‹ Discours et conférences [microforme]Chapitre 44 sur 53 · LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA · texte numérisé non relu

LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA

Des expressions d'opinion, des déclarations récentes ont soulevé une vive controverse de presse, et provoqué une très profonde émotion dazs toutes les sphères de notre société, Il s'agit d'une question délicate et importante, celle de la dualité des langues au Canada. Le Bulletin du parler français ne saurait rester muet dans un débat si grave, où se trouvent en jeu les intérêts de l'idiome aueuel il consacre ses études et ses travaux.

La langue française à des ennemis de préoccupations et de mentalités diverses, en notre pays. Elle en à dans l'ordre civil et politique, elle en a dans l'ordre religieux. Aux uns et aux autres il convient peut-être de rappeler d'abord, d'une facon très précise et très catégorique, que l'existence du français parmi nous est le résultat d'un fait historique qu'il n'est au pouvoir de personne de supprimer, Le français existe, le français se parle, s'écrit, s'imprinie, s'enseigne, se propage au Canada, pour la raison très simple et très inéluctable que le Canada à été fondé par la France, il y a eu trois siècles en juillet 1908. La colonie implantée alors dans la vallée du Saint- Laurent semblait à peine viable. Elle ne se com-

Re né ©

TRE Er SEE PAR

APerienneapmens:

cé. die ne ds

posait que d'une poignée d'hommes, Et cependant cette poignée d'hommes a pénétré, évangélSé, conquis à la civilisation chrétienne nn territoire immense, A l'œuvre des découvreurs et des pionniers a succédé celle des fondateurs et des organisateurs, Petit à petit une société s'est formée ici avee tous ses rouages, un peuple s'est constitué, une vie nationale s'est épanouie, Bien des orages les ont battus, bien des périls les ont menacés, bien des désastres les ont aceablés. Mais en dépit de tout, la nation canadienne, obiet d'une protection providentielle, à résisté et grandi. Et au bout d'un siècle et demi, elle était solidement assise sur les deux rives du Saint- Laurent, maîtresse du sol, et S'appuyant sur de très fortes institutions civiles et reliscieuses. Voilà le premier fait historique, que l'on peut envisager à tous les points de vue que l'on voudra, mais qui existe, qui s'est incrusté dans l'histoire et qu'il faut bon gré mal gré reconnaitre. Nur ce fait est venu s'en Juxtaposer un autre, non moins indéniable, Après cent cinquante ans d'existence, la nationalité canadienne-française a Subi un cataclysme, Elle à été violemment séparée de la vieille mère patrie, livrée à la souveraineté d'une nation rivale, privée de tous les movens de recrutement et de ravitaillement, soumise à toutes les tentatives, à toutes les influences, à tous les efforts de coercition et de Sé-

C2 on ot

duction de nature à lui faire perdre sa langue et sa foi, Elle aurait pu succomber à cette formidable épreuve. D'autres peuples vaincus ont tléchi au milieu de semblables tempêtes et perdu leur entité distincte, Le nôtre se trouvait exposé à la même douloureuse fortune. On nous le prédisait, et l'on anticipait sur fe prochain avenir où nous serions fusionnés, assimilés, anglicisés, Dieu ne l'a pas voulu. fuutile d'indiquer ici les raisons de notre survivance française: nous ne voulons qu'en signaler la réalité. Et cette réalité est éclatante, Non seulement nous avons survéeu au catacivsme de 17959, mais nous nous sommes fortifiés, nous nous somimes merveilleusement multipliés, nous avons conquis de nouveaux domaines, nous avons développé et perfectionné nos institutions nationales, Aujourd'hui, les 60,000 Canadiens francais, cédés à l'Angleterre en 1563, Sont devenus deux millions d'hommes, dont la vitalité et l'énergie S'affirment à la fois dans l'ordre économique et dans l'ordre politique, Voilà un second fait historique que l'on ne saurait davantage écarter ni méconnaitre,

Or, ces faits dominent toute la question actuellement débattue. Le Canada a été découvert, colonisé, évangélisé, fertilisé, civilisé, par des hommes de langue et de race françaises, Ces hommes ont fondé ici un peuple que la conquête anglaise n'a pas fait périr, qui, au contraire, s'est prod'-

gieusement accru, qui à projeté au loin des rejetons pleins de sève, et qui, continuant les ancé- Ires, à accompli dans l'Amérique du Nord une uvre apostolique et civilisatrice dont il à raison d'être fier,

