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deurs de bois et porteurs eau”, était-ce à le sort réservé aux descendants des vainqueurs de Carillon, de Sainte-Foy et de Châteauguay ? Messieurs, à ce douloureux moment, les âmes les plus fermes tremblèrent et doutèrent. “Ce n'était plus seulement avec inquiétude, à écrit M. Chauveau, c'était avec une grande crainte, c'était presque avec désespoir que l'on se demandait ce qui allait advenir de tout ce qui nous était cher. Queiquesuns disaient tout haut que l'on ne pouvait plus être ren dans ce pays à moins de se faire anulais... d'autres ajoutaient à demi-voix: et protestant.. Les gens qui voulaient décorer leur lâcheté d'un prétexte demandaient que Jon considérât la question au “point de vue pratique”; ils déclaraient qu'il était inutile de se faire illusion, qu'il valait mieux envisager le danger en face, qu'en supposant même que l'usage de notre langue fût toléré dans les documents officiels, nous aurions bien de la peine à nous faire entendre dans un parlement où nous serions toujours en si petit nombre. De là, ils concluaient à la déchéance graduelle de la langue française dans toutes nos maisons de haute éducation, et pour être sûrs d'y arriver, ils recommandaient de faire de l'anglais la langue enseignante, an moins pour une partie du cours d'études. Nos lois et nos uKitges, disaient-ils, n'étaient après tout que des vestiges du passé ; nous avions tout à gagner en les
échangeant pour des institutions plus en harmonie avec les besoins de la société moderne, Ils ne voulaient pas attaquer le catholicisme, ils ne l'au- ‘aient pas osé quand même, mais il est bien à craindre que, pour quelques-uns au moins, l'apostasie religiense n'eût suivi de près l'apostasie nationale si ce mouvement n'eût été arrêté”. Grûces en soient rendues à Dieu, il fut arrêté, Mes- Sieurs, ce mouvement de double apostasie. Et ce scra la gloire impérissable de la Société Saint- Jean-Baptiste d'avoir été l'une des forces qui l'ont enrayé. Ce fut en 1842, à cette heure de doute, de confusion, d'appréhensions poignantes, qu'elle entra en scène sous l'impulsion généreuse d'hommes dont les noms doivent être répétés avec reconnaissance aujourd'hui, les Bardy, les Aubin, les Taché, les Rhéaume, les Plamondon, les Caron, ete. Elle arbora l'étendard national, elle emboucha le elairon des revendications patriotiques, elle groupa les volontés, elle rallia les courages, elles ressuscita l'espérance, “En avant! en avant! cria-t-elle, qui aime la patrie me suive !” Et à son appel vibrant, notre peuple, un moment affaissé sur le bord de la voie douloureuse qu'il avait jalonnée des lambeaux de sa chair et arrosée de son Sang, notre peuple se ranima, se redressa, et reprit sa marche vers l'avenir.
Je n'entreprendrai pas de faire l'historique de l'époque qui s'est écoulée depuis 1842, et qui a vu
Ps
notre relèvement, Durant ies soixante dernières années, que de chemin nous avons pareouru !
Notre langue a obtenu son droit de cité, nous avons conquis ia liberté constitutionnelle, nos chefs se sont fait une large place dans les conseils de l'Etat, nos institutions se sont affermies et développées, notre nationalité s'est manifestée avec éclat dans toutes les sphères de l'activité politiqueet sociale, Aujourd'hui le Canada français est plus fort, plus débordant de sève et de vitalité qu'il ne l'a été peut-être À aucune autre époque de son histoire. La Société Saint-Jean-Baptiste n'a pas la folle présomption de vouloir s'attribuer tout le mérite des victoires remportées ; elle réclame simplement sa part d'honneur, comme elle a eu sa part de luttes et de sacrifices.
J'ai dit “le Canada français”, j'aurais dù ajouter “et catholique”, car c'est bien Jà ee que nous sommes, Et Dieu veuille que nous le soyions toujours ! Toujours catholiques et toujours francais, voilà notre rôle, voilà notre caractère distinetif, Voilà notre vocation historique, voilà notre grandeur et notre gloire.
Nous sommes catholiques, et comment ne le serions-nous pas ? L'Eglise catholique à été Ta mère de toutes les nations modernes, mais il semble qu'elle ait eu pour notre petit peuple de spéciales tendresses. Elle à veillé sur notre berceau avec une indicible sollicitude ; elle nous a Aonné
Sins compter des apôtres et des saints; elle à fuit s'épanouir parmi nous une merveilleuse floraison de vertus chrétiennes, qui ont arraché des cris d'admiration même à des historiens hostiles; elle a fécondé notre sol du sang de ses martyrs; elle à partagé et consolé tous nos deuils ; elle a été la fortifiante compagne de nos épreuves ; elle à rempli auprès de nous la fonction dévouée d'éducatrice et de conseillère ; et c'est grâce à elle que Nous avons pu réparer nos défaites et préparer nos victoires. Maintenant que nous sommes parvenus à l'âge viril, nous ne saurions, sans la plus étrange aberration, laisser Se rompre on même S'affaiblir les liens qui nous unissent à elle, Que dis-je, nous ne saurions, Sans nous être intidèles à nous-mêmes, nous montrer infidèles à l'Eglise ! Notre défection ou notre indifférence religieuses nous infligeraient une déchéance sociale et politique, Car l'action catholique fait partie intégrante de notre tradition nationale, et constitue l'un des meilleurs éléments de notre prestige, Par elle, nous ravonnons sur toute l'Amérique du Nord; par elle, nous reculons les frontières de notre influence ; par elle, nous prolongeons notre donia ae moral bien au-delà des limites de notre domaine territorial ; par elle, nous envoyons nos prêtres et nos religieuses faire bénir notre nom au milieu des glaces du Nord et sous le ciel brû-
lant du Midi ; par elle nous promenons notre dra-