‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 13 sur 58 · A L*ACADÉMIE FRANÇAISE. XXXIX · texte numérisé non relu

A L*ACADÉMIE FRANÇAISE. XXXIX

sonne n'inspirait désormais qu'un sentiment de sympathie et de vénération !

Il vécut alors beaucoup pour sa famille et un peu pour le monde; car, à côté du professeur, du premier ministre et de l'orateur, il y avait le patriarche aimant et laborieux, l'hôte délicat et recherché des salons. Dans son intérieur, au milieu de sa famille, cet austère mais attrayant esprit se déployait dans toute sa liberté et laissait voir alors la richesse inépuisable de sa mémoire. Permettez-moi ce détail intime, qui n'est peut-être pas inutile à connaître, quand on veut pénétrer le secret de sa large forme oratoire. M. Guizot avait tout lu; il n'avait rien oublié; dans ses heures de repos, il répétait volontiers une tragédie entière de Racine ou de Corneille, n'ayant jamais besoin qu'on vint au secours de sa mémoire troublée. Un jour cependant, et ce fut le premier avertissement, pour ses proches, de l'état grave auquel il devait succomber, cette mémoire si sûre laissa voir une certaine défaillance; redisant à demi-voix quelques morceaux du Nicomède, qu'il affectionnait, et arrivé à ce passage :

Attale doit régner, Rome Ta résolu,

C'est aux rois d'obéir, alors qu'elle commande,

au lieu d'ajouter avec Corneille :

Âttale a l'esprit grand, le cœur grand, l'âme grande.

Page 1