Yatil au Canada un seul de nos concitoyens anglais où irlandais qui puisse contester ces deux faits ? Assurément non. Eh bien, alors la question est réglée, Comment des hommes de bon SDS pourraient-ils songer à disputer l'usage public, habituel, et officiel de leur langue, à deux millions de Canadiens français, qui sont iei chez eux, qui représentent les premiers oceupants du sol, qui, depuis trois siècles, ont parlé, chanté, prié dans cette langue, et qui, avec elle, ont porté la lumière et les bienfaits de la civilisation jusqu'aux extrémités du continent ? C'est l'existence incontestable et incontestée, c'est la persistance incontestable et incontestée de ces faits, qui ont déterminé et fixé le “status” de la langue française au Canada. Sans doute, il y a eu des hésitations, des tâtonnements, des reculs, mais l'éloquence toujours vivante, la pression toujours croissante de la réalité historique, ont fait tout plier devant elles : et les hommes d'Etat anglais, au sens éminemment pratique, ont fini par juger qu'il était d'une Sage politique de consi. #ner en des textes constitutionnels la constat.

'ejeneéune Son

‘CTIS eUx 1eSbon pu- GUIX hez du ité, IN LE ion is CT:

its,

tion d'une situation impossible à modifier, parec qu'elle résultait de trois siècles d'histoire,

La dualité de langage en ce pays est done une chose toute naturelle, toute simple, et toute com: préhensible, quand on daigne jeter un coup d'œil sur nos origines et les vicissitudes de notre exis tence nationale, Il y a deux langues au Canada, parce que le Canada est dû à la collaboration de deux grandes races: la race française qui Da fondé, évangélisé et civilisé ; la race anglaise qui est venue plus tard, à l'ombre d'un nouvean driper mbole d'une souveraineté nouvelle, tra ve er à son développement. son accroissement et à sa prospérité,

A quoi songent done ceux qui s'imaginent qui les deux millions de Canadiens français vont maintenant consentir honteusement à fouler aux pieds leur passé, à renier leurs traditions, à abindonner la langue harmonieuse et claire légnée par les ancêtres ? Quelle aberration criminelle serait celle des gens qui croiraient pouvoir à leur arracher des lèvres.—je dis mal, la leur arra-

! qu'on essaie, et

cher de l'âme ! Allons donc :

l'on verra !

La langue française, chez nous, est un fait d'ordre social, politique, et religieux, dont ceux qui ne l'aiment pas feraient soienx de prendre leur parti. À quoi bon discerter sure les avant ges conférés à un pays par l'unité de langue, par

l'unité de race, et l'on devrait ajouter par l'uni. té de religion, Nous connaissons tout cela.

Mais ici, comme en d'autres PAYS, cette unité

M'eXIStE pas et n'est Pas réalisable, nous venons d'indiquer POUrFqQUOI A défaut d'unité, travail. lons done à posséder, à maintenir l'union, la con. corde, et l'entente, Par le respect de nos libertés et de nos droits mutuels: tel est le devoir de tous les bons citoyens, Ce devoir, les Canadiens fran. Çais S'en sont toujours acquitté loyatement et #énéreusement dans la province de Québec, où ils sont l'immense Majorité, Les groupes de Jan sue anglaise et de culte non catholique + ont joui et y jouissent de la plénitude de leurs droits, EE possèdent même de très amples priviièves, Somines-nous dé “tisonnables, quand nous de- Mandons qu'on agisse envers les nôtres, dans les Provinces anglaises, Comme nous agissons ici ep. vers les minorités enclavées dans notre popula. tion ?

Nous ne le sommes Pas davantage, lorsque NOUS NOUS Voyons forcés d'élever une protestition contre l'hostilité que manifestent à nos com- Patriotes, en certains endroits, dans le domaine Scolaire et religieux, des hommes dont nous res- PéCtons le caractère et l'autorité, Je Ja question de la dualité des langues se pose pour nous dans des conditions Particulièrement douloureuses, En vertu des considérations historiques dévelop-

+= : a meme nr Ge gage mncmicees emmener

pées plus haut, nous tenons pour absolument invontestable que partout où existent, en ce pays, des groupes importants de Canadiens français, leurs droits quant à l'usage publie de leur lanue doivent être reconnus, Or voici que dans une région d'Ontario, où nos compatriotes se comptent par milliers, où ils sont une forte tua. jorité dans un grand nombre de paroisses, où leur influence est assez considérable pour leur avoir obtenu d'être représentés par un des leurs à la législature et au ministère, on travaille à faire disparaître le français dans les écoles Et cet assaut ne leur est pas livré par le pouvoir politique, mais par un pouvoir beaucoup plus auvuste à leurs veux, au sein méme de la famille religieuse dont ils sont les fils dévoués ! Des patriotes et des catholiques pourraient-ils être soumis à une plus cruelle épreuve ?

