‹ Discours et conférences [microforme]Chapitre 43 sur 53 · MGR LE PRESIDENT, MESSEWGNEURS, MESDAMES, MESSIEURS · texte numérisé non relu

MGR LE PRESIDENT, MESSEWGNEURS, MESDAMES, MESSIEURS

Appelé à clore la série des discours prononcés durant ce Congrès, je me sens tenté d'être ingrat, et de témoigner autre chose que de la reconnaissance aux auteurs du programme, pour le redoutable honneur qu'ils m'ont fait. Prendre la parole, après la fête d'éloquence et de poésie dont nous goûtons l'enivrement, c'est rompre le charme qui nous à tous si puissimment captivés, Pardonnez-moi de vous faire descendre des haute rs où l'inspiration lvrique et oratoire vous à fait planer, et rappelez-vous,

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si cela est nécessaire Pour Vous induire à être bienveillants, qu'en ce moment je suis, autant que Vous, victime des circonstances,

Les jours si pleins d'émotions fortes et dou- CESCQUE nous venons de traverser ont dù d'ail leurs vous Prédisposer à l'indulgence fraternelle, Qu'il à fait bon, n'est.ce Pas, Messieurs, de nous

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trouver tous réunis dans un échange mutuel de

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Souvenirs, d'idées, de sentiments, d'aspirations

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et d'espérances ! Quel Spectacle nous avons eu,

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et disonsle sans fausse modestie, quel specti cle nous avons donné ! En voyant se suceéder DON SGANCes, nos délibérations, nos cérénhooies eU nos célébrations, je me disais que c'était Jà quelque chose de plus grand et d'une plus hante portée qu'un Congrès ordinaire, et que nons 4s- Sistions Vraiment aux Etats généraux de la lanue française en Amérique,

Pour marquer le terme de ces solennelles js.

semblées, on m'a chargé de traiter devant vous un trés Vaste sujet: La langue, gardienne de la foi, des traditions, de la nationalité. Rassurez. vous, je ne ferai que l'effleurer, et que Signaler brièvement à votre üttention quelques-unes des idées qui s'en dégagent.

Messieurs, la langue est la gardienne de la foi. Qu'est-ce à dire, et comment peut se démon: trer cette proposition ? Pour y arriver, je ne vous demanderai pas de me suivre dans les détours d'une longue et aride dissertation, Je me bornerai à évoquer quelques vérités très simples et absolument incontestables, L'homme est un être enseigné, I l'est non seulement an point de vue des connaissances naturelles et de la scien: ce profane, il l'est aussi au point de vue de la science divine et des idées surnaturelles, Nous ne naissons pas avec la foi ; nous la recevons à l'heure où la raison accuse en nous son premier éveil. Et comment la recevonsnous ? Par la parole. C'est le verbe paternel et maternel qui apporte la foi à nos intelligences et à nos âmes, La parole humaine est le véhicule de la foi divine, F'ides er auditu, disait dans sa langue rapide et forte le grand apôtre des gentils. Mais ce verbe, par qui s'opère la transmission de la foi, quel en est le signe et l'organe ? C'est la langue apprise à l'enfant par la mère, en même temps qu'elle lui prodigue ses sourires et ses baisers, c'est la langue maternelle qui accomplit cette œuvre auguste. C'est elle qui est l'intermédiaire, l'admirable truchement de la foi, Ah! Messieurs, que ne pouvons-nous nous attarder de-

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vant ce spectacle émouvant et sublime: une mère penchée sur le petit être qu'elle a porté et nourri, guettant l'éclosion de son intelligence et la naissance de sa pensée, pour y déposer, de ses douces lèvres et de son âme croyante, 12 semence immortelle de la foi religieuse ; et deverant ainsi doublement mère, parce qu'elle donne à son enfant la foi, après lui avoir donné la vie.

