XXXIV DISCOURS DE RÉCEPTION
matérialisme déclare qu'il n’y à rien dans l'intelligence qui n'ait été d'abord dans la sensation, Leibnitz peut lui répondre : Si ce n’est l'intelligence elle-même, source unique de la puissance. Dès que l’homme pense, le sentiment de l'infini lui est révélé, et, l’infini se montrant inaccessible, sa pensée s'arrête au bord du gouffre de l’inconnu. En face de la nature, observant les faits et remontant vers leur cause première et souveraine, il avait besoin au contraire de ce travail, dont l’origine nous reporte à quarante siècles et se perd dans la nuit des temps, pour reconnaitre que c’est encore l'infini qui la dérobe à ses yeux; mais, plus 1l avance, mieux cette vérité supérieure se dégage.
Ces conclusions, développées par M. Guizot avec l'autorité qui lui appartient, s'adressent à la philosophie du sensualisme; elles ne sont pas contredites par les études du temps présent. De grandes découvertes ont enrichi la science; on a dit même qu'elles touchaient enfin aux limites qui ont séparé jusqu'ici la matière de l'esprit. Il n’en est rien. L’astronomie, il est vrai, ne représente plus le firmament comme une voûte solide sur laquelle seraient fixées les étoiles; ses instruments et ses calculs plongent dans le vaste Univers; la mécanique ouvre, à travers les isthmes et les montagnes, des
chemins au commerce des nations; la physique
A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. XXXY
transporte la pensée sur les ailes de l'électricité, d’un hémisphère à l’autre, avec la vitesse de l'éclair; la chimie pénètre par son analyse jusqu'aux profondeurs extrêmes des cieux, et reproduit par ses synthèses les parfums les plus suaves ou les nuances les plus délicates des fleurs qui ornent la terre; cependant l’espace, le temps, le mouvement, la force, la matière, la création de la nature brute et le néant demeurent autant de notions primordiales dont la conception nous échappe.
La physiologie, de son côté, nous montre les plantes préparant sous l'influence du soleil les aliments des animaux; la destruction des animaux restituant aux plantes les principes dont elles se nourrissent; la matière minérale formant la trame des matières organiques, sous l’influence de la vie; mais elle ne sait rien de la nature et de l’origine de cette vie qui se transmet mystérieusement de générations en générations, depuis son apparition sur la terre; d’où elle vient, la science l’ignore; où va la vie, la science ne le sait pas, et, quand on affirme le contraire en son nom, on lui prête un langage qu’elle a le devoir de désavouer.
M. Guizot a défendu le christianisme contre un scepticisme spirituel et frondeur; il a laissé à d'autres parmi vous, qui ne failliront pas à la tâche, le soin de défendre la personnalité de l’âme