UN MOT DU * HAMILTON SPECTATOR
Un des journaux les plus détestables qu'il y ait dans toute la Confédération, le Hamilton Spectator, s'est fendu d'un mot spirituel à l'occasion de la visite du due et de la duchesse d'York. Pendant que l'héritier du trone recevait les hommages de notre vieille cité, cette feuille hargneuse et fanatique a publié la phrase suivante: “Son Altesse Royale est arrivée dans la province de Québec ; dans quelques jours seulement elle verra le Canada.”
Nous citons de mémoire, les mots peuvent être changés, mais le sens est exact. La pensée que le Spectator à voulu exprimer, c'est que la province de Québec fait une tache d'ombre sur le ciel lumineux de la Confédération, et qu'il faut en sortir pour avoir une idée juste de notre beau pays.
Dans son intention, la parole du journal ontarien était injurieuse pour notre province. Mais dans sa portée réelle, ce serait pour le reste du Canada qu'elle serait outrageante. En effet, le Hamilton Spectator a voulu établir une opposition, faire ressortir un contraste entre la province de Québec et les autres provinces Cana
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diennes, Eh bien, nous affirmons que ce contraste, Si contraste il y a, est tout à notre avantage.
[Test permis de douter que le regard de notre roi futur ait pu discerner à travers les réceptions, les démonstrations et les adresses officiel. les, la physionomie véritable de notre province, Mais si Son Altesse a l'œil perçant, si des études préliminaires l'ont préparée à con.orendre vite les Situations et les nuances, elle a dû se conaincre promptement que la nationalité cana.
dienne-française est l'un des meilleurs éléments de l'empire, Sans doûte, nous avons nos dé.
fauts et nos préjugés. Nous nous emballons quelquefois ; nons manquens tantôt de prévoyance et tantôt d'initiative, Mais nous avons, d'autre part, le droit de proclamer que nous sommes là province la plus généreuse et la plus large de tout le Canada, Ici pas de dénis de justice odieux, pas d'intolérance aveugle, pas de haine Sectaire, mais la liberté pour tous, le droit commun pour tous, le respect de la conscience et des convictions de tous. Ce n'est pas ici que le prince royal et sa gracieuse compagne ont pu voir des minorités opprimées, spoliées et pressurées, en dépit de la constitution et des tribunaux. Ce n'est pas iei qu'ils ont vu une inégalité choquante dans la répartition des honneurs, des fonctions et des emplois, entre les différentes races
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qui constituent la nation. Je dis mal ; c'est ici, au contraire, qu'ils ont dû voir régner cette inégalité, mais au profit de la minorité, de ceux qui sont numériquement et politiquement les plus faibles.
La province de Québec leur a donné le magnifique spectacle de la concorde, de l'harmonie, de la tolérance éclairée, de la paix religieuse et sojale. Elle leur a révélé un peuple à la fois traditionnel et progressif, épris du passé et jetant en terre des semences d'avenir, conservant dans son cœur l'impérissable culte des gloires d'autrefois, la mémoire immortelle des apôtres et des héros français qui l'ont fait naître à la civilisation vt à la foi chrétiennes, et donnant librement au pouvoir nouveau, auquel la Providence a transféré la souveraineté de ce pays, l'adhésion sincère et réfléchie d'une loyauté d'autant plus ferme, qu'elle repose sur des doctrines plus inébranlables.
Voilà ce que Son Altesse le duc de Cornouailles et d'York a pu voir en traversant Québec ct Montréal, Il a entendu, de plus, des paroles dont il ne retrouvera pas ailleurs, au même degré, le souffle pur, l'élévation éloquente, les hauts enseignements,
Puis, à côté de tous ces éléments de grandeur morale et politique, il a sans doute admiré les incomparables beautés que la main de Dieu a
semées sur notre sol, et qui servent de cadre ma- #nifique aux œuvres splendides dues à la main des hommes: notre royal Saint-Laurent, nus majestueuses Laurentides, notre merveilleux Québec, notre superbe Montréal. A notre Palais législatif, sur nos ares de triomphe, dans nes universités et nos couvents, il a vu s'épanouir le génie artistique et littéraire de notre race. Enfin les entrepôts, les docks vastes et sûrs, les ventaines d'institutions financières et commerciales, les forêts de cheminées altières, enseignes de l'industrie féconde, que nos métropoles lui ont laissé entrevoir dans son passage à travers nos rues, ont pu le convaincre que la province de Québec sait marcher d'un pas assuré dans la voie du progrès matériel.
Seulement, nous regrettons d'avoir à le confesser, il Y a une chose que Son Altesse Royale n'a pas vue dans notre province, et qu'elle va voir ailleurs. C'est un journal étroit, méchant, petit, inintelligent, sectaire, fanatique, provocateur, artisan de discordes, fauteur de préjugés et exploiteur de haines comme le Spectator de Hamilton.
On peut se consoler d'une telle lacune ! 1
Québec, 5 octobre 1901.