XXXII DISCOURS DE RÉCEPTION
affligé des tendances qui se révélaient autour de lui, comme conséquence de la philosophie du siècle dernier; homme d'État, il s'en était effrayé, convaincu que, sans religion, il n’y à ni sécurité pour le faible, ni frein pour le fort, ni lien pour les familles, ni durée pour la société. Les luttes qu'il avait soutenues en faveur de la liberté politique, et pour le maintien de l’ordre social selon la loi, lui avaient appris ce que valent la foi et la liberté chrétienne pour la sauvegarde de la civilisation menacée; 11 se portait à leur défense avec la plus vive ardeur.
Dès les premières lignes de ces écrits, la gravité de la pensée, la noblesse du langage, le calme des jugements, élèvent le lecteur au niveau des questions qui vont être agitées. « D'où vient l’homme? Où va-t-11? Quels sont ses rapports avec le législateur du monde? Le malheur si fréquent des bons, le bonheur si choquant des méchants, est-ce là un état définitif? Pourquoi l’homme, atteint par la douleur, cherche-t-il un secours, un appui au delà et au-dessus de lui-même, par l'invocation et par la prière? »
Ces doutes ont toujours troublé l'âme humaine, et, dès l’origine de la civilisation, se pose la question de la nature de l’homme et de sa destinée, de
ses devoirs et de ses responsabilités. Pour x ré-
A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. XXXIII pondre, l'antiquité avait quatre systèmes : le sensualisme, qui fait venir toute connaissance des sens; l’idéalisme qui en fait œuvre pure de l’entendement; le scepticisme, qui n’affirme rien, même dans le monde sensible; le mysticisme, qui transporte les croyances au delà. M. Guizot ramène avec M. Cousin la science philosophique du temps présent, celle de tous les temps, à ces quatre systèmes si promptement inventés, et dont l’homme n’a ja- . mais pu sortir, demeurant toujours en face d’un insoluble problème. Il reconnait, au contraire, que les théories des sciences naturelles, d’abord incertaines, se perfectionnent avec les siècles; mais il constate, avec les plus grands esprits, que, si elles portent leur regard plus haut, plus loin, plus profondément, ce n’est pas sans se heurter, à leur tour, à d’invincibles obstacles.
Pourquoi la science de l’homme, complète dès les premiers âges, a-t-elle touché le but d’un seul jet? Pourquoi la science de la nature, s’élevant à une conception de plus en plus abstraite des faits, voit-elle l’objet qu'elle poursuit s'éloigner sans cesse? C’est que l’homme, s’étudiant lui-même, a bientôt reconnu qu’au delà des organes il y a une volonté, au delà des sens un esprit, au-dessus de l'argile dont son corps est pétri, une âme dont il ignore la nature, l’origine et la destinée. Quand le