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l'homme se montrer ce qu'il est en réalité : le seigneur de la création. Or, ce droit s'exerce lorsque le roi des créatures, déchirant les voiles qui recouvrent ses possessions, ne s'arrête point à ce qui tombe sous ses yeux et à ce qu'il touche de ses mains, mais pénètre dans le cœur même de la nature, recueille les trésors de fécondité que recèlent les forces qui s'y trouvent et les utilise à son profit et au profit d'autrui.
" Comme il apparaît beau et majestueux, ô nos bien-aimés diocésains1, l'homme quand il commande à la foudre et la fait tomber impuissante à ses pieds ; quand il appelle l'étincelle électrique et l'envoie, messagère de ses volontés, au fond des abîmes de l'océan, au-delà des montagnes abruptes, à travers les plaines interminables ! Comme il se montre glorieux alors qu'il ordonne à la vapeur d'attacher des ailes à ses épaules et de le conduire avec la rapidité de l'éclair, par mer et par terre ! Comme il est puissant par son génie, quand il enveloppe cette force elle-même, la rend captive et la conduit, à travers les sentiers qu'il lui a tracés, pour donner le mouvement et comme l'intelligence à la matière brute, laquelle se substitue ainsi à l'homme et lui épargne les plus dures fatigues !
1. Les fidèles du diocèse de Pérouse, dont Léon XIII était alors Tévêque.
Dites-moi, nos très chers diocésains, n'y a-t-il pas en lui comme une étincelle de son créateur, quand il évoque la lumière et la fait jaillir au milieu des rues de nos cités pour éclairer les ténèbres de la nuit et remplir de ses splendeurs les vastes salles et les palais ?
" Et l'Eglise, cette mère qui suit avec tendresse les progrès de ses fils, est si loin de vouloir y mettre obstacle qu'elle se réjouit et tressaille d'allégresse en les voyant. "
Je tenais, Mesdames et Messieurs, à vous citer cette page qui nous donne une si belle idée, et du style de Léon XIII, et surtout de l'art merveilleux avec lequel il sait rattacher à la thèse principale les évolutions de sa pensée.
Un génie de cette trempe, muni de fortes études sur la philosophie métaphysique et morale, sur la théologie, le droit, tant civil que canonique, était bien fait pour présider, dans nos jours d'aveugles préventions, aux destinées de l'Eglise. Jamais en effet la science, à la fois divine et humaine, ne fut plus nécessaire au gouvernement ecclésiastique. Il y a des temps où, pour un Pape, c'est assez d'affirmer ; il y en a d'autres où les circonstances l'obligent à démontrer. C'est le besoin de notre époque, de ce siècle défiant, chercheur, raisonneur ; et certes, la Providence, dans son infinie sagesse, ne pouvait plus opportunément satisfaire ce besoin
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qu'en nous donnant, comme elle L'a fait, un pape philosophe, et en plaçant sur la chaire4 de saint Pierre un penseur et un Bavant.
N'ignorant pas ce que l'opinion attend de tout homme public appelé à gouverner, ce Pontife aux vues élevées, larges et synthétiques, s'est présenté au monde, tenant en main un programme. Que renfermait ce programme ? quels en étaient les traits essentiels, les articles fondamentaux ? On les résume en trois mots : accord de la foi et de la raison ; union de l'Eglise et de l'Etat ; harmonie entre les hautes classes et les classes ouvrières. Oui, en posant le pied sur les degrés du trône, Léon XIII a dit aux peuples : " Voici le programme que je vous apporte, la charte que je vous propose et qui sera votre salut ; car elle répond au triple besoin et elle pourra clore le triple schisme de nos temps malheureux. La raison humaine, affranchie de la tutelle de la foi, se précipite vers sa -ruine : je veux rétablir l'accord entre ces deux puissances. L'Etat fait à l'Eglise une guerre déloyale : il faut que cette lutte finisse, et qu'une franche et solide union marque dorénavant les rapports de ces deux sociétés. Dans l'industrie moderne le patron opprime l'ouvrier, l'ouvrier mécontent s'insurge contre le patron : il importe donc de bien définir les rôles respectifs du capital et du travail, d'harmoniser ces deux facteurs
de la richesse publique, sans préjudice pour les droits de l'un, sans mépris pour la faiblesse et l'infériorité de l'autre, et de ramener ainsi le vrai bonheur social. Ce programme de paix et d'union, cette charte conciliatrice, peuples chrétiens, acceptez-la : mettez-la à la base de toutes vos institutions ; faites-en la norme nécessaire de tous vos travaux et de tous vos progrès, car elle porte avec elle l'empreinte d'une sagesse sur laquelle le temps ne peut rien. Bien différente des chartes humaines, elle a été formulée dans l'éternel conseil des trois Personnes divines ellesmêmes. "
Il serait trop long, Mesdames et Messieurs, d'analyser même sommairement chacune des encycliques dans lesquelles le Saint-Père, développant son programme, réalise depuis quinze ans avec une étonnante fidélité les promesses mémorables de son pontificat. Trois de ces documents semblent primer tous les autres et marquer par leur éclat l'apogée doctrinal du règne de Léon XIII.
