PRONONCEE AU CERCLE CATHOLIQUE DE QUEBEC, LE 23 OCTOBRE
Mesdames,
Messieurs,
Le pamphlet et la satire sont certainement une des formes les plus vivantes et les plus amusantes du génie littéraire dans tous les pays et à toutes les époques. Mais je n'ai pas conçu l'ambitieux dessein de venir ici ce soir en faire l'historique et en retracer les phases à travers les siècles. Ce serait trop vaste entreprise. Je veux me borner à jeter un rapide coup d'oeil sur les productions les plus fameuses en ce genre que les lettres françaises aient vu naître dans notre siècle, et à esquisser un tableau d'ensemble des pamphlétaires et des satiriques français contemporains, en usant largement, en abusant peutêtre du droit de citation.
n y a eu des satiriques et des pamphlétaires en France aux différentes époques de son histoire. Il y en a eu au moyen âge, où certains fabliaux et certains romans étaient de véritables satires des mœurs contemporaines, entre autres le Moman du Renard^ qui est un des plus curieux monuments littéraires de
cette période. Il y en a eu toute une floraison au seizième siècle, où la Réforme et la Ligue ont fait éclore des centaines de ces productions mordantes, dans lesquelles se donnaient carrière la verve et l'esprit gaulois. La satire Ménippee est la plus célèbre de toutes ces œuvres de polémique ardente.
Après la Ligue et sous le règne de Henri IV, Mathurin Régnier brilla dans la satire en vers. Au dix-septième siècle la Fronde vit naître les Mazarinades et tant d'autres écrits caustiques, écho des baines, des luttes et des rivalités du temps. Un peu plus tard, avec Boileau apparut la satire classique souvent étincelante de verve et vouant ses infortunées victimes aux sifflets de la postérité.
Au dix-huitième siècle, Voltaire,
ce singe de génie
Chez l'homme en mission par le diable envoyé,
comme Victor Hugo l'a appelé un jour, avant de se prosterner devant sa statue. Voltaire attaque par l'ironie et le sarcasme les dogmes et les lois. Et Gilbert, doué d'un véritable talent satirique, pousse, avant de mourir à l'hôpital, quelques cris d'indiffnation dont l'accent nous émeut encore.
L'aurore de la Révolution commence à poindre. Beaumarchais entre en scène, et ce pamphlétaire incisif et spirituel se fait applaudir de la vieille société française en préparant sa déchéance. Voici 1789 ; un déluge de pamphlets inonde la France. Tout le monde met la main à la plume : Sieyès, Rivarol, Chamfort, les deux Mirabeau, Mirabeau tonnerre et Mirabeau tonneau, comme on les a appe-
lés plaisamment, Camille Desmoulins, font assaut d'esprit, de dialectique et souvent d'invectives.
Les journaux sont des pamphlets périodiques ; c'est un débordement de polémique. Toutes les opinions sont aux prises, tous les partis s'injurient, s'accusent et se dénoncent ; et les feuilles légères, souvent aussi meurtrières que le poignard ou le sabre du septembriseur, volent de toutes parts, font des blessures mortelles et, souvent, conduisent tour à tour à l'échafaud ceux qu'elles visent et ceux qui les signent.
Au milieu de toutes ces clameurs, une grande voix satirique se fait entendre. Les ïambes d'André Chénier éclatent, vengeurs et immortels, et restent le plus beau titre de ce poète, dont l'œuvre, dans ses autres parties, renferme trop de taches, au point de vue des idées et des mœurs.
Enfin, après les horreurs de la Révolution, le Consulat et l'Empire imposent silence aux voix discordantes de la presse et une nouvelle ère ne peut s'ouvrir pour le pamphlet et la satire politiqnes,avant le retour de la liberté d'écrire et de parler qui s'effectue en même temps que le retour des Bourbons.
Avec l'épanouissement du régime constitutionnel, désormais satire et pamphlet vont avoir libre champ.
Satire et pamphlet : ces deux genres sont-ils bien deux^ ou ne pourrait-on pas les considérer plutôt comme un genre unique? Il serait facile d'épiloguer et de disserter assez longuement à ce propos. Mais la distinction en vaut-elle la peine ? Un écrivain qui a traité ce sujet prétend que la satire est plus
générale et le pamphlet plus spécial, que la satire attaque les types, et le pamphlet les personnes. A notre gré cette distinction théorique est trop subtile, et la pratique lui a donné souvent le démenti. Lorsque Juvénal flétrissait les turpitudes impériales de Messaline, il ne flagellait pas un type, mais une femme connue de l'univers entier. Lorsque Boileau s'exposait au reproche d'attaquer Chapelain :
Attaquer Chapelain, ah ! c'est un si bon homme,
et qu'il s'employait à la tâche de
Faire siffler Cotin chez nos derniers neveux,
étaient-ce des types ou des personnes qu'il prenait pour objectif de ses traits plaisamment cruels ?
