‹ Discours et allocutionsChapitre 25 sur 71 · Encyclique Auspicalo concessum · texte numérisé non relu

Encyclique Auspicalo concessum

C'est Lacordaire qui a dit : " Les hommes de génie tiennent le sceptre des idées comme les hommes d'Etat tiennent le sceptre des choses. ' Léon XIII, Mesdames et Messieurs, jouit du rare privilège d'unir ces deux sceptres ; car en lui l'homme de génie donne la main à l'homme d'Etat, le penseur se confond avec le politique, le philosophe avec le diplomate.

On a défini la diplomatie : l'art de cacher sa pensée. Sans discuter le mérite d'une telle définition ni surtout les façons d'agir qui ont pu y donner lieu, je serai plus sérieux en disant de la politique des Papes qu'elle est l'art de faire servir, par toutes les voies légitimes, au progrès de la religion les actes des individus et le mouvement des sociétés. Pour exercer cet art avec profit pour les âmes et sans péril pour la foi, deux vertus sont nécessaires : la fermeté et la prudence ; la fermeté qui s'attache inviolablement aux principes et ne souffre aucun compromis tendant à abaisser la dignité du Saint-Siège ; la prudence qui s'appelle tour à tour modération, habileté, souplesse, et qui consiste à tirer parti de la disposition des hommes et de la condition des choses pour le plus grand bien de l'Eglise.

Or, personne ne contestera que ces vertus maîtresses forment la base des œuvres et des succès diplomatiques qui ont jeté tant de lustre sur la carrière pontificale de Léon XIII. Léon XIII

est un esprit ferme et en même temps pondéré : il sait mettre dans ses procédés de la douceur, de l'aménité, une prudence calme, réfléchie et prévoyante ; il sait aussi être fort, inébranlable, inflexible. " Pourquoi, lui demandait-on au lendemain de son élection, avez-vous pris le nom de Léon ? — Parce que, répondit-il, Léon XII a été le bienfaiteur de ma famille, mais aussi parce que Léon signifie lion et que la vertu qui me sera le plus nécessaire est la force du lion. " On a voulu, bien à tort, ranger le Pape actuel sous les drapeaux d'un parti. C'est une méprise et une injure ; Léon XIII n'est l'homme d'aucun clan et le tenant d'aucune école ; ou plutôt, je me trompe, il appartient à une grande école, et fondée par le plus grand maître, la seule vraie, la seule catholique, l'école du Maître divin qui, s'armant d'un fouet vengeur, chassa un jour du temple les trafiquants sans vergogne, et ne craignit pas non plus, mû par sa profonde charité, d'aller s'asseoir à la table du publicain.

Dès les premières années de son sacerdoce, Joachim Pecci fut chargé, comme délégué papal, des missions les plus difficiles, à Bénévent d'abord, puis dans l'Ombrie où il fit preuve d'un courage intrépide et de rares talents administratifs. La nonciature de Belgique, dont il sut remplir les devoirs avec un tact parfait, acheva de mettre en relief ses hautes qualités diplomatiques. Le

roi Léopold le vit s'éloigner avec chagrin et sol licita pour lui du pape Grégoire XVI, en récompense de ses services, les honneurs de la pourpre. Avant de rentrer à Rome, le jeune prélat, avide de s'instruire, d'étudier la nature de la société moderne, le jeu et l'organisme de ses institutions, consacra quelques mois à visiter l'Angleterre et la France. Il ne soupçonnait guère, sans doute, l'usage que la Providence devait l'appeler à faire de toutes ces connaissances dans le gouvernement suprême des nations.

L'œuvre diplomatique, poursuivie par Léon XIII, est contenue dans ces deux mots : pacification religieuse et restauration sociale.

Quand je dis pacification religieuse, il ne faut pas se méprendre sur le sens de cette parole. Le successeur de Pie IX, héritier de la foi et du zèle de ce saint Pontife, ne pouvait évidemment, sans forfaire à son devoir, s'abstenir de prendre les armes et de défendre pied à pied le terrain catholique usurpé par les ennemis de l'Eglise. Le non possumus est de tous les siècles. Il devait combattre, et il l'a fait. Il n'a cessé de revendiquer, aux yeux du monde entier, avec ses domaines envahis par la Révolution, l'indépendance nécessaire du Siège apostolique. Il a dénoncé à diverses reprises et tout récemment encore, par d'énergiques accents, les menées ténébreuses des sectes maçonniques qui complotent la ruine du

catholicisme. Il a de plus, dans une encyclique qu'on ne saurait trop méditer1, condamné soua

toutes ses formes Terreur captieuse du libéralisme religieux et rayé définitivement ce vocable du langage chrétien.

Mais, pendant que d'une main il protégeait ainsi les fondements de la foi et les intérêts de la Papauté, de l'autre, il s'efforçait, par toutes les voies et toutes les ressources de sa diplomatie, d'obtenir pour les catholiques persécutés ou en souffrances des conditions plus favorables. Ce travail d'heureux augure a déjà porté ses fruits.

En Orient, par exemple, grâce à l'habileté et à la clémence du Saint-Père, grâce encore au solide crédit dont il jouit près de la Porte, les dissensions arméniennes qui désolaient l'Eglise d'Asie ont pris fin. Un courant de sympathie s'est établi dans ces contrées vers Rome et vers le Saint- Siège, et le jour n'est pas éloigné, tout du moins le présage, où la Papauté triomphante reconquerra sur le schisme grec ces peuples infortunés qui les premiers virent briller au firmament des âges l'étoile de la Rédemption. L'infidélité elle-même s'est inclinée devant Léon XIII. Convaincus par ses lettres, vrais chefs-d'œuvre de haute politique, de l'influence que le christianisme exerce sur la paix et le bonheur des nations, les

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