C'est d'abord l'immortelle encyclique JEterni Patris, l'une des premières qui aient attiré l'attention du monde chrétien, et par laquelle devait commencer l'œuvre de restauration, de relèvement et de perfectionnement, entreprise par son auteur ; car, dans cette lettre, Léon XIII y établit d'une façon magistrale les principes
et les assises de la science rationnelle, point de départ de tout vrai progrès. La philosophie scolastique, dans la personne de son plus docte et de son illustre représentant, Thomas d'Aquin, y est comblée d'éloges et proposée aux écoles catholiques comme la règle et le fondement de toutes les études sérieuses, comme le remède aux égarements et aux mille fluctuations de la science contemporaine. L'intelligence étant la reine du monde, assainir et rectifier ses idées, c'est faire œuvre au plus haut point de régénération sociale.
Pour descendre de ces régions sur un terrain plus concret, l'auguste Pontife fit paraître en 1885 cette autre fameuse encyclique dite 7mmortale Dei, laquelle avec des accents jusque-là inouïs et une autorité souveraine traitait de la constitution chrétienne des Etats. La presse entière fit écho ; l'ancien et le nouveau Monde applaudirent ; et de partout on vit affluer vers la Chaire apostolique des lettres enthousiastes d'adhésion sans réserve et d'admiration profonde. Jamais Rome n'avait encore, par une parole aussi nette, aussi dégagée et aussi pénétrante, jeté tant de lumière sur les graves et brûlantes questions qui passionnent si fiévreusement notre siècle. Ce monument grandiose de la sagesse papale restera comme le code le plus fécond et la norme la plus parfaite du droit public et
social. Après avoir défini les éléments constitutifs des deux sociétés sœurs, la société civile et la société religieuse, et montré l'incontestable supériorité de cette dernière sur la première, Léon XIII retrace avec complaisance l'idéal de l'Etat chrétien : il fait voir les rapports de confiance réciproque et d'harmonie bienveillante qui devraient toujours régner entre deux pouvoirs faits pour s'entendre. Puis, venant à considérer le soi-disant droit nouveau introduit depuis un siècle, il renouvelle les condamnations fulminées à si juste titre par l'auteur du Syllabus ; puis enfin, dans des pages d'une clarté et d'une précision vraiment incomparables, il dissipe tous les nuages et met fin à toutes les équivoques.
