‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 8 sur 58 · XXIV DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

XXIV DISCOURS DE RÉCEPTION

il la montre recevant enfin, au grand siècle, par un dernier effort, le développement complet de puissance politique avec Louis XIV, de sécurité militaire avec Vauban, d'organisation administrative avec Colbert, et de grandeur intellectuelle avec Bossuet, Pascal, Corneille, Racine, La Fontaine et Molière, vos immortels aïeux.

Lorsque le tiers état fait son apparition dans l'histoire, M. Guizot s'arrête; il interroge les peuples anciens, le monde entier, l'Occident et l'Orient; n'en voyant nulle part l'existence ou même la trace, il tire de cette étude une conclusion qui semble avoir guidé sa vie politique : « Le tiers état, dit-il, est un fait immense, et non seulement il est immense, il est nouveau et sans autre exemple dans l'histoire du monde. » Le tiers état procède du christianisme, en effet; il ne connaît pas de meilleur soutien, car c'est au nom de l'égalité morale de tous les membres du genre humain que le tiers état, c'est-à-dire le peuple chrétien, est venu réclamer l'égalité du citoyen devant la loi, conséquence de l'égalité des fidèles devant l'Église et de celle des âmes devant Dieu.

Dans l'étude de la surface de la terre, les astronomes ne s'arrêtent pas aux détails; ils déterminent par des opérations fondamentales la place

À L AGÀDÉMIK FRANÇAISE. XXV

exacte de certains points du globe, et ils les lient entre eux par une triangulation savante formant un réseau fixe destiné à servir de guide aux opérations secondaires de la géographie politique, ou militaire; telle est la manière de M. Guizot, pour qui rhistoire, vue des sommets, avec ses grands aspects dans le temps et dans l'espace, semble la seule qui convienne à renseignement supérieur. Bossuet avait cherché presque exclusivement dans l'histoire des croyances religieuses le progrès de la civilisation que Montesquieu, de son côté, avait cru trouver dans l'histoire des institutions politiques. Renonçant à ces systèmes artificiels qui reposent sur une donnée exclusive, M. Guizot fait voir que, pour découvrir la marche et les lois de la civilisation, il faut suivre un peuple dans toutes les carrières où son activité se déploie, dans toutes les variétés de son existence tout entière. Guidé par un instinct sûr, il applique à l'histoire la méthode qu'on appelle naturelle, celle qui, dans Tordre des sciences, a fourni à Lavoisicr, à Jussieu, à Cuvier, à Brongniart le moyen d'établir leurs doctrines sur un terrain que le temps a respecté.

Parmi les faits, M. Guizot se borne à rappeler ceux sur lesquels son argumentation repose; mais personne ne songerait a taxer sa réserve d'impuissance. Sa vaste érudition possédait tous les détails.

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