Laissons de côté la question individuelle et allons au fond du conflit. Il y a au Canada comme aux Etats-Unis, toute une école de catholiques de langue anglaise dont l'idée fixe est que, dans les pays où domine l'élément anglo-saxon, le catholicisme doit être coûte que coûte anglosaxon. Peu importent les diversités ethniques, les mentalités différentes, les légitimes préférences nationales, Il faut fusionner, unifier, assimiler, établir le règne exclusif de l'anglais à

u80 DISCOURS ET CONFÉRENCES ' | l'église et à l'école, Eh ! bien, quels que soient (| | les tenants de cette thèse, qui ne se formule pas 1 toujours aussi hardiment, mais qui se dénonce : SOUVeNt par de sourdes manœuvres, nous nous | insurgeons de toutes nos énergies contre une 0 telle conception et une telle tendance, Nous af:

firmons qu'elles sont contraires à la justice, au d droit naturel, à l'intérét publie, et que dans no: | tre pays, elles sont à la fois anticanadiennes et

inticatho!iques, Anticanadiennes, parce qu'el- \ les prétendent donner un démenti à notre his- | toire, qu'elles attaquent une possession d'état karantie par nos lois, qu'elles contiennent un ferment de discorde et de luttes fratricides, Anticatholiques, parce qu'elles compromettent ja discipline, créent un réel péril pour la foi, et Méconnaissent, par lenr tyYrannique exelusivisme, l'esprit de notre sainte mère l'Eglise, qui a toujours su se faire toute à tous et parler toutes les langues, atin d'être entendue de tous ses enfants, La vraie thèse, la thèse juste et conforme à la tradition chrétienne, c'est que nulle part on ne doit demander à des catholiques de renoncer à leur langue et de renier leur race pour demeurer catholiques. Leur poser cet odieux dilemme, audacieusement ou insidieusement, ce serait un crime digne de toutes les réprobations.

| a s a —— Ld A] Ten ou men rémn om EE

soient le pas nonce HDous ‘une us af- 'e, au IN Noen et qu'el- » hisl'état t un Anit a il, et sivisqui a tous ses

à la 1 ne er À urer auun

Le

La nationalité canadienne-française a traver sé de durs orages, résisté à de rudes assauts, et triomphé de redoutables épreuves. Après avoir lutté pour l'existence, elle a vu luire des jours plus heureux. La liberté et li paix ont été le fruit de ses combats, Avec cette ère nouvelle, sa puissance d'expansion s'est affirmée, et elle a établi de florissants essaimes au delà de la vieil le province laurentienne, dans l'Ontario, Je Ma nitoba et le Nord-Ouest, Elle ne demande pour eux, là-bas, que ce qu'elle à obtenu elle-même iei, et ce qu'elle accorde aux autres avec bonheur, la paix et la liberté, Ni le fanatisme sectaire on des calculs égoïistes les leur refusent, elle s'en afflige et S'en émeut, Mais elle frémit vraiment d'angoisse et de douleur, lorsqu'on lui dit que ses enfants lointains sont menacés dans leurs droits nationaux, dans l'héritage sacré des aïeux, par des ministres de la foi à laquelle elle à donné, de l'Atlantique au Pacifique, et des flots ensoleillés du golfe mexicain ju'‘qu'aux régions glacées de la mer boréale, la fleur de son apostolat et le plus pur sang de ses veines. Tdéaliste et généreuse, elle se demande si elle doit croire à la possibilité d'un aussi stupétiant attentat, Et, dans l'anxifté poignante qui la torture, elle s'écrie: Que ce calice me soit épargné, et que l'on ne voit pas des pères et des frères dans la

mers

foi du Christ essayer de tuer sur des lèvres Canadiennes-françaises le verbe évangélisiteur, civilisateur, et libérateur, de Brébeuf e de Jolliet et de Marquette, de Lav sis, de Marguerite

carnation !1

Rif nier rs

t de Jogues, al et de Ples- Bourgeois et de Marie de l'In-

en nd dé GE Jai lé 2" dé s ere

mir =

ne

4 1.—Cette étude ñ ï français”,

a été publiée dans le “Bulletin du Parler en octobre 1910.

‘una- FAITES Ples-

l'In-

er

Page 1