Mais l'œuvre d'apaisement et de reconstruction sociale n'était pas encore achevée. Vers les hauteurs du Vatican montait, chaque jour grandissante, la plainte de ces milliers de pauvres qui cherchent dans le travail le pain de leurs familles, et qui ne trouvent, trop souvent, pour prix de leurs sueurs que l'exténuation du corps, et la ruine cent fois plus funeste de l'âme. Emu de ces clameurs, Léon XIII s'est penché vers le peuple comme pour mieux entendre le cri de sa misère et les pulsations de son cœur, et saisi d'une immense compassion semblable à celle que son divin Maître éprouva un jour à la vue des foules affamées, il s'est écrié lui aussi dans un transport
d'inexprimable charité : " Misereor super turbas, j'ai pitié de ce peuple, j'ai pitié de cette multi- u) tude qui travaille et qui souffre, et au nom deir Celui qui n'a pas dédaigné de prendre notre chair pour en calmer et pour en sanctifier les souffrances, je veux la secourir. "
Tout le monde se rappelle l'inoubliable encyclique Rerum nocarum, dans laquelle le savant Pontife, combinant sa science de docteur et son amour de père, aborde le terrible problème de la question ouvrière et, avec une sainte liberté digne des premiers apôtres, détermine tous les droits comme aussi tous les devoirs, fait la part des gouvernements, la part de l'ouvrier, la part du patron, place au-dessus de tous l'action bienfaisante de l'Eglise, et propose les plus sûrs moyens de maintenir la paix dans la charité et la justice. Il faut lire et relire cette lettre, méditer et approfondir cette parole si ferme, si vivante, et si débordante d'enseignements. Un écrivain de renom Ta jugée avec éloquence : " C'est, dit-il, le baiser du Christ à ses pauvres et l'embrassement du peuple par l'Eglise. ' " Le Pape a vu la société moderne coupée en deux armées ennemies ; et il est descendu au milieu des combattants rangés en bataille et, entre les deux camps, il a planté la croix. " Dans la croix, en effet, se trouve l'unique solution, réellement efficace, du grand problème social ; et Léon XIII, en ar-
borant de sa main pacificatrice, sur l'atelier et sur l'usine, cet emblème d'équité, de réconciliation et de pardon, a mérité aux yeux de l'histoire le titre impérissable de bienfaiteur du peuple, d'ami et de père des pauvres.
L'influence doctrinale du Souverain Pontife régnant s'explique très bien sans doute par la hauteur des pensées, l'actualité de l'enseignement, la largeur et parfois la hardiesse des vues, qu'on admire en tous ses écrits ; mais elle s'explique mieux encore, si on tient compte des charmes extérieurs que la vérité revêt sous sa plume.
Chose digne de remarque, et cependant peu connue d'un grand nombre de personnes : Léon XIII est un homme de lettres dans toute l'acception du terme, un classique de haute lignée, un humaniste fin, délicat, distingué ; et depuis le jour où il remportait dans les salles du Collège romain, après de brillantes études, les premiers prix de latin et de grec, jusqu'aux années laborieuses de son pontificat, il n'a cessé d'associer, dans son amour, au culte de la science le culte de l'art de bien dire. Le beau, Mesdames et Messieurs, n'est-il pas proche parent du vrai, et n'a-t-il pas reçu de Dieu même l'honorable mission d'en refléter les splendeurs ? " La parole, dit un auteur, est le lien des esprits " ; et plus ce lien a de force, plus il possède de grâces
et d'attachantes beautés, plus aussi, par son moyen, l'écrivain influe sur les âmes. Léon XIII a voulu prouver que l'Eglise catholique comprend ces vérités, qu'elle a été et qu'elle reste toujours l'asile protecteur des sciences et des lettres, qu'elle sait, dans toute la mesure de sa discrétion et de sa prudence, emprunter à l'antiquité la langue de ses historiens, de ses orateurs, de ses poètes, pour élever ces formes de l'art, les animer de son souffle, les féconder de son génie, et faire servir au triomphe et à la diffusion du christianisme ces ailes vigoureuses et resplendissantes de la pensée. Voilà pourquoi toutes les encycliques, toutes les lettres pontificales parues depuis quinze ans, sont des modèles de littérature ; et voilà pourquoi le pape actuel est un Cicéron chrétien.
Léon XIII écrit en artiste. Sa phrase, taillée dans le marbre de la plus pure latinité, est d'une beauté sculpturale, et on dirait qu'en la façonnant il veut enchâsser comme dans un écrin le riche trésor de ses conceptions. Un charme toutpuissant rayonne de son style. Tout y concourt à flatter l'esprit : et le choix des expressions, et la justesse des rapprochements, et le rythme des périodes, et le nerf du langage, et cette grave et sonore mélodie dont les sons de la langue latine, heureusement combinés, portent en eux le secret.
