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les unes veulent du despotisme pour se défendre, les autres pour envahir. La liberté est dans l'ordre légal , et l'ordre gêne les inouv«ments excentriques des peuples qui ont besoin d'une impétueuse énergie, de tous les jours, de toutes les heures, «pour sauver leur indépendance. Aussi , quand le parti républicain fut vaincu , ' commença ce règne d'épouvante, qui fit cesser toutes les résistances intérieures, cette centralisation de pouvoirs, cette inexorable dictature dont ni la pitié , ni le repentir ne pouvaient approcher. L'éloquence en deuil s'exila de la tribune. De froides déclamations, des accents de haine, des sentences proscriptives , tel fut le langage de la dictature; elle poussa, jusqu'aux plus déplorables excès, l'oubli de l'humanité et de la morale; une muette terreur enchaînait les araes. Au-dedans qu'enten* diez-vous? le retentissement des ateliers où se forgeaient les foudre^ nationales, de sourds murmures, quelques joies effrayantes, le bruit lugubre des têtes roulant sur l'échafaud; au -dehors, l'hymne glorieux des combats , le son de la trompette, le pas de charge, et des cris de victoire.
Danton voulut, avant le temps, retirer du fourneau la statue de la liberté; le métal bouillonnait encore; il en fut brûlé. Mais le territoire une fois affranchi, la dictature se tua elle-même; le peuple n'avait plus besoin que d'institutions et de lois ; la France essaya sa troisième constitution. De nouveaux talents reparurent à la tribune; aucun d'eux ne saisit le sceptre du génie et ne se fit obéir. Ce-
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pendant l'esprit de faction vivait toujours; bientôt les Français se déchirent avec fureur ; les pouvoirs constitutionnels, minés par la licence,, perdent chaque jour leur aplomb et leur force; l'étranger se réveille , nos armées reculent ; le bruit des armes se rapproche de nos frontières menacées; il ne s'agit plus de liberté; il faut encore vaincre ou mourir pour l'indépendance.
Une nouvelle dictature est devenue nécessaire ; mais qui osera l'accepter ? qui osera au milieu du soulèvement des passions, du choc des partis, de l'affaiblissement moral de la société , se rendre responsable du sort de la France? La révolution a besoin d'un défenseur contre l'Europe conjurée ; c'est dans les camps, c'est sous les drapeaux de la gloire qu'elle va le chercher ; c'est au vainqueur d'Arcole, au héros des Pyramide^ qu'elle remet ses arsenaux, ses armées, ses trésors, son enthousiasme, ses intérêts , ses principes et son pouvoir absolu. Lui seul peut en supporter le poids ; lui seul peut ramener et fixer la victoire sous les étendards de Jemmappes et de Fleurus; lui seul peut compri-? mer les factions anarchiques, enchaîner toutes les volontés à sa volonté suprême , appeler à lui tous les genres de supériorités et d'illustrations, s'élever encore au-dessus; et, de ce point sublime , dicter des lois aux maîtres du monde.
L'indépendance, qui est la vie des nations , l'indépendance du peuple français fut mise hors d'atteinte; mais un silence injurieux avait été imposé à la tribune , et l'éloquence s'était réfugiée soui^:
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les drapeaux. C'est de là que partaient ces puissantes expressions , ce langage de l'héroïsme , qui enlevait les masses comme un seul homme; renversait les empires , et semblait prononcer les irrévocables arrêts du destin. Au fanatisme de la liberté, succéda le fanatisme de la gloire, qui fit des prodiges ; mais la liberté avait encore de nombreux amis ; lorsque Bonaparte descendit du consulat au trône impérial , la liberté lui retira son appui ; la révolution, qui avait achevé sa tâche, quitta la France, et commença ses voyages autour du monde; Napoléon resta seul avec son génie et le despotisme.
Un tel état de choses ne pouvait se soutenir que par un pacte éternel avec la victoire ; toute l'énergie était dans l'armée ; il aurait fallu que cette arguée eût pu vaincre les éléments , les obstacles naturels, aussi aisément que les bataillons ennemis. Le trône impérial était réellement sous la tente ; l'image seule de ce trône militaire décorait les Tuileries; il devait donc subir les chances des combats , les vicissitudes de la fortune ; s'élever avec le succès, s'affaibUr par les revers et disparaître enfin au milieu des tempêtes.
