‹ Discours et éloges académiquesChapitre 7 sur 43 · A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. XIX · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE FRANÇAISE. XIX

seigner les événements de l’histoire; ses auditeurs les connaissent, veulent en pénétrer la philosophie et apprendre quelle part revient aux lois fatales de la nature des choses, quelle part est réservée à la liberté humaine dans la marche des nations vers la civilisation. Celle-ci plane au-dessus des événements ordinaires de la vie des peuples; elle ne se mesure ni aux succès d'une politique égoiste et dure, ni à la force des armées ou à l'importance de leurs victoires; elte n’a même pas pour symboles la splendeur du commerce et l’accumulation de ses trésors, la fécondité du sol et l'abondance qu’elle répand; ses caractères se trouvent plus haut. La civilisation représente l’âme de l'humanité dans sa beauté, dans sa force, dans sa liberté et dans sa responsabilité; aussi faut-il imiter les nations qui, même au milieu des épreuves les plus cruelles, savent garder le droit d’en célébrer encore la fête, avec une juste fierté, et plaindre celles qui, sous de brillants dehors, en portent déjà secrètement le deuil; les pertes matérielles se réparent, les ruines morales jamais.

Comme type des pays civilisés, M. Guizot choisit la France, non pour encenser la vanité nationale, mais parce que, dans la prospérité, notre patrie a toujours porté avec désintéressement sa puissance et sa politique au secours des pensées généreuses ;

Page 1