Mais cette foi, que nous avons reçue d'autorité, elle ne saurait rester dans ce premier état. A mesure que les facultés de l'enfant grandiront, elle se développera progressivement. Peu à peu l'enfant raisonnera sa foi, il en découvrira les fondements, il en verra croître les elartés, il en réconnaitra les certitudes, Et ce doit être l'œu- Vre première, l'œuvre fondamentale de toute éducation rationnelle que de donner à la foi reli. “ieuse toute l'expansion, tonte ]n solidité qu'eile

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doit avoir, Lei encore ce sera a parole qui remplira cette noble tâche. L'enseignement de l'école, l'enseiynement de l'église, continueront celui de la mère et du père de famille, Et l'organe de cet enseignement sera toujours la langue familière et chère apprise sur les enoux maternels, Voici l'enfant parvenu à l'âge d'homme, C'est Un crovant, c'est un chrétien. Vous pouvez l'af. firmer aujourd'hui. Mais le pourrez-vous demain ? Oui, si la foi reçue d'autorité, développée par l'enseignement, continue à s'alimenter

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par l'instruction. C'est principalement l'instruetion religieuse qui assure la continuité et la perpétuité de la foi. Et, pour le grand nombre, c'est l'instruction religieuse parlée ; c’est la prédication, c'est l'exposition, l'explication, le commen taire, constamment renouvelés, de la doctrine, qui sauvegardent la pureté et la fermeté des croxances, et les maintiennent au premier plan de la vie, Voilà pourquoi la chaire chrétienne a été l'une des plus grandes et des plus bienfaisantes institutions que le monde ait connues. Semeuse de vérité et dispensatrice de lumière, elle est restée debout au milieu des écroulements de {rûnes et des effondrements d'empires, parce que de son verbe dépendait la survivance de la foi à travers les siècles Supposez que, dans une société, l'enseignement chrétien se taise, et que son silence persiste durant une longue période ; inévitablement vous verrez baisser Ir foi, vous la verrez pâlir, altérer, s'affaiblir et S'éteindre. Supposez encore que cet enseignement cesse de se faire entendre dans l'idiome ecoutumier, qu'il cesse d'atteindre l'esprit par la langue familière, par Ja langue comprise sans effort, par la jante des premières prières et des premiers credos, par la langue qui fait partie de notre être intelce: tuel et moral, par la langue qui a construit en nous l'édifice des connaissances, des eroyances, de la mentalité intime. Cet enseignement sera

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comme la semence de Ja parabole évangélique, qui tombe sur le roc stérile. Il restera sans efficacité et sans fruit. Ce verbe, qui devait être vie et lumière, ne sera plus qu'un flambeau fu MeUX, SANS ravonnement et sans chaleur. Et si cet état dure, il Yaura dans les intelligesces à. dns les âmes obseureissement et. refroid's<e. MENT A moins que ces conditions ne soient modifiées par quelque intervention providentiel le. on verra, après quelque temps, l'indifféron. tisme remplacer Ja croyance, et le culte de 14 matière S'étaler triomphant sur les ruines de Ia morale et de la foi. Pour que Ta foi vive dans une Société, il faut que le verbe apostolique v soit toujours vivant et vibrant ; et il faut qu'il se communique par un organe dont l'entendement Soit accessible À tous.

On nrobjectera vainement qu'il est poxsibli de conserver Ja foi, au milieu de conditions ad. Verses, par la culture, par l'effort, par l'étude individuelle, Je Je CONÇOÎS et je N'y contredis Pas, Mais je parle ici principalement de Ja f me, de ceux dont le Christ a dit: misercor MUpOr Lure bon. Je parle des collectivités et des multitu des. Et, appuvé sur la raison, sur l'expérience, et sur l'histoire, je erois avoi® droit de soutenir que, pour un peuple, Pour une Société, entourés, enveloppés, assrillis, sollicités, par des éléments

hétérogènes quant aux crovances et an lingace,

une des meilleures sauvegardes de lai foi ances trale, c'est la langne des ancêtres, le parler qui a fait pénétrer en nous Îles premières elartés du surnaturel et du divin.