Quand Gilbert cinglait de ses alexandrins vibrants ces
sophistes pesants,
Apostats effrontés du goût et du bon sens : St-Lambert, noble auteur dont la muse j^édante Fait des vers fort vantés par Voltaire qu'il vante ; Qui, du nom de poèmes ornant de plats sermons, En quatre points mortels a rimé les saisons ; Et ce vain Beaumarchais, qui trois fois avec gloire, Mit le mémoire en drame et le drame en mémoire ; Et ce lourd Diderot, docteur en style dur, Qui passe pour sublime à force d'être obscur ; Et ce froid d'Alembert, chancelier du Parnasse, Qui se croit un grand homme et fit une préface,
il s'en prenait à des figures bien vivantes, et c'est précisément ce qu'on lui reprochait :
Vous nommez les auteurs et c'est là votre crime.
D'un autre côté, lorsque Beaumarchais, dans ses pièces dramatiques, qui étaient de vrais pamphlets, crayonnait les traits de Figaro et de Basile^ il faisait des types et non des portraits. C'était également un type et non pas un être réel cet immortel Coquelet, l'une des plus heureuses créations du génie satirique de Louis Veuillot.
La satire et le pamphlet ont donc souvent les mêmes allures et le même objectif. Ce qui les distinguerait plutôt, comme forme, c'est que la satire est généralement écrite en vers, et le pamphlet en prose. Et encore il y a telle satire, comme la Némésis de Barthélémy et Méry, qui est un pamphlet rimé, et tel pamphlet, comme le Simple discours de Paul-Louis Courier, qui est une satire sans rimes.
Faisons maintenant ou renouvelons connaissance avec quelques-uns des plus célèbres pamphlétaires et satiriques de notre siècle.
Le premier en date est Chateaubriand. Car Châtaubriand, qui a été poète, apologiste, orateur, publiciste, ambassadeur, ministre, académicien, a été aussi pamphlétaire. Son pamphlet le plus fameux, celui qui a eu la plus retentissante fortune et le plus puissant effet a été son opuscule intitulé : De Buonaparte et des Bourbons.
Il l'écrivit à la lin de l'Empire, lorsque JS'apoléon, quoique déjà ébranlé par la défaite, était encore le maître. " Je ne cessais ", dit-il dans ses Mémoires d'Oidy^e- Tombe, " de m'occuper de ma brochure ; je la préparais comme un remède lorsque le moment de l'anarchie viendrait à éclater. Ce n'est pas ainsi
que nous écrivons aujourd'hui, bien à l'aise, n'ayant à redouter que la guerre des feuilletons : la nuit je m'enfermais à clé ; je mettais mes paperasses sous mon oreiller, deux pistolets chargés sur ma table : je couchais entre ces deux muses ". De son côté Madame de Chateaubriand a écrit : " Si cette brochure avait été saisie, le jugement n'était pas douteux: la sentence était l'échafaud''. Tout eu faisant la part de la pose et de l'exagération littéraire dans ces alarmes rétrospectives, il est certain qu'une descente de la police impériale en ce moment n'eût pas été sans péril pour l'auteur du Génie du Christianisme. Car son pamphlet était terrible. On peut en juger par cette page sur laquelle se terminait la première partie de la brochure :
" Aujourd'hui, homme de malheur, nous te prendrons par tes discours, et nous t'interrogerons par tes paroles. Dis, qu'as-tu fait de cette France si brillante ? où sont nos trésors, les millions de l'Italie, de l'Europe entière ? Qu'as-tu fait, non pas de cent mille, mais de cinq millions de Français que nous connaissions tous, nos parents, nos amis, nos frères ? Cet état de choses ne peut durer ; il nous a plongés dans un affreux despotisme. Tu voulais la république, et tu nous as apporté l'esclavage. Nous, nous voulons la monarchie assise sur les bases de l'égalité des droits, de la morale, de la liberté civile, de la tolérance politique et religieuse. Nous l'as-tu donnée cette monarchie ? Qu'as-tu fait pour nous ? que devons-nous à ton règne ? qui est-ce qui a assassiné le duc d'Eoghien, torturé Pichegru, banni Moreau,
chargé de chaînes le souverain pontife, enlevé les princes d'Espagne, commencé une guerre impie? C'est toi. Qui est-ce qui a perdu nos colonies, anéanti notre commerce, ouvert l'Amérique aux Anglais, corrompu nos mœurs, enlevé les enfants aux pères, désolé les familles, ravagé le monde, brûlé plus de mille lieues de pays, inspiré l'horreur du nom français à toute la terre ? C'est toi. Qui est-ce qui a exposé la France à la peste, à l'invasion, au démembrement, à la conquête? C'est encore toi. . . Nous rentrons enfin dans nos droits par le malheur ; nous ne voulons plus adorer Moloch : tu ne dévoreras plus nos enfants : nous ne voulons plus de ta conscription, de ta police, de ta censure, de tes fusillades nocturnes, de ta tyrannie. Ce n'est pas seulement nous, c'est le genre humain qui t'accuse. Il nous demande vengeance au nom de la religion, de la morale et de la liberté. Où n'as-tu pas répandu la désolation ? dans quel coin du monde une famille obscure a-t-elle échappé à tes ravages ? L'Espagnol dans ses montagnes, l'Illyrien dans ses vallées, l'Italien sous son beau soleil, l'Allemand, le Russe, le Prussien dans ses villes en cendre, te redemandent leurs fils que tu as égorgés, la tente, la cabane, le château, le temple où tu as porté la flamme. Tu les as forcés de venir chercher parmi nous ce que tu leur as ravi, et reconnaître dans tes palais leur dépouille ensanglantée. La voix du monde te déclare le plus grand coupable qui ait jamais paru sur la terre ; car ce n'est pas sur des peuples barbares et sur des nations dégénérées que tu as versé tant
