A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. XXXI
ni les transformations brusques des peuples; il excelle à démêler dans chaque situation la part des influences du passé, celle des aspirations, des besoins, des passions du présent, et surtout à surprendre, au milieu des désordres et des làchetés, le progrès de la condition morale de l'humanité vers un idéal de vérité et de perfection. C’est avec une espérance pleine d'inquiétude qu'il envisage l'imperfection profonde des affaires humaines, mais il n’en devient pas sceptique : sa foi dans l'avenir est entière, mais elle ne se change point en orgueil, et il ne tombe jamais en adoration devant cette divinité humaine dont il constate avec quelque dédain l'apparition attristante dans les écoles modernes.
Les convictions religieuses de M. Guizot répandent sur sa pensée et sur ses écrits une teinte sérieuse, où respirent la confiance et la résignation, où domine l'autorité; procédant d'un grand respect pour des traditions de famille, l'expérience les avait fortifiées. Les deux volumes de Médiations, dans lesquels 1l les expose, résument un travail qui l’a occupé pendant toute sa vie; il y envisage l’essence de la religion chrétienne, la fondation du christianisme, son état présent, son avenir. Qu'un besoin de réagir sur l'esprit de son époque lui ait inspiré ces pages, cela n’est pas douteux. Chrétien, il s'était