les de- notre renom , de notre puissance , même de notre trésor ; mais laissons-leur prendre les formes politiques qui conviennent aux localités. Laîstons-les se constituer et s'administrer elles-mêmes , et surtout gardons-nous de les tromper ! <- - •
Oui, messieurs, gardons -noiiis dé tromper nos colonies ! En vain vous' prôcktneriez définitif ce qui, de sa nature, est provisoire et caduc. La loi de douanes que vous ^iscute^ n'a pas le caractère de la durée. Ce que vous allez, décider n'aura pas
CHikMBRE DES DEPUTiS. 1822. iSj
l'effet qu'on en attend, ou bien une autre législature le défera.
Malheur aux colonies , si des souvenirs trompeurs lès entraînaien t vers un avenir chimérique !...«. Malheur à elles , si une vente avantageuse , qui ne
. serait pas le résultat de l'économie dans les frais de production , propageait encore la culture et multipliait les ateliers de fabrication d'une denrée qui déjà surabonde dans tous les marchés de l'univers !
La richesse et la puissance ne sont plus là. Ce ne sont pas vos règlements mesquins de prohibition ou le redressement de quelques torts administratifs qui les feront revenir. Il n'est pas donné aux
. hommes de rendre la vie à ce qui n'est plus. Les temps sont accomplis ; l'ancien régime colonial est fini.
Je rejette tout accroissement de surtaxe des sucres étrangers, et j'appuie l'amendement deM.Duvergier de Hauranne, comme le plus conforme au but que nous devons nous proposer , de soulager les colonies sans violer les intérêts et les droits de la mère-patrie. Cet allégement sera pour nos Antilles l'équivalent du dégrèvement opéré l'an dernier sur notre contribution foncière. Mais, quel que soit le tarif que la chambre adoptera , je rentre dans l'amendement de M. Galmiche , et je demande que ce tarif ne soit voté que pour deux ou trois ans.
Je sais que toute loi de douanes est provisoire ; mais il importe d'attacher spécialement cette épi-
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thète à la loi actuelle, parce que d'ici à deux ou trois ans nous aurons le temps d'organiser ou de laisser s'organiser nos colonies, parce que d'ici là nos rapports de toute espèce avec le Nouveau- Monde seront définitivement fixés.
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