‹ Discours et conférencesChapitre 4 sur 18 · GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

GÉNÉRAL

Le Cercle catholique de Québec %'ous prie d'accepter l'hommage de sa respectueuse admiration. C'est un des grands jours du Cercle que celui où il a l'honneur de recevoir l'illustre soldiit de l'Eglise et de la France. Une puissante émotion s'est emparée de nos cœurs lorsque l'on nous a dit : " Le général de Charette \'1ent visiter notre pays et notre ville ". Car, pour nous, ce nom est plus qu'un souvenir, c'est un drapeau. En même temps qu'il évoque devant notre imagination les exploits héroïques de la Vendée militaire, qu'il nous rappelle les noms sacrés et glorieux de Rome, de Mentana, de Castelfidardo et de Loigny, il symbolise à nos yeux la foi, l'honneur et la fidélité. Dans ce siècle oii le matérialisme lève audacieusement la tête, où l'on dresse des autels au succès, où l'on a tous les jours le spectacle de si honteux prosternements, il nous enseigne à rester

debout devant les idoles, à mépriser les triomphes de la force, à refuser notre cœur et notre parole aux mensonges d'une soi-disante habileté. Il nous apprend enfin qu'il y a des déûûtes plus belles que les victoires, et que la honte est à triompher pour l'iniquité, non pas à succomber pour le droit.

Voilà pourquoi, général, nous sommes si heureux et si fiers de vous voir en ce moment parmi nous. Ce que nous aimons, vous l'avez défendu ; ce que nous vénérons, vous avez forcé le monde entier à le respecter par le prestige de votre brillante valeur et de votre honneur sans tache ; les causes auxquelles nous avons voué nos cœurs, vous avez versé votre sang pour elles. Permettez-nous donc de vous le dire, vous êtes ici chez vous, général. Vous avez combattu pour l'Eglise et la France, et l'Eglise et la France, ce sont les deux mères dfe notre Canada. Elles nous ont enfantés à la vie religieuse et à la vie nationale, et sans elles nous n'aurions pas plus de nom que d'existence. Le premier découvreur francj-ais qui aborda la plage de Québec, à quelques pas d'ici, prit possession du sol en y plantant une croix ornée d'un écusson fleurdelisé. Ce grand acte fut notre acte de naissance. Et aujourd'hui, fidèles aux souvenirs de notre berceau, nous conservons le double amour de la patrie française et de la patrie catholique. Jugez donc de notre fraternelle sympathie pour ceux qui. gardiens de la vieille tradition et du vieil honneur, unissent indissolublement dans leur âme la religion du Christ et le culte de la France, qui n'ont pas cherché i\ rayer des parchemins

de la nation de Clovis le titre de fille aînée de l'Eglise, et qui n'aspirent qu'à lui voir reprendre dans le monde les Gesta Dei jper Francos. Oui, vous êtes ici chez vous ! Vos souvenirs sont nos souvenirs, vos défaites sont nos défaites, vos regrets sont nos regrets, vos espérances sont nos espérances.

Et nous osons ajouter : votre œuvre est notre œuvre. Vous travaillez, ainsi que vos compagnons de lutte, au relèvement de votre pays par l'éducation des classes laborieuses et la diffusion des vérités sociales et religieuses au sein des populations ouvrières. C'est aussi le but de notre Cercle, qui a pour devise ces paroles : In manifestatione veritafis. La vérité dans Thistoire, la vérité dans la philosophie, la vérité dans les questions économiques qui travaillent le monde moderne, la vérité dans la doctrine, c'est ce que nous recherchons avant tout et ce que nous tâchons de faire briller suivant la mesure de nos forces, dans le rayon de notre humble sphère. Telle est la fin et la raison de ce Cercle catholique, dont l'ambition est d'appartenir, d'aussi loin que ce soit, à la famille de ceux qui ont eu pour premier fondateur en France l'illustre Albert de Mun.

î^ous avons donc quelque droit de revendiquer une modeste place sous les plis du drapeau catholique, que vous avez fait fièrement planer au-dessus des batiiilles, au milieu des balles et des boulets, et que vous tenez encore haut et ferme dans la vie civique, comme un signe de ralliement pour l'œuvre du salut national. Et cette identité de principes et

de tendances, qui fait notre orgueil, nous rend mille fois plus précieuse votre présence au milieu de nous.

Merci, général, de votre courtoise visite. Daignez agréer pour vous et pour la noble compagne de votre existence, madame la marquise de Charette, nos souhaits les plus sincères et l'expression des voeux ardents que nous formons pour votre bonheur et celui de votre famille.

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