POUR L'OUVERTURE DU MOIS LE MARIE
prononcée dans la chapelle de la Congrégation
du Petit Séminaire de Québec le 1er mai 1902
Chers amis,
En laissant vos familles pour venir sous ce toit béni étudier les lettres et les sciences, vous avez dû passer par de vives émotions, je devrais dire par de poignants sacrifices.
Il vous a fallu briser les liens les plus chers, dire, pour quelque temps du moins, adieu à vos parents et à vos amis d'enfance. Il vous a fallu surtout vous arracher aux embrassements de celle que vous aimez le plus en ce monde, renoncer au bonheur de vivre sous son regard vigilant et sous ses soins dévoués, vous séparer de cette âme aimante, généreuse, toute pétrie de bonté, de désintéressement et de tendresse, de cet ange du foyer familial qui s'appelle une mère, et dont le souvenir, après Dieu, occupe la première place dans le cœur d'un enfant bien né.
Cette privation pénible serait peut-être demeurée pour vous sans adoucissement, cette absence de l'être chéri dont l'amour et les caresses enveloppaient doucement votre vie insouciante, vous eût peut-être plongés dans un noir chagrin et eût pu avoir pour vous
des conséquences funestes, si, en entrant au Séminaire, vous n'y eussiez trouvé la main protectrice d'une autre mère, d'une mère bien autrement bonne, bien autrement puissante, bien autrement généreuse que celle qui vous a donné le jour.
Cette mère adoptive et unique, vous la connaissez. Vous l'invoquez chaque jour avec piété et avec confiance. Vous ne la voyez pas, c'est vrai, des yeux de la chair ; mais la foi met entre elle et vous de mystérieux contacts. Vous sentez qu'elle a l'œil ouvert sur vous. Je puis même ajouter qu'elle est au milieu de vous : elle y est par cette image tutélaire qui la rappelle sans cesse à votre pensée ; elle y est par ce sanctuaire où son influence rayonne, par cette pieuse congrégation dont les membres se dévouent à son culte et se consacrent à son amour, par ces fêtes organisées périodiquement en son honneur et qui rendent sa présence en quelque sorte sensible. Elle y est spécialement pendant ce beau mois de mai, où il semble que le nom et les louanges de Marie retentissent à nos oreilles avec plus de suavité, et que l'écho des saints cantiques pénètre plus avant et plus salutairement dans nos âmes.
En vous voyant réunis ce soir auprès de la Vierge toute bonne comme des enfants réjouis et empressés autour de leur mère, je ne puis m'empêcher de songer aux nombreuses générations d'écoliers qui sont venues tour à tour s'agenouiller comme vous au pied de cet autel, qui ont fait monter vers ces voûtes l'encens de leurs prières, qui ont célébré comme vous les gloires et les bontés de la Reine des cieux, et qui ont emporté de cette atmosphère de foi, dont le parfum nous embaume, des germes de vocation sainte ou de fortes et durables impressions. Qui dira, chers amis, les trésors spirituels de toute sorte dispensés par Marie dans ce sanctuaire ? Qui révélera les faveurs secrètes obtenues par son entremise, les soudaines résolutions écloses au feu de sa charité, les conversions même
opérées, dans des cœurs jusque-là rebelles à la grâce, par la puissance et la portée merveilleuse de son action ?
Marie aime la jeunesse, et la jeunesse doit l'aimer.
Et vous particulièrement, chers amis, qu'une coutume vénérable va convier ici, pendant ce mois, aux plus beaux et aux plus touchants exercices, venez-y, non avec cette allure distraite qui accuse une froide indifférence, mais avec le désir ardent d'y puiser la leçon qui éclaire, la force qui soutient, les joies saines et fécondes qui sont le charme de votre âge et l'odorante floraison de votre vertu.
Quand vous entendrez cette invocation des litanies : Sedes sapientiœ, ora pro nobis, Siège de la sagesse, priez pour nous, rappelez-vous qu'en effet Marie au ciel possède la science la plus élevée et la plus parfaite, et que l'un de ses plus vifs soucis est le triomphe de la vérité sur la terre. Songez que les docteurs les plus éminents, les théologiens les plus illustres, ont imploré humblement le secours de ses lumières : qu'un Albert le Grand, par exemple, reconnaissait lui devoir son érudition immense et profonde ; qu'un célèbre prédicateur moderne, la gloire de l'Eglise de France, ne commençait jamais la rédaction de ses magistrales conférences sans aller d'abord offrir ses hommages à la Vierge très sainte, *et sans solliciter l'aide efficace de celle qui eut l'honneur de faire lever sur le monde le soleil de toute vérité et de toute justice.
Mus par de tels exemples, vous-mêmes, mes chers enfants, dans les obscurités qui voilent votre pensée naissante, et dans les difficultés qui surgissent sous vos pas incertains, et auxquelles se heurtent votre énergie et votre labeur, recourez à Marie. Levez vers c^tte étoile des âmes vos regards humbles et confiants. Implorez ses lumières et son assistance, non avec le désir de satisfaire une vaine et sotte ambition, mais dans l'espoir de répondre par de légitimes succès à l'attente
de VOS parents et à celle de vos maîtres, et dans l'intention aussi de pouvoir, l'heure venue, réaliser les desseins que la Providence a formés et qu'elle entretient sur chacun de vous.
Os succès, du reste, et ces triomphes de bon aloi, — succès et triomphes que la religion favorise et qu'il est permis à tous de rechercher et de convoiter, — ne sont pas sans relation avec la pureté des mœurs et la sérénité de la conscience.
C'est Notre-Seigneur qui a dit : " Beati mundo corde, quoniam ipsi Deuni videbuntx ; heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu." La connaissance des choses de Dieu, l'intelligence de ses œuvres et de tout ce que le Créateur a semé de beau et de grand dans le monde, la vue claire et sagace des questions qui se posent et des devoirs qui s'imposent, sont des actes d'un esprit dont rien ne trouble le regard. L'âme humaine est comme un miroir où la vérité se reflète avec d'autant plus d'éclat que ce cristal est plus pur. Voit-on dans un jeune homme grandir l'empire des sens, s'affirmer et prédominer l'influence des passions grossières et des appétits déréglés ? Bientôt son ardeur à l'étude s'émousse ; ses facultés et ses énergies s'alanguissent ; les nuages qui montent d'en bas, comme d'épaisses et lourdes vapeurs, enveloppent peu à peu sa pensée et lui dérobent ses plus nobles et ses plus lumineux horizons.
Vous avez besoin, chers amis, d'être purs ; tout vous fait un devoir et une nécessité d'être chastes ; et le moyen de garder intact ce lis qui fleurit sur vos fronts, et qui prend ses racines virginales dans les grâces de votre baptême, c'est, avec la confession et la communion fréquente, un culte tout filial pour la très sainte Vierge. Tous les soirs, pendant ce mois, vous redirez dans vos plus beaux chants et de vos voix les plus sympathiques ces invocations maintes fois répétées, et que l'Eglise multiplie à dessein, comme si