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LE 8 NOVEMBRE

MOXSEIGNEUR, !

MESDAMES, MESSIEURS

Le 19 mai 1660, la ville de Québec assisiait à un spectacle aussi inusité qu'émouvant. La population consternée voyait les religieuses Ursulines, conduites par Mer de Laval, sortir du cloitre, dont elles ne franchissaient jamais l'enceinte, et se dirixer tristement vers le collège des Jésuites, situé en face de l'église paroissiale, à l'endroit précis où s'élève aujourd'hui notre hotelde-ville, Quelques instants après, les religieuses de l'Hôtel-Dieu Sy rendaient aussi, En même temps le Saint-Sacrement, enlevé de Ja paroisse et des chapelles de ces deux communautés, était transporté chez les révérends Pères Jésuites Cette scène impressionnante mettait À son

l.—$Sa Grandeur Mgr Roy. évêque auxiliaire de Québer,

comble l'alarme qui régnait dans la ville, Depuis cinq jours l'anxiété étreignait tous les cœurs. Le 15 mai, en effet, un captif iroquois, torturé par les Algonquins, avait révélé l'imminence d'une formidable incursion des barbares ennemis de la Nouvelle-France. Une armée de huit cents de ces farouches guerriers, auxquels devaient bientôt venir se joindre quatre cents autres, était déjà rendue dans les îles du Richelieu, et se préparait à fondre sur Québec, avec le dessein, disent les chroniques de l'époque, “d'enlever la tête à Ononthio, (c'est-h-dire au gouverneur), afin que le chef étant mort ils pussent plus facilement mettre tout le pays à feu et à sang.” A cette nouvelle un souffle de terreur avait passé sur la capitale embryonnaire de la colonie française, On savait de quelles horreurs étaient enpables ces hordes altérées de carnage, ces sinistres leveurs de chevelure, qui ne respectaient ni l'âge ni le sexe, qui massacraient jusqu'aux femmes et aux enfants, qui déjà étaient venus accomplir leur sanglants exploits sous le canon même de Québec. On se demandait comment la poignée de braves qu'on leur opposerait pourrait arrêter ce torrent dévastateur.

La retraite des religieuses à la résidence des Jésuites fit paraître le péril encore plus imminent. “Quand les habitants, écrit la mère de l'Incarnation, nous virent quitter une maison

aussi forte que la nôtre, ils furent si épouvantés qu'ils crurent que tout était perdu. Ils abandonnèrent aussi leurs maisons et se retirèrent, les uns dans le fort, les auties chez les révérends Pères, les autres chez Mgr notre évêque, et les autres chez nous, où nous avions six ou sept familles logées, tant chez nos domestiques que dans nos parloirs et offices extérieurs. Le reste se barricada de tous côtés dans la basse-ville, où l'on posa plusieurs corps de garde.” Dans ces conjonctures si critiques, le gouverneur, M, le vicomte d'Argenson, ne négligea rien pour raffermir les courages, et préparer la défense. IE visita les maisons religieuses pour constater si elles étaient en état de résister à une attaque, A vrai dire, Québec, à cette date, n'était qu'un boure ouvert de toutes parts. Le monastère des Ursulines, situé à peu près sur son emplacement actuel, constituait presque un poste avancé Le fouverneur le fit fortifier, Il faut lire la des- Cription de ces travaux dans les lettres de la Mère de l'Incarnation : “L'on posa, dit-elle, deux Corps Ce garde aux deux extrémités de notre maison La faction s'y faisait régulièrement.

L'on fit quantité de redoutes dont la plus forte était proche de notre écurie, pour défendre la grange d'un côté, et l'église de l'autre, Toutes nos fenêtres étaient garnies de poutreaux et murailles à moitié avec des meurtrières. L'on

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avait fait “es défenses Sur nos pe Trons. Il y avait des ponts de communications d'un appartement à un autre et même de notre maison à celle de nos domestiques, Nous ne pouvions même sortir dans notre cour que par une petite porte à moulinet, où il ne pouvait passer qu'une personne à la fois, En un mot notre monastère était converti en un fort gardé par vingt-quatre hoimmes bien résolus, Quand on nous fit commandement de sortir, les corps de garde étaient déjà posés. J'eus la permission de ne point sortir afin de ne pas laisser notre monastère à labanden de tant d'hommes de guerre, à qui il me fallait fournir les munitions nécessaires tant pour la bouche que pour la garde. Trois autres religieuses demeurèrent avec moi, mais il faut que je vous avoue que je fus sensiblement touchée voyant qu'on nous Ôtait le Saint Sacrement, et qu'on nous laissait sans Jui, Une de nos sœurs, nommée de Sainte-Ursule, en pleurait amèrement et devint inconsolable, J'acquiesçai néanmoins à la privation la plus sensible qui me pouvait arriver." La même annaliste, dont les écrits sont si précieux pour notre histoire, nous apprend que le collège des Jésuites était comme “un fort fermé de bonnes murailles où l'on était en assurance," Les Ursulines et les Hospitalières y occupèrent deux appartements séparés du grand corps de logis Tous les soirs on y condui-

