‹ Discours du général FoyChapitre 31 sur 67 · SUR LE PROJET D'ADRESSE AU ROI · texte numérisé non relu

SUR LE PROJET D'ADRESSE AU ROI

COMITÉ SECBKT DU 8 FF.VBIEB l8si3.

Messieurs , j'ai l'honneur de vous proposer l'Umendement suivant pour être intercalé dans l'a*^ dresse à présenter au roi :

« Si votre cœur paternel ne peut épargner à votre « peuple les calamités d'une guerre qui serait devea nue inévitable , ce sera pour noua le motif d'une « juste et profonde gratitude de voir la- volonté du a rdî et le déploiement des forces nationales garan* a tir au pays que, jamais, par les chances de ïa a guerre^ ou sous- le prétexte d'alliance et de secours^ « les trou pes étrangères n'entreront sur le territoire (( de la France. »

Messieurs , mon amendement m'a été suggéré par le discours qu'a prosuHiçé en cette séance un membre de la majorité. J'ai- jugé qu'il était de mon devoir de vous le présenter, lorsque j'ai vu les assertions que renferme ee discours implicitement conficmées dans les explications que vient de donner à la tribune Mw le président du conseil des miuistresv

Ce mc^mbre de la majorité a dit, et il l'a dit sans qi9e son parti en ait témoigné de l'étonnement, que

%ÔS DISCOURS ET PPIlflONS.

l'entrée des troupes étrangères en France, pour allertde-là en Espagne , est une opération simple et naturelle , dont l'histoire offre à chaque pas les exemples analogues, et dont il ne faut pas^ s'inquiéter. M. le président du conseil des ministres , tout en ayant commencé par déclarer que nous ferons la guerre nous seuls, a insinué ensuite que cette guerre ne dépendait pas uniquement de notre volonté; nous sommes placés dans V alternative ^ a-t-il dit ( car j'ai eu soin de recueillir ses paroles ) , nous sommes placés dans F alternative d^ attaquer la révolution espagnole aux Pyrénées , ou d^ aller la défendre sur nos frontières du Nord.

' Voilà, messieurs , une grande et imposante révélation , une révélation féconde en inceititudes et en calamités. Nous faisons' la guerre aux Espagnols depuis un an, nous la leur déclarons aujourd'hui. Pendant un an, le mal ne fiit que pour eux : eux seuls éprouvèrent les suites funestes de la guerre civile que l'appui du gouvernement français avait allumée. Eux seuls furent frappés dans leur richesse, dans leur crédit, dans leur sécurité. Mais depuis trois mois, nous aussi nous recueillons notre part des maux que nous avons faits. Notre capital national s'est amoindri ; le crédit public et le crédit privé, attaqués dans leurs sources, paralysent l'industrie, et amènent des banqueW)Utes journalières. C'en est fait des nouveaux rapports commerciaux que la paix avait créés entre la France et le Nouveau- Monde , et qui allaient se développant avec une incroyable rapidité. T/assurance maritime est hors de

CHA.MBRE DES DiPUTis.-*-l823. ao^

prix; les denrées coloniales renchérissent: la consommation est diminuée d'une manière sensible.

Et si une pareille commotion s'est déjà fait sentir dans un état de choses qui a cessé d'être la paix , mais qui n'est pas encore la guerre, de combien de fléaux ne serons -nous pas inondés, lorsque nous aurons la guerre réelle, la guerre flagrante; lorsque les dépenses augmentées nécessiteront des contributions hors de mesure , ou des emprunts ruineux ; lorsqu'il faudra une coaction plus active pour conduire les jeunes soldats à une guerre impopulaire; lorsque des milliers de corsaires dévoreront les quatre cents millions que notre commerce a confiés à l'Océan , lorsque la plupart des fabricants auront renvoyé leurs ouvriers ; lorsque l'industrie , le crédit et le commerce, seront pour long-temps étouffés ?

Cet avenir est déplorable, sans doute, et cependant si nos malheurs ne devaient pas aller plus loin, je pourrais m'y résigner. Je m'y résignerais, parce qu'il y aurait en nous le pouvoir nécessaire pour les faire cesser.

En effet, tout résolu qu'est le peuple espagnol à défendre jusqu'à la mort son indépendance , ce peuple doit désirer la paix , car il en a besoin pour consolider et perfectionner ses institutions. De notre côté, si nous étions seuls dans la querelle, la paix serait toujours facile à obtenir. Elle serait facile ; et j'en atteste ces royales paroles : Si la guerre est inévitable j je mettrai tous mes soins à en resserrer^ le cercle^ à en borner la durée. Elle serait facile, et

F. II. i4

aïO . .DISGÇITAS ET OMVIOITS.

j'en ai pour garant Theureux mécanisme de la monarchie constitutionnelle. Supposez une démocratie turbulente, précipitée dans une guerre injuste; elle s'y plongera, elle s'y épuisera jusqu'à extinction de chaleur vitale. Supposez un roi absolu, un despote engagé au point où nous le sommes , sa politique , des projets, son honneur, son avenir, tout l'empêchera de rétrograder. La monarchie constitutionnelle , au contraire , porte avec elle la réparation prochaine de toutes les erreurs et de tous les désordres. Les ministres incapables de résister aux lactions périssent avec les factions ou par les factions. Les conseils du prince sont renouvelés. Des liommes nationaux y font entendre la voix de la nation , et le pays est sauvé, r Ainsi, messieurs, si la France toute seule, la France livrée à elle-même, la France indépendante, était engagée dans un duel avec r£spagne, je pleujseraàs les calamités d'une guerre absurde , d'une guerre sans justice et sans morale, d'une guerre «ans profit et sans gloire : je pleurerais ces calanûtés, mais j'en verrais la fin possible, et dès -lors il y aurdt soulagement aux maux que nous éprouvons.

