A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. LI
d'État à la tribune dans sa force et sa maturité. L'autorité du professeur reparait, cependant lœil profond révèle un sentiment plus grave de la responsabilité, un travail plus austère de la réflexion. Le noble mouvement de la tête, la fermeté de l’attitude font revivre dans toute son énergie l’orateur politique fidèle à ses hautes pensées, maître du tumulte de son cœur en face des partis, mettant au service de la vérité une parole puissante mais réglée, une passion énergique mais domptée, une âme calme dans un corps ému.
Ce n’est pas Démosthène, l'honneur de l’ancienne Grèce; ce n’est pas Cicéron, l'honneur de la vieille Rome; c’est leur émule, l'honneur de la jeune tribune française, c’est M. Guizot, que l’histoire, dans sa justice, associera sans effort aux deux plus grands orateurs de l’antiquité. Plus heureux que ses 1llustres prédécesseurs, il n’est pas mort par le poison comme Démosthène, fuyant la vengeance d’Antipater ; il n’a pas été lâächement égorgé comme Cicéron, victime de la fureur d'Antoine. Pour notre consolation dans ces jours de douloureuses épreuves, la Providence a permis, nous épargnant une grande affiction, qu'après avoir soutenu les mêmes combats et subi les mêmes vicissitudes, il ait fini ses Jours en paix, dans une demeure respectée, au milieu des soins pieux de son fils, de sa fille et