Pendant la durée de ce règne^, si fécond en grandes choses, et qui ne présentait après tout qu'un despotisme viager, la France , tranquille audedans et victorieuse au-dehors , avait pris de nouvelles habitudes ; les fruits de la révolution avaient mûri ; ses intérêts étaient devenus nationaux ; ce qu'il y avait de juste et de raisonnable dans ses principes faisait partie de la raison commune ; Fin-
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struction , plus généralement répandue, adoucissait les mœurs , rapprochait les diverses classes de citoyens et donnait un nouvel essor à l'industrie.
Le despotisme est dans la politique , tout le reste se trouve dans Tordre légal. La nation marchant sans entraves vers un avenir prospère, n'est, ni troublée dans le présent, ni rejetée avec violence vers le passé. Elle voit s'élever de toutes parts des monuments glorieux ou utiles. Des canaux ouverts appellent le commerce et la richesse ; de précieuses manufactures affranchissent nos besoins et notre luxe de tributs étrangers ; les fleuves sont domptés , les rochers se brisent, les Alpes s'aplanissent, et des communications faciles sont établies entre les points de l'Europe les plus éloignés; un recueil de lois conformes aux éternelles maximes de la justice et aux besoins de la civilisation, parait comme . le plus beau travail de la raison et de la sagesse d'un âge éclairé; la religion est dans l'état ce qu'elle y doit être, la gardienne céleste de la morale, la conservatrice de la paix et de toutes les charités humaines. D'amers souvenirs, des luttes d'intérêts et d'opinions, ne portent le désordre ni dans la société ni dans les familles. La réconciliation entre les partis semble terminée; et l'éclat d'une gloire incomparable , le progrès des arts , le développement graduel de l'esprit humain , l'indépendance nationale assurée, compensent l'absence passagère de la liberté.
Tant de prospérités devaient finir. La révolution ne redoutait que les trônes , et n'avait fait la
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guerre qu'aux rois ; le superbe héritier, le fils dédaigneux de la révolution , oubliant la politique maternelle, ébloui des splendeurs du diadème, plein d'une aveugle confiance dans son étoile , couvrit les dynasties royales d'une humiliante tutelle, et voulut traiter les nations comme la république avait traité les rois. Il ne put se concilier les monarques et il révolta le patriotisme des peuples. Il apprit en Espagne que des batailles gagnées pouvaient renverser un trône qui ne s'appuie que sur la force militaire ; mais qu'elles ne soumettent point les nations , unies par le sentiment de leur dignité blessée , et par l'horreur du joug étranger. Désarmé du glaive révolutionnaire, il se trouvait en présence d'une révolution que lui-même avait imprudemment suscitée. Il dut à cette révolution le premier revers du dra^ peau de l'empire. « Il n'est donc pas invincible ! » Telle fut la pensée des rois et des peuples. Napoléon pouvait-il s'arrêter sans compromettre sa destinée ? Des personnes de sens et d'expérience l'ont pensé; je crois que c'est une erreur. On n'abandonne point, sans péril, un système de domination , dont le développement est avancé , et dont le succès peut seul justifier l'audace. La position de l'empereur lui défendait de souscrire aux conditions d'un traité, qu'il n'aurait pas dictées lui-même. La gloire et 1 empire étaient le seul élément où il pût vivre. Ce n'est pas aux fils couronnés des révolutions qu'il appartient de transiger avec la fortune» Ils sont condamnés à d'éter-
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nels travaux. Il n'y a de sécurité, de légitimité pour eux que dans la victoire.
Nous savons , et la postérité saura , quelle incroyable énergie Napoléon opposa à la grande ligue des rois et des peuples ; par quels prodiges de constance, de courage et d'habileté, il répara d'effrayants désastres; et mit plus d'une fois en doute, si le génie d'un homme, abandonné à luimême, ne l'emporterait pas sur les forces réunies d'un monde entier soulevé contre sa puissance. Jamais il ne fut plus grand, plus admirable que dans cette campagne de l'intérieur où, à la tête d'une poignée de braves, il soutint pendant trois mois le choc de l'Europe armée, victorieux partout où étincelait son épée , se mult'iph'arit avec les dangers , et fléchissant le dernier sous l'inexorable nécessité.