de maux ; c'est au milieu de la civilisation, dans un siècle de lumières, que tu as voulu régner par le glaive d'Attila et les maximes de Xéron. Quitte enfin ton sceptre de fer ; descends de ce monceau de ruines, dont tu avais fait un trône ! î^ous te chassons, comme tu as chassé le Directoire. Va ! puisses-tu, pour seul châtiment, être témoin de la joie que ta chute cause à la France et contempler, en versant des larmes de rage, le spectacle de la félicité publique ! "
Cette foudroyante série d'apostrophes, ces éloquentes et brûlantes invectives devaient être plus meurtrières qu'une volée de mitraille. Il n'est pas surprenant que Louis XVIII, lorsque le pamphlet, composé pour sa cause eut éclaté dans le public comme un obus formidable, se soit écrié : " Cette brochure me vaut une armée de cent mille hommes ".
La carrière du chantre de René est trop connue pour que je m'y arrête davantage. C'est le pamphlétaire que j'ai voulu mettre en lumière.
Dans un autre camp que Chateaubriand, Paul- Louis Courier a été, lui aussi, l'un des plus brillants pamphlétaires de la Restauration, et l'un des plus remarquables écrivains du XIX* siècle. Né en 1772, mort en 1825, durant sa carrière assez courte il a écrit un petit nombre de pages achevées avec lesquelles il a conquis l'immortalité littéraire. Esprit frondeur et indiscipliné, impatient de tout joug et de toute règle, excepté des règles du goût dans l'art et les lettres, Paul-Louis Courier devait être toute sa vie un homme d'opposition et de critique. Entré sans
enthousiasme dans l'armée, sous la Révolution, il fut un fort mauvais soldat et ne cessa de fronder la guerre etTesprit guerrier. Par son éducation c'était un lettré et un artiste. Helléniste et latiniste savant, archéologue éclairé et amateur délicat de l'art antique, partout où le conduit la marche des armées, il ne rêve que manuscrits, statues et monuments, et ne cesse de maudire et de mépriser ce qu'il appelle " son vil métier." La gloire militaire n'a pas d'éclat pour lui. Il déserte plusieurs fois son poste, et la Restauration le trouve " démissionnaire, mécontent, mal noté ". La célèbre lettre qu'il écrivit en 1804, pour raconter la proclamation de l'empire à l'armée, peint bien son état d'esprit sous le règne de iSTapoléon. Dans son genre c'est un petit chef-d'œuvre. Voici cette page :
" Nous venons de faire un empereur ; pour ma part, je n'y ai pas nui. Ce matin, d'Anthouard nous rassemble et nous dit de quoi il s'agit, mais bonnement, sans préambule ni péroraison : Un empereur ou une république, lequel est le plus de votre goût? Comme on dit : Rôti ou bouilli, potage ou soupe, que voulez-vous ? Sa harangue finie, nous voici tous à nous regarder assis en rond. — Messieurs, qu'opinez-vous?— Pas un mot, personne n'ouvre la bouche. — Cela dura un quart d'heure ou plus, et devenait embarrassant pour d'Anthouard et pour tout le monde, quand Maire un jeune homme, un lieutenant, se lève et dit : — S'il veut être empereur, qu'il le soit ; mais pour en dire mon avis, je ne le trouve pas bon du tout. — Expliquez-vous, dit le colonel ;
voulez-vous ou ne voulez-vous pas ? — Je ne veux pas, répondit Maire. — A la bonne heure ! — Nouveau silence ; on recommence à s'observer les uns les autres comme des gens qui se voient pour la première fois. Nous y serions encore, si je n'eusse pris la parole. — Messieurs, dis-je, il me semble, sauf correction, que ceci ne nous regarde pas. La nation veut un empereur, est-ce à nous d'en délibérer? — Ce raisonnement parut si fort, si lumineux, si ad rem^ que veux-tu ? J'entraînai l'assemblée. Jamais orateur n'eut un succès si complet. On se lève, on signe, on s'en va jouer au billard. Maire me disait : — Ma foi, commandant, vous parlez comme Cicéron ; mais pourquoi voulez-vous tant qu'il soit empereur, je vous prie ? — Pour en finir et faire notre partie de billard. Fallait-il rester là tout le jour ? Mais vous, pourquoi ne le voulez-vous pas ? — Je ne sais, me dit-il, mais je le croyais fait pour quelque chose de mieux. Voilà le propos du lieutenant ; je ne le trouve pas tant sot".
