‹ Discours du général FoyChapitre 33 sur 67 · l6 DI^COURa ET OPiliriOlfS · texte numérisé non relu

l6 DI^COURa ET OPiliriOlfS

nouveaux impôts, aux impots et aux emprunts dont elU est déjà surchargée !

La nation demanderait que, le lendemain du jour où ils ont touché le seuil de la maison paternelle, on lui. enlevât encore une fois ceux de ses enfants qui ont déjà payé leur dette à la patrie , tandis que le sang de ses>autres enfants coulerait sans honneur pour elle dans de ternes combats !

Messieurs , vous arrivez récemment de vos départements; c'est k votre loyauté que j'en appelle : sur mille . concitoyens que vous avez rencontrés, avec lesquels vous ave& eu des rapports ^ dites, la main sur la conscience , dites s'il s'en-est trouvé un sur mille qui désire que la France fasse la guerre à l'Espagne.

Le gouvernement ! mais si le gouvernement eût voulu la guerre » il y a duq mois que les hostilités seraient commencées; il y à cinq mois que le mi* nistre des finances eut négocié à 98 ou à 100 les dix-neuf millions de rentes que vous avez mis l'an dernier à sa dispo^tion.

Et pourquoi M. de Montmorency , le duc de Vérone , aurait-il quitté le portefeuille des affaires étrangères ? Pourquoi , lors de la retraite de ce ministre, aurait*on suspendu l'achat des chevaux en Allemagne? Pourquoi , vers le même temps, aurait-on fait sortir des régiments cette masse de vieux soldats qu'on veut rappeler aujourd'hui , et que l'article ao de la loi de recrutement autorisait à retenir quelque temps encore sous les drapeaux? Si le gouvernement voulait la guerre, pourquoi

CHAMBRE DES BEPUTIÎS.-^— jS^S* I17

kisser aux Espagnols le temp& d'organiser leur défense et de mettre en déroute les tHstes auxiliaires , qu'on promet à nos soldats ?

Non , le piinistère n'a pas voulu la guerre. Au moment même où je parle, il ne la veut qu'à demi. J'en atteste les formes dubitatives du discours du trône ; j'en atteste la promotion récente à la dignité de pair de notre ambassadeur en Espagne , qui s'est constamment prononcé pour la conservation de la paix ; j en atteste par-dessus tout les angoisses nkinistérielles doint vous avez été les témoins pendant la séance du comité secret.

Non , certes , M. le président du conseil des ministres n'est pas un partisan de la guerre. Son esprit très-positif , et parfaitemeiit désintéressé des prestiges de l'imagination , le porte à partager au moins sur ce point l'opinion de mes honorables amis. Il apprécie aussi bien que moi l'énomiité de l'entreprise ; mais nous sompies dans des positions différentes , et nous n'envisageons peut-être pas sous les mêmes points de vue les principes de la morale politique. %

Je n'ai pas de portefeuille à garder ou à pmlre> je ne crois pas qu'on puisse en conscience autoriser de son nom une parade belliqueuse ^ qui , n'allât-elle pas plus loin qu.e de simples préparatifs , est déjà par elle-^néme une effroyable calamités Assis dans les conseils de la couronne , je ne me résignerais jamais à une guerre injuste , eussé-je l'arrière pensée de la pousser avec mollesse, et de saisir avec empressement les occasions de la terroinerk

aiS DISCOURS BT 091V10VB.

Loin de moi le dessein d'amortir une influence pacifique et purement utile au pays ! mais je le dirai à M. le président du conseil : le gouvernement représentatif est qn gouvernement; de vérité. Il faut aller droit à son but pour que les autres vous aident à y parvenir. Qu'il se prononce pour la paix, et demain les deux cents voix qui ont voté l'adresse voteront contre la guerre.—.., et faût-il s'en étonner? Lorsque le roi et la France sont animés du désir de conserver la paix , qui osera provoquer la guerre au nom de la France et du roi ? Qui est-elle, où est-elle cette puissance qui dépasse et rapetisse les ministres , qui leur fait mener de front , depuis six mois, une diplomatie conciliatrice et des hostilités souterraines ; qui leur a imposé une déclaration pompeuse, dont le moindre défaut est d*avoir paru trop tard ou trop tôt ?

