‹ Discours et éloges académiques (volume 2)Chapitre 9 sur 58 · XXVI DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

XXVI DISCOURS DE RÉCEPTION

et, si nous passions des temps heureux de sa vaillante jeunesse aux jours attristés de sa retraite, nous verrions que sa mémoire fidèle les retrouvait sans eflbrty lorsqu'il publiait son Histoire de France^ à laquelle tout homme éclairé s'est empressé de faire une place d'élite dans sa bibliothèque. Histoire* populaire et savante, que son patriotisme n'a pu terminer, mais dont il déposait avec confiance, aux approches de la mort, les dernières pages dans les mains pieuses de M™® de Witt, de sa fille, si digne, par le dévouement de son cœur et par les lumières de son esprit, de conserver ce legs à la postérité.

Ce beau livre débute par un tableau de la Gaule avant la conquête de César, se poursuit jusqu'en 1789, au moment de la convocation des États généraux, et la phrase qui le termine en fait connaître la portée morale. Dès les premiers jours de la réunion de l'Assemblée nationale, un député bien connu s'était écrié : « Vous êtes appelés à recommencer l'histoire. » Il se trompait arrogamment, conclut M. Guizot : depuis plus de quatre-vingts ans, la France moderne poursuit laborieusement et au grand jour l'œuvre qui s'était lentement élaborée dans les flancs obscurs de la France ancienne. Entre les mains toutes-puissantes du Dieu éternel l'histoire d'un peuple ne s'interrompt et no recommence jamais. »

A l'académie française. xxvti

Il en arrivera, sans doute, de VHistoire de France de M. Guizotce que nous pouvons constater de son Histoire de la civilisation en Europe et de son Histoire de la civilisation en France, Celui qui les lit pour la première fois s'étonne d'être déjà familier avec le point de vue de l'auteur; c'est que, depuis un demisiècle, la méthode de M. Guizot et ses formules ont passé dans les esprits; et si, en lisant ses œuvres, on croit les relire, c'est que des sentiers obscurs de l'bistoire, découverts par sa pénétration, il faisait les routes larges et aplanies où chacun circule à l'aise aujourd'hui. Ceux qui, dans leur jeunesse, mettent au jour de grandes vérités ou des vérités utiles, ont la douceur singulière de voir, en vieillissant, qu'avec le temps leurs créations ont fécondé tout ce qu'elles touchaient. Ce rare privilège a été réservé à M. Guizot, qui a pu voir des millions d'êtres humains, fortifiés par les doctrines consolantes qu'il avait fait pénétrer dans les âmes; noble jouissance, que la vie oisive ignore, que les richesses ne procurent pas et dont, seule, connaît le secret l'invention des idées, ce sublime attribut de l'homme, flamme que le génie allume et qui se transmet sans s'éteindre, dans l'espace pour les générations contemporaines, et dans le temps pour les générations futures.

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Rendu à la vie privée, après avoir traversé vingt années d'une vie publique pleine d'obstacles et de luttes, M. Guizot voulut compléter son Histoire de la Réwlution en Angleterre. Pour traiter ce sujet de manière à faire autorité, même chez nos voisins, il fallait, comme lui, être familier avec la langue et la littérature de leur pays, avec les sources de son histoire, et en commerce habituel avec les esprits les plus éminents du Royaume-Uni. M. Guizot, cherchant sous quelles conditions le nouvel équilibre des États modernes peut s'établir, disait, dès 1828, avec une profonde autorité : « Tous les événements de l'ancienne société européenne avaient abouti à deux faits essentiels : le libre examen et la centralisation du pouvoir. L'un prévalait dans la société religieuse, l'autre dans la société civile; l'émancipation de l'esprit humain et l'autorité de la monarchie triomphaient en même temps; il était difficile qu'une lutte ne s'engageât pas entre ces deux faits, et il était naturel de l'étudier en Angleterre, sur son théâtre même. » L'examen des causes qui ont déterminé chez nos voisins le succès du système représentatif, objet de ses prédilections, ne lui offrait-il pas d'ailleurs le plus court et le plus sûr moyen d'expliquer son mauvais sort dans notre pays?

Charles I*', Cromwell, Monck, Charles 11, il v

À L*ACÀDfiHIB FRANÇAISE. XXIX

avait là tous les personnages d'un grand drame. La chute d'une dynastie ancienne, l'établissement passager d'une république, la constitution durable du gouvernement représentatif, il y avait là une action complexe dans sa marche, simple dans son dénoûment, faite pour séduire un historien capable d'en démêler les nœuds et d'en faire revivre les détails. Le succès de l'ouvrage fut complet. A la puissance de son grand talent, lorsqu'il achevait cette large composition, M. Guizot joignait la haute expérience de l'homme d'État, sans laquelle il est si difficile de s'identifier avec les vues élevées et les nobles passions dont les événements reçoivent l'impulsion, avec les misères morales dont il» gardent toujours l'empreinte.

L'histoire de la révolution d'Angleterre offre à l'auteur dramatique une mine inépuisable, riche en passions fougueuses, en catastrophes tragiques, en dévouements touchants. L'œuvre de M. Guizot fait tout revivre avec le ton juste de la couleur locale et de l'esprit du temps. Un large sentiment de la dignité humaine plane sur son récit, et le sens moral, si souvent éteint, nous le savons trop, aux époques de trouble, y reprend tous ses droits. Des réflexions d'un ordre élevé et des sentences magistrales naissant du sujet y marquent la part de l'auteur. Traduites en vers, elles rappelleraient la

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