C'est est 1810 qu'il publia sa lettre à M. Renouard, à propos d'une tache d'encre qu'il avait faite sur un passage de Daphnis et Chloé, pastorale de Longus, dont il venait de découvrir un fragment inconnu des critiques, dans un manuscrit de la bibliothèque de Florence. Cette lettre étincelante de malice fut son premier pamphlet et commença sa réputation.
Réfractaire à la gloire et à l'absolutisme de l'empire, Paul-Louis Courier devait vraisemblablement accueillir la Restauration avec bonheur. Mais il était né frondeur et bientôt on le vit déchaîner contre les
Bourbons et leur gouvernement les traits de sa verve satirique. Son premier pamphlet politique fut sa Pétition aux deux Chambres qui débute par ces mots : " Je suis Tourangeau ; j'habite Luynes, sur la rive droite de la Loire, lieu autrefois considérable, que la révocation de l'édit de Nantes a réduit à mille habitants, et que l'on va réduire à rien par de nouvelles persécutions, si votre prudence n'y met ordre ". Puis vinrent ses Lettres au journal le Censeur, ses Lettres particulières et le Simple discoiirs à propos de la souscription organisée pour offrir le château de Chambord au duc de Bordeaux, qui venait de naître. Ce Simple discours est un chef-d'œuvre de style, et en même temps un chef-d'œuvre de sophisme.
Quelques extraits, empruntés à différents écrits du pamphlétaire, vous feront juger de la manière nerveuse, concise, originale et saisissante de ce maître styliste. Dans saZye^ireX/^è??^e au journal le Censeur^ il dépeint en ces termes la puissance de l'apostrophe comme figure de rhétorique :
" Ce qui m'étonne de ces harangues si belles dans le 3ïoniteur, si bien déduites, si frappantes par le raisonnement, qu'il ne semble pas qu'on puisse répliquer un mot ; ce qui me surprend, c'est de voir le peu d'effet qu'elles produisent sur les auditeurs. Nos Cicérons, avec toute leur éloquence, n'ont guère persuadé que ceux qui, avant de les entendre, étaient de leur avis. Je sais la raison qu'on en donne : ventre n'a point d'oreilles, et il n'est pire sourd . . . Vous dirai-je ma pensée ? Ce sont d'habiles gens, sages et bien disants, orateurs, en un mot ; mais ils
ne savent pas faire usage de l'apostrophe, une des plus puissantes machines de la rhétorique, ou n'ont pas voulu s'en servir dans le cours de ces discussions, par civilité, je m'imagine, par ce même principe de décence, preuve de la bonne éducation qu'ils ont reçue de leurs parents ; car l'apostrophe n'est pas polie ; j'en demeure d'accord avec M. de Corday. Mais aussi, trouvez-moi une tournure plus vive, plus animée, plus forte, plus propre à remuer une assemblée, à frapper le ministère, à étonner la droite, à émouvoir le ventre ? L'apostrophe, Monsieur, l'apostrophe, c'est la mitraille de l'éloquence. Vous l'avez vu quand Foy, artilleur de son métier. . . Sans l'apostrophe, je vous défie d'ébranler une majorité, lorsque son parti est bien pris. Essayez un peu d'employer, avec des gens qui ont dîné chez M. Pasquier, le syllogisme et l'enthymème. Je vous donne toutes les figuTes de Quintillien, tous les tropes de Dumarsais et tout le sublime de Longin. Allez attaquer avec cela un M. Poyferré de Cerre ; poussez à Marcassus, poussez à Marcellus la métaphore, l'antithèse, l'hypotypose, la catachrèse ; polissez votre style et choisissez vos termes ; à la force du sens unissez l'harmonie infuse dans vos périodes, pour charmer l'oreille d'un préfet, ou porter le coeur d'un ministre à prendre pitié de son pays.
" Vous serez étonné, quand vous serez au bout, " De ne leur avoir rien persuadé du tout.
" Pas un seul ne vous écoutera ; vous verrez la droite bâiller, le ministère se moucher, le ventre
aller à ses affaires. Mais que Foy, dans ce moment de verve, applaudi de toute la France, prélude une espèce d'apostrophe, sans autrement, peut-être, y penser, on dresse l'oreille aussitôt, l'alarme est au camp, les muets parlent, tout s'émeut ; et s'il eût continué sur ce ton (mais il aima mieux rendre hommage aux classes élevées), s'il eût pu soutenir ce style, la scène changeait : M. Pasquier, surpris comme un fondeur de cloches, eût remis ses lois dans sa poche, et moi, petit propriétaire, ici je taillerais ma vigne, sans crainte des honnêtes gens. O puissance de l'apostrophe " !
