‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 55 sur 58 · CHARLES KT IIKNKI S A INTE-CL A I II K DE VILLE · texte numérisé non relu

CHARLES KT IIKNKI S A INTE-CL A I II K DE VILLE

usage (Funo matière prise au moment où elle change d'état : la glace qui fond, Teau qui bout; c'est-à-dire le zéro de nos thermomètres et le centième degré, choisis par Newton. Mais on ne s'était pas occupe de constituer des milieux à température fixe pour des chaleurs plus hautes. Les travaux de MM. H. Deville et Troostont comblé cette lacune et mis à la disposition des expérimentateurs des appareils dans lesquels le mercure, le soufre, le sélénium, le zinc fournissent, à leurs ébullitions respectives, des températures fixes à 35o, 44o, 65o et i3oo degrés. A leur aide, ils ont pu définir les propriétés des vapeurs des corps les moins volatils, écarter les anomalies offertes par la vapeur de soufre au voisinage de son point d'ébullition, déterminer les densités de vapeur d'un grand nombre de substances entrant en ébullition au-dessus de la chaleur rouge et fournir aux théories de la chimie moléculaire des informations indispensables.

Mais ces travaux ([ui ne connaissaient pas le repos, ces découvertes frappant à coups redoublés l'attention de l'Europe éclairée et ramenant les esprits vers la chimie minérale, bases fondamentales de la science, n'atteignaient pas cependîint les hauteurs d'une doctrine. Henri Deville mettant le complément à sa gloire, et c'est à dessein que j'emploie ce mot, eut le rare bonheur de s'arrêter devant

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lin phénomène qu'on laissait passer inaperçu et fl'en faire sortir, par une analyse délicate, pénétrante et rigoureuse la vraie théorie de l'union chimique des éléments.

Voici le fait. La flamme fournie par l'hydrogène et l'oxygène est capable de fondre le platine. La température produite par la combinaison de ces deux gaz au moment de leur conversion en eau atteint donc le point de fusion de ce métal. Un éminent physicien anglais, M. Grovc, avait reconnu, cependant, que des globes de platine incandescents et presque en fusion, jetés dans l'eau froide, y déterminent un dégagement d'hydrogène et d'oxygène gazeux provenant de l'analyse de cette eau.

Le point de fusion du platine représente donc une température au voisinage de laquelle la formation ou la décomposition de l'eau semblent s'opérer indifféremment.

Sous l'influence de l'illustre chimiste suédois, IJerzélius, on avait admis, sans preuves, l'existence d'une force capable de se manifester au seul contact des corps et n'empruntant rien à ceux-ci, soit comme matière pondérable, soit comme énergie. Par un privilège spécial, le platine était considéré comme doué au plus haut degré de ce pouvoir mystérieux. Henri Deville avait en horreur les forces occultes, les mots vides de sens dont s'accommode

CIIAHI.KS ET IIRNHI SA INTR-CLA I BE DEVILLR. ' Sig

trop iacilemcnl une science à ses débuts ; il n'acceptait donc pas Texpiication complaisante donnée ii la curieuse expérience de M. Grove,

II fit voir que le phénomène qu'elle présente, loin d'être une exception, est général; que le platine n'y est pour rien; qu'il y a pour chaque combinaison une zone de chaleurs telle, que ses éléments se séparent ou se réunissent partiellement au gré des circonstances. C'est à cet état d'équilibre qu'il a donné le nom de dissociation. \\ en a multiplié les exemples, précisé les conditions et créé la théorie. Autour de lui, ses élèves se sont appliqués avec vénération à compléter son œuvre. Dans les pays étrangers, on en a fait l'objet d'études nombreuses et importantes : on a écrit des volumes, mais on n'a rien changé à la doctrine sortie de l'Kcolc normale.

En quoi consiste la dissociation chimique produite par la chaleur? Comment diffère-t-elle de la décomposition proprement dite, déterminée par une température élevée, dont les effets étaient depuis longtemps familiers aux chimistes et même aux artisans?

Ce n'est pas seulement à loo degrés que l'eau entre en vapeur, et chacun sait qu'à une température bien inférieure, elle disparait, prenant l'état aériforme et se mêlant à l'atmosphère; chacun sait aussi que, sous certaines conditions, il lui est indif-

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fércnt de revêtir Tétat gazeux dans un air sec ou de se précipiter sous forme de brouillard dans un air humide. Henri Devilie, par une inspiration de génie* saisit Tanalogie qui lie le changement d'état chimique au cbanjçement d'état physique. 11 fit voir (|u'aux approches de la température nécessaire pour déterminer la combinaison totale de deux substances, elles peuvent se réunir ou se séparer selon les conditions du milieu. Vers la température où l'eau c(»sserait d'exister, s'il y a excès des deux gaz qui lui donnent naissance, une portion de ceux-ci s'enflamme en s'unissant; la vapeur d'eau est-elle en excès, celle-ci se décompose partiellement au contraire. Telle est la loi de la nature. Changement d'état des corps, séparation ou réunion des éléments, ce sont etfets d'une même force, la chaleur, produisant d'abord une action purement physique, atteignant ensuite la constitution chimique des êtres; isolant les atomes du chimiste, après avoir disjoint les molécules du physicien, et réduisant peut-être la matière dans le soleil, a un état plus tenu, dont la nature nous échappe sur la terre.

Laplacc, Lavoisier, Derthollet et la plupart des géomètres, envisageant l'union des éléments au point de vue mécanique, ne pouvaient accepter le sens absolu sous lequel l'acte de la combinaison était envisagé par les chimistes. H. Devilie leur

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