A ce point de vue, Messieurs, il va en, vous le savez, dans notre histoire, un moment décisif Le dixième jour de février 1563, leurs Majesté le roi de France et le roi de la Grande-Bretagne coneluaient un traité de paix, dans lequel apres l'article où était stipulé la cession du Canada à l'Angleterre, se Tisait le suivant: Sa Majesté britannique, de son côté, consent d'accorder lai liberté de la religion catholique aux habitants du Canada. Elle donnera en conséquence des ordres les plus efficaces que Ses DOITVETUX sijets catholiques romains puissent professer le eulti de Jeur religion selon les rites de l'Eglise de NE me, autant que les lois d'Angleterre le permet tent." Messieurs, si, au lendemain de ee traité, protitunt de cette rédaction singuliére, de éette contradiction infligée par la restriction finale an reste de Particle, les vainqueurs eussent 06 transplanter iei leur législation pénale et em bastiller notre clergé dans ses dispositions draco niennes ; si, d'autre part, arguant du silence des eapitulations et du traité, et proserivant l'usage publie de notre langue nationale, ils etis sent, combiné l'ostracisme avec la persécution, ei bâillonné le verbe français dans la chaire ebré.

tienne ; si la langue de Bossuet, la langue de Laval et de St-Vallier eût cessé, pendant un quart de siecle, pendant un demi-siècle, de retentir Sous les voûtes de nos temples, qui peut dire quel eût été le résultat ? Serait-il téméraire de penser qu'avec le silence de la chaire française, avec l'abolition du catéchisme français, la foi des aïeux eût graduellement perdu son rayonnement et Son emprise ; que les contacts avec l'élément étranger, les infiltrations protestantes, l'action sans contrepoids des relations d'affaires et de société, le jeu naturel des intérêts et des amb!tions, eussent produit à la longue leur dissol vant effet, et qu'après deux ou trois générat ons peut-être, on eût pu constater l'extinction du catholicisme comme religion nationale sur les rives du Saint-Laurent ? Messieurs, Dieu ne l'a pas voulu, Se servant de causes secondes, dont il serait inutile d'exposer jiei l'action, avee La Ji berté de la langue, il a sauvé du naufrage la liberté de la chaire, la liberté de l'enseignement catéchistique, Et, du même coup, la perpétuité de Ia foi catholique à été conservée à notre peuple, Gloire au Dieu de Champlain, de Maisonneuve et de Laval la langue de la vieille France a sauvegardé Ta foi de la France nouvelle, Et, grace à elle, continuant ai chaîne des traditions anti: AUCSS NOUS VOS Du, nous aussi, écrire dans l'his-

toire de l'Amérique du Nord les gesta Dei per Francos.

Ces gesta Dei. des essaims de notre race sont allés les écrire à leur tour loin des rives laurentiennes. Et pour eux aujourd'hui, comme pont nous jadis, c'est encore la Jangue qui garde la foi. Ah ! comment ne leur adresserais-je pas ici un salut fraternel, à ces vaillants qui luttent làbas, à l'Est et à l'Ouest, contre tant de diffieultés et de périls ; à ces inlassebles tenants de notre nationalité, Catholiques et canadiens-francais, ils veulent léguer à leurs enfants le double héritage des aïeux, la langue et la religion de leurs pères. Et is savent qu'au milieu des vastes agglomérations humaines secouées par tant de souffles divergents, leur langue est le plus sûr rempart de leur foi. Cette conviction double leur vaillance dans la lutte qu'ils soutiennent contre l'assimilation et l'abdication nationales, Puissent. leur courage et leur constance triompher des malentendus, dissiper les défiances, désarmer les hostilités, et conquérir Ja victoire finale due à tant d'héroïques combats !

