‹ Discours et allocutionsChapitre 26 sur 71 · Encyclique Libertas prœstantissimum · texte numérisé non relu

Encyclique Libertas prœstantissimum

empereurs de la Chine et du Japon ont promis protection pour les missionnaires catholiques.

En Occident, qui ne connaît les bienfaits inappréciables dont cette puissance Sociale est la source ? Sans parler de l'Autriche, de l'Espagne, du Portugal, ni de l'Angleterre, ni de la Belgique, l'action papale a empêché la France, dominée par les sectes, de déchirer les dernières pages du concordat. Elle a inspiré à la Russie des sentiments plus équitables. Partout, elle entretient une sorte d'équilibre ; et elle constitue, aux yeux des peuples, une force pondératrice avec laquelle les gouvernements même les plus hostiles sont obligés de compter. Mais c'est surtout en Allemagne, la patrie de Luther, la patrie de Frédéric II et par adoption aussi de Voltaire, que le génie de Léon XIII a remporté son plus beau triomphe.

En 1878, l'Eglise catholique allemande, notamment dans la Prusse, présentait aux regards chrétiens le spectacle le plus lamentable. Les ordres religieux bannis, plusieurs séminaires fermés, des évêques condamnés à la prison ou à l'exil, quantité de paroisses privées de leurs pasteurs, sans sacrements et sans culte, toutes les sources de l'éducation atteintes et viciées : tels étaient les tristes effets des fameuses lois de Mai qui couvraient depuis six ans d'un voile d'iniquité la persécution religieuse. L'orgueil germanique, luthérien et antiromain, enflé par le succès des

récents événements militaires, s'étail dressé dans toute sa morgue, et on eût dit qu'il voulait venger l'humiliation do Canossa. -- Pendant ce temps,

le socialisme, sortant de l'ombre des conventicules, faisait entendre sa voix menaçante. Les catholiques, de leur côté, accentuaient leurs griefs ; le parti du Centre s'organisait ; et un malaise profond pesait sur toute l'Allemagne.

Léon XIII, à peine élu pape, se hâte de renouer des relations avec Berlin. Il écrit diverses lettres à l'empereur Guillaume ; et, d'un ton calme et digne, il démontre la nécessité de clore cette lutte déplorable, désastreuse pour l'Eglise et fatale à l'Etat lui-même.

L'encyclique qu'il fit paraître, dès le début de son règne, contre les socialistes, produisit sur l'Empereur et sur son chancelier l'impression la plus favorable. Des négociations furent entamées. Elles marchaient, mais lentement, lorsque soudain éclata au sujet des îles Carolines ce terrible différend qui faillit allumer la guerre entre l'Allemagne et l'Espagne. Soit pour préparer d'avance un changement de front sur la question religieuse, soit plutôt pour obéir, quoique à son insu, aux desseins et à l'action mystérieuse de la Providence, Monsieur de Bismark proposa à l'Espagne, comme moyen définitif d'apaiser le conflit, l'arbitrage décisif du Pape. Cet acte, qui rappelait les plus beaux

jours de la papauté, mettait en pleine lumière la sagesse de Léon XIII, le prestige croissant de son nom et l'autorité indiscutable de sa parole. Ce prestige et cet ascendant, joints à la crainte que lui inspirait l'influence politique du Centre, ébranlèrent le chancelier et finirent par le faire plier. La bataille était gagnée. Bientôt en effet un projet de loi, longuement élaboré, fut proposé et adopté, lequel, sans être parfait, mettait un terme à la lutte et réparait, du moins en partie, les injustices criantes faites aux catholiques. Ce fut alors que M. de Bismark écrivit à Léon XIII une lettre de remercîment commençant par le mot Sire, formule où tout le monde sut voir, avec l'expression de l'estime et de la gratitude du ministre, un hommage virtuel rendu au Pontife-roi.

Léon le Grand, nous dit l'histoire, arrêta jadis Attila, la terreur et le fléau des peuples, aux portes mêmes de Rome. Un autre Léon non moins illustre, l'honneur de notre siècle, a pu courber sous la force du droit et sous l'empire de la vérité un second Attila, le chancelier de fer, ennemi juré du catholicisme, de la papauté et de la France.

Il existe, Mesdames et Messieurs, un rapport d'harmonie et une affinité profonde entre les intelligences d'élite et les cœurs généreux. Et, de même qu'aux premières n'échappe aucun des

problèmes les plus graves et les plus troublante qui agitent la société ; de même on voit les seconds se passionner pour toutes les grandes causes, gémir sur toutes les misères, aspirer à la défense de tous les droits méprisés. L'histoire des pape-. qui n'est autre que l'histoire de l'Eglise ellemême, nous en offre de nombreux exemples. C'est l'Eglise qui, par ses prêtres, ses évêques, ses pontifes, a levé au-dessus des peuples l'étendard des saines libertés ; et c'est elle qui, comme l'ange envoyé jadis à saint Pierre, est descendue avec tendresse dans les cachots de l'esclave et a fait tomber ses fers.

Léon XIII est fils de l'Eglise ; plus que cela, il en est le chef. Il en a toutes les lumières, tout le dévoûment, tout l'amour. C'est pourquoi, on l'entendit un jour, se tournant vers le monde civilisé, jeter avec éloquence ce cri de douleur et d'angoisse1 : " Jusques à quand l'humanité régénérée dans le sang du Christ laissera-t-elle une partie d'elle-même, — cette pauvre race africaine, — traîner sur les marchés comme un bétail de vil prix ? " C'était le signal d'une levée d'armes, d'une véritable croisade antiesclavagiste. Et si ce beau mouvement dû au cœur d'un Pontife privé lui-même de sa liberté, n'a pas

1. Voir la lettre Catholicœ Ecclesiœ sur l'œuvre destinée à combattre l'esclavage.

produit tous les résultats qu'on en pouvait attendre, il a du moins éveillé l'attention de l'Europe et provoqué à plusieurs reprises l'action et l'intervention libératrice des gouvernements.

C'est le même sentiment d'humanité et de justice, le même souci de la dignité et de la grandeur de l'homme, qui a fait de Léon XIII un ami dévoué de la nation martyre. Ce que l'Irlande désire, ce qu'elle demande au droit commun, à la liberté, à la civilisation, Léon XIII, non moins ardemment, le désire et le demande pour elle. Ses actes l'ont prouvé, ses déclarations1 en font foi. Et s'il a cru devoir censurer le crime et la violence, c'était pour mieux dégager d'ombres compromettantes une cause noble et juste. Et le jour qui verra s'ouvrir pour la race longtemps malheureuse, dans le libre et plein exercice de son autonomie, une ère de fierté et de prospérité nationale, sera pour Sa Sainteté un jour d'émotions vives, aussi vives et aussi profondes que celles qui firent battre, à l'heure de son triomphe, le cœur du grand O'Connell.

En présence des événements dont nous sommes de nos jours les témoins, et à la vue de l'attitude prise par la Cour de Rome dans toutes les graves questions du monde social moderne,

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