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LES ORIGINES DE NOTRE SOCIÉTÉ NATIONALE

On a déjà raconté les débuts de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. Cependant, en feuilletant nos vieux journaux, nous avons trouvé à glaner encore quelques épis dans le champ fertile des souvenirs ; et d'ailleurs les évocations patriotiques ne sont-elles pas de celles dont on peut dire: “bis repetita placent.”

La société Saint-Jean-Baptiste de Montréal avait été fondée par Ludger Duvernay, en 1834. Le 2{ juin de cette année, un banquet de soixante couverts environ eut lieu dans le jardin de M. MeDonell, avocat, sous la présidence de M. Jacques Viger. En 1835 et en 1836, il y eut encore à Montréal des banquets du même genre, sous la présidence de M. Denis-Benjamin Viger. Puis survinrent les sombres jours, les jours de deuil, de larmes et de sang, que nos pères eurent à traverser en 1837 et en 1838. L'échafaud eut ses victimes, la terre d'exil eut ses proscrits. Duvernay lui-même dût s'expatrier pour sauver sa tête. Pendant plusieurs années il ne fut plus

question de chômer la fête nationale. Les blessures étaient encore trop cruelles et les plaies trop saignantes.

Cependant, lorsque les lois d'exception eurent été remplacées par une constitution nouvelle, lorsque le régime de l'Union,—créé pour nous asservir,—eut commencé à fonctionner, les Canadiens français de cette époque sentirent le besoin de se grouper, de concentrer leurs forces, de réunir en un faisceau puissant les énergies nationales pour résister aux périls qui nous menaçaient de toutes parts. Cette fois, le mouvement commença à Québec. Le 16 juin 1842, le Fantasque, de satirique et impérissable mémoire, publiait les lignes suivantes:

“Vendredi de la semaine prochaine, 24 juin, est le jour consacré au patron que les Canadiens ont adopté, et cependant nous ne voyons pas qu'il soit faits aucuns préparatifs pour le fêter dignement et d'une manière nationale. Notre apathie pour tout ce qui pourrait tendre À réunir tous les Canadiens sous une commune bannière est vraiment déplorable ; cependant nous ne désespérons pas de voir revivre cette fête que Montréal à célébré deux fois d'une manière si brillante, lors des beaux jours du patriotisme... Il est trop tard maintenant pour monter une célébration sur un grand pied à Québec ; mais il nous semble, cependant, qu'avec un peu de bonne vo-

lonté, on pourrait organiser un modeste banquet en famille, auquel se joindraient ceux de nos citoyens qui tiennent à voir lèguer à ceux qui nous suivront quelque gage de nationalité. Nous le répétons, il y a encore assez de temps pour faire une petite fête. A Montréal, il n'a fallu qu'un ou deux jours à M. Ludger Duvernay..,

“Si la jeunesse veut profiter de cette occasion pour se montrer encore une fois zélée, nous la prions de s'empresser, Car le temps est court. Ceux qui seraient disposés à célébrer la Saint- Jean-Baptiste par une réunion à la portée de tout le monde, sont priés de laisser ieurs noms à ce bureau, d'ici à samedi prochain."

M. Aubin publiait cet entrefilet dans son journal, Sept jours seulement avant le 24 juin. Cependant, on se mit à l'œuvre avec entrain. Le dimanche, 19 juin, une assemblée assez nombreuse se réunissait à l'hôtel de tempérance de M. Maheux. Le Dr Bardy était appelé au fauteuil et exposait le but de la réunion. Puis étaient adoptées des résolutions ayant pour objet de créer une association nationale sous le vocable de Saint-Jean-Raptiste, et de célébrer le 24 juin par une messe et un banquet. M. Bardy fut nommé président de l'association, M. Aubin, vice-président ; MM. Rhéaume et Huston furent nommés secrétaires.

