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geiit et syffi|ialliic|ue auditoire de la Sorbonne saluait, à la fois, le récipient tapissé de beaux cristaux diacide nitrique anhydre que je mettais sous ses yeux en iH^Q* et le jeune doyen de la Faculté de Besançon qui lui offrait la primeur de ce pro«luit nouveau.
(]ette découverte arrivait à point nommé. Elle faisait connaître dans sa forme pure un des anciens acides de la chimie, Tun des plus usuels, Teau-forte des ateliers, Tun des plus remarquables. Tarent efficace de la poudre à canon. Henri Deville attachait ainsi pour toujours son nom à celui d\in pn>duit familier à la science et aux aris. Il détruisait, à peine née, une doctrine soutenue avec quelque solennité, tendant à établir que Texistence à Tétat pur et sec de certains acides et de Tacide nitrique en particulier était inadmissible, (tétait un coup de fortune : Henri Deville ayant marqué désormais sa place à Paris, Tli^cole normale supérieure lui offrait, avec le titre de conférencier, un laboratoire à constituer.
Cette Kcole, établie pour former le personnel destiné aux chaires de renseignement secondaire, n'avait rien préparé pour donner une éducation forte et pratique aux candidats au doctorat, aux futurs professeurs de Faculté. Sa bibliothèque pouvait suffire, sans doute, aux lettrés et aux {^[éomètres; son
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modeste atelier de physique, aux apprentis physiciens. Déhiissée, la chimie n'y possédait ni Tinstallation, ni le matériel nécessaires à tonte opération délicate et à toute recherche nouvelle, l-es événements politiques avaient dispersé mes propres collaborateurs; après vingt-cinq années d'activité, mon lal)oratoire des hautes études chimiques était fermé. Henri Deville recueillit ma succession ; mais, plus heureux que moi, il ouvrit le sien avec le concours de l'Ktat, qui m'avait manqué, et s'y consacra sans réserve pendant trente ans k son tour.
Il ne faut pas considérer la situation d'un chef d'école, s'il s'agit des heaux-arts, d'un directeur de laboratoire, s'il s'agit de science expérimentale, comme une fonction où il suftirait de s'entourer d'élèves intelligents, laborieux et de les aider des conseils d'une expérience bienveillante. Ce n'est pas ainsi (|ue les choses se passent. Le chef de laboratoire ou d'atelier doit donner l'exemple de l'assiduité : tout entier à sa tâche, patient, travaillant de ses mains, le premier à la besogne et le dernier. Il faut que les élèves puissent s'honorer de leur maître; que des découvertes remarquées, des idées nouvelles mises en mouvement ou des chefs-d'œuvre applaudis, appellent sur son école l'attention du monde savant ou celle des hommes de goùl. Sous une semblable influence, les dévouements se réu-
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nissenU 1^^ imaginations s*exaUent, des générations animées d'un même esprit marchent avec ensemble à la conquête du vrai dans la science ou du beau dans Tart; c'est à ce prix seulement qu'on fonde une école, qu'on est un maître, et un maître aimé, si, aux dons de l'intelligence imposant ta confiance et le respect, on ajoute cette bonté souveraine du cœur, source ineffable de l'affection.
Henri Deville ne s'est soustrait à aucune de ces obligations; il a réalisé avec éclat toutes ces conditions. Renonçant de bonne heure aux distractions dont la vie de Paris est si prodigue, il se proposa, et il tint parole, do consacrer ses journées au travail matériel, ses soirées à la réflexion. Le dimanche, ses élèves et ses amis, réunis à l'Ecole normale, assistaient à la répétition des expériences qu'il avait imaginées ou de celles dont on voulait le rendre témoin. Géomètres, physiciens, chimistes, naturalistes, industriels, philosophes, historiens, gens de lettres et gens du monde, chacun se plaisait dans ce milieu sans prétention, ouvert à toutes les hardiesses, fermé à toutes les idées fausses.
Dès le moment où il entra dans ce laboratoire de l'Kcole normale, jusqu'à celui où la maladie à laquelle il devait succomber vint l'en éloigner, il s'y montra le plus assidu, le plus simple et le plus heureux (le ceux que l'amour de la science y réunissait.
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Toute morgue en était bannie, une camaraderie charmante y régnait; une gaieté franche et communicative en écartait les discussions. On sortait de là content des autres et de soi-même; on avait appris quelque chose; on avait fourni son contingent au progrès; on s'était vu entouré de grands talents et d'éminents esprits, ne marchandant pas l'éloge, prompts à l'admiration, étrangers à l'envie, ignorant la jalousie et pratiquant la plus large tolérance. Ces souvenirs seront l'honneur éternel de l'Ecole normale.
Parmi ceux que la réputation du maître y attirait, les uns avaient leur carrière faite, les autres leur avenir assuré. Si, par aventure, dans le nombre se rencontrait quelque déclassé, notre confrère savait bien trouver le moyen et saisir l'occasion de lui ouvrir la route. N'ayant jamais rien demandé pour lui-même, aucune démarche, aucun effort ne lui coûtait pour les autres ; il ne se reposait qu'après le succès.