Maintenant, écoutez Paul-Louis répondre à un critique, dans sa Deuxième lettre particulière :
" Il n'est que de s'entendre. Cet homme-là et moi sommes quasi d'accord et ne nous en doutions pas. Il se plaint de mon langage. Hélas ! je n'en suis pas plus content que lui. Mon style lui déplaît : il trouve ma phrase obscure, confuse, embarrassée. Oh ! qu'il a raison, selon moi ! Il ne saurait dire tant de mal de ma façon de m'exprimer, que je n'en pense davantage, ni maudire plus que je ne fais la faiblesse, l'insuffisance des termes que j'emploie. Autant la plupart s'étudient à déguiser leur pensée, autant il me fâche de savoir si peu mettre la mienne au jour. Ah ! si ma langue pouvait dire ce que mon esprit voit, si je pouvais montrer aux hommes le vrai qui me frappe les yeux, leur faire détourner la vue des fausses grandeurs qu'ils poursuivent, et regarder la liberté, tous l'aimeraient, la désireraient !
Ils connaîtraient, en rougissant, qu'on ne gagne rien à dominer ; qu'il n'est tyran qui n'obéisse, ni maître qui ne soit esclave ; et perdant la funeste envie de s'opprimer les uns les autres, ils voudraient vivre et laisser vivre. S'il m'était donné d'exprimer, comme je le sens, ce que c'est que l'indépendance, Decazes reprendrait la charrue de son père, et le roi, pour avoir des ministres, serait obligé d'en requérir, ou de faire faire ce service à tour de rôle, par corvée, sous peine d'amende et de prison ".
Dans le Sim-ple discours, Courier combat l'idée d'une souscription faite par les communes de France pour offrir le château de Chambord au duc de Bordeaux. Yoici avec quel art merveilleux, dissimulé sous le ton le plus naturel, il entame ce sujet délicat :
" Si nous avions de l'argent à n'en savoir que faire, toutes nos dettes payées, nos chemins réparés, nos pauvres soulagés, notre église d'abord (car Dieu passe avant tout) pavée, recouverte et vitrée ; s'il nous restait quelque somme à pouvoir dépenser hors de cette commune, je crois, mes amis, qu'il faudrait contribuer, avec nos voisins à refaire le pont de Saint-Avertin, qui, nous abrégeant d'une grande lieue le transport d'ici à Tours, par le prompt débit de nos denrées, augmenterait le prix et le produit des terres dans tous les environs ; c'est là, je crois, le meilleur emploi à faire de notre superflu, lorsque nous en aurons. Mais d'acheter Chambord pour le duc de Bordeaux, je n'en suis pas d'avis, et ne le voudrais pas quand nous aurions de quoi, l'affaire étant, selon moi, mauvaise pour lui, pour nous et
pour Chambord. Vous l'allez comprendre, j'espère, si vous m'écoutez. Il est fête, et nous avons le temps de causer".
C'est dans le Sirnple discours que se trouve aussi ce portrait du courtisan :
" Mendier n'est pas honte à la cour : c'est toute la vie du courtisan. Dès l'enfance, appris à cela, voué à cet état par honneur, il s'en acquitte bien autrement que ceux qui mendient par paresse ou par nécessité. Il y apporte un soin, un art, une patience, une persévérance et aussi des avances, une mise de fonds ; c'est tout, en tout, genre d'industrie. Gueux à la besace, que peut-on faire ? Le courtisan mendie en carrosse à six chevaux, et attrape plus tôt un million que l'autre un morceau de pain noir. Actif, infatigable, il ne s'endort jamais ; il veille la nuit, et le jour guette le temps de demander, comme vous celui de semer, et mieux. Aucun refus, aucun mauvais succès ne lui fait perdre courage. Si nous mettions dans nos travaux la moitié de cette constance, nos greniers chaque année rompraient. Il n'est affront, dédain, outrage, ni mépris qui le puissent rebuter. Econduit, il insiste ; repoussé, il tient bon ; qu'on le chasse, il revient ; qu'on le batte, il se couche à terre. Frappe, mais écoute, et doime ".
Ce pamphlet, dans lequel l'auteur livrait au mépris public non seulement les courtisans, mais aussi les institutions établies, fut déféré aux tribunaux. Le procès eut un grand retentissement et Paul-Louis fut condamné à la prison et à l'amende, ce qui mit le comble à sa popularité dans le parti révolution-
naire. A peine sorti de prison, il recommença la guerre par sa Pétition pour des villageois qu'on empêchait de danser. Puis, sous le voile de l'anonyme, il publia les Réponses aux anonymes^ le Livret de Paul- Louis, \a,Gazette du village, la Pièce diplomatique, etc. En 1824, il écrivit le Pamphlet des pamphlets, son chef-d'œuvre. Il mourut l'année suivante, assassiné au coin d'un bois par un de ses serviteurs.