Faut-il, d'ailleurs, s'étonner d'un tel mérite
et d'une telle gloire ? Léon XIII n'est pas seulement l'écrivain savant et lettré qui sait manier la prose, " ce mâle outil," comme l'appelle Veuillot; mais il est de plus, Mesdames et Messieurs, plusieurs l'ignorent peut-être, un favori des Mu
Oui, Léon XIII est poète ; car la poésie est divine. Elle reçut sa consécration dans les pages rythmées de la Bible. Pourquoi serait-elle indigne de la gravité d'un Pontife romain ? — A douze ans, Joachim Pecci, étudiant à Viterbe, accueillait par un quatrain des mieux réussis pour cet âge un vénérable religieux qui étaitvenu visiter le collège. Depuis lors, cédant à ses goûts, il s'est plu à entretenir avec les Muses chrétiennes ce commerce des grandes âmes dont l'exquise sensibilité, semblable aux cordes d'une lyre, s'émeut spontanément sous le souffle des divins accords. Ne suffit-il pas d'avoir contemplé cette figure radieuse, éclairée, idéalisée par une lumière céleste, pour comprendre tout ce qu'il y a, sous le voile de chair dont elle s'enveloppe, de vibrantes harmonies et de mystérieuses élévations ?
Les travaux sans trêve et les soucis sans nombre du Souverain Pontificat n'ont pu paralyser les élans de cette âme, ni étouffer ses accents.
Lorsque, il y a trois ans, le cardinal Joseph Pecci fut enlevé par la mort à l'affection de son frère et à l'admiration de toute l'Eglise, le Saint-
Prie, pour mieux honorer la mémoire de celui que la science et le mérite, non moins que le- liens du sang, unissaient si étroitement a son auguste personne, composa en latin un ravissant dialogue où l'on ne sait qu'admirer davantage, de la beauté des sentiments ou de la perfection du style. Rien de plus gracieux, de plus tendre, ni de plus sublime dans sa touchante simplicité.
C'est Joseph, le frère du ciel, qui le premier, du haut de sa gloire, adresse la parole1 à son frère de la terre :
" J'ai satisfait, dit-il, à la justice divine, et me voici introduit dans les célestes parvis. Mais toi, de quelle lourde charge tu es encore accablé ! Prends courage et d'un bras toujours confiant lance sur la haute mer la barque de l'Eglise :
Sume animum ; fidens cymbam duc œquor in altum.
" Tes travaux ne resteront pas stériles ; mais cependant, Joachim, si tu veux atteindre le ciel et échapper aux flammes vengeresses, souviens-toi qu'il te faut laver tes fautes dans les larmes de la pénitence. "
Et Joachim de répondre :
" Oui, frère, tant que je vivrai, je ne cesserai
1. Nous ne pouvons donner ici qu'un très pâle aperçu de cette charmante petite poésie.
de gémir et de pleurer sur mes fautes. Toi, de ton côté, puisque tu jouis du bonheur des saints, n 'oublie pas celui que les ans ont courbé sous leur poids et que mille soucis dévorent. Pendant qu'il lutte contre les flots et l'horrible tempête, soutiens-le de tes prières, console-le souvent de ton regard fraternel. "
Léon XIII avait tracé à la raison humaine le chemin de la vérité. Il a voulu, par son exemple, marquer à la poésie les sources de l'inspiration, réformer et diviniser cet art, en lui montrant pour idéal non cette nature grossière, dont le spectacle abaisse l'âme, mais ces beautés d'un ordre supérieur pour lesquelles nous sommes créés, qui ornent et grandissent l'esprit, qui charment et élèvent le cœur.
Toutefois, Mesdames et Messieurs, les doctrines les mieux établies, les théories les plus fécondes demeureraient souvent lettre morte sans une main assez énergique pour les réduire en pratique. Autre chose est de bien penser, autre chose est d'appliquer sa pensée à l'action. Tel fut grand philosophe, théologien éminent, orateur puissant et disert, qui ne sut jamais gouverner. La conduite des hommes et des choses requiert en effet des aptitudes spéciales dont
beaucoup d'excellents esprits, versés dans la doctrine, paraissent presque entièrement dépourvus.
