‹ Discours et allocutions [microforme]Chapitre 28 sur 58 · Is., 1x · texte numérisé non relu

Is., 1x

Ah! mes Frères, si l'Eglise ne luttait que Pour des intérêts temporels, si elle n’avait pour but que de se tailler des revenus dans le domaine public et d'assurer à ses ministres une vie opulente et fastueuse, si on la voyait se remuer, s’agiter et S’évertuer Pour arracher à une puissance rivale des avantages de commerce, des débris d’armées en déroute ou des lainbeaux de continent, je Comprendrais la défiance des pouvoirs séculiers, leurs Susceptibilités, leurs craintes, leur animosité. Mais, mon Dieu !

plus grand nombre d’âmes, prêcher avec plus de liberté l'évangile de la Pénitence et du renoncement, imprimer plus efficacement dans le Cœur de l’enfance et de la jeunesse les saines notions religieuses, sans lesquelles l’homme se perd, les familles se Corrompent, la société ellemême court à sa ruine,

Est-ce bien là une influence qu’il faille redouter, une autorité qu’il faille mettre en tutelle, une puissance qu'il faille traiter comme une émule ambitieuse et jalouse ? Assurément, non.

ait que | pour le do- S une se reà une nerce, larniance leurs dieu !

| aunvor’elle plus rand omun plus res le nes se lle-

Et si ces sentiments de défiance et d’hostilité envers l'Eglise, ont causé en Europe tant de mal et y ont exercé tant de ravages ; s’ils ont creusé un abîme entre deux pouvoirs faits pour s’entendre, entre deux sociétés souveraines, nécessaires, et qui ont besoin, pour grandir, de concorde et d'union, une si triste expérience n’est-elle pas bien propre à nous garantir de tels errements ?

Dieu, espérons-le, ne permettra pas que notre cher Canada français, si religieux, si catholique, et qui ne cesse de donner à l'Eglise des marques si touchantes de fidélité et de respect, suive jamais la pente fatale par laquelle des peuples illustres sont descendus à l’apostasie.

Nous avons pour premier motif de cet espoir l'infatigable dévouement de nos guides spirituels, leur zèle éclairé et vigilant en tout ce qui concerne la foi et la doctrine, et aussi, et à un degré non moins remarquable, leur charité ardente, leur bonté paternelle et miséricordieuse pour les classes sociales les plus humbles, leur esprit d’abnégation et de sacrifice qui en fait de vrais amis du peuple et d’insignes bienfaiteurs de leur temps et de leur patrie.

Nous avons un second motif d’espérer dans le patriotisme de nos hommes publics, si heureux de travailler à la prospérité du pays, si désireux de promouvoir ses meilleurs intérêts et, je me permettrai de l’ajouter, si persuadés

Daignez, Monseigneur, de votre main bénis- Sante confirmer en nos cœurs cette douce per-

, Sans autés pror du loire.

mpongué avec ités af- Jour res- )m-

SERMON SUR LA VOCATION DE LA RACE FRANÇAISE EN AMÉRIQUE Prononcé près du monument Champlain à l'occasion dss8 Nocse de diamant de la Société St-Jean-Baptiste de Québec le 23 juin 1902

RÉ

Populum istum formavi mihi; laudem meam narrabit.

J'ai formé ce peuple pour moi ; il publiera mes louanges.

Is, xzm, 21.

Excellence !, Monseigneur l’Archevêque ?, Messeigneurs ?, Mes Frères,

LL vingt-cinq juin seize cent quinze, à quelques pas d'ici, sur cette pointe de terre qui

1.8. E. Mgr D. Falconio, Délégué apostolique au Canada. 2. S. G. Mer L.-N. Bégin, archevêque de Québec, officiant. 3. La plupart des Archevêques et Evêques du Canada.

dans l'eau profonde de notre grand fleuve, se déroulait une scéne jusque-là inconnue, A l’om-

Ce Peuple, depuis lors, a grandi. Cette ville à prospéré ; et voici qu’à une distance d'à peu près trois siècles la nation, issue de cette semence féconde, s’assemble, non plus au pied de la falaise, Mais sur ses hauteurs, Pour renouveler son acte de consécration religieuse et retremper sa vie dans le sang de l’Agneau divin.

