‹ Discours et conférences. 2. sérChapitre 17 sur 38 · UN MOT DU " HAMILTON SPECTATOR · texte numérisé non relu

UN MOT DU " HAMILTON SPECTATOR

Un des journaux les plus détestables qu'il y ait dans toute la Confédération, le Hamiltoii Spectator, s'est fendu d'un mot spirituel à l'occasion de la visite du duc et de la duchesse d'York. Pendant que l'héritier du trône recevait les hommages de notre vieille cité, cette feuille hargneuse et fanatique a publié la phrase suivante: "Son Altesse Rovale est arrivée dans la province de Québec ; dans quelques jours seulement elle verra le Canada."

Nous citons de mémoire, les mots peuvent être changés, mais le sens est exact. La pensée que le Spectator a voulu exprimer, c'est que la province de Québec fait une tache d'ombre sur le ciel lumineux de la Confédération, et qu'il faut en sortir pour avoir une idée juste de notre beau pays.

Dans son intention, la parole du journal ontarien était injurieuse pour notre province. ^lais dans sa portée réelle, ce serait pour le reste du Canada qu'elle serait outrageante. En effet, le Hamiltoti Spectator a voulu établir une opposition, faire ressortir un contraste entre la province de Québec et les autres provinces cana-

diennes. Eh bien, nous affirmons que ce contraste, si contraste il y a, est tout à notre avantage.

Il est permis de douter que le regard de notre roi futur ait pu discerner à travers les réceptions, les démonstrations et les adrcvsses officielles, la physionomie véritable de notre province. Mais si Son Altesse a l'œil perçant, si des études préliminaires Vont préparée à comprendre vite les situations et les nuances, elle a dû se convaincre promptement que la naticmalité canadienne-française est l'nn des meilleurs éléments de l'empire. Sans doute, nous avons nos défauts et nos préjugés. Xous nous emballons quelquefois ; nous manquons tantôt de prévoyance et tantôt d'initiative. Mais nous avons, d'autre part, le droit de proclamer que nous sommes ].\ province la plus généreuse et la plus large de tout le Canadîl Ici pas de dénis de justice odieux, pas d'intolérance aveugle, pas de haine sectaire, mais la liberté pour tous, le droit commun pour tous, le respect de la conscience et de? convictions de tous. Ce n'est pas ici que le prince royal et sa gracieuse compagne ont pu voir des minorités opprimées, spoliées et pressurées, en dépit de la constitution et des tribunaux. Ce n'est pas ici qu'ils ont vu une inégalité choquante dans la répartition des lumneurs, des fonctions et des emplois, entre les différentes races

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qui constituent la nation. Je dis mal ; c'est ici, au contraire, qu'ils ont dû voir régner cette inégalité, mais au jjrofit de la minorité, de ceux qui sont numériquement et politiquement les plus faibles.

La province de Québec leur a donné le magnifique spectacle de la concorde, de Tharmonie, de la tolérance éclairée, de la paix religieuse et sociale. Elle leur a révélé un peuple à la fois traditionnel et progressif, épris du passé et jetant en terre des semences d'avenir, conservant dans sou cœur l'impéris-sable culte des gloires d'autrefois, la mémoire immortelle des apôtres et des héros français qui l'ont fait naître à la civilisation vt à la foi chrétiennes, et donnant librement au pouvoir nouveau, auquel la Providence a transféré la souveraineté de ce pays, l'adhésion sincère et réfléchie d'une loyauté d'autant plus ferme, qu'elle repose sur des doctrines plus inébranlables.

Voilà ce que Son Altesse le duc de Cornouailles et d'York a pu voir en traversant Québec et ^lontréaî. Il a entendu, de plus, des paroles dont il ne retrouvera pas ailleurs, au même degré, le souffle pur, l'élévation éloquente, les hauts ensei-gnements.

Puis, à côté de tous ces éléments de grandeur morale et politique, il a sans doute admiré les incomparables beautés que la main de Dieu a

semées sur notre sol, et qui servent de cadre magnifique aux œuvres splendides dues à la main des hommes: notre roval Saint-Laurent, uîjs majestueuses Laurentides, notre merveilleux Québec, notre superbe Montréal. A notre Palais législatif, sur nos arcs de triomphe, dans nos universités et nos couvents, il a vu s'épanouir le génie artistique et littéraire de notre race. Entin les entrepôts, les docks vastes et sûrs, les centaines d'institutions financières et commerciales, les foi^ts de cheminées altières, enseignes de l'industrie féconde, que nos métropoles lui ont laissé entrevoir dans son passage à travers nos rues, ont pu le convaincre que la province de Québec sait marcher d'un pas assuré dans la voie du progrès matériel.

Seulement, nous regrettons d'avoir à le confesser, il y a une chose que Son Altesse Eoyale n'a pas vue dans notre province, et qu'elle va voir ailleurs. C'est un journal étroit, méchant, petit, inintelligent, sectaire, fanatique, provocateur, artisan de discordes, fauteur de préjugés et exploiteur de haines comme le Spcctator de Hamilton.

On peut se consoler d'une telle lacune ! ^

Québec, 5 octobre 1901.

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