Il s'en trouve néanmoins dont la valeur insigne échappe à cette faiblesse, et, je me hâte de l'affirmer sans crainte d'être contredit, Léon XIII est de ce nombre. Autant son intelligence montre de force pour concevoir, autant son activité offre de ressources pour exécuter. On sent que cet homme participe, de la façon la plus effective, à la puissance de Celui en qui penser est dire, et en qui dire est agir. Dans l'espace de quelques années, Léon XIII a accompli le travail de tout un siècle.
Dans l'ordre intellectuel d'abord, quelle vaste renaissance, et quel regain de vie, d'initiatives et d'efforts ! Nous assistons à un mouvement qui, commencé sous Pie IX, mais puissamment accéléré par l'énergie de son successeur, grandit de jour en jour, et prépare à l'Eglise du Christ ce vif rayonnement doctrinal dont les fastes philosophiques et théologiques du moyen âge nous offrent un si bel exemple. Rome voit croître chaque année le nombre de ses séminaires, doubler et quadrupler le nombre de ses élèves. De nouvelles sociétés se fondent ; des académies de Saint-Thomas, modelées sur celles que le pape soutient de ses deniers, surgissent de toutes parts. Fribourg, Washington et tant d'au-
très centres d'études, ajoutent à la gloire des universités déjà existantes. Les revues se font plus sérieuses. Des congrès catholiques internationaux plantent sur la route des siècles les jalons de la vraie science. Léon XIII établit lui-même pour le clergé italien une école de haute littérature. De plus, rivalisant avec les savants modernes, il commande qu'on érige au sommet de son palais un vaste observatoire, nouveau symbole de cette sagesse dont le regard embrasse l'univers ; et, afin de bien prouver que l'Eglise dont il est le chef ne craint pas la lumière, qu'elle n'a rien dans son histoire, rien dans ses œuvres, rien dans sa vie, dont elle redoute les révélations, il ouvre toutes grandes aux savants de tous les pays, amis et ennemis, protestants comme catholiques, les portes jusque-là fermées des Archives vaticanes.
Dans l'ordre moral et disciplinaire, que voyonsnous encore ? un Pontife qui, bien qu'absorbé par les travaux intellectuels et la grande mission sociale dont il s'est fait l'apôtre, sait descendre cependant dans les moindres détails de l'administration pastorale et procurer de toutes manières le bien de son troupeau.
Archevêque de Pérouse, il avait pendant trentedeux ans versé sur ce diocèse tous les trésors de son âme. Pape, il sentit son cœur, au contact du cœur de saint Pierre, s'embraser d'un amour
plus généreux encore, et quelles flammes dévorantes en ont jailli ! Toutes les œuvres catholiques ont reçu de sa main une impulsion nouvelle. Ses encycliques sur le Rosaire, sur la dévotion à la Sainte-Famille, comme aussi sur le Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise, exhalent les parfums de la piété la plus tendre. Avec quelle émotion suave, lui vieillard octogénaire immobilisé par l'âge et la captivité, il rappelle1 les temps éloignés,— doux souvenirs de jeunesse, — où, enrôlé comme sa pieuse mère sous la bannière séraphique, " il gravissait joyeux les monts sacrés de l'Alverne, " et allait vénérer ces lieux, témoins de l'impression des stigmates de l'amour divin ! — Léon XIII a eu le bonheur de rétablir la hiérarchie dans plusieurs pays : en Ecosse, chez les Slaves, puis sur cette terre d'Afrique si riche de souvenirs et de gloires ; et ce sera ainsi son mérite d'avoir fait surgir du sol chrétien de nouvelles moissons, et d'avoir assuré à l'Eglise de nouvelles joies et de nouveaux triomphes. Nous ne dirons pas tout ce qu'il a fait pour propager la foi dans les contrées infidèles et pour soutenir les missions d'Orient : ce récit serait trop long, et d'ailleurs d'autres travaux et d'autres formes de zèle réclament toute notre attention.