Quoiqu'il lui manquât le grand souffle, Paul-Louis Courier fut un maître écrivain ; mais il fut aussi un mauvais citoyen, et un sophiste dangereux. Il mit son talent au service de la Révolution, il consacra sa plume acérée à la démolition de toutes les autorités sociales. Il a mérité ce dur jugement de M. Alfred Nettement :
'' Il y a des hommes qui haïssent l'autorité à -cause du mauvais usage qu'on en fait ; Courier la haïssait pour elle-même, et tout simplement parce qu'elle était l'autorité. Le plus grand tort du pouvoir à ses yeux, c'était d'être le pouvoir. " Notre ennemi, c'est notre maître '', telle était sa morale ; morale assez immorale quoiqu'elle soit de Jean La Fontaine, ce fabuliste d'une bonhomie méchante, qui souvent se trouve être un satirique bien audessus de Perse et Juvénal. Tout le secret de la politique de Paul- Louis est dans cette maxime. C'était au même titre qu'il attaqua pendant la restauration les trois personnes sociales qu'il trouvait au-dessus de sa tête : le roi, le noble et le prêtre. Le tort du roi, c'était de dominer du haut du trône ; le tort du noble, de dominer de son arbre généalogique,
qui enfonçait ses racines dans un glorieux passé ; le tort du prêtre, de dominer du haut de la chaire. Avez-vous ressenti quelquefois, par un temps de pluie et de boue, ces mouvements de colère dont le piéton est animé contre l'homme en carrosse? Eh bien ! agrandissez cette disposition d'esprit et faitesen une habitude permanente, et vous aurez une définition exacte de la nature de Paul-Louis Courier. C'était un piéton qui voulait éclabousser les voitures ".
Pendant que Paul-Louis Courier aiguisait ses pamphlets, Béranger, sous le même drapeau et pour la même cause, fredonnait ses chansons. Grâce à la popularité de la forme qu'il avait adoptée, il est beaucoup plus célèbre que Courier, quoiqu'il lui soit bien inférieur comme écrivain. Tout le monde connaît le chansonnier et son œuvre, œuvre dissolvante et démoralisatrice, dont quelques inspirations heureuses ne sauraient faire amnistier l'incrédulité, le sensualisme et l'esprit destructeur qui en sont la note dominante. Le chansonnier lança les flèches de son carquois contre le trône et l'autel. En parlant de lui-même il a pu dire :
Tes traits aigus lancés au trône même En retombant aussitôt ramassés, De près, de loin, par le peuple qui t'aime Volaient en chœur vers le but relancés. Puis quand le trône ose brandir son foudre, De vieux fusils l'abattent en trois jours ; Pour tous les coups tirés dans son velours, Combien ma muse a fabriqué de poudre.
Voilà le révolutionnaire ; voici maintenant le sceptique et l'impie. Chantant la mort d'un suicidé, il crie aux ministres de la religion :
Descendu là sans s'appuyer sur vous, Dans l'autre vie, il entre exerapt d'alarme, Qu'estil besoin que votre Dieu jaloux De son enfer vienne effrayer vos larmes ? Cessez vos chants, prêtres; c'est à ma voix De le bénir pour la dernière fois.
C'est avec justice qu'un critique éminent, M. de Pontmartin, a écrit de Béranger :
" Je déclare, après avoir relu attentivement l'édition complète des Chansons, qu'au point de vue religieux et politique, M. Béranger a joué le rôle le plus perfide, le plus coupable et le plus vil ; qu'il doit figurer au premier rang de ceux qui ont fait du mal à l'humanité, à leur époque et à leur pays ; que ce mal il l'a fait sciemment, froidement, non pas par entraînement et par passion, non pas dans cette sorte de fièvre et d'ivresse qu'excuse la chaleur de la lutte, mais avec calcul, en versant la goutte de poison là où il savait qu'elle serait plus corrosive et plus meurtrière, et en prenant pour auxiliaire, dans son œuvre criminelle, tout ce que l'esprit de parti a de plus bas, de plus méchant et de plus bête ".
Cette guerre de chansons et de pamphlets, menée par Paul-Louis Courier et Béranger, cette bataille de tous les jours livrée par une presse ardente, par une opposition habile et implacable, finit par tuer la Restauration. Les trois Journées de juillet renver-
aërent le trôae de Charles X et élevèrent celui de Louis-Philippe.
Au milieu du fracas de cette seconde révolution, et du déchaînement d'appétits et d'intérêts qui en fut le corollaire, un poète nouveau se fit jour. Facit indignatio versum dit le poète latin. L'indignation donna l'essor à la muse satirique d'Auguste Barbier. C'était un cœur honnête et une âme loyale, quoiqu'il eût le malheur de n'avoir pas la foi chrétienne, et le spectacle de la course aux places, aux honneurs, qui marqua les débuts du régime issu des barricades de juillet, lui mit aux lèvres le brûlant ïambe dont André Chénier avait marqué ses bourreaux.
