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MONSIEUR LE GOUVERNEUR, EXCELLENCE, MESSIEURS

“Le jour que nous célébrons": je n'ai jamais entendu sans émotion proposer ce toast traditionnel dans nos célébrations nationales, Cette simple formule comporte, en effet, un sens bien émouvant, Ni elle peut paraître singulière et obscure à l'étranger, présent, par hasard, à nos fêtes, pour nous, Messieurs, n'est-ce pas qu'elle est d'une merveilleuse éloquence ? “Le jour que nous célébrons", c'est un jour 4e ralliement et d'harmouie ; c'est un jour d'allégresse et de fra:

ternité sainte ; c'est un jour de souvenir et d'espérance ; pour tout dire, en un mot, c'est le jour, c'est la fête de la Patrie.

La Patrie ! quelle saisissante évocation nous avons eue, ce matin, de la réalité sublime sienifiée par ce nom auguste, Dans un cadre splendide apparaissait à nos regards émus le plus incom-

parable des tableaux. A nos pieds s'étendait ce! “atfoure d'eau belet délectable” dont parle Jacques Cartier, ce Saint-Laurent roval dont les flots majestueux ont pour nous de si profonds et de si times accents, Nur l'autre rive, Lévis étagonit SES Ditisons, ses clochers étincelants et ses verdovants bosquets. Là-bas l'ile d'Orléans jaillis- Sait du seia des eaux comme une gigantesque émeraud®, Plus loin se dessinaient les falaises de Beauport, coupées par lt nappe mouvante et artentée du Montmorency, et à Fhorizon se proti- Btient les mamelons bleuñtres et les erêtes fuvantes des Laurentides, qui semblaient se poursuivre dans une course effrénée, jusqu'à ce qu'ils allarssent se précipiter avec Je Cap Tovrmente dans les flots du grand fleuve.

Au-dessus de nos têtes, Je soleil radieux fhumbovait dans un ciel d'azur, faisait pleuvoir ses raivons d'or sur la terre et les ondes, et remplis- Suit l'espace de lumière et de vie, Au milieu de ce décor grandiose et féerique, soixante mille honimes étaient accourus, de tous les points de Phorizon, à appel d'une idée, sur le site du vieux fort et de Fancien château Saint-Louis, où Champlain exXpira, d'où Frontenac répondit à Ja somlation insolente de l'amiral bostonnais par la bouche de ses canons, où se rencontrèrent tant de gouverneurs, de prélats, d'intendants et de géné- Faux illustres, et S'agitéerent pendimt un siècle et

demi les plus chers intérêts de la Nouvelle-France, Confondus dans un même sentiment, chef d'Etat et pontifes, magistrats, législateurs, membres des professions libérales, des classes indusiielles et commerciales, hommes du labeur agrisole où menufacturier, nous étions 1à debout sur cette place fameuse, au-dessus de laquelle planaient les ombres de Champlain et de Montmagnv, de Tracy et de Laval, de Talon et de Frontenace, d'Iberville et de Jolliet, de Vaudreuil et de lt Galissonnière, de Montcalm et de Lévis, de tous nos apôtres et de tous nos héros. Nous étions là, foule immense et ondulante, parsemée de bannières et de drapeaux flottant dans la brise, et nous attendions quelque chose de grand. Soudain, un prince de l'Eglise monta les degrés de l'autel pacitique érigé à l'endroit même où éclatèrent jadis tant de clameurs guerrières. Pendant que le Credo de notrs foi religieuse S'élevait vers le ciel, il prononça les paroles mvstérieuses qui renouvellent chaque jour le prodige de la Rédemption, puis l'on vit briller entre ses mains l'Hostie propitiatoire. A ce moment tous les genoux fléchirent, tous les fronts se courbhè-

rent, les clairons sonnèrent, le canon tonna et sa voix retentissante alla faire redire aux échos de nos montagnes et de notre fleuve géant que le Canada français et catholique venait de décerner

au Christ roi le triomphe d'une adoration nationale.

Messieurs, vous avez vu comme moi ce spectaele émouvant, et il a fait battre votre cœur comme le mien. Il m'a semblé que ce n'était pas un hors-d'œuvre que d'essayer ici, ce soir, d'en retracer et d'en fixer les grandes lignes. Car ce décor magnitique, cette foule, ce pontife, ce Credo, cet autel, ces souvenirs du passé et ces splendeurs du présent, tout cela c'était la patrie, la patrie vivante et superbe, concentrée dans un point, résumée dans une scène, parée de tous les sourires de la nature et rayonnante de tous les prestiges de lhistoire, C'était la patrie, notre héritage et notre orgueil, notre patrie à nous, bien à nous, parce qu'elle à été découverte, fondée, fertilisée, défendue et illustrée par le génie, les vertus. les travaux, les sueurs et le sang, de nos explorateurs, de nos pionniers, de nos sollats et de nos MaArt\rs.

Vous aviez done bien raison, Messieurs, d'acelamer tout à l'heure le jour que nous célébrons, puisqu'il est la fête de ia patrie. Mais il est de plus pour nous un mémorable anniversaire.

La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec célèbre ses noces de diamant, Il y a soixante ans elle faisait son apparition sur la scène du monde, L'heure était triste et sombre. Nous traversions l'une des crises les plus périlleuses de notre exis-

tence nationale, Lorsque l'on étudie notre histoire, on est frappé d'un fait: c'est que peu de nations ont eu à livrer autant de combats et à subir autant d'épreuves, Durant plus de deux siècles, la foudre à grondé sur nos têtes et nous avons été secoués par tous les souffles de l'aquilon. La barbarie sanglante à failli nous étoutfer au berceau. Plus tard, l'invasion dévastatrice et la domination étrangère ont ouvert sous nos pas un gouffre qui devait être notre tombeau. Enfin, l'oppression et lostracisme politiques ont longtemps poursuivi notre anéantissement. Et cependant nous avons vécu, nous vivons et nous vi- Vronsx.

Mais en IS£2 bien des gens se demandaient si nous allions mourir. Le mouvement insurrectionnel de IST avait été étoutfé dans la flimme et nové dans le sang. L'échafaud politique avait fait parmi nous son apparition sinistre, L'exil avait complété l'œuvre de la mitraille et du gibet. Nos rangs étaient dévcimés, notre langue était proscrite, nos droits étaient foulés aux pieds, et l'éternel rac riclis retentissait contre nous de

toutes parts comme une clameur de haine et de vengeance, Qu'allions-nous devenir ? Notre race allait-elle être vouée sans retour à l'ilotisme ? La prophétie insultante que nous avait faite un de nos fanatiques ennemis allait-elle se réaliser, “eivers of wood and draivers of irater—fen-

mm». Et 2 PF

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