L'École normale, ignorée des chimistes jusqu'à ce moment, devint ainsi, sous l'influence d'Henri Deville et de son école, l'un des principaux centres, dans le monde entier, du haut enseignement de cette science et l'une des sources les plus fécondes en nobles vérités. La chimie minérale, qu'on disait épuisée, vint s'y rajeunir et briller d'un grand éclat.
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Apres quelques études destinées à donner à son laboratoire l'assiette nécessaire et à s'entourer d'aides intelligents, Henri Dcville eut la bonne fortune d'extraire l'aluminium de ses combinaisons, de l'obtenir sous forme métallique et de reconnaître ses principales propriétés. Déjà le savant professeur de Gôttingue, Wôhler, avait isolé ce métal et constaté ses caractères physiques. Mais le chimiste français l'ignorait, et lorsqu'il en fut informé, au charme d'une intéressante nouveauté avait déjà succédé l'entraînement d'une étude pleine de promesses et riche en obstacles. Henri Deville s'y précipita comme un coursier généreux.
Certains métaux se présentent dans leurs mines il l'état de pureté, comme l'or; il n'y a qu'à les ramasser. D'autres, tels que le fer, l'étain, le cuivre, le plomb, s'y trouvent à l'état de rouille ou bien unis au soufre; mais il sulfit de chaufTer fortement leurs minerais, soit au contact de l'air, soit au contact du charbon pour voir reparaître dans tout leur éclat les métaux qu'ils recèlent. D'autres, enfin, se montrent rebelles à ces influences; pour séparer de l'argile le métal qu'elle renferme, l'aluminium, la chimie de ces temps primitifs, où Vénus était maitresse de forges, ne suffisait pas; toutes les ressources de la science la plus moderne étaient nécessaires.
L'homme a donc pu, dès les premiers temps de la
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civilisation, approprier à ses usages certains métaux faciles à extraire de leurs gangues et, utiliser des terres durcissant au feu. Aucune peuplade, aucune nation n'a pu se passer des services rendus par Targile : briques, poteries, vases colorés et couverts de peintures, faïences et porcelaines éclatantes, ces productions prennent Thumanité à son berceau et raccompagnent jusque dans les palais. J/originedeTart du potier, cependant, se perd dans la nuit des temps; son inventeur n'a pas été admis dans rolympe. Les métaux, au contraire, ont leur place dans les cieux de la mythologie poétique et dans le firmament de l'astronomie positive : l'or, l'argent, le cuivre, le fer, le plomb, le vif-argent, c'est le soleil, la lune, les planètes; c'est Apollon, Diane, Vénus, Mars, Saturne ou Mercure. L'argile, humble servante de Thomme, malgré le rôle universel qu'elle a joué dans l'économie de la famille ou dans les conceptions architecturales, l'argile est restée dans un rang inférieur, jus((a'au moment où Henri Deville, la touchant de sa baguette, est venu mettre en évidence le précieux métal qu'elle recèle. Cette argile, en effet, renferme un métal, ainsi que l'avait annoncé Lavoisier; mais, cequeLavoisier ne pouvait prévoir, ce métal est léger comme le verre, presque aussi beau que l'argent, comme lui inaltérable à l'air, au feu, et résiste même à la plu-
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part (les agents chimiquos. Ductile, mall(*able, fusible, exigeant cependant pour fondre une température assez haute et ne se volatilisant pas» c'est un métal noble de plus, prenant place à côté de For, * du platine et de l'argent, et un métal prodigué par la nature, plus répandu que le fer dans les couches superficielles du globe, formant comme une réserve pour les besoins des époques les plus civilisées. Nous assistons à l'aurore de son introduction dans les habitudes de l'espèce humaine ; mais ses qualités et sa prodigieuse abondance le rendent propre à un si grand nombre d'usages qu'un jour ce sera le plus usuel et le plus répandu des métaux. On se rendra compte alors du service rendu à la civilisation par un des plus nobles efforts de la science, un des plus désintéressés et des plus dignes d'admiration. Que de conditions à remplir, en effet! Il fallait une terre argileuse facile à purifier; le Midi de la France se chargea de la fournir, et le procédé de purification, bientôt découvert, ne varia plus. Convertir cette terre en un composé susceptible de permettre l'extraction du métal, c'était une industrie à créer avec son outillage; on s'y appliqua si bien qu'on n'y a rien changé. La libération de l'aluminium exigeait une température élevée et rendait nécessaire l'emploi d'un fondant; le Groenland, après l'avoir mis entre les mains de Deville, continue à
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alimcnler les creusets de ses successeurs. Enfin et surtout, il s^agissait d*imagîner des méthodes pratiques pour la préparation du métal du sel marin, Tagent principal de la nouvelle industrie; elles furent portées du premier coup à leur perfection. Quel ensemble merveilleux !