Messieurs, gardienne de Ja foi, la langue est

aussi gardienne des traditions. Et tout ce que je viens de dire en était d'avance une démonstrai

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tion manifeste, En effet, parmi Jes traditions d'un peuple, les traditions religieuses ne sontelles pas les plus nobles et, Les plus essentie!les ” Ce sont elles qui lui donnent ses meilleures #aranties de grandeur et de durée, Ce sont elles SUFOUt qui peuvent Jui assurer ces deux inestimables biens: Ja Stabilité et la justice. Nous vivons dans un âge qui a Souvent montré peu d'estime pour Ja tradition, et qui, hâtons-novs de l'ajouter, à fréquemment en lieu de “en re. pentir. Vous êtes-vous parfois arrêtés, Mesda. mes et Messieurs, à scrnter le sens profond de Ce mot, prononcé si souvent qu'il est cvenu, comme bien d'autres, semblable à ces monnaies courantes dont un long usage à effacé le relief ? Tradition vient qu mot latin tradere, qui veut dire donner, livrer, remettre, Faire tradition d'une chose, c'est la livrer, c'est Ja remettre : quelqu'un. Vous VOYeZ immédiatement que, Pour un peuple, les traditions ce Sont les choses qu'une génération remet à la génération qui la Suit. Et voilà qui, d'un seul COUP, nous fait coin Prendre quelle importance elles ont, quelle place elles oceupent dans la vie d'une nation. Les tra. ditions sont la chaîne qui relie le présent an patssé. Par elles les sociétés sentent qu'elles ne sent Point un accident né du hasard, à un moment fortuit du emps, mais qu'elles sont au contraire le produit d'un long effort et d'une ieute élabo-

“ation. Grâce à elles les hommes d'aujourd'hui reconnaissent qu'ils sont bénéficiaires des tra vaux et de l'expérience des hommes d'autrefois, Et, à cette lumière, ils comprennent la vrande lecon de solidarité que les peuples ne peuvent iméconnaître sans péril Is voient qu'ils font partie d'une coilectivité pensante et agissante, qui existait hier, qui survivra demain, dont le rôle antérieur détermine et explique celui de l'heure àetuelle, lequel à son tour influera sur celui de l'heure à venir. Les traditions ce sont les enseiwnements, ce sont les avertissements, ce sont les éclaircissements du passé projetés sur le présent, Heureux les peuples qui ont des traditions, milheur aux peuples qui n'en ont pas, où qui n'en ont plus ! Dieu merci, Messieurs, DOUS el VOTES, Et nous les chérissons comme l'un des plus précieux trésors de notre héritage. Traditions familiales, traditions paroissiales, traditions soit les, traditions nationales, un grand nombre d'entre elles sont d'antique origine, nées anx vieilles terres françaises, Bretagne, ou Normandie, ou Lle-de-France, Elles ont vivifié notre culte, elles ont modelé nos coutumes, elles ont faconné nos mœurs. Et si vous me demandez de les earacté riser en deux mots, je vous répondrai en Vous disant qu'elles sont avant tout et par dessus tout catholiques et françaises. Catholiques, par Îles pratiques eultuelles qu'elles ont implantées chez

nous, par l'intime alliance qu'elles ont mainte. he entre l'Eglise et le peuplé, par l'esprit a postolique dont elles ont SAns cesse avivé la flamme au cœur de notre race, et qui à fait de nous, Comme de la vieille mère Patrie, une nation mis. Sionnaire, Françaises, par les habitudes domestiques, par les mœurs sociales, par les SOUVenirs, les récits et les légendes, par les fêtes et les chants Populaires, par les ‘inniversaires joyeux OU LTAVES,. Ah ! oui, au point de vue religieux COMME Au point de vue national, nous sommes restés profondément traditionnels. Et nous le Sommes restés parce que nous avons conservé la lingue de nos aïeux. Qui ne voit, en effet, que l'instrument nécessaire de cette transmission de génération à génération, dont je parlais tout à l'heure, c'est ln langue, La langue est le canal où coule la tradition, Et si elle se dissolvait, la tradition se perdrait. Sans doute, si notre lan- Rue avait disparu an Milieu de Ja crise tragique OÙ nous avons failli périr, dans la dernière partie du dix-huitiôme siècle, la solution de conti. nuité n'aurait Pas produit d'un seul COUp tous ses efTets, Mais Peu à peu on aurait vu S'élargir le fossé entre hier et aujourd'hui, Le naufrage de la langue anrait éraduellement entrainé celui des traditions. Voyez Simplement ce qui arrive dans certiines familles, où le malheur des circonstances fait perdre aux enfants l'usage de la langue

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maternelle, Plus d'une fois, au bout d'une ou deux générations, les descendants ignorent absolument l'histoire de la famille dont ils sont issus, et dont, souvent, ils ne savent même plus prononcer le nom.