Quelles transformations et quels Contrastes ! Tout autour, malgré Pimmuabilité des grandes lignes qui forment le cadre du tableau, la nature a reçu l'empreinte de l'esprit et de la main de l’homme ; le désert s’est animé ; les solitudes se sont peuplées. Plus près de Nous, au lieu de tentes mobiles où s’abritait Ja barbarie, l’œil

édifices ; des tours, des flèches altières ont remplacé la cime des pins ; toute une civilisation

msn

déjà adulte a surgi ; et le fondateur de Québec, du haut de ce monument que lui élevait naguère la reconnaissance publique, fier de son œuvre, plus fier encore des progrès merveilleux qui en ont marqué la durée, peut plonger dans l’avenir un regard plein d’espoir et saluer avec confiance l'aube blanchissante de jours nouveaux et de destinées de plus en plus glorieuses.

Mes Frères, c’est pour envisager ce même avenir que nous sommes ici ce matin. Le cor résonnant de nos fêtes patriotiques a retenti, et des quatre coins de la Province, des extrémités du pays, je pourrais presque dire, de tous les points de l'Amérique où la race française a planté son drapeau, vous êtes accourus en foule, la tête haute, le cœur vibrant. On ne pouvait répondre à l'appel avec plus d'unanimité ni avec plus d'enthousiasme.

Aussi bien, le moment est solennel. Et sous ces airs de fête et à travers cet éclat de nos communes réjouissances, je vois des esprits qui s’inquiètent, des regards qui interrogent, des fronts sur lesquels se traduisent de soucieuses pensées ; j'entends, d’une part, des clameurs vagr:»s et confuses, et, de l’autre, comme l’écho d'émotions contenues et de secrets frémissements passant dans l’âme de la nation. Que signifie cela ?

C'est que, mes F rères, dans notre marche historique, nous sommes parvenus à une de ces

184 DISCOURS Er ALLOCUTIONS

époques où les Peuples prennent Conscience d’euxmêmes, de leur vitalité et de leur force. C’est que, en assistant AUX manifestations grandioses provoquées Par d’heureux anniversaires de notre vie intellectuelle et sociale, nous scmmes en même temps et plus spécialement peut-être conviés À de véritables assises nationales. C’est

que, dans ces assises, il s’agit pour nous d’étu-

fanterie Comme sans faiblesse, Prudemment, sagement, ce que nous avons été, ce que nous

Pour qu’il publie mes louanges, Dans ce langage,

vers ces accents inspirés, J’aperçois des indices de la noble mission confiée à notre nationalité : je crois découvrir, à cette lumière, la sublime Vocation de Ja race française en Amérique.

Y a-t-il done, mes Frères, une Vocation pour les peuples ?

Ceux-là seuls Peuvent en douter qui écartent

d’eux- C’est andioes de mmes t-être C’est l’étulestifor- Saous

‘ure um bit.

bli ge,

ms

des événements de ce monde la main de la Providence et abandonnent les hommes et les choses à une aveugle fatalité Quant à nous qui croyons en Dieu, en un Dieu sage, bon et puissant, nous savons comment cette sagesse, cette bonté et cette puissance se révèlent dans le gouvernement des nations ; comment l’Auteur de tout être a créé des races diverses, avec des goûts et des aptitudes variés, et comment aussi il a assigné à chacune de ces races, dans la hiérarchie des sociétés et des empires, un rôle propre et distinct. Une nation sans doute peut déchoir des hauteurs de sa destinée. Cela n’accuse ni impuissance ni imprévoyance de la part de Dieu ; la faute en est aux nations elles-mêmes qui, perdant de vue leur mission, abusent obstinément de leur liberté et courent follement vers l’abîme.

Je vais plus loin, et j'ose affirmer que non seulement il existe une vocation pour les peuples, mais qu’en outre quelques-uns d’entre eux ont l'honneur d’être appelés à une sorte de sacerdoce. Ouvrez la Bible, mes F rères, parcourez-en les pages si touchantes, si débordantes de l’esprit divin, depuis Abraham jusqu’à Moïse, depuis Moïse jusqu’à David, depuis David jusqu’au Messie figuré par les patriarches, annoncé par les prophètes et sorti comme une fleur de la tige judaïque, et dites-moi si le peuple hébreu,

186 DISCOURS Er ALLOCUTIONS malgré ses ho gré ses infidé une mission

ntes, malgré lités, n’a pas Sacerdotale.

ses défaillances, malrempli sur Ja terre

Ê » ceS peuples apôtres ?

! reconnaissez-les à i et à leur âme gén Sous la conduite de et répandu i

éreuse :

ÿ qu’on voit s plus diverses, au

ritent encore l’appellation glorieuse de champions du Christ et de soldats de la Providence.

