‹ Discours et éloges académiquesChapitre 10 sur 43 · XXII DISCOURS DE RÉCEPTION · texte numérisé non relu

XXII DISCOURS DE RÉCEPTION

pouvait dire, pleine de confiance, à son fils marchant au martyre : «Mon fils, mon fils, on ne te ravit pas la vie, on te la change contre une meilleure. »

Les lois romaines transmettent alors à nos ancêtres le sentiment du droit, l’esprit d'association ; tandis que le christianisme leur apporte la connaissance des devoirs des hommes les uns envers les autres, l'esprit d’humilité, de miséricorde, de charité; éléments durables, auxquels les Germains ajoutent, avec la liberté individuelle, cet instinct de la personnalité touchant à l’égoisme, que notre génie national ne s’est jamais assimilé.

Comment les municipalités se transforment, comment l'Église se constitue, modératrice des prétentions opposées des vieux pouvoirs et des forces naissantes, gardienne des lettres, de la civilisation et de la justice, c’est ce que M. Guizot expose avec une puissance d'analyse et une sûreté d’appréciation qu’il n’est plus permis de louer. Au déclin de cette société romaine où l'esclavage permettait à quelques maitres de régner sur des troupeaux humains, la société ecclésiastique intervient jeune, énergique, féconde. Il ne restait qu'un fantôme d'aristocratie paienne; une aristocratie réelle s’élève; il n’y avait jamais eu de vrai peuple romain; un vrai peuple, un peuple chrétien, apparait désor-

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