Mais il n'en est pas ainsi , la guerre actuelle est placée hors de nous, hors de notre portée; l'impulsion est venue du dehors. Cette colère n'est pas française , elle est l'écho de la colère des Prussiens et des Cosaques. Nous ne sommes pas les seuls à allumer l'incendie ; qui peut nous dire si nous serons jamais les maîtres de l'éteindre ? Où s'arrêtera-

GRAVBKE DES DlÎPUTliil.*— l8l3. dll

t41 ce fléau terrible, inexorable ? C'est là, messieurs, le point où mon amendement se dirige ; voilà l'ef* froyable danger sur l'existence duquel je provoque les explications des ministres de S. M. Elles sont nécessaires , ces explications, à la législature et à la France.

Les ministres se flatteraient * ils de nous faire accroire qu'ils agissent seuls , dans leurs propret vve5 , et avec leur entière liberté . Ici les faits parlent, et ils parlent avec énergie. La guerre occuUe et souterraine que notre gouvernement faisait depuis un an à la nation espagnole , a été converti^ tout-à^coup en éclats menaçants. Cet éclat, ces me* naces , est-ce l'Espagne qui les a provoqués ?.. Mais la situation de ce pays est la même qu'en i8ao et I Sii I . Il s'y est fait une irévolution , mais jamais révolution n'a été accompagnée de si peu d'excès.... Et ce n'est pas moi qui vous le dis , c'est lord Liverpool , le vieil et constant antagoniste de la révolution française , le pilier des institutions aristocratiques de l'Angleterre.... Mais ce que n'a pas dit lord Liverpool , et ce que je dois ajouter , c'est qu'il y a eu moins de jugements pour crimes et délits politiques dans l'Espagne constitutionnelle depuis trois ans , qu'il n'y en a en une seule année , dans la France , après huit ans de restauration.

M. le président du conseil des ministres vous a dit que les événements du 7 juillet ont dû changer, et ont changé réellement les rapports de la France avec l'Espagne.... Mais postérieurement au 7 juillet,

212 l>ISCr>URS ET OPIITTONS.

notre cabinet a vécu en bonne intelligence apparente avec le cabinet de Madrid. Postérieurement au 7 juillet, M. de Villèle a repoussé à cette tribune la proposition d'un député qui voulait que les réfugiés de l'armée de la foi fussent compris au budget pour la même allocation que les anciens réfugiés espagnols et portugais.

M. le président du conseil des ministres vous a dit que le gouvernement a temporisé au mois de juillet, parce qu'il n'avait pas alors les moyens de faire la guerre , et que ces moyens n'ont été réunis que vers le i5 novembre.... Mais notre armée était plus nombreuse, et avait de plus vieux soldats sous les amies au mois de juillet qu'aujourd'hui ; et quant au matériel , il n'en fallait pas; une grande quantité pour commencer la guerre , si la guerre eût été jugée nécessaire.

Mais les conseillers de la couronne ne jugeaient pas alors que la guerre fût nécessaire; il faut donc chercher ailleurs le secret de leur politique. C'est de Vérone que la guerre nous est venue. Notre intervention actuelle dans les affaires intérieures de l'Espagne n'est pas un acte qui n'appartienne qu'à nous. La triple alliance est derrière nous qui nous presse , après avoir été pressée elle-même par la turbulence de la faction qui domine notre pays. La guerre d'Espagne n'est pas une guerre isolée , elle sera bientôt une guerre européenne ; vous la commencez sur les Pyrénées , vous ne savez pas où elle se transportera ; vous ne savez pas où elle finira.

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.-^lSaS. ai3

Mais nous , députés de la Fmnce , nous devons avant tout assurer l'inviolabilité de notre territoire. C'est le premier besoin de la nation ; c'ttt le vœu le plus ardent de tout ce qui a le cœur*français. Mon amendement ne sera pas improductif, s'il oblige les ministres du roi à dissiper les craintes qu'ont ' fait naître les discours prononcés à cette séance par eux, et par ceux qui les appuient de leurs votes. Je demande aux- ministres , et ma proposition n'a rien de contraire aux droits de la pré-" rogative royale , ni aux usages des chambres législatives, je leur demande de nous faire connaître :

I® Quels arrangements ont été pris. à Vérone avec les puissances étrangères relativement à notre intervention dans les affaires intérieures de l'Espagne, et si ces arrangements sont de nature à amener l'occupation permanente ou passagère d'une portion du territoire français par les troupes de la triple alliance ;

a<> Quelles dispositions sont prises pour empé'> cher cette occupation dans le cas où les puissances étrangères seraient conduites, par la marche des événements, à la juger utile à l'accomplissement de leurs projets, soit sûr l'Espagne, soit sur la France.

Dans le cas où l'indépendance nationale serait sacrifiée , ou même n'aurait pas été suffisamment garantie , ce serait un devoir rigoureux pour moi , loyal député, de demander, en séance publique, la mise en accusation des ministres qui auraient signé ou permis l'humiliation de la couronne et la ruine du pays.

ai4 mscoùHB îT opiirrovB.

Page 1