XXXVI DISCOURS DE RÉCEPTION
humaine contre le flot grossissant de la philosophie de la nature. Le matérialisme d'Empédocle, revêtu de la poésie brillante de Lucrèce, s'était éclipsé dès l'apparition de la morale chrétienne; 1l reparaît après deux mille ans, rajeuni par une interprétation contestable des découvertes de la science moderne. De même que le corps de l’homme se fait par des transformations de la matière, on veut que la vie naisse et que la conscience se produise par de simples transformations de la force. De même qu'après la mort le corps de l’homme retourne à la terre d’où il est sorti, on veut que la vie et la conscience aillent, en même temps, se perdre et se confondre dans l'oubli du vaste frémissement des mouvements secrets qui agitent l'univers. Naïtre sans droits, vivre sans but, mourir sans espérances, telle serait notre destinée, suffisante peut-être à la satisfaction de ces rares esprits qui traversent le monde soutenus par la curiosité ou la satisfaction de la difficulté vaincue, par l’orgueil peut-être, mais dont l’ensemble des hommes ne se contenterait plus.
A travers les succès et les mécomptes, les victoires et les défaites, en présence de grandes vertus et de tristes défaillances, l'Europe chrétienne poursuivant son but, depuis seize cents ans, a fait prévaloir ce qu’on n'avait connu dans aucun pays, chez aucun peuple, dans aucun temps, le droit de tous
Ps