XMI DISCOURS DE RÉCEPTION
pouvait dire, pleine de confiance, à son fils marchant au martvre : <c Mon fils, mon fils, on ne te ravit pas la vie, on te la change contre une meilleure. Ji
Les lois romaines transmettent alors à nos ancêtres le sentiment du droit, Tesprit d'association ; tandis que le christianisme leur apporte la connaissance des devoirs des hommes les uns envers les autres, Tesprit d'humilité, de miséricorde, de charité; éléments durables, auxquels les Germains ajoutent, avec la liberté individuelle, cet instinct de la personnalité touchant à Tégoïsme, que notre génie national ne s'est jamais assimilé.
Comment les municipalités se transforment, comment l'Église se constitue, modératrice des prétentions opposées des vieux pouvoirs et des forces naissantes, gardienne des lettres, de la civilisation et de la justice, c'est ce que M. Guizot expose avec une puissance d'analyse et une sûreté d'appréciation qu'il n'est plus permis de louer. Au déclin (le cette société romaine où l'esclavage permettait à quelques maîtres de régner sur des troupeaux humains, la société ecclésiastique intervient jeune, énergique, féconde. Il ne restait qu'un fantôme d'aristocratie païenne; une aristocratie réelle s'élève; il n'y avait jamais eu de vrai peuple romain; un vrai peuple, un peuple chrétien, apparaît désor-
A L^AGADÉMIB FRANÇAISE. XXIII
mais dans riiumanité qu'il réforme et dans Thistoire où ii prend la première place.
Mettant de côté les formules étroites du xvu* siècle et les jugements passionnés de la Révolution, M. Guizot restitue à l'Église son rôle civilisateur, reposant sur trois idées qui, malgré des efforts insensés, ne périront plus : l'unité de Dieu, l'unité de l'homme, l'immortalité de l'âme.
Il suit, pas à pas, l'origine et les progrès de la féodalité; instrument passager, mais indispensable pour recommencer en Europe la société dissoute par la barbarie ; il en expose le rôle, et il en explique la fin. Il la dépouille de ce caractère de brutalité absolue que lui attribuent les partis, et, tout en lui conser>'ant ses mœurs énergiques, ses ambitions actives et son indépendance quelquefois sauvage, souvent héroïque, il en signale le caractère poétique, dont les reflets colorent les temps de la cheyalcrie et l'époque des croisades.
Il assigne à la naissance et au développement du pouvoir royal ses causes historiques. Il suit dans le cours des siècles la France chrétienne. Constituée par Charlemagne, dont les armes, arrêtant au nord et au midi le flot des barbares et celui des Arabes, refoulent au loin le paganisme et l'islamisme ; amenée h l'unité nationale sous les Capétiens; centralisée par l'action lente mais continue de ses rois,