‹ Discours du général FoyChapitre 4 sur 67 · VIII ESSAI · texte numérisé non relu

VIII ESSAI

mées étrangères vers la France, les clameurs menaçantes de rémigration, le soulèvement de la Vendée précipitèrent la crise. C'est alors qu'une nouvelle éloquence, une éloquence toute révolutionnaire agite la tribune, et appelle le peuple à la destruction. Le peuple obéit; une monarchie de quatorze siècles est, en un jour, couchée dans la poussière; Louis XVI, roi honnête homme, Louis XVI, digne d'une autre époque et d'un sort meilleur , est livré à l'implacable révolution , qui ne se croira hors d'atteinte, qu'en donnant au monde le terrible spectacle de la majesté royale traînée à l'échafaud.

L'orateur de l'époque fut Vergnîaud , de la Gironde. Sa parole maîtrisait les imaginations ; les grandes formes de l'éloquence, le majestueux développement des périodes, l'abondance et l'éclat des images, l'accumulation des preuves, Fart d'émouvoir, le placèrent au premier rang. Il présida à la tempête qui engloutit le trône; il voulut alors, avec son parti , s'arrêter ; mais la force de projection , qui avait lancé le peuple dans l'anarchie, ne pouvait être suspendue par des lois. La révolution , toujours inquiète, avait besoin, pour croire à sa propre existence, d'un despotisme sans limites; (îlle saisit un sceptre sanglant, et tout courba la tète devant elle.

Telle fut l'origine de ces luttes terribles entre les représentants de la révolution et les hommes qui voulaient fonder la république, et établir les formes légales propres à ce genre de gouvernement. Vergniaud fut encore le premier parmi ces

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républicains; mais «ne lutte vive et prolongée répugnait à l'indolence naturelle de son caractère; il semble en méditant ses discours, qu'il pressentait sa destinée ; il y a souvent de la douleur, quelquefois des gémissements dans son éloquence; on voit que de sombres présages obsèdent et attristent son imagination. Lorsqu'au nom de la France, au nom de ses amis, il veut repousser la solidarité des attentats révolutionnaires ; lorsqu'il s'efforce d'arrêter le mouvement anarchique du peuple,' c'est ainsi qu'il parle aux habitants de Paris :

«Qui pourrait habiter une cité où régneraient la rt désolation et la mort ? et vous , citoyens indus- «trieux, dont le travail fait toute la richesse, et «pour qui les moyens de travail seraient détruits ; «vous qui avez fait de si grands sacrifices à la ré- «volution, et à qui l'on enlèverait les derniers « moyens d'existence; vous, dont les vertus, le pa- <t triotisme ardent et la bonne foi , ont rendu la « séduction si facile , que devîendriez-vous ? quelles <c seraient vos ressources ? quelle^mains essuieraient «vos larmes, et porteraient des secours à vos fa- « milles désespérées ?

«Iriez -vous trouver ces faux amis, ces perfides « flatteurs qui vous au raient précipités dans l'abîme? «Ah! fuyez-les plutôt! redoutez leur réponse! je « vais vous l'apprendre. Vous leur demanderiez du «pain; ils vous diraient; Allez dans les carrières' ii disputer a la terre quelques lambeaux sanglants K des victimes que nous as^ons égorgées! ou : Foulez^ ^wus du sang? prenez^enl voici du sang et des cà*\ )

X ESSAI

adavres; nous VLU^nspds d! autre nourriture a vous • offrir!... Vous frémissez, citoyens! O ma patrie, «je demande acte à mon tour des efforts que je « Élis pour te sauver de cette crise déplorable. »

«Profitons, s'écriait-il dans une autre conjoncture, « profitons des leçons de l'expérience! Nous pou- « vons bouleverser les empires par des victoires ; « mais nous ne ferons de révolutions chez les peu- « pies que par le spectacle de noti*e bonheur. Nous « voulons renverser les trônes ; prouvons que nous «savons être heureux avec une république! Si nos « principes se propagent avec tant de lenteur chez « les nations étrangères , c'est que leur éclat est ob- «scurci par des sophismes anarchiques, des mou- « vements tumultueux et surtout par un crêpe en- « sanglante.

« Lorsque les peupiesse prosternèrent pour la pre- « mière fois devant le soleil pour l'appeler père de « la nature, pensez-vous qu'il fût voilé par ces nuages « destructeurs qui portent les tempêtes? Non, sans « doute , brillant de gloire il s'avançait alors dans « l'immensité de l'espace, et répandait su r l'univers « la fécondité et la lumière.

« Hé bien ! dissipons par notre fermeté ces nua- « ges qui enveloppent notre horizon politique! fou- « droyons l'anarchie , non moins ennemie de la li- «berté que le despotisme! fondons la liberté sur « les lois et une sage constitution ! Bientôt vous ver- « rez les trônes s'écrouler , les sceptres se briser ; et « les peuples, étendant leurs bras vers vous, procla- « mer par des cris de joie la fraternité universelle! »

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Ce genre d'éloquence, où tout est image et sentiment, représente bien l'état d'exaltation et de violence où la société était plongée. Mais Vergniaud et son parti voulaient des lois ; le sanglant génie des révolutions leur répondait par l'organe mugissant de Danton , son orateur :

(c Une nation en révolution est comme l'airain a qui bout et se régénère dans le creuset. La statue (( de la liberté n'est pas fondue ; le métal bouillonne, « et si vous n'en surveillez le fourneau vous en se- « rez tous brûlés.

«Montrez -vous révolutionnaire, monti'ez-vous «peuple, et alors la liberté n'est plus en péril. Les « nations qui veulent être grandes doivent , comme <t les héros , être élevées à l'école du malheur.

« J'insiste sur ce qui est plus qu'une loi , sur ce « que la nécessité vous commande : Soyez peuple I a Que tout homme qui porte encore dans son cœur « une étincelle de liberté ne s'éloigne pas du peu- (c pie ! Nous ne sommes pas ses pères , nous sommes « ses enfants : exposons lui nos besoins et nos res- <c sources; disons -lui qu'il sera inviolable s'il veut « être uni. »

A ces paroles du tribun révolutionnaire le peuple s'ébranle ; l'ennemi* s'enfuit avec consternation, comme le voyageur surpris, qui s'éloigne, en frémissant, du Vésuve irrité. La Gironde périt, consumée dans l'embrasement général ; la révolution est sauvée; mais que deviendra la liberté ?

La liberté ! les révolutions, comme les contre-révolutions, ne sauraient vivre en paix avec elle;

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