Comment s'est-il fait que la nation ne 3e soit pas levée tout entière en 18 14, comme elle l'avait fait en 1792, et n'ait pas rejeté l'étranger hors de •• la frontière ? Faut-il te répéter, la révolution n'était plus en France ; il ne restait plus que le sentiment de la liberté ; et Napoléon en avait pertlu l'éloquence. La liberté ne pardonne point les outrages du pouvoir; elle s'en venge par l'abandon aux jours du péril ; elle voit tomber avec indifférence, souvent même avec» joie, ceux qui se font ses ennemis. Lorsqu'elle est un besoin fie l'époque, l'avenir ne saurait l'effrayer : la nature humaine et le temps , voilà ses auxiliaires.
Si les rois, au lieu de menacer l'existence d'un
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' homme, avaient manifesté la pensée de détruire l'indépendance du pays , il en serait sans doute arrivé autrement. La révolution , revenue sur ses pas , aurait repris avec fureur son anarchique em» .pire ; le volcan se serait rouvert sur tous les points du territoire, et nous serions peut-être encore dans l'embrasement. Les rois, mieux conseillés, annonçaient la paix, l'indépendance et le retour de la liberté. Un sentiment secret , une espèce d'instinct avertissait les Français que leur indépendance ne pouvait être détruite; la France, le froùt encore rayonnant de gloire , attendit les événements.
Remarquons en passant que le coup le plus funeste pour Napoléon partit de cette même tribune d'où il avait chassé la liberté , et qui , depuis dix ans , était condamnée au silence. Le fameux rapport de la commission du corps législatif' fut pour l'empereur comme une révélation de sa destinée; elle lui annonça qu'il n'avait plus à compter que sur lui-même, il en parut surpris, ce qui étonna tout le monde; il n'en fut point intimidé, ce qui n'étonna personne.
Nous voici parvenus à la restauration. Ce fut dans tous les temps un singulier spectacle qu'une restauration. Celle qui s'est opérée au ipilieu de nous a un caractère qui lui est propre ; elle nous arriva, sans avoir été prévue, et comme un accident dans l'ordre des choses. Ce fut ùd bonheur pour elle et pour nous. Sans force d'opinion,
' La commission était composée de MM. Raynouard , Laine ^ Flaugergues et Maine de Siran,
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•sans trésors , sans armée ^ il lui fallait cependant
(un appui ; elle fit entendre des paroles de paix ,
•d'union , de liberté. La France répondit à ce noble langage , et la restauration commi^nça,
La maison de Bourbon reparut sur le trône ; elle y reparut avec Tintérét qu'inspirent de longs
•malheurs^ avec le respect dû au souvenir du meilleur des rois^ avec une juste renommée de mo-
• dération et de sagèsâîe ; elle y reparut comme médiatrice entre l'Europe ,et la France, entre les
' temps anciens et les temps nouveaux, comme l'arbitre suprême, et non comme l'esclave des partis ,
. qui,après quatorze années.de silence et d'inaction, allaient reprendre la vie et la parole.
La charte nous lut donnée; cette charte, élevant un rempart contre le despotisme et l'anarchie , assigne aux pouvoirs de la société les limites qu'ils ne peuvent franchir; constate l'état des lumières politiques de l'époque, étal)lit nettement
.tous les droits légitimes, et.plgce les libertés publiques et privées sous l'empire de la loi. Ce grand bienfait fut accepté avec reconnaissance; et comme l'a dit énergiquement l'illustre orateur qui va
.bientôt doininer la tribune législative, ce la charte ti fut considérée comme le lit de repos de la royauté
,(c et de la liberté. » Heureuse la France, si un parti, long-temps vaincu, n'eût résisté à la royale pensée , et n'eût voulu profiter d'une circopstance impré-
; vue pour se fiçiire payer, aux dépens des franchises nationales , vingt-cinq ans de revers et d'impuissance!