XL DISCOURS DE RÉCEPTION
il murmurait avec anxiété, hésitant devant la rime :
Attale a Tesprit grand, le cœur beau, l'âme belle.
Hélas! il s'était appliqué jadis, avec une religieuse émotion, à l'occasion de la perte prématurée de son fils aîné, les vers touchants que Molière adressait à son ami La Mothe-le-Vayer, frappé d'un deuil semblable :
Je sais bien que mes pleui's ne ramèneront pas Ce cher fils que m'enlève un imprévu trépas; Mais la perte, par là, n'en est pas moins cruelle. Ses vertus de chacun le faisaient révérer ; Il avait le cœur grand, l'esprit beau, l'âme belle, Et ce sont des sujets à toujours le pleurer.
Les pressentiments d'une fin prochaine font revivre aux yeux des mourants le souvenir de ceux qu'ils ont aimés : il était parvenu à ce moment solennel oii la mémoire de l'intelligence s'obscurcit tandis que la mémoire du cœur se réveille plus lucide.
Étranger à la politique active depuis 1 84^, M. Guizot n'y rentra qu'un moment et dans des circonstances qui ne peuvent être oubliées. Le i8 mars 1870, la commission chargée de préparer le projet de loi relatif à la liberté de l'enseignement supérieur était réunie, et son président, alors âgé de 83 ans, se faisait entendre pour la dernière fois dans
A l'académie française. xli
une assemblée occupée des affaires publiques. Le problème qu'il s'agissait de résoudre était digne de ses dernières méditations; il occupe l'Europe depuis de longs siècles; il est encore agité dans tous les pays civilisés : accorder la liberté du haut enseignement par respect pour la conscience des familles et par égard pour les progrès de la science, sans abaisser le niveau des études, sans porter dommage à l'ordre social et en réservant les droits supérieurs de l'État, gardien de ces grands intérêts.
Parmi les personnages éminents réunis dans cette conférence, combien, et des plus illustres, nous ont été enlevés en même temps que son président : Saint-Marc Girardin et Dubois, défenseurs autorisés de l'Université, toujours prêts à lui donner Tappui de leur goût délicat ou de leur savoir inépuisable; Andral, l'honneur de la médecine française; de Rémusat, dont le généreux esprit aurait tout accordé à l'enseignement libre; l'infortuné Prévost-Paradol, qui condensait avec un si rare à-propos les pensées flottantes de l'Assemblée en articles de lois clairs et précis; le R. P. Captier, enfin, directeur de la maison des dominicains d'Arcueil, le représentant légitime de l'enseignement ecclésiastique, victime déjà désignée, hélas! pour recevoir un an plus tard les palmes du martyre!
L'enseignement public, celui de l'Église, l'ensci-