Messieurs, je crois qu'il est inutile d'argumenter longuement sur ce point, Si, pendant les années qui ont suivi la date fatidique de 1763, l'an. glais avait progressivement et sûrement supplanté chez nous le français, on peut facilement con: jecturer où en seraient aujourd'hui dans notre société la tradition catholique et la tradition française, après un siècle et demi d'anglicisation.

Mesdames et Messieurs, que vous dirais-je davantage ? La langue française a gardé la foi, elle à gardé les traditions du Canada français. Est-il besoin d'ajouter qu'elle a gardé également notre nationalité. Eh ! qu'est-ce done que la nationalité, si ce n'est pas la foi nationale, si ce ne sont pas les traditions nationales, si ce n'est pas la langue nationale elle-même ? Tonus ces éléments constitutifs, nous les possédons, Nous les possédons depuis trois siècles. Nous les possédons encore, un siècie et demi après la rupture du lien politique qui nous unissait à la vieille mère patrie de qui nous les tenons. Is ont sur-

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vécu au cataclysme où notre ancien régime s'est effondré, Is ont survécu à la domination de la France sur les vastes territoires conquis jadis à Son drapeau par nos explorateurs, nos soldats, nos pionniers et nos apôtres. Ils ont résisté à la lerséeution comme à la séduction, Loin de dé. croitre, ils se sont développés, ils se sont forti. tiés, ils manifestent incessamment sous nos veux leur énergie puissante, Et ce n'est pas devant cet auditoire, au terme de nos grandes assises nationales, que je dois insister pour affirmer leur eXpansion victorieuse et leur vitalité triomphante,

On a quelquefois discuté, dans nos assemblées parlementaires, li question suivante: Le Canada est-il une nation ? Messieurs, ce n'est ici ni le feu nile moment d'aborder ce problème, auquel il peut avoir plusieurs solutions différentes, suivant le point de vue auquel on se place, Ce Congres n'est pas constitué en autorité pour trancher un semblable débat, Mais S'il ne nous appartient pas de décider que le Canada est une nation, au sens politique et diplomatique du mot, parlant pour nous, et nous limitant à la constatation d'un fait historique et social, nous avons bien le droit de proclamer que les Canadiens franais sont une nationalité. Oui, sur cette terre d'A: mérique, où toutes les races humaines semblent s'être donné rendez-vous, nous occupons une pla-

DISCOURS ET CONFÉRENCES 369 ce à part. Nos origines, disons-le avec une légitime fierté, sont d'une illustration sans rivale, Nous avons un passé, nous avons des souvenirs, nous avons une histoire, nous avons une physionomie, nous avons un nom, et tout cela nous constitue une personnalité nationale, qui, plus que jumais durant les grands jours que nous venons de vivre, a fixé sur nous les regards et l'intérét intense de l'Amérique du Nord.

Cette personnalité, Messieurs, quelle en est, avant tout, li marque distinetive 2 N'est-ce pas la langue ? Oui, la langue, la chère et noble lanvue francaise, est le signe national dont nous SOMMES MAFqUes, Compatriotes de lt province laurentienne, frères venus de plus loin et accourus dans notre vieux Québec pour retremper vos énergies, et raffermir vos espoirs au fover de la race, c'est la langue de nos communs aïeux qui est le Tien sacré par lequel sont unis nos intellisences et nos cœurs. C'est elle qui nous à sardé notre foi ; c'est elle qui nous a gardé nos traditions ; c'est elle qui nous redit les gloires, les luttes et les épreuves du passé, pour nous tracer les routes de l'avenir ; c'est par elle que nous communions tous ensemble dans la mémoire des ancêtres et dans le culte de la patrie, Langue de la famille et de l'école, de la chaire et de l'enseignement catholique, do souvenir et de la prière, lan-