Or, mes Frères, — Pourquoi hésiterais-je à le dire ? — ce sacerdoce social, réservé aux peuples d'élite, nous avons le privilège d’en être investis; cette vocation religieuse et civilisatrice, c’est, je n’en puis douter, la vocation propre, la vocation spéciale de la race française en Amérique. Oui, sachons-le bien, nous ne sommes pas seulement une race civilisée, nous sommes des pionniers de la civilisation ; nous ne sommes pas seulement un peuple religieux, nous sommes des messagers de l’idée religieuse ; nous ne Sommes pas seulement des fils soumis de l’Eglise, nous sommes, nous devons être du nombre de ses zélateurs, de ses défenseurs et de ses apôtres. Notre mission est moins de manier des capitaux que de remuer des idées ; elle consiste moins à allumer le feu des usines qu’à entretenir et à faire rayonner au loin le foyer lumineux de la religion et de la pensée,

Est-il besoin que ‘je produise des marques de cette vocation d'honneur ? La tâche, mes Frères, est facile : ces marques, nous les portons au front, nous les portons sur les lèvres, nous les portons dans nos cœurs !

Pour juger de la nature d’une œuvre, d’une fondation quelconque, il suffit très souvent de

reporter les yeux sur les débuts de cett Sur l’auteur de cette fondation.

arbre est dans ses racines ;

e œuvre, La vie d’un l'avenir d’un peues origines. Quelle ‘est

intellectuelle et sociale ? Déjà vos Cœurs émus ont

désigné la France : et, en nommant cette patrie de nos âmes, ils évoquent, ils ressuscitent toute l’histoire du christianisme.

gloire qui ne s’éteindra jamais. ” Ces paroles si élogieuses provoqueront peut-être un sourire hésitant sur les lèvres e ceux qui ne considèrent que la Fran

nique et infidèle. Mais, hâtons-nous

RP hs Isa

ne

nés À 27077

Quand on descend d’une telle race, quand on compte parmi ses ancêtres des Clovis et des Charlemagne, des Louis IX et des Jeanne d’Arc, des Vincent de Paul et des Bossuet, n’est-on pas justifiable de revendiquer un rôle à part et une mission supérieure ? Par une heureuse et providentielle combinaison, nous sentons cireuler dans nos veines du sang français et du sang chrétien. Le sang français seul s’altère et se corrompt vite, plus vite peut-être que tout autre ; mélé au sang chrétien, il produit les héros, les semeurs de doctrines spirituelles et fécondes, les artisans glorieux des plus belles œuvres divines.

C'est ce qui explique les admirables sentiments de piété vive et de foi agissante dont furent animés les fondateurs de notre nationalité sur ce continent d'Amérique, et c’est dans ces sentiments mêmes que je trouve une autre preuve de notre mission civilisatrice et religieuse.

Qui, mes Frères, ne reconnaîtrait cette mission, en voyant les plus hauts personnages, dont notre histoire primitive s’honore, faire de l'extension du royaume de Jésus-Christ le but ‘premier de leurs entreprises et marquer, pour ainsi dire, chacune de leurs actions d’un cachet religieux ? Qui n’admettrait, qui n’admirerait cette vocation, en voyant, par exemple, un Jacques Cartier dérouler d’une main pieuse sur la tête de pauvres Sauvages les pages salutaires

; €n voyant encore une Mari nation et ses Courageuses

débarquées sur ces rives et baiser avec transpor.

qu’elles devaient illust vertus ? Est-ce done p saintes femmes, tant d’émi de religieux dévoués se $ une pensée commune et genoux, les national ?

ont été baignées, Martyrs? L'établiss en ces contrées serait-il une

re, et le flot qui nous déposa sur les bords du Saint-Laurent n’aurait-il apporté

au rivage que d’informes débris incapables

cimentées ement de

Non, mes Frères, e

encore que tout le reste

, C’est l'influence croissante exercée autour d’elle

1. FERLAND, Cours d'histoire du Canada, 1ère Part., p. 31. 2, CASGRAIN, Histoire de 1

"Hôtel-Dieu de Québec, p. 73.

rique sur les progrès de la foi et de la vraie civilisation.

Chose digne de remarque, et qui jette une belle lumière sur la mission d’un peuple : chaque fois que nos ancêtres, dans leurs courses d’explorations et même dans leurs guerres, vinrent en contact avec les rudes enfants des bois, ce fut pour les civiliser plutôt que pour les dominer ; ce fut pour les convertir, et non pour les anéantir. Que n’ai-je le temps de rappeler les travaux de nos évêques, en particulier de limmortel Laval, de nos prêtres, de nos anissionnaires, de nos découvreurs, de tous nos apôtres ? C’est d'ici qu’est partie l’idée religieuse qui plane aujourd’hui sur une large portion de l'Amérique septentrionale. C'est ici qu'ont jailli ces sources de doctrine, de vertu, de dévouement, dont les ondes se sont propagées d’un océan à l’autre, et, devançant nos grandes routes de feu, ont porté aux races étrangères les trésors de christianisme dont la nôtre est dépositaire.