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suit les religieuses, que l'on ramenait chez elles sur les six heures du matin. Il en fut ainsi pendant huit jours. Les sauvages chrétiens “étaient “banés dans la cour des Jésuites et à couvert de leurs ennemis.”

En cette dernière quinzaine de mai 1660, Québee avait vraiment l'aspect d'une ville assiégée ; de tous côtés on ne voyait que préparatifs de dé fense poursuivis avec une hâte tiévreuse. Tout le monde était sous les armes ; et lorsque la nuit venait jeter sur la ville son manteau de ténèbres, si propice aux surprises, le “qui vive” des sentinelles et des patrouilles indiquait que la vigilance du jour ne S'endormait pas durant les heures nocturnes.

Cependant le temps S'écoulait, Le mois de juin commençait à faire éclater les bourgeons, et emibaumait les brises du parfum des sèves printanières. Et l'ennemi annoncé ne pa aissait pas. Les environs de Québec, toutefois, n'étaient pas sans périls. De féroces rôdeurs y venaient audacieusement chercher curée. C'est ainsi qu'une famille réfugiée à la ville, ayant voulu al'er faire quelques travaux sur sa terre, V@TS le Petit-Cap, la mère et quatre enfants tombèrent entre Îles mains d'une bande de huit Hurons renégats, Iroquois d'adoption. Le gouverneur, averti, dépêcha aussitôt un parti de Français et d'Algonquins pour les intercepter. Ceux-ci réussirent à faire

tomber dans une embuscade les ravisseurs, dont plusieurs furent tués et les autres faits prisonniers, Ces derniers, condamnés par les Alsonquins à périr dans les flammes, se convertirent int de mourir, et confirmérent les nouvelles alairmantes données le 15 mai par le premier Captif. HS se déclarèrent même tout Surpris que les bandes iroquoises ne fussent pas déjà à Qué. bee, ajoutant qu'il fallait alors que les Trois: Rivières fussent assiégées, Ceci renouvela ton. tes les appréhensions, Une chaloupe envoyée avec des soldats à la découverte n'était point revenue, non plus que deux autres qui avaient remonté le fleuve quelques jours auparavant, Le 8 juin on annonça que l'armée ennemie approchait, qu'elle était même en vue. Le Moment décisif était donc arrivé, et chacun se prépara à combattre et à vaincre, où du moins à vendre chère. ment sa vie, Tout le jour S'écoula dans une fé. brile attente, mais la flottille barbare ne doubla point le Cap Diamant, La nuit vint, nuit de veille inquiète et de guet anxieux. Tout à coup, vers minuit, on signale des embarcations, Sont-ce les premiers canots de la horde iroquoise ? Non, ce Sont les chaloupes dont on craignait la perte, Les nouvelles étonnantes dont elles étaient les messagères, en faisant soudain succéder la sécurité aux alarmes, plongèrent la population de Québec à la fois dans la douleur et l'admi ‘ation,

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Et les chants d'allégresse, provoqués par la délivrance d'un etfroyable danger, s'accentuerent d'une note de tristesse à la pensée du funèbre holocauste qui en avait été le prix sanglant,

Qu'était-il done arrivé ? Quelle intervention inattendue avait conjuré Île péril? Quelle puissince surhumaine avait détourné le coup fatal dont était menacée la Nouvelle-France ? Cette puissance, c'était celle du dévouement et de l'héroisme chrétiens, se manifestant dans une im molation dont la sublimité n'est surpaissée par aucune autre, je ne dirai pas simplement dans notre histoire, mais dans l'histoire de tous les peuples.

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Au printemps de 1660, 14 avait à Villemarie un jeune officier que sa valeur et ses qualités militaires désignaient spécialement à l'estime de ses chefs Il avait servi sous les drapeaux, en France. M, de Maisonneuve l'ayant persuadé de l'accompagner à Montréal, en 1657, il était bientôt devenu l'un des commandants de la garnison, Un cœur de preux battait dans sa poitrine.

était âgé de vingt-cinq ans, et s'appelait Adim Dollard des Ormeaux.