£ue tutélaire et préservatrice, il était juste qu'elle

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reçût de nous l'hommage d'un grand Congrès national comme celui qui s'achève,

Mesdames et Messieurs, l'œuvre que nous avions projeté d'accomplir durant cette semaine historique, est terminée, Dans quelques instants nous allons nous séparer, tout frémissants encore d'inoubliables émotions, Et demain chacun de nous s'en ira reprendre la tâche spéciale à laquelle est vouée sa vie. Mais de ces délibérations solennelles et de ces grandioses assises, nous sortirons, n'est-ce pas, le cœur enflammé d'un amour plus profond, d'une passion plus ardente pour notre idiome national.

O langue de la douce et glorieuse France, dont le Sang généreux coule duns nos veines ! langue de nos découvreurs, de nos fondateurs, de nos héros et de nos martyrs ! langue de Champlain, de Maisonneuve, de Brébeuf, de Laval, de Marie de l'Incarnation, de Marguerite Bourgeois, de rontenac et de Montcalm ! Nous t'avons donné, tu le sais, à maintes reprises, des preuves de notre attachement fidèle. Mais après ces jours passés sous ton égide, laisse-nous te le dire, nous t'aimons davantage et d'une tendresse plus consciente et plus enthousiaste, Tous les esprits cultivés saluent en toi l'une des éclosions les plus magnifiques du génie occidental. Tu es faite de souplesse et de force, de grâce et d'harmonie. Tu as la puissance et le charme, la sonorité et le rvth-

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me, l'ampleur et la précision. Tu possèdes surtout la clarté souveraine, qui illumine tout ce que tu touches, et qui fait régner la lumière jusque dans les domaines les plus obscurs de l'abstraction, La merveilleuse variété de tes formes sait rendre toutes les innombrables nuances et toutes les infinies subtilités de la pensée. La philosophie et les sciences, l'éloquence et la poésie, la politique et les arts, trouvent en toi un instrument et un organe également propices à leurs manifestations,

Mais, par dessus toute cette beauté et tous ces dons royaux qui sont en toi, tu as pour nous des titres encore plus intimes et plus chers, Tu as veillé sur notre berceau, tu as jeté dans notre sol vierge les germes féconds qui ont produit tant de moissons glorieuses. Verbe de France, ei messagère du Christ! c'est toi qui, la première de toutes les langues enropéennes, as fait vibrer les échos de nos vallées et de nos fleuves, de nos forèts et de nos lacs immenses. C'est toi qui, triomphant de l'espace et de la barbarie, as conquis à la civilisation presque tout notre continent septentrional, et porté la parole chrétienne et francaise du golfe Saint-Laurent au golfe du Mexique, et de l'Atlantique aux Montagnes Rocheuses. Partout on y retrouve ton empreinte et ton signe, ‘ar c'est toi qui, partout, as nommé les fleuves, les rivières et les monts. Ah ! tu peux bien

‘ es Sens : laisser glapir l'envie, langue conquérante, aposs tolique et civilisatrice ! Quoi qu'on dise et quoi Ù qu'on fasse, on ne pourra jamais te ravir la gloire l d'avoir été dans cette partie du nouveau monde d le héraut de la lumière, et d'avoir baptisé l'Amérique.

| Pour nous, qui te devons tant d'actions de gràces, nous te saluors, au dernier soir de ce Con-

grès, de nos acclamati ns reconnaissantes ; nous 1 E jurons de rester fidèles à ton culte, et nous t'a- | dressons la parole qui formule en même temps notre résolution et notre promesse de survivance nationale, au Canada et jusque par delà ses fron-

tières: £sto perpetua !

Comme annexes naturelles de ce discours, nous croyons devoir insérer ici quatre articles de M. Chapais, où il est question de la langue française, des raisons de sa permanence en notre pays, de ses vicissitudes et de son histoire constitntionnelle au Canada.

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