î^ous allons lire quelques extraits de la pièce de Barbier intitulée la Curée, pour avoir une idée de ce genre violent et grandiose où le poète arrive à l'effet par le réalisme des images, et où la brutalité voulue de l'expression dépasse parfois toutes les bornes :
Oh ! lorsqu'un lourd soleil chauffait les grandes dalles
Des ponts et de nos quais déserts, Que les cloches hurlaient, que la grêle des balles
Sifflait et pleuvait par les airs ; Que dans Paris entier, comme la mer qui monte,
Le peuple soulevé grondait, Et qu'au lugubre accent des vieux canons de fonte
La Marseillaise répondait, Certe, on ne voyait pas, comme au jour où nous sommes,
Tant d'uniformes à la fois ; C'était sous des haillons que battaient les cœurs d'homme
C'étaient alors de sales doigts Qui chargeaient les mousquets et renvoyaient la foudre ;
C'était la bouche aux vils jurons
Qui mâchait la cartouche, et qui, noire de poudre,
Criait aux citoyens : Mourons !
Mais, ô honte ! Paris si beau dans sa colère,
Paris, si plein de majesté Dans ce jour de tempête où le vent populaire
Déracina la roj'auté, Paris, si magnifique avec ses funérailles,
Ses débris d'hommes, ses tombeaux, Ses chemins dépavés et ses pans de murailles
Troués comme de vieux drapeaux ; Paris, cette cité de lauriers toute ceinte,
Dont le monde entier est jaloux, Que les peuples émus appellent tous la sainte,
Et qu'ils ne nomment qu'à genoux, Paris n'est maintenant qu'une sentine impure,
Un égout sordide et boueux.
Où mille noirs courants de limon et d'ordure
Viennent traîner leurs flots honteux ; Un taudis regorgeant de faquins sans courage,
D'effrontés coureurs de salons, Qui vont de porte en porte, et d'étage en étage,
Gueusant quelques bouts de galons ; Une halle cynique aux clameurs insolentes,
Où chacun cherche à déchirer Un misérable coin des guenilles sanglantes
Du pouvoir qui vient d'expirer.
Ainsi, quand désertant sa bauge solitaire.
Le sanglier frappé de mort, Est là, tout palpitant, étendu sur la terre.
Et sous le soleil qui le mord ; Lorsque blanchi de bave et la langue tirée
Ne bougeant plus en ses liens, Il meurt, et que la trompe a sonné la curée
A toute la meute des chiens, Toute la meute, alors, comme une vague immense,
Bondit ; alors chaque mâtin Hurle en signe de joie, et prépare d'avance
Ses larges crocs pour le festin ;
Et puis vient la cohue et les abois féroces
Boulent de vallons en vallons ; Chiens courants et limiers, et dogues, et molosses,
Tout s'élance, et tout crie : Allons ! Quand le sanglier tombe et roule sur l'arène,
Allons, allons ! les chiens sont rois ! Le cadavre est à nous ; payons-nous notre peine,
Nos coups de dents et nos abois.
Allons I nous n'avons plus de valet qui nous fouaille
Et qui se pende à notre cou :
Du sang chaud, de la chair, allons, faisons i-ipaille.
Et gorgeons-nous tout notre soûl !
Et tous comme ouvriers que l'on met à la tâche,
Fouillent ses flancs à plein museau.
Et de l'ongle et des dents travaillent sans relâche,
Car chacun en veut un morceau ; Car il faut au chenil que chacun d'eux revienne
Avec un os demi-rongé.
Et que, trouvant au seuil son orgueilleuse chienne,
Jalouse et le poil allongé.
Il lui montre sa gueule encor rouge, et qui grogne,
Son os dans les dents arrêté.
Et lui crie, en jetant son quartier de charogne :
Voici ma part de royauté !
Une autre pièce, V Idole, où Napoléon, le " Corse aux cheveux plats ", était impitoyablement et cruellement flagellé, porta à son apogée la réputation de l'auteur.
Ce début éclatant de Barbier qui le fit entrer de plain-pied dans la renommée, n'eut pas de lendemain. Le poète des ïambes ne retrouva jamais ce grand succès. Il fit encore de beaux vers, et produisit des œuvres de mérite : Il Pianto, impressions d'un voyage' en Italie, Lazare, impressions d'un voyage en Angleterre, Les Sylves, les Rimes
héroïques ; mais aucun de ces livres ne réveilla l'attention, publique et quand il fut élu à l'Académie française, en 1869 seulement, quelqu'un put demander s'il était parent de M. Barbier l'illustre auteur des ïambes. Cette grande œuvre satirique est restée son titre immortel. Elle a même jeté dans l'ombre tout ce qu'il a produit depuis. Lors de sa réception à l'Académie, dit un de ses biographes, M. de Sacy qui lui répondait, eut l'air de faire entendre, avec cette malice qui distingue les académiciens, qu'il était déjà depuis longtemps un homme mort et enterré : " Bien des gens ", lui dit-il, " ne connaissent pas M. Barbier ; l'auteur des ïambes est connu de tout le monde : ainsi les noms de nos vieux maréchaux disparaissent sous le nom que la victoire leur a donné ". Et un peu après : " On vous a si bien lu, monsieur, et vos vers sont entrés si profondément dans les mémoires, qu'aujourd'hui encore une bonne partie du public en est demeurée à vos ïambes^ et vous considère, ou peu s'en faut, comme un homme mort. . . à la poésie ".