Mais de telles études ne pouvaient s'accomplir sans de grandes dépenses, auxquelles n'auraient suffi ni les ressources d'un particulier ni celles d'un établissement public. Le chef de l'État intervint alors avec la générosité dont il a donné tant de preuves à ceux qu'il voyait occupés d'une recherche scientifique importante, ou d'un projet utile au pays; il mit, sur sa cassette, à la disposition d*IIenri Devillc, les sommes nécessaires à la poursuite de ces expériences et notre confrère eut la satisfaction de donner la forme pratique aux vues de son esprit, de faire passer les procédés du laboratoire dans le domaine de la manufacture, enfin de livrer au commerce des métaux usuels les raretés les plus précieuses de nos collections.
Le premier kilogramme d'aluminium obtenu avait coûté plus de 40000 francs; aujourd'hui, ce métal revient à 80 francs le kilogramme et couvrirait dix fois plus d'espace que l'argent, avec la même dépense. Les usages auxquels on l'a jugé propre à l'état de pureté sont intéressants et nombreux; le
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bronze, auquel il donne naissance en se combinant au cuivre, trouve dans les arts mécaniques un emploi journalier plus varié et plus important encore.
Ce n'est pas tout, le sodium nécessaire pour dégager Taluminium de ses combinaisons se payait littéralement au poids de Tor; Henri Deville en a rapproché le prix de revient de celui du cuivre. Ce métal, que nous conservions autrefois en petits globules comme reliques précieuses dans nos cabinets réservés, manié par tonnes maintenant, intervient comme agent principal dans les études si fécondes par lesquelles la chimie organique multiplie ses créations.
Henri Deville devait montrer le premier quel puissant instrument il venait de mettre aux mains des chimistes, en isolant à son aide, sous une forme qui les rapproche du diamant, le radical du cristal de roche et celui de l'acide borique.
Après s'être mesuré avec les métaux les plus oxydables, H. Deville, tenté par une étude nouvelle de ceux qui le sont le moins, entreprit avec notre confrère M. Debray, son élève et son ami, l'examen du platine, ainsi que celui des cinq métaux curieux dont il est accompagné dans ses mines, parmi les- (|uels la substance la plus dangereuse de la nature, l'osmium, et la plus réfractairo, l'iridium.
Au cours de ces études, riches en découvertes, en
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présence de métaux dont nos fourneaux ordinaires et nos forges les mieux alimentées ne pouvaient opérer la fusion, nos deux confrères furent conduits à chercher, dans la combustion du gaz de Féclairage par i'oxygene, le moyen de produire sous une forme manufacturière un foyer de chaleur dont les arts n*avaient pas encore connu Tusage. Par un ensemble de dispositions ingénieuses, ils apprirent a manier avec autant de sûreté que d'économie ces appareils de chauffage d'une intensité extraordinaire et d'un genre nouveau ; l'industrie s'en est emparée.
Sur ces entrefaites, la conférence diplomatique du mètre avant adopté le système français des poids et mesures, au nom des nations réunies, on chercha, parmi les matières connues, la plus apte à fournir des prototypes inaltérables et exacts. L'alliage de platine et d'iridium proposé par MM. DevilleetDebray obtint la préférence, non seulement à cause de sa grande densité, mais aussi comme étant le moins fusible des solides propres à cet usage, et le plus capable de résister aux effets prolongés de l'humidité ou de l'air. Son grain fin, son poli parfait, sa dureté, sa malléabilité, le désignaient d'ailleurs aux préférences de l'assemblée.
On a obtenu à son aide les prototypes du mètre et du kilogramme, comparables les uns au 77-^ de millimètre, les autres au y*- do milligramme, préci-
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sion dont on n'aurait jamais cru pouvoir approcher. Pour l'atteindre, il est vrai, il a fallu dix années d'études, soit pour amener le platine et l'iridium à un état de pureté irréprochable, soit pour constituer à leur aide un allicage exempt de tout corps étranger, soit enfin pour obtenir les masses destinées k fournir les prototypes des mètres et des kilogrammes réclamés par les diverses nations. H. Deville n'y avait épargné ni son génie inventif ni ses veilles; il y avait perdu sa santé; il se consolait en songeant à la postérité pour laquelle il travaillait.
Ces prototypes braveront, en effet, l'action des siècles, qu'ils soient conservés dans l'air sec, dans l'air humide ou même plongés dans l'eau. On les verrait sortir intacts des flammes du plus violent incendie. Ils ne peuvent être altérés que par des actions mécaniques intentionnelles : déformations ou pertes de substance, produites par le choc du marteau ou l'action de la lime.
Cet ensemble de publications sorties du laboratoire d'Henri Deville, et si dignes d'intérêt, il ne m'est pas permis même de le parcourir, mais les élèves de notre confrère y ont pourvu; leurs notices complètes me laissent la liberté de choisir et de me borner aux inventions magistrales.
Pour obtenir des températures fixes, nous ne connaissons qu'une seule méthode consistant à faire