XXVIII DISCOURS DE RÉCEPTION
Rendu à la vie privée, après avoir traversé vingt années d’une vie publique pleine d’obstacles et de luttes, M. Guizot voulut compléter son Ærstoire de la Révolution en Angleterre. Pour traiter ce sujet de manière à faire autorité, même chez nos voisins, 11 fallait, comme lui, être familier avec la langue et la littérature de leur pays, avec les sources de son histoire, et en commerce habituel avec les esprits les plus éminents du Royaume-Uni. M. Guizot, cherchant sous quelles conditions le nouvel équilibre des États modernes peut s'établir, disait, dès 1828, avec une profonde autorité : « Tous les événements de l’ancienne société européenne avaient abouti à deux faits essentiels : Le libre examen et la centralisation du pouvoir. L'un prévalait dans la société religieuse, l’autre dans la société civile; l’émaneipation de l'esprit humain et l'autorité de la monarchie triomphaient en même temps; 1l était difficile qu'une lutte.ne s’engageñt pas entre ces deux faits, et il était naturel de l’étudier en Angleterre, sur son théâtre même. » L'examen des causes qui ont déterminé chez nos voisins le succès du système représentatif, objet de ses prédilections, ne lui offrait-il pas d’ailleurs le plus court et le plus sûr moyen d'expliquer Son mauvais sort dans notre pays? |
Charles [*, Cromwell, Monck, Charles If, il y
A L’ACADÉMIE FRANÇAISE. XxIX
avait là tous les personnages d’un grand drame. La chute d’une dynastie ancienne, l’établissement passager d’une république, la constitution durable du gouvernement représentatif, 1l y avait là une action complexe dans sa marche, simple dans son dénoûment, faite pour séduire un historien capable d’en déméler les nœuds et d’en faire revivre les détails. Le succès de l’ouvrage fut complet. A la puissance de son grand talent, lorsqu'il achevait cette large composition, M. Guizot joignait la haute expérience de l’homme d’État, sans laquelle il est si difficile de s'identifier avec les vues élevées et les nobles passions dont les événements reçoivent l'impulsion, avec les misères morales dont ils gardent toujours l'empreinte.
L'histoire de la révolution d'Angleterre offre à l'auteur dramatique une mine inépuisable, riche en passions fougueuses, en catastrophes tragiques, en dévouements touchants. L'œuvre de M. Guizot fait tout revivre avec le ton juste de la couleur locale et de l'esprit du temps. Un large sentiment de la dignité humaine plane sur son récit, et le sens moral, si souvent éteint, nous le savons trop, aux époques de trouble, y reprend tous ses droits. Des réflexions d’un ordre élevé et des sentences magistrales naissant du sujet y marquent la part de l’auteur. Traduites en vers, elles rappelleraient la