Auguste Barbier est mort en 1882. Son successeur à l'Académie, M^"" Perraud, évêque d'Autun, a fait de lui. dans son discours de réception, l'appréciation suivante qui est marquée au coin de la plus grande justesse : " Après les chefs-d'œuvre incontestés de son début, s'est-il laissé gagner par une nonchalance qu'expliqueraient, dans une certaine mesure, ses goûts et ses habitudes d'artiste ? S'estil mis trop à l'aise vis-à-vis des conditions de travail dont le génie ne saurait dispenser ses privilégiés ?
ÎTe serait-ce pas enfin que les inspirations vraiment extraordinaires et de premier ordre sont gouvernées par des lois que l'homme subit et ne fait pas ? L'esprit créateur et illuminateur souffle où il veut, quand il veut. Il eut son heure le jour où il dicta des vers immortels à l'auteur de la Curée et de V Idole. Que faut-il de plus pour mettre sur un nom et sur une oeuvre la consécration de la gloire " ?
Vers le même temps que Barbier forgeait ses ïambes^ Barthélémy et Méry s'armaient du fouet de Némésis contre les actes du gouvernement de Louis- Philippe. Ces frères siamois de la satire étaient tous deux nés à Marseille, le premier en 1796, le second en 1798. Attirés à Paris par le désir de se faire un nom dans les lettres, ils se lièrent d'une étroite amitié. Ce fut en 1825 que commença cette collaboration célèbre qui enfanta les Sidiennes, la Villéliade, la Corbièréide, la Peyronnéide, poèmes satiriques dirigés contre MM. de Villèle, de Corbière, et de Peyronnet, ministres de Charles X. Les deux poètes publièrent aussi en 1828 un poème épique, Na'poléon en Egypte. Le triomphe du parti auquel ils appartenaient, en 1830, ne désarma pas leur verve. Ils se tournèrent contre le nouveau pouvoir, et fondèrent cette œuvre sans précédent et sans modèle, Némésis, un pamphlet périodique en vers.
Comme l'a fait observer un critique, " c'était là un véritable tour de force ; Némésis contenait chaque semaine deux ou trois cents vers sur l'actualité du moment ; les rédacteurs y flagellaient sans pitié
les ridicules ou les faiblesses politiques avec une âpreté et une énergie qui rappelaient Juvénal ".
C'est le 27 mars 1831, que commença la publication de ce pamphlet d'un nouveau genre. Dans le prospectus-spécimen on lisait ces vers qui contenaient le programme de l'œuvre :
La justice !...il est temps d'agrandir son domaine :
Il n'a pas tout prévu, votre Code pénal ;
La vindicte publique invoque un tribunal ;
Lui seul pourra juger le crime insaisissable
Qui passe et disparaît comme un pied sur le sable,
Les complots de boudoir, les forfaits de salon
Que n'a jamais ferrés l'argousin de Toulon.
Némésis leur promet de lentes agonies.
C'est elle qui, vengeant des trames impunies.
Sur les pièges d'état, sur les hauts guet-apens,
Agitera sa torche et son fouet de serpent.
Dans la voix du poète elle trouve un organe ;
Ce que le Code absout, ce juge le condamne ;
Aux assises du peuple il traduit le pouvoir :
Quand Thémis est aveugle, ou feint de ne plus voir,
Pour le Parquet nouveau s'ouvre une tâche immense ;
Où s'arrête la loi, la satire commence.
Barthélémy signait seul ce pamphlet poétique, mais il est certain que Méry y collaborait activement, comme le prouve cette réplique de Barthélémy à un poète, dans sa XVIIième Némésis :
Non, tu n'as point sondé les secrets de mon être ; Poète aérien, tu n'as pu nie connaître, Ni moi, ni cet ami, mon complice fervent. De mon vers implacable hémistiche vivant.
L'épisode le plus célèbre de la carrière de Némésis fut l'attaque contre Lamartine et la réplique de
celui-ci. Nous croyons vous intéresser, Mesdames et Messieurs, par quelques détails sur ce duel littéraire.
Lamartine avait servi la Restauration dans la diplomatie ; il avait chanté le sacre de Charles X à Reims; il avait publié les Méditations et les- Harmonies, qui contiennent plusieurs pièces d'inspiration religieuse ; il avait été élu membre de l'Académie française en 1829 ; puis il était parti pour l'Orient ; et, à son retour, la Restauration étant tombée, il briguait les honneurs de la députation, sous le nouveau régime, à la fois à Toulon et à Dunkerque.
C'est à l'occasion de cette double candidature, et en faisant allusion à ces divers incidents de la carrière de Lamartine que Némésis publia la pièce suivante :