Lorsque l'on apprit à Montréal, au mois d'avril 1660, que les Iroquois avaient résolu de se

Fier sur li Nonvelle France Pour La nover dune le Kane, Le jeune Coiandant avait CONGU HUISStot un héroïque dessein, 1] irait, avec une poiwnée d'hommes, au devant de cos barbares, il leur Ji VréPait un combat sans merei, ilen ferait une for midible hécatombe: ot, uoique devant Süeeomber 4 la fin sous Je nombre il donnerai HUX envi hissours une telle idée de a Vileur francaise, of Une telle crainte de S'eXposer davantage à us COUPS CUS battraient on retraite, et renonce. aient À leurs Projets sur Montréal], les Trois. Rivières et Québec. Dollar ComMunIqUua cette intrépide resolution à sojze ieunes colons de l'air lemarie, ot Jus ettlinma du fon NICEE Qui const Mai Son cœur. Tous Promirent de le suivre. M. de Maisonneuve nt put refuser «a sanction À tant de dévouement et de courage, Et les dix sept braves se Préparèrent à aller Seuls barrer Ja ron. te à tonte une armée, composée des Suerriers Les Plus redoutés de l'Amérique du Nord,

Lei, Messieurs, nous entrons de plein pied dans l'épopée, et nous n'en Sortirons qu'au dénonement de ce récit tragique, Ces dix-sept Vaillants, il savent bien qu'ils s'en vont à la mort! Jls font leur testiment et y consignent leurs volon. tés dernières : ils Stpprochent du sacrement de Pénitence, et vont recevoir le pain des forts à la table eucharistique, Puis, an Pied des saints ‘utels, dans le petit Sanctuaire de l'Hôtel-Dien

de Montréal, ils font le solennel serment de one point demander ni aceepter quartier, et de se battre tant qu'il leur resterioun souffle de vie, Leur entreprise était d'une extraordinaire har

diesse, Jamais encore, depuis la fondation de Villemarie, dixhuit ans plus tôt, les colons né taient partis en campagne Contre Pfroquois, en dehors de File de Montréal. Et cette lois une petite bande allait rencontrer etes barbares foin du fort et des habitations. Tant de vaillance exeitait lardeur et Fenvie d'honnmes comme Le maior Lambert Closse, Chartes Lemoynes et Picoté de Belestre, qui, brilant du désir de se join dre à l'expédition, demanderent a Dollard de la retarder jusqu'apres les semailless ee qui teur eût permis de Paceompasner. Mais, dans sa bounil lante impatience de rencontrer l'ennemi, Le jeu: ne commandant ne voulut accepter antenn délai. Et le 19 avril 1660 il S'embarquait en canon avec ses se'26 COIMpALnOons. Une première esearinont che Fattendait presque en vue de Montréal, Avant découvert nn parti d'Iroquois en embus cade dans une île, il les charge avec tint dim pétuosité, qu'ils prirent la fuite, Ce premier combat lui coûta la vie de trois hommes. Il retourna à Villemarie afin de leur faire donner la sépulture, et trois autres braves étant venus renplacer ceux qui étitient tombés les armes à la main, il repartit pour chercher l'ennemi en re-

Montant la rivière. “Déterminés qu'ils étaient À mourir en combattant pour la religion et le pays, écrit l'abbé Faillon, ils firent avant de partir, un adieu général à leurs amis et à tous les colons, Comme ne devant plus les revoir dans ce monde, et S'embarquèrent de Nouveau avec une grande quantité de munitions de guerre, pleins de cœur et d'intrépidité."

Le plan de l'expédition, CONÇU par Dollard et approuvé par Maisonneuve, était d'aller se poster sur l'Ottawa, pour guetter et attaquer au Passage plusieurs centaines d'Iroquois, qui avaient durant l'hiver battu les forêts de cette récion, Les difficultés fluviales retinrent Dollard pendant huit jours dans les Courants rapides du bout de l'ile. Enfin, après avoir franchi ces obstacles, la petite troupe arrivait le premier mai at pied du Long-Sault, sur Ja rivière des Outaousis, à une dizaine de lieues plus haut que l'île de Montréal, Un misérable retranchement, fait de mauvais pieux, construit par une bande d'Algonquins l'automne Précédent, s'élevait en cet endroit, dans une très dés: ‘antagense situation, étant éloigné de l'eau et commandé par une éminence, Dollard se détermina Pourtant à y attendre les Iroquois. T1 était campé en ce lieu depuis peu de temps, lorsqu'il vit arriver quarante Hurons commandés par un chef nommé Anontaha, et quatre Algonquins sous un Capitai-

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