Et cette influence si étendue jadis, si puissante et si bienfaisante, menacerait-elle maintenant de décroître ? Aurait-elle du moins perdu, par le fait d’influences rivales, son caractère propre et ce cachet de spiritualisme qui l’a rendue si remarquable dans le passé ? Ah! demandez-le, mes Frères, aux vénérables prélats qui, par leur présence au milieu de nous, ajoutent à ces fêtes

solides rochers au et houleuse.

aCadiens

1. L'on Célébrait, en même temps que les noces de diamant de la Société St-Jean-Baptiste, le Laval.

cinquantenaire de l'Univers; ‘é

blable à Par mirêt d’inliocèses.

ueil de té par lat, et ecourir tinent, a coues que > NOUS, terridont , touet de 1e de lante rères ‘euce ptaleur, par

Populum istum formavi mihi ; laudem meam narrabit. C'est moi, dit le Seigneur, qui ai formé ce peuple ; je l’ai établi pour ma gloire, dans l'intérêt de la religion et pour le bien de mon Eglise ; je veux qu'il persévère dans sa noble mission, qu’il continue à publier mes louanges.

Oui, faire connaître Dieu, publier son nom, propager et défendre tout ce qui constitue le précieux patrimoine des traditions chrétiennes, telle est bien notre vocation. Nous en avons vu les marques certaines, indiscutables. Ce que la France d'Europe a été pour l’ancien monde, la France d'Amérique doit l’être pour ce monde nouveau. Mais dans l’état social où nous sommes, à quel prix, mes Frères, et par quels moyens remplirons-nous efficacement cette mission ?

Quels sont les droits qu’elle comporte ? quels sont les devoirs qu’elle impose ? Voilà ce dont il me reste à vous entretenir.

Pour exercer parmi les nations le rôle qui convient à sa nature et que la Providence lui a assigné, un peuple doit rester lui-même : c’est une première et absolue condition, que rien ne saurait remplacer. Or, un peuple ne reste luimême que par la liberté de sa vie, l’usage de sa langue, la culture de son génie.

peuple ?

se mouine juste tempéraqu’il en it, l’au- Contre "upteur.

r, l’imins du rce de de ses

n’a porté si loin l'empire de son génie et n’a marqué d’une plus forte empreinte l'antique civilisation. J’oserai le déclarer: il importe plus à notre race, au prestige de son nom et à la puissance de son action, de garder dans une humble sphère le libre jeu de son organisme et de sa vie que de graviter dans l'orbite Je vastes systèmes planétaires.

Du reste, la vie Propre ne va guère sans la langue ; et l’idiome béni que parlaient nos pères,

séparer. La langue d’un peuple est toujours un bien sacré : mais quand cette langue s'appelle la langue française, quand elle a l’honneur de. Porter comme dans un écrin le trésor de la pensée humaine enrichi de toutes les traditions des

Pour répandre dans tous les esprits les clartés du vrai et les splendeurs du beau, pour mettre en lumière tout ce qui ennoblit, tout ce qui éclaire, tout ce qui orne et perfectionne l'humanité, que nous pourrons jouer un rôle de plus en plus

utile à l'Eglise, de plus en plus honorable pour nous-mêmes.

Et ce rôle grandira, croîtra en influence, à mesure que s’élèvera le niveau de notre savoir et que la haute culture intellectuelle prendra chez nous un essor plus ample et plus assuré. (Car, on a beau dire, mes Frères, c’est la science qui mène le monde. Cachées sous le voile des sens ou derrière l’épais rideau de la matière, les idées abstraites demeurent, il est vrai, invisibles Ê mais semblables à cette force motrice que personne ne voit et qui distribue partout avec une si merveilleuse précision la lumière et le mouvement, ce sont elles qui inspirent tous les conseils, qui déterminent toutes les résolutions, qui mettent en branle toutes les énergies. Voilà pourquoi l’importance des universités est si considérable, et pourquoi encore les réjouissances qui auront lieu demain sont si étroitement liées à notre grande fête nationale et en forment, pour ainsi dire, le complément nécessaire.

Ah! l’on me dira sans doute qu'il faut être pratique, que pour soutenir la concurrence des peuples modernes il importe souverainement d’accroître la richesse publique et de concentrer sur ce point tous ses efforts. De fait, tous en conviennent, nous entrons dans une ère de progrès : l’industrie s’éveille ; une vague montante de bien-être, d'activité, de prospérité, envahit nos campagnes ; sur les quais de nos villes la fortune souriante étage ses greniers d’abondan-

Page 1