Le 24 juin 1842, conformément au programme

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improvisé en deux ou trois jours, il y eut proces. Sion, messe solennelle à la cathédrale, et le soir, banquet à l'hôtel de la Cité (City Hotel). Des discours Y furent prononcés par MM, Bardy, Ca. lon, Chauveau, Cauchon, Bellean, Etienne Parent, Derome et autres Le matin, le Sermon avait été prononcé à la cathédrale par M. Chi Niquy, qui était réservé à une retentissante et si infamante renommée, M. l'abbé Chini- AUX à préché à la messe, ce matin,” disait Le Canadiens “il a délivré un sermon patriotique SUE la tempérance, cause à laquelle il traaille avec un dévouement si méritoire depuis longtemps." La tempérance était, en ce moment, à l'ordre du Jour, Au banquet point de liqueurs fortes, On lisait dans le comptérendu publié par le Canadien du ?7 juin :

“Les amis de la tempérance apprendront avec plaisir qu'il ne s'est bu à ce repas aucune bois- Son enivrante ; la limonade, la bière de gingembre, la bière d'esprit d'épinette et le sirop de Citron ont fait tous les frais du boire, et l'on S'est amusé tout aussi bien, mieux peut-être, que Si le vin eût ruisselé à flots sur la table ; et, le lendemain, l'on n'a Pas eu à payer les plaisirs d'une veillée par aucun malaise, aucune indisposition.”

Cette célébration de 1842 n'était toutefois qu'un impromptu. Au cours de l'article que nous

venons de citer, le Canadien, disait : % Dans quelque temps, dans quelques jours, nous l'espérons, il va être pris des démarches pour organiser sur une plus large base la société Saint-Jean- Baptiste, qui n'en est encore qu'au provisoire." L'espoir exprimé par M. Etienne Parent dans son journal, se réalisa bientôt, Au mois d'août, les journaux de Québec publièrent des avis par lesquels on convoquait une assemblée pour “la réorganisation de la société Saint-Jean-Baptiste.” Cette assemblée eut lieu le 3 août, Elle fut présidée par M. François Buteau, et M. Michel Tessier agit comme secrétaire. Le 17 août ent lieu une nouvelle réunion présidée par M. René- Edouard Caron, à laquelle fut adopté le “plan d'organisation et de règlements” de la société. Enfin, le 31 août, l'association fut définitivement constituée, et les messieurs suivants furent choisis pour agir comme ses officiers-généraux : Président, l'honorable RE. Caron ; présidentadjoint, Dr Bardy ; trésorier, Louis Massue ; sous-trésorier, F.-X, Méthot ; secrétaire-archiviste, N. Aubin; commissaire-ordonnateur, L.-G. Baillargé.

Doit-on considérer que la fondation véritable de la société Saint-Jean-Baptiste de Québec ne date que de cette assemblée du 31 août 1842, ou faut-il la faire remonter à la réunion du 19 juin précédent ? Le nouveau président, M. René

lit DISCOURS ET CONFÉRENCES

Edouard Caron, semblait incliner pour le premier sentimen,, lorsqu'il prononçait les paroles suivantes au banquet de 1843:

“Quelques-uns de nos jeunes concitoyens plus énergiques, plus courageux, plus hardis que Îles autres, sautant avec gaieté par-dessus les difficultés et les obstacles qui jusque-là nous avaient arrôtés, ont à la fin réalisé l'objet de nos désirs, en improvisant, l'an dernier, à la veille même du jour où devait être célébrée notre fête nationale, une association qui, quoique temporaire et préliminaire, de l'aveu même de ceux qui l'avaient formée, a eu l'effet de donner naissance à notre société actuelle, que nous pouvons regarder aujourd'hui comme parfaitement et complètement organisée.”

D'un autre côté, l'association improvisée en juin 142, toute “temporaire et préliminaire” qu'elle eût été, n'en avait pas moins “donné naissance à la société actuelle.” Cette question peut paraître assez oiseuse aujourd'hui ; mais il nous

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