U m'importe peu de savoir si la faction mystique qui gouverne notre France^ qui a sa direction, ses confréries, son organisation complète; si cette faction a^ comme on l'assure, mendié près des souverains iréunis à Vérone la permission d'attaquer, en commençant par l'Espagne , les tribunes, les chartes et la raison humaine , ou bien si ce sont les étrangers qui nous poussent, et qui veulent que nous leur soyons ce que seront pour nous les bandes de la foi , avec cette différence , que nous payons Quesada et leTrapiste, et qu'à coup sûr les étrangers ne nous apporteront pas de l'argent.

Ce qui me suffit, c'est qu'une volonté et des

passions qui n'ont rien de Irançais nous entraînent

GHAMBAB DES DlfPUTliS.— iS^S. aig

OÙ nous ne voulons pas aller ; c'est qu'à force de fatiguer les ministres et d'irriter les Espagnols , la &ction finira par rendre la gu^re inévitable. Voyons donc quelle sera la nature de notre attaque , quelles seront les ressources de la défense.

J'écarte , à dessein , U honteuse combinaison du concours armé d'une partie de la sainte-alliance. J'ai traité cette matière dans le comité secret. Et quel autre argument pourrais-je lui opposer, que la justè.exécration dont le peuple poursuivrait ceux qui auraient été assez vils pour introduire l'étran* ger sur notre territoire une troisième fois ?

Ainsi , la France seule sera engagée : dans cette hypothèse , il est contre le vœu de mon cœur, et contre la prévision de mon esprit , de seulement entrevoir la possibilité d'une défaite; mais je n'hé* site pas à dire que ce qu'on appellerait des victoires sera pour la France, non moins que pour rEsf pagne , la source d'effroyables désastres.

Cette guerre d'Espagne a un caractère particulier. Ce n'est pas ici une guerre que l'on puisse finir en gagnant dix batailles , en prenant dix forteresses ^ même en envahissant une capitale. Loin de moi le projet de déprimer les jeunes courages de nos soldats 1 tout au contraire , je saisirai les chances qui mettent le plus à couvert l'honneur de nos armes. Je veux bien admettre que l'armée de la foi , cette armée , le triste et tardif produit de l'intrigue et de la corruption ; je veux admettre qu'elle retrouvera sous l'égide de nos troupes, et aux dépens deno« tre trésor > une espèce d'organisationi

aïO DISCOURS ET OPIKIOITS.

Je pousse plus loin ma supposition. Les défilés des Pyrénées resteront sans défense; le passage sera facile Sur tous les points; les Espagnols, si vous le voulez, ne tiendront pas dans ces réduits fortifiés, dans ces châteaux restaurés^ dans ces blockhaus qu'iU attaquèrent et défendirent tant de fojs pendant la guerre de leur indépendance ; les villes ouvriront leurs portes ; lès alcades et les curés publieront les proclamations françaises. Je prends les 60 ou 70 mjille combattants que vous pouvez jeter dans la péninsule ; je les prends et je les transporte à Madrid sans coup' férir.

Voilà assez de concessions aux partisans de la guerre, pour qu'à leur tour ils veuillent bien en faire quelques-unes, non pas à moi, mais à la puissance irrésistible des événements.

Vous accorderez , par exemple , que les troupes , les milices et tant de citoyens qui , dans llle de Léon et dans le reste du royaume , ont embrassé avec passion la cause nationale , ne se donneront pas le mot pour être tous le même jour des lâches ou des traîtres.

Vous accorderez que toutes les places indistinctement ne baisseront pas leurs ponts-levis devant des sommations envoyées de loin , et que Farmée constitutionnelle formera contre vos auxjUaires des masses imposantes , contre * vous de nombreuses guérillas que grossiront sans cesse les Espagnols compromis dans la révolution , ceiix que fatiguera la présence de l'étranger, et jusqu'aux déserteurs de l'armée de la foi.

GIIilMBRE DES DBPUTÉS.— > l8a3. 221

Vous accorderez aussi que le gouvernement central établi par vous à Madrid ,«dans Tabsence du roi, n'exercera qu'une autorité nominale sur les provinces accoutumées à se régir elles-mêmes , dès que la guerre commence, et auxquelles d'ailleurs il n^aurait à demander que des sacrifices ; car vous «avez que Madrid est loin d'être à l'Espagne ce que Paris est à la France , ce que Londres est à l'Angleterre , ce que Naples est au royaume des Deux-Siciles. Ce n'est pas l'un des points dont l'occupation détermine ou même prépare la possession du reste du pays. Madrid n'est une capitale que de nom. Les principales et les plus vivaces agglomérations de peuple sont à Valence , à Barcelone , à Cadix, dans les Andalousies, en Galice, hors de votre portée et sous la protection immédiate et facile de l'Angleterre.

Vient ensuite un royaume dont il semblerait que nos ministres ont oublié l'existence. Vous serez cependant forcés de reconnaître qu'outre la révolution d'Espagne , il y a encore à combattre et à vaincre trois millions de Portugais, qui sont plus près de Madrid que nous ; que ces Portugais ont une armée vétérane fortement constituée , et qu'ils savent fort bien quels sont leurs ennemis et où est leur champ de bataille.

Laisserez -vous vos troupes autour de Madrid , ou bien les répandrez-vous dans le pays ? Ici commence une grave et féconde révélation. Vous étiez forts sur un point ; vous serez faibles sur tous. Votre front et vos flancs seront sans cesse harcelés ,

ail BISC0TTB8 ST OPIlf I0V8.

VOS communications interceptées. Vingt places de guerre restées sur^vos derrières vous empêcheront de jamais asseoir jme base d'opérations. Vous se- Tez réduits à vivre de$ ressomrces du pays, et par conséquent à opprimer les Habitants. Vous essaie* rez de traiter avec Tennemi ; et qui vous dit que Tennemi , ayant fait d'emblée tous ses sacrifices , ne recevra pas avec dédain vos ' offres et vos négociations ?

Cependant la France versera une autre fois dans la péninsule son sang et ses trésors. Notre état militaire qui, au i^ janvier i8si49 sera loin d'avoir atteint le complet de paix; notre état militaire n'aura pas de quoi réparer les brèches de l'armée d'Espagne. Elle s'amoindrira de jour en jour, sinon en valeur , du moins en nombre et en moyens organiques.

On finira par s'apercevoir qu'après avoir été vainqueurs dans toutes les rencontres , la campagne est manquée et le but de la guerre indéfiniment reculé. Tout le monde dira alors que la paisible occupation d'un vaste royaume dépasse de beaucoup nos ressources et nos forces ; et bientôt le moment arrivera où , après des pertes douloureuses, une retraite nécessaire couronnera dignement une folle et coupable entreprise.

Ge( n'est pas à ceux qui ont parcouru l'Espagne dans tous les sens , qui ont étudié le caractère espagnol dans tous ses replis ; ce n'est pas à ceux-là qu'on peut rien apprendre sur les résultats inévitables d'une guerre d'Espagne qui, après tout, ne

diffère de Tinvasion de 1 808 que par rextréme infériorité des moyens avec lesquels on Teûtreprend. Je le prouverai , lors de la discussion des articles ; mais il était nécessaire de présenter dans Leur simplicité des faits propres à frapper les yeux les moins exercés et les esprits les moins méditatifs. Et plut à Dieu que j'eusse le droit de me complaire dans un avenir plus consolant ! Vieux soldat, je ne peux me défendre de faire des vœux pour l'honneur de nos armes , alors même que Templqi de nos armes est désavoué par le sentiment national. Citoyen , je pleurerai sur une guerre de parti , sur une guerre où sont forcés de mentir à leur destinée mes anciens compagnons de guerre , et cette noble et jeune génération qui, nourrie dans Tamour de la liberté , était si digne de combattre un jour les véritables ennemis de la France.

a!l